Chrétiens et juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

QU’AVONS-NOUS FAIT DU DIEU D’ISRAEL  ?

Une réflexion sur nos racines juives .

 

Par Marcel BARATOUX

Paru dans Yerushalaim n°29

 

Pourquoi sommes-nous, nous les chrétiens, à ce point divisés ?

 

Comment entendons-nous aujourd’hui, après vingt siècles d’histoire de la chrétienté, ce verset de Luc 1,68 : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’il a visité et racheté son peuple. » ?

Jésus lui-même, dont le nom est Yeshoua, a confessé son Père céleste comme le « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. ». Le Dieu de Yeshoua, c’est ce Dieu qui se définit comme le Dieu d’Israël.

 

Sommes-nous prêts à entendre aujourd’hui que c’est ce même Dieu qui s’est révélé à Moïse, à Elie, aux prophètes, et pour nous chrétiens dans la transfiguration de Yeshoua sur le mont Thabor ?

Suis-je moi-même prêt à me reconnaître héritier de tout un passé, à déposer ce lourd héritage au pied de la croix de Yeshoua pour dire comme le peuple juif à Yom Kippour, le jour du grand pardon : «Moi et tous mes pères dans la foi, nous avons péché. » ?

Ce Dieu là, qu’en avons-nous fait, nous les chrétiens, en méprisant et en persécutant pendant plus de dix-neuf siècles le peuple qui a eu le lourd fardeau d’accueillir la révélation du Dieu vivant ?

 

C’est un Yeshoua profondément hébreu qui, la veille de son arrestation, priait ainsi dans une langue qui était authentiquement celle de son peuple Israël :

 

Père Saint garde-les dans ton Nom

ceux que tu m’as donnés

afin qu’ils soient un

comme nous…

Ce n’est pas seulement pour ceux-ci

que je te prie

mais aussi pour ceux qui seront certains

de la vérité qui est en moi

par leur parole.

Afin que tous ils soient un

de même que toi mon Père tu es en moi

Et moi je suis en toi

Afin qu’eux aussi ils soient un en nous

afin que le monde de la durée présente soit certain

qu’il est vrai que c’est toi qui m’as envoyé… »

(traduction de Claude Tresmontant)

 

Bouleversant, non ?  Et d’autant plus bouleversant qu’avec l’hypothèse de Claude Tresmontant on peut entendre Yeshoua lui-même dans cette traduction mot à mot d’une langue qui était la sienne, celle de Dieu lui-même, puisqu’il s’est révélé à l’origine, non en langue grecque, non dans d’autres langues, mais en langue hébraïque.

 

Qu’avons- nous fait de cette prière de Yeshoua ? Ne devrait-elle pas, cette prière de Yeshoua, nous jeter à terre, nous chrétiens, face à Dieu et devant cet Israël de l’élection ?

Car, écrit le théologien protestant Karl Barth : «  La question décisive n’est pas: "Que peut être la Synagogue sans Jésus-Christ ?", mais bien "Qu’est-ce que l’Eglise aussi longtemps qu’elle a en face d’elle un Israël qui lui est étranger et qui s’oppose à elle ?" ».

Après lui, oserai-je ajouter que je suis pris de vertige en posant cette question : Qu’est-ce qu’une chrétienté aussi divisée ?

 

Et si nos divisions ne nous déchirent pas le cœur, c’est qu’il nous faut beaucoup prier pour entrer dans cette souffrance de Yeshoua. Oui, dans sa souffrance, parce que le Mashiah des juifs israélites, le Messie que nous, chrétiens, nous reconnaissons, ce Yeshoua en gloire, assis à la droite de son Père, il l’est avec la trace des clous dans ses pieds et dans ses mains, et avec son côté transpercé.

 

Que s’est-il donc passé au lendemain de la mort et de la résurrection de Yeshoua ? Et qu’avons-nous fait, nous la chrétienté, pour oublier et rejeter notre racine juive, au point même de nous nourrir, pendant plusieurs siècles, d’un anti-judaïsme tel qu’il portera le germe de l’antisémitisme qui conduira à la shoah ?

Pour retrouver nos racines hébraïques, il va falloir être humble, relire avec courage et sans jugement les fautes de nos pères dans la foi. A leur place, dans ces contextes historiques, comment aurais-je moi-même réagi ? Comment, en ce moment même, suis-je en train d’entendre toutes ces questions dérangeantes ?  Suis-je prêt à perdre toutes mes sécurités pour retrouver la seule qui soit vraie : Yeshoua, « Christ Hébreu », aujourd’hui rendu aux siens ?

Josy Eisenberg n’hésite pas à écrire dans son livre  « Une histoire des Juifs », à la page 145 :

 « Cette prédication de Yeshoua est authentiquement juive, tant dans son contenu que dans sa forme. ».

C’est cette prédication-là que nous avons envie d’entendre. Yeshoua  ne parlait sans doute pas le grec. Dans la synagogue de Nazareth, Il a déplié le rouleau de la Torah. Il l’a lue en hébreu, et Il a su se faire comprendre de ce peuple de Galilée, vraisemblablement en commentant ce passage en araméen…

Aussi, dans cet exposé, je m’attacherai à vous présenter l’hypothèse de travail et de recherches de Claude Tresmontant selon laquelle, sous la traduction grecque des quatre évangiles et du livre de la révélation (Apocalypse), il y a des textes originaux écrits en langue hébraïque , et je voudrais montrer aussi comment cette  hypothèse de travail et de recherches rejoint la conviction du peuple juif pour qui la parole de Dieu ne peut être révélée  que dans la langue hébraïque.

 

Nous pourrions aussi souligner les points de fractures qui ont pris naissance dans les premières communautés chrétiennes et qui se sont développés au contact de la civilisation gréco-romaine et montrer comment la Parole de Dieu, coupée de sa source, a pu malheureusement être « travestie ».

 

 

LA PAROLE DE DIEU « TRAVESTIE » AU CONTACT DE LA CIVILISATION GRECO-ROMAINE

 

N’ayons pas peur de souligner que de traductions en traductions, le message divin révélé en langue hébraïque a pu, peu à peu, au cours des âges, perdre de sa saveur d’origine. Certes, il faut du courage pour toutes celles et tous ceux qui prennent le risque de franchir des siècles d’histoire. Mais cette démarche de retour aux sources hébraïques doit être entreprise dans la puissance de l’Esprit Saint, dans une prière sans cesse renouvelée et avec une profonde humilité.

N’ayons donc pas peur d’être interpellé et acceptons que l’enseignement reçu en chrétienté a été marqué par cette civilisation gréco-romaine. Le peuple juif, lui-même, gardien de la Parole de Dieu a eu, lui aussi, à combattre, tout au long de sa longue histoire, contre les influences étrangères. Et combien de fois le peuple d’Israël n’a-t-il pas été invité à retourner aux sources de cette parole reçue sur le mont Sinaï !

Alors, avec courage, et dans la puissance de l’Esprit Saint, risquons ce retour, en ne craignant pas de remettre en cause tout ce que nous avons reçu et qui, en nous séparant du peuple juif, a fini par mettre à mal cette chrétienté dans laquelle nous vivons.

A peine cinq siècles de christianisme suffiront à « travestir » la Parole de Dieu reçue du peuple juif. Cinq siècles de diaspora juive, avant la mort et la résurrection de Yeshoua, avaient déjà préparé le terreau qui nourrira cette chrétienté naissante !

 

 

DIASPORA ET JUDAISME.

 

Dans son livre : « Une histoire des juifs », Josy Eisenberg se plaît à écrire : « qu’il est assez piquant de constater que c’est la réussite de l’universalisme juif dans le monde païen qui a largement favorisé l’implantation du christianisme. » (P.145).

Qu’il est regrettable ce schisme entre la Synagogue et les premières communautés chrétiennes. Car le terrain avait  été préparé pour que se répande dans ce premier monde civilisé la bonne nouvelle du ce « salut qui vient des juifs ». N’appartenait-il pas « aux chrétiens » de s’enraciner dans ce plan divin, en demeurant greffés sur l’olivier franc ?  Juifs et chrétiens, nous avons eu et nous avons encore aujourd’hui un bandeau sur les yeux, nous, les chrétiens, quand nous interprétons que cette diaspora juive, l’était, dans le seul but de  préparer le terrain pour que se diffuse le christianisme. Lecture typologique toujours inscrite dans nos mentalités, et qui ne semble pas être celle que le Dieu d’Israël attend de nous !  Comment n’être pas attentif à cette réalité historique qu’un enseignement chrétien a cru bon d’ignorer et de travestir ?  La Diaspora juive, cinq siècles avant J.C., attirait nombre de païens séduits par le judaïsme et le Dieu unique. Et on a cherché à nous faire croire que le peuple juif était dispersé parce qu’il avait crucifié son sauveur ! Pourquoi nous avoir enseigné qu’à la venue du Christ, la religion juive, dégénérée n’était plus qu’un légalisme sans âme, « alors que tout, à cette époque, atteste l’intensité et la profondeur de la vie religieuse en Israël. ».(Jules Isaac : JESUS ET ISRAEL, septième proposition, P.36 à 84).  Pourquoi avoir caché que l’empire d’Alexandre-le-Grand avait été favorable aux juifs de la diaspora et aux juifs de Judée au cours de ces années 356 à 323 avant J.C. ? Pourquoi a-t-on dissimulé que cette ville nouvelle d’Alexandrie deviendrait un foyer juif rayonnant pour tout cet empire. C’est dans cette ville d’Alexandrie, qu’au cours de ces années, la sainte bibliothèque hébraïque sera traduite en langue grecque, langue qu’Alexandre imposera à toutes ces régions conquises pour faciliter les échanges culturels et commerciaux : la koïné. Ne nous étonnons pas que les juifs de cette époque se trouvèrent, comme l’écrit Josy Eisenberg «  en présence de formes de pensées, de valeurs et de courants d’idées originaux qui ne manquèrent pas de les influencer. ». (P.70, Une histoire des juifs).

Cette bible dite des « Septante », accessible à des juifs ouverts à la culture hellénique,  mais fortement attachés à leurs traditions et qui avaient oublié la langue de leurs pères, mais aussi accessible aux païens attirés par le judaïsme fut le plus beau fleuron de cette littérature du judaïsme alexandrin. La SEPTANTE allait devenir le fer de lance du prosélytisme juif de la diaspora, alors qu’elle rencontrait de sérieuses résistances en terre de Judée et de Galilée. Mais dés la fin du premier siècle de l’ère chrétienne, elle fut rapidement dans ce monde gréco-romain le livre de référence.

En effet, Philon, 20 avant J.C., mort en 45 après J.C. demeure pour l’histoire le représentant typique de ces juifs hellénistiques. Il entendait concilier la religion et la philosophie, la révélation et la raison. « Curieusement, écrit encore Josy Eisenberg, la pensée de Philon, riche, féconde et originale devait connaître un singulier destin. Elle n’influencera pas le judaïsme dans lequel elle n’eut aucun prolongement. ».  Et pourtant ce « Philon le juif » comme l’appelleront les premiers chrétiens, n’avait-il pas écrit : « Que les juifs redeviennent dignes du beau nom d’Israël et ils entraîneront à leur suite l’humanité entière. ».

Qu’il est encore regrettable que le christianisme naissant, en s’appropriant l’œuvre de ce philosophe juif, n’ait pas su ou pas voulu entendre ce message !

 

Dans cette diaspora juive, autour du rayonnement d’Alexandrie, je crois découvrir comme un plan divin que juifs et chrétiens n’ont pas su ou pas voulu voir. Philon, le juif allait influencer toutes les spéculations de ces fameux pères de l’Eglise après Origène. Mais ce fut pour accentuer de plus en plus cette rupture avec la Synagogue.

 

 

ELABORATION D’UNE THEOLOGIE CHRETIENNE.

 

Là encore, ayons le courage, nous la chrétienté de nous demander, qui, des deux, du juif ou du chrétien, a été le plus aveugle aux appels de Yeshoua, à sa prière, et à sa parole avant de mourir : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! ».

Et savons-nous aujourd’hui si ce que nous faisons est bien conforme à la volonté du Seigneur, le Dieu d’Israël, puisque toujours et pour la durée du temps à venir, il ne cesse de se définir ainsi ?

 

Oui, ayons le courage de ne pas idéaliser cette première communauté  de Yeshoua qui prendra sans doute le «  sobriquet » de « chrétiens » dans la ville d’Antioche ! De nombreuses tensions la traversent au cœur même de la prédication du Rabbi galiléen ! Pharisiens, Sadducéens, Zélotes, Sicaires, prosélytes et craignant-Dieu, Hellénistes , on les trouve dans les récits des évangélistes et dans le récit des « Actes des apôtres ». Que de querelles ! En priant pour qu’ils soient un, Yeshoua voyait ce que sa communauté allait vivre. Oui, Yeshoua a prié pour les faiblesses de Pierre, les intransigeances de  son frère Jacques qui allait devenir l’évêque de Jérusalem, oui, il a prié pour les incartades de Paul dans sa fougueuse prédication de la bonne nouvelle.

Oui, Yeshoua a certainement prié pour les communautés naissantes qui allaient être persécutées par leurs propres frères. Oui, je crois qu’il a prié pour qu’ils n’abandonnent pas la Synagogue. Oui, il a prié pour que nous demeurions fidèles à cette Torah qu’il a lui-même observé et qu’il n’a jamais voulu détruire. N’a-t-il pas déclaré : « Ne pensez pas que je sois venu pour détruire la Torah ou les prophètes, je ne suis pas venu pour détruire mais pour remplir. » (Matthieu 5,17). Oui, il a prié pour tous ceux-là et pour nous aujourd’hui qui avons accepté d’accueillir un message travesti et qui continuons de nous déchirer.

Ce survol historique des cinq premiers siècles de la chrétienté ne doit donc pas nous faire oublier la prière de Yeshoua. Il peut nous arriver d’être profondément scandalisés par les propos tenus par certains pères de l’Eglise de cette époque des deuxième et quatrième siècles, par les lâchetés des uns et des autres responsables hiérarchiques, dans les durs conflits qui se succéderont de synodes en conciles, de condamnations en exclusions.

Certes, cette primitive église a su donner des témoins courageux, mais, il faut bien le reconnaître, l’église des autorités religieuses ne fut pas exempte d’attitudes répréhensibles.

Quelques figures marquantes de ces cinq premiers siècles illustreront comment la chrétienté, en s’éloignant de la Synagogue, en durcissant des positions cultuelles et rituelles, a fini par rejeter l’Israël de l’élection pour se substituer à celui-ci : l’Eglise est le nouvel Israël ! En quelques siècles les bases étaient jetées pour un anti-judaïsme qui aboutira à l’antisémitisme et à dix-neuf siècles de persécutions jusqu’à l’horreur de la shoah.

 

CLEMENT D’ALEXANDRIE.

Années 140-220, environ. Très influencé par la pensée de Philon le juif, il n’hésitera pas à déclarer que pour lui « le Christ, raison universelle, est identique à la raison déposée par Dieu, à l’origine du monde et dans l’esprit humain. ». Une telle déclaration est absolument étrangère à la pensée hébraïque, à ce « Davar » hébreu. Typiquement le judaïsme a toujours attribué un rôle plus restreint à la pensée. Aussi indispensables que soient la logique et la raison, elles sont considérées uniquement comme un support et un soutien à l’être humain, et non pas comme des guides infaillibles.

Dans la tradition juive, la vie se résume à la quête de devenir « tsadik », homme juste, et cela a peu à voir avec le quotient intellectuel de la personne.

Avec ce Clément, c’est tout un courant de pensée qui tend à identifier christianisme et philosophie. Le christianisme est la seule vraie philosophie pour une conduite de sagesse et de moralisme. Aussi, toutes ressources de la poésie et de la philosophie grecques sont mises au service de cette louange du logos incarné. La tradition platonicienne influence à ce point Clément qu’il y a l’amorce même du rejet de la bible hébraïque dans son ensemble. Ce que ne manquera pas de faire Marcion.

 

Avec Clément, le nouveau converti recevra un enseignement inspiré de la tradition philosophique païenne et une morale  d’inspiration stoïcienne. De l’homme on va à Dieu. Comme on est loin de la révélation biblique et de ce Dieu d’Israël qui est premier et qui prend l’initiative de se révéler à l’homme !

 

 

ORIGENE.Années 185 – 253. Une deuxième étape sera franchie avec Origène. Lui aussi est né dans une famille d’Alexandrie. Lui aussi subira l’influence de Philon le juif et le platonisme de Clément. Et notons, au passage, qu’il exercera son ministère d’enseignement jusqu’à la cour de l’empereur Sévère à travers la mère de celui-ci : Julia Mammea. En 215 !

Il réalise de nombreux travaux d’exégèse sur la version de la Septante. Pour lui, l’écriture entière, ancien et nouveau testament ont un sens spirituel. Et ce sens spirituel ne peut être découvert que par les spirituels. Il n’hésitera pas à écrire :

« C’est pourquoi les juifs, qui n’ont pas répondu à la grâce du Christ, ne peuvent comprendre que l’ancien testament n’est que la figure du nouveau. ».

 

EUSEBE DE CESAREE.

265-341. Apologiste célèbre, historien et personnage remuant, il a recueilli la bibliothèque d’Origène, après son passage à Alexandrie. Evêque à Césarée, on lui doit surtout une histoire de la primitive église. Quelques années avant sa mort, il aura le temps, avec des accents triomphalistes, de célébrer la mission providentielle de l’empire romain ! Il voit dans le règne de Constantin-le-Grand le signe de l’action divine assurant la victoire de la foi chrétienne !

 

Comment ne pas souligner qu’au cours de ces périodes fertiles en spéculations théologiques, de nombreuses divisions vont naître entre écoles rivales d’Alexandrie et d’Antioche. Et l’évêque de Rome a souvent fort à faire pour calmer ces bruyantes communautés orientales qui réunissent synodes sur synodes, conciles provinciaux et conciles régionaux. Et il est arrivé même, que certains conciles s’excommuniaient réciproquement !

Car dans cette chrétienté naissante de graves remises en cause de la Parole de Dieu allaient se développer au contact de toutes ces philosophies païennes, et de pures spéculations doctrinales, pour expliquer le mystère de la trinité, on passera très vite à une crise généralisée qui durera plus de 60 ans.

 

En serait-on arrivé là si la chrétienté naissante en était restée à l’unique Parole de Dieu reçue de l’Israël de l’élection, à l’attitude profondément juive qui ne prononce même pas le Nom qui est au-dessus de tout nom ?

 

Au moment où va entrer en scène Constantin-le-Grand, la formulation est déjà claire : Le Christ remplace la Loi (la Torah) qui, au demeurant l’annonce et la préfigure.

 

Oui, en ce sens là, la Parole de Dieu, reçue du peuple juif sera « travestie », et continuera de l’être jusqu’à nos jours.

 

 

LE TRIOMPHALISME DE L’EGLISE CHRETIENNE SOUS LE REGNE DE CONSTANTIN-LE-GRAND.

 

Né en 285, mort en 337, Constantin-le-Grand apparaît dans l’histoire comme le créateur de l’empire chrétien. Sa carrière militaire et politique lui permettra de rétablir l’unité de l’empire romain, en éliminant son rival qui siégeait à Byzance.

 

Il croit vaguement en un Dieu unique. Issu du paganisme, il a été marqué par le culte solaire. Ce déisme vague, des évêques de son entourage vont, semble-t-il, l’utiliser. Certains historiens n’hésiteront pas à écrire que : « Constantin était chrétien sans le savoir et il le devint pour de bon quand on l’eut persuadé qu’il l’était. ».

 

En 313, après avoir bien assimilé, grâce à Eusèbe de Césarée, que le monothéisme chrétien serait la base idéologique de sa monarchie, il garantira, par la lettre de Milan, une tolérance aux chrétiens qui équivaudra à la reconnaissance officielle de leur religion.

La situation des juifs, dans l’empire chrétien, ne fut pas modifiée au début. Mais, avec la reconnaissance officielle de la religion chrétienne, le peuple juif va se trouver en présence de deux pouvoirs, l’autorité impériale et l’autorité ecclésiastique.

Cette dernière autorité va alors intégrer les us et coutumes hérités de la religion païenne romaine. Et cette religion-là avait son pontife romain pour tout l’empire.

 

Mais l’Eglise chrétienne ne pouvait tout de même pas supprimer les juifs. Ceux-ci depuis plusieurs siècles étaient, sinon reconnus, du moins tolérés dans l’empire. Mais elle avait déjà répondu aux problèmes de leur survie, en élaborant la théorie de peuple témoin qui sera fortement exprimée, on le verra plus loin, par Augustin.

« Les juifs, écrira-t-il, ont pour fonction de témoigner, par leur abaissement, des malheurs qui frappent ceux qui ne croient pas au Christ. Comme Caïn, ils sont marqués d’un signe. ».

 

Cette Eglise n’est pas particulièrement à l’aise. Car, en empruntant aux sources juives, elle « qualifie » le judaïsme, tout en cherchant à le « disqualifier ». Et si elle s’en prend trop violemment à la loi, en utilisant certains passages de Paul, elle aboutit à faire naître des hérésies comme celle de Marcion qui radicalisait la pensée de Paul. Et cette doctrine de Marcion pour qui Christ a révélé un Dieu radicalement différent du Dieu de l’Ancien Testament, je ne suis pas certain qu’aujourd’hui encore de nombreux chrétiens ne pensent pas ainsi !

Le symbole des apôtres qui, curieusement ne fait aucune allusion au Dieu d’Israël, au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, me semble bien avoir subi cette influence.

 

Peut-être, est-ce aussi sous Constantin que s’instituera la liturgie dominicale quand  il décrétera dans l’empire le repos du premier jour de la semaine, Sunday, jour du soleil. Après le fameux concile de Nicée, premier concile œcuménique reconnu par l’Église Catholique Romaine, convoqué par Constantin en personne en 325, les conciles qui suivront ne manqueront pas de différencier les rites chrétiens et les pratiques juives.

 

On peut dire que, dans ce quatrième siècle, nous assistons au développement officiel d’un anti-judaïsme chrétien. Retenons quelques dates :

325 : Concile de Nicée. Au cours de ce concile, quelques problèmes disciplinaires seront réglés pour l’unité de l’empire ! On fixe la date de Pâques, différente de celle du peuple juif.

323 : Un édit demande aux chrétiens de briser tous leurs rapports avec le judaïsme sinon ils seront condamnés à mort.

338 : Réforme du calendrier. Celui du peuple juif était lunaire. Le calendrier romain est solaire !

364 : Le synode de Laodicée excommunie les chrétiens qui judaïsent et pratiquent le Shabbat.

 

Par-dessus tout, nous retiendrons surtout quelques figures célèbres de ce quatrième siècle, parce qu’ils ont marqué cette époque et qu’ils marqueront longtemps tous les siècles jusqu’à nos jours : Cyrille de Jérusalem, Cyrille d’Alexandrie, Augustin et Jérôme, pour ne citer que ceux-là.

 

 

CYRILLE DE JERUSALEM.

315-387. Evêque de Jérusalem, il a écrit dans ses catéchèses baptismales des textes qui ne manqueront pas de nous étonner, et qu’à ma connaissance les églises officielles ne me semblent pas avoir dénoncés. Dans une de celles-ci, au chapitre 18,25 (traduction de J.Bouvet, édition du soleil levant. Namur 1962, P.141), on peut lire :

« A partir du moment où les juifs, en raison des embûches qu’ils suscitèrent contre le Seigneur, furent rejetés de sa faveur, le Sauveur institua, à partir des païens, une seconde assemblée, notre sainte Eglise, à nous chrétiens. ».

Et c’est écrit à Jérusalem. Mais comment a-t-il pu oublier les premiers juifs qui ont reconnus leur Mashiah ? Alors, ayons le courage de nous regarder, nous chrétiens, qui nous affichons avec l’horreur de nos divisions dans cette ville de Jérusalem.  Nos attitudes sont-elles si loin d’un Cyrille de Jérusalem ?

 

 

CYRILLE D’ALEXANDRIE

376-444. Elu évêque en 412, la première partie de son épiscopat est marquée par l’immense autorité qu’il exerce sur cette ville avec un véritable pouvoir que lui donne le pouvoir romain. On sait combien le peuple juif était influent dans cette ville depuis plusieurs siècles. Cyrille n’hésitera pas à user de tout son pouvoir pour expulser tous les juifs !

 

AUGUSTIN.

354-430. Le personnage est séduisant. Encore aujourd’hui. Il est né à Thagaste, en Algérie. C’est un romain d’Afrique du Nord, fidèle à la civilisation romaine. Il assistera à la chute de l’empire romain et son influence marquera fortement le moyen âge, Thomas d’Aquin et l’école scolastique.

Il a reçu une solide formation à Carthage et s’illustrera brillamment dans l’art de la rhétorique. Mais, contraint pour faire vivre sa famille, il sera professeur, rhéteur et il enseignera à Milan, après sa rencontre avec Amboise et sa conversion. Fidèle à une jeune femme pendant 14 ans, dont il aura un fils, Théodora, sous l’influence de sa mère, il devra rompre cette liaison.

L’intellectuel, en recherche, va se laisser séduire par les philosophies païennes au contact d’une foi qu’il veut « raisonnable ». A la mort de sa mère Monique, il se retirera et mènera pendant trois ans une vie monastique, de 398 à 391.

Elu évêque d’Hipppone en 395, il devient un ardent défenseur de la foi chrétienne et il combat très durement les doctrines des pélagiens et des donatiens. C’est autour de lui que se met en place tout un héritage dogmatique , en même temps que se creuse de plus en plus le fossé entre la Synagogue, le peuple juif, et l’Eglise.

 

JEROME.

374-411,420 environ. Figure ascétique et autoritaire, il a marqué son époque par une intense activité littéraire. Ni évêque, ni autorité ecclésiastique, il a été néanmoins conseiller auprès du pape Damase en 382. Mais il fait beaucoup parler de lui à Rome, et on le retrouve en 385 en orient, comme moine à Bethléem. C’est un latin. Il entreprend alors de reprendre le texte grec de la Septante et de rechercher le texte hébreu. Ce qui est fortement critiqué par Augustin qui lui reproche de faire droit aux juifs. Après un premier travail de traduction du texte grec en latin, en 359, il entreprend de retraduire en latin l’hébreu de l’ancien testament. A cette version, fut donnée le nom de la Vulgate. Il faudra arriver au huitième siècle pour que s’impose la Vulgate de Jérôme. C’est le concile de Trente qui officialisera cette traduction latine et qui fera autorité dans l’Eglise romaine. J’ai moi-même été formé dans cette lecture en latin de cette version ! Et c’était dans les années 1948-55 ! Il faudra attendre Vatican II pour que théologiens et exégètes soient invités à recourir aux textes originaux !

 

JEAN CHYSOSTOME.

344-407. Ce personnage fut, dans cette fin du quatrième siècle, un brandon de discorde. Vite indésirable au pouvoir civil et religieux, en 386, il se met, après un temps de vie monastique, au service de l’Eglise d’Antioche. C’est un pasteur prédicateur haut en couleur et ses attaques n’épargnent personne. Avec lui, on atteint le sommet des injures qui vont être proférées contre les juifs. Ses attaques ont été rassemblées dans une série de sermons qui serviront à alimenter un anti-judaïsme dont la chrétienté se nourrira longtemps pour justifier les pogroms. Faut-il citer ici ces écrits que Josy Eisenberg reprend pour les dénoncer :  «  les juifs sont d’éternels révoltés, ivrognes et débauchés. La Synagogue est un repaire de brigands et un lupanar, le siège des démons et de l’idolâtrie. ». Je n’ai pas eu connaissance de tels écrits au cours de mes études. Mais on m’a parlé de Saint-Jean Chrysostome dit « bouche d’or » !

Lisez le livre de Jules Isaac : «Genèse de l’antisémitisme ». Oui, il y a urgence à regarder courageusement tout ce que cet enseignement a laissé de pervers dans nos mentalités.

 

 

L’INCONTOURNABLE RETOUR AUX SOURCES HEBRAIQUES.

 

Accepterons-nous de nous remettre en question ? Sommes-nous prêts à accepter une autre nourriture, à penser juif, à penser en hébreu ? Accepterons-nous d’être nourris de cette sève qui monte du tronc d’Israël ?

Oui, il va nous falloir beaucoup d’humilité. Parce qu'au fond de nous-mêmes nous sommes jaloux de ce peuple juif. Pendant vingt siècles nous avons été marqués par cette jalousie déversée insidieusement dans nos mentalités. Avouons-le: cela nous dérange, cela bouscule nos sécurités…

 

Je vous propose, pour terminer cet exposé, de renverser la parabole des deux fils. Ne serait-ce pas nous aujourd’hui ce fils cadet qui aurait pris la place du fils aîné, et qui, jaloux, refuserait d’entrer dans la maison, dans cette maison d’Israël ?

Oui, c’est choquant. Nous ne sommes pas suffisamment prêts à nous dépouiller de tout ce qui nous a nourri, même de toutes ces déviances que nous avons accumulées et qui nous rassurent.

 

Pourtant, je crois qu’il nous faut lire les signes que ce Dieu fidèle, ce Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Yeshoua nous donne dans les rencontres avec nos frères juifs.  Qu’allons-nous faire de cet immense cadeau, de ce merveilleux privilège de rencontrer des frères juifs « nos frères aînés dans la foi au D. unique » ?

 

Cadeau ? Privilège ?  Ce fut un cadeau ? Ce fut un privilège  pour le peuple juif d’être le peuple de l’élection ?  Non, cela fut une lourde responsabilité, un lourd fardeau à porter pour le salut du monde. Yeshoua le dira et nous le dit aujourd’hui, avec encore plus d’actualité : « Le salut vient des juifs. ».

Peut-être que d’être greffés sur l’olivier franc d’Israël, que reconnaître d’être greffé dans la foi de Yeshoua,  nous fait peur. Aurions-nous peur d’appartenir par Yeshoua au peuple de l’élection, capable de dire  : « tout ce qu’a prononcé l’Eternel, nous l’exécuterons et nous l’écouterons. » ?

 

Et pourtant, aujourd’hui, en ces jours où Israël a retrouvé sa terre, où Jérusalem n’est plus foulée par les pieds des nations, n’est-elle pas en train de se réaliser la prophétie de Zacharie dans ce chapitre 8, au verset 23 :

« Ainsi parle l’Eternel-Cébaot : en ces jours-là, dix hommes de toute langue, de toutes nations, saisiront le pan de l’habit d’un seul homme Iéoudi en disant : nous voulons aller avec vous, car nous avons entendu dire que l’Eternel est avec vous. » ?

 

 

 

LA PAROLE DE DIEU EST HEBRAIQUE ET JUIVE

 

Depuis trois siècles avant le début de l’ère chrétienne, les communautés juives de la diaspora, loin de Judée, comprenaient de moins en moins l’hébreu ou l’araméen. Les judéens, eux, continuaient de parler ces langues.

 

Un événement sans précédent dans l’histoire du peuple juif, autour des années 250-300 avant  J־C allait bouleverser le  monde méditerranéen: la sainte bibliothèque hébraïque fut traduite en langue grecque. L’empire d’Alexandre-le-Grand, qui s’étendait depuis la Macédoine jusqu’à l’Inde, en passant par l’Egypte, allait imposer culture et langue grecque à tous ses territoires conquis sur l’empire perse. La koïné devenait la langue des échanges commerciaux.

 

La communauté juive d’Alexandrie, très florissante, allait ainsi rayonner sur toutes les communautés juives de la diaspora établies autour du bassin méditerranéen. Cette version grecque, dite de la Septante, sera alors diffusée dans toute la diaspora juive de ce monde civilisé. A son tour,  l’école d’Alexandrie sera marquée par les philosophies païennes: sagesse et pensée des philosophes grecs, tels Platon et Socrate, vont alors pénétrer les sphères du judaïsme. L’influence de Philon, juif d’Alexandrie, né aux environ de – 20 avant J.C., mort en 45 après J.C., sera si importante que le deuxième siècle de l’ère chrétienne reprendra son œuvre, alors que celle-ci sera abandonnée par le judaïsme.

Par contre, en Judée et en Galilée, la langue grecque paraît peu utilisée . Autour de Jérusalem, rabbis et docteurs de la loi semblent s’être opposés à la traduction de la bible hébraïque. Les communautés juives de Judée et de Galilée continuent de parler l’hébreu et l’araméen. Yeshoua parle l’hébreu avec les docteurs de la loi et les scribes. Il lit la Torah en hébreu et, entouré de tous ces illustres savants, il parle en hébreu. Avec le peuple des pécheurs du lac de Tibériade, avec le peuple des artisans et des paysans, sans aucun doute parle-t-il l’araméen, comme d’ailleurs nous le laisse entendre l’évangile selon Marc.

 

Et les scribes, les écrivains professionnels de l’époque prennent des notes, en hébreu, certainement. Pourquoi ? Mais parce que Yeshoua qu’on écoute, c’est le plus grand des prophètes ! Alors, autour de lui, comme on le faisait pour Isaïe et Jérémie et tous les autres prophètes autrefois, les scribes écrivent… en hébreu, bien sûr !

 

Pour le juif, c’est une conviction. Mais pour un chrétien qui a été nourri de la version grecque de la Septante, de la traduction à partir du grec des évangiles et du livre de la Révélation (Apocalypse), de la traduction de la Vulgate, à partir du grec en latin par Jérôme, quelle démarche audacieuse ne lui faut-il pas entreprendre pour franchir vingt siècles de doctrines enracinées dans ces langues grecques et latines porteuses de tant de philosophies étrangères à la pensée hébraïque !

Il y a  quelques années, un rabbin disait à un pasteur: « Vous, chrétiens, vous vous êtes coupés du tronc d’Israël, dont vous n’étiez que des branches, et vous vous êtes bouturés dans des cultures et des philosophies païennes. Et vous avez produit d’autres racines que celles que vous devriez avoir et, tandis que vous gardiez une certaine dimension biblique et juive, vous avez mélangé tout cela avec ce que vous suciez dans les cultures et les philosophies païennes.

Il s’agit donc maintenant de vous couper de ces philosophies païennes et de vous regreffer sur le tronc d’Israël. »

 

Quel travail d’épuration ne faudra-t-il pas entreprendre ?  Que d’émondages à faire ! Se regreffer, oui, mais comment ?

 

 

 

L’HYPOTHESE DE TRAVAIL ET DE RECHERCHES DE CLAUDE TRESMONTANT.

 

Prenons donc le risque de l’hypothèse de travail de Claude Tresmontant : sous le grec des quatre évangiles et du livre de la Révélation (Apocalypse), il y a un texte hébreu.

 

Claude Tresmontant connaît bien le grec. Il maîtrise aussi l’hébreu. Il a sous les yeux la sainte bibliothèque hébraïque traduite en langue grecque. Il s’agit donc de retrouver le lexique hébreu-grec. Pas à pas, il entame ces recherches et acquiert la conviction que « les septantes » n’ont pas hésité à tordre le cou à la syntaxe et à  l’analyse grammaticale de la langue grecque pour demeurer fidèle aux Ecritures de la sainte bibliothèque hébraïque. Autrement dit, le grec de la Septante, ce serait le mot à mot de l’hébreu. De là, à penser que les traducteurs des quatre  évangiles et du livre de la Révélation qui avaient sous les yeux des notes et des textes originaux en hébreu, aient eu, eux aussi, la même disposition d’esprit que les traducteurs de la Septante, et l’hypothèse pouvait apparaître très séduisante. Restait donc à en apporter une démonstration aussi scientifique que possible.

 

Mais c’était se heurter à un courant majoritaire d’exégètes, surtout allemands, qui ne tolèrent pas au fond d’eux-mêmes que le christianisme ait des racines hébraïques. Formés dans le cadre de la philosophie kantienne, - et c’est cette philosophie qui m’a été enseignée au cours de mes études philosophiques, bibliques et théologiques pendant plus de cinq années, - il était affirmé que nous ne pouvions atteindre par les quatre évangiles que la foi des premières communautés chrétiennes de la fin du premier siècle après J.C.  Nous pouvions atteindre la représentation, mais nous ne pouvions pas atteindre l’être lui-même. Impossible donc de pouvoir prétendre atteindre Yeshoua lui-même, les communautés chrétiennes faisant écran entre Lui et nous !

 

Claude Tresmontant a rencontré beaucoup d’obstacles. Fortement critiqué, voire ridiculisé, son énorme travail ne trouvait pas d’éditeurs. Un seul a osé se lancer dans l’aventure : L’O.E.I.L, soutenu par un ami de Claude, Jean-Francois-Xavier Guibert. Le résumé de ce travail a d’abord été publié sous le titre : LE CHRIST HEBREU. Succès de librairie qui a conduit ensuite Albin Michel à reprendre ce résumé dans la collection « Espaces libres » dans les livres de poche…

Il semble que les travaux de Claude Tresmontant refont surface aujourd’hui.

 

Sans doute aussi, parce que nous assistons à un enrichissant dialogue avec le peuple juif et les récentes découvertes des « manuscrits de la mer morte ».

 

L’HYPOTHESE DE CE TRAVAIL AU CONTACT DES « MANUSCRITS DE LA MER MORTE »,   ET EN L’ETAT ACTUEL DE L’ETUDE DE CES MANUSCRITS.

 

En l’état actuel des récentes découvertes de ces manuscrits et des dernières études qui sont encore loin d’être achevées, l’hypothèse de travail et de recherches de Claude Tresmontant et de ceux et celles qui poursuivent ce travail, trouve un regain d’intérêt, d’autant plus qu’un certain nombre d’éléments viennent appuyer cette hypothèse.

 

Bien entendu, comme nous n’en sommes que dans une phase de balbutiement en matière d’étude de ces manuscrits et dont certains n’ont pas encore été publiés, il nous faut rester prudents et ne pas tirer des conclusions hâtives comme certains chercheurs non croyants et fortement marqués même par un antisémitisme qui n’hésitent pas à écrire :

 

« Ce serait sans doute, souligne Edmond Wilson, dans son livre intitulé « the serolh from the dead sea », un immense bienfait pour les échanges culturels et sociaux – c’est-à-dire pour la civilisation – si la montée du christianisme était, enfin, généralement considérée comme un simple épisode de l’histoire de l’humanité et non propagée comme un dogme et une révélation divine. L’étude des manuscrits de la mer morte, inclinerait-on à penser, prend maintenant une direction où elle ne saurait manquer de conduire à cette perspective. » (P.114).

 

N’est-ce pas manquer d’objectivité scientifique dans l’état actuel des recherches et d’études en cours que de reprocher aux chercheurs juifs et chrétiens de rechigner à admettre déjà des conclusions logiques quand toute la lumière sur les manuscrits n’a pas encore été faite ?

 

Voilà pourquoi nous resterons prudents. En l’état actuel des recherches sur ces manuscrits nous retiendrons surtout que ceux-ci ont pu être datés entre – 250 avant J.C. et 68 après J.C., qu’ils sont écrits en langue hébraïque et en araméen ! Rien que pour cela, ils représentent un atout important dans l’hypothèse de travail et de recherches de Claude Tresmontant.

 

Pour illustrer notre propos, je citerai un passage du livre traduit de l’anglais par Sylvie Carteron  "L’aventure des manuscrits de la mer morte" publié sous la direction de Hershel Shanks aux éditions « Le Club ».

Au chapitre 15 de ce livre, ‘Parallèles à l’évangile de l’enfance, de Luc, dans un rouleau inédit des manuscrits de la mer morte, et que Hershel Shanks, lui-même, a pu, grâce à une fuite, se procurer, j’ai découvert que ce fragment de manuscrit désigné par le signe 4Q246 présente des ressemblances remarquables avec un passage de l’annonciation dans l’Evangile de Luc 1,32-35. Dans le fragment en question, on trouve :

« (X) sera grand sur la terre. (O roi, tous (les peuples) fer (ont la paix), et tous (le) serviront. (Il sera appelé le fils) d (u G )rand (Dieu), et par son nom sera acclamé (en tant que) le fils de Dieu, et ils l’appelleront fils du très haut. ».

 

C’est la première fois que l’on a trouvé le terme de « fils de Dieu » dans un texte, hors de la bible hébraïque ! Quel coup pour les exégètes de l’école allemande pour lesquels des termes comme « très haut, fils de Dieu, fils du très haut » étaient nés dans le monde grec, hors de Judée.

Quel coup aussi pour les tenants de l’exégèse classique qui soutiennent que les quatre évangiles ont été directement écrits en grec. Or le fragment provenant de la grotte 4 de Qumram est écrit en araméen, langue qui fut certainement parlée par Yeshoua !

 

« Ce court fragment, écrit l’auteur Hersel Shanks, montre le genre de lumière que l’on peut attendre du corpus non encore publié, quand les savants auront eu la possibilité de le lire et de l’assimiler. ».

 

 

Oui, nous pensons qu’il est sage d’entrer dans cette hypothèse de travail. Surtout parce qu’elle a le mérite de nous approcher de Yeshoua lui-même. Surtout pas pour régler de vieux comptes avec les enseignements que j’ai reçus. Surtout pas pour partager des rancœurs comme pourrait le laisser supposer cette déclaration de Claude Tresmontant, en parlant des deux philosophes allemands Hegel et Heidegger qui ont écrit leurs œuvres en langue allemande : « Supposons que leurs écrits allemands aient été perdus et qu’ils ne nous restent que les inénarrables et parfois hilarantes traductions en langue française. Supposons que des chinois veuillent comprendre la pensée de ces deux philosophes, n’auraient-ils pas intérêt à s’interroger sur le texte allemand qui se trouvait derrière la traduction en langue française ? »

 

Nombreux sont les traducteurs des Saintes Ecritures qui ont essayé d’être fidèles aux manuscrits qu’ils avaient à leur disposition. Mais pourquoi, par fidélité à une parole de Dieu donnée en langue hébraïque, ne pourrions-nous pas avoir l’audace de rechercher sous le texte grec, le texte hébreu ? Surtout pour retrouver Yeshoua lui-même, surtout quand sa prière, la veille de son arrestation, de sa mort et de sa résurrection prend  le goût de l’authenticité, dans cet évangile de Jean, qui est sans doute le premier de nos quatre évangiles !

 

Alors imaginez le choc que fut pour moi cette hypothèse de travail et de recherches de Claude Tresmontant. En m’invitant à relire le texte grec des quatre évangiles, et à découvrir que, sous ce texte, il y avait un texte hébreu, c’était comme si des écailles me tombaient des yeux. J’allais avoir des réponses à des tas de questions que je m’étais déjà posées.

 

Cet évangile de Jean, qu’on a longtemps admis pour être le dernier, était sans doute le premier de nos quatre évangiles, contemporain  même du rabbi galiléen !

 

Marcel Baratoux

 

     Retour haut de page               Retour à la page d'accueil     

Si vous souhaitez réagir au contenu de notre site, écrivez-nous 

et vous pourrez ainsi apporter votre contribution au forum de COEUR.