|
Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
|
Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
|
A propos du livre LA PROMESSE du cardinal Lustiger
Le
témoignage d’un pasteur protestant Le livre
de Monseigneur Lustiger « La Promesse » est le livre le plus édifiant
que j’aie lu depuis longtemps. Une véritable lumière dans la nuit de notre
temps, dans la confusion doctrinale, dans la méconnaissance d’Israël et du
Christ au sein même de nos églises. Je l’ai
lu trois fois et chaque fois que je l’ouvre, j’y trouve des perles qui me
donnent envie de le relire. Je ne saurai trop recommander la lecture de ce
livre, même à ceux qui ne s’intéressent pas à Israël : ils y trouveront
une source pour leur foi en Jésus le
Messie, un commentaire de l’évangile ouvrant des pistes inexplorées. D’où
vient au Cardinal Lustiger cette faculté de nous éclairer, de nous guider vers
une meilleure connaissance de Jésus-Christ et du coup, d’Israël ? Il le
dit lui-même dans son livre : 1. par l’Esprit Saint, en acceptant d’être
crucifié avec Jésus et de prier avec Lui pour Israël, pour les nations, sans
juger mais en participant à l’humanité avec ses faiblesses, le croyant en Jésus
accomplit un travail lent, douloureux, pour se libérer de l’antisémitisme,
véritable paganisme qui s’est emparé de la chrétienté. On peut être chrétien et
être païen, parce qu’on a fait de Jésus notre idole. Seuls les Juifs peuvent
nous aider à ce que ce Jésus en qui nous croyons comme Messie, ne devienne pas
une idole de plus dans le panthéon des religions païennes. 2. Par la méditation de l’évangile. On pourrait
donner comme sous-titre au livre « La Promesse » : commentaire
de l’évangile selon Saint-Matthieu. Bien des textes de cet évangile
sont lus avec un éclairage nouveau, inattendu. Il
est difficile de résumer le livre, parce que tout y paraît important et on
risque de trahir la pensée de l’auteur. Si cet article vous laisse sur votre
faim, ce sera bon signe : tout le livre mérite d’être lu. Il
paraît être la quintessence (donc déjà un résumé) d’années d’enseignement prié.
Difficile de le résumer encore. A
la demande de la revue Yerushalaim, je vais essayer néanmoins de résumer ce
livre, en suivant d’abord le plan de l’évangile de Matthieu, puis en
sélectionnant quelques phrases remarquables. Signalons qu’un Juif,
Claude Vigée a lui aussi été enthousiasmé par ce livre et a consacré un chapitre
de son dernier livre « Dans le creuset du vent » (Ed. Parole et
silence) au commentaire du livre de Lustiger : « le double fardeau de
la promesse ».
A.) Commentaire de
Matthieu :
Matthieu
1 et 2 : Ces deux
premiers chapitres de Matthieu sont des prophéties de la vie de Jésus jusqu’à
la fin des temps. La généalogie, c’est l’histoire d’une élection, d’une
singularité. Les païens devront faire le même chemin que les mages pour
accueillir le Messie : il faudra venir L’accueillir dans sa généalogie,
dans son histoire, celle d’Israël. C’est seulement ainsi qu’ils auront la grâce
que cette histoire devienne aussi leur propre histoire. Mais à l’opposé des
mages, le païen Hérode refuse l’élection, veut se substituer à elle. Et la
conséquence en est que Rahel pleurera ses enfants, victimes de notre
antisémitisme ; Rahel refusera toute consolation : c’est ce
péché des païens qui sera stigmatisé par Jésus : « mais si quelqu’un
scandalisait un de ces petits qui croient en moi… il vaudrait mieux qu’on le
jetât au fond de la mer (Mt 18/6)» Quand les Juifs perdent la foi en YHWH à
cause de l’excès des souffrances infligées par les païens, les chrétiens païens
doivent se poser des questions. Parce que des païens viennent à Bethléhem, les
enfants juifs de Bethléhem sont tués ! Les païens sont au bénéfice de
l’alliance, au moment même où ils provoquent la Passion du Messie d’Israël. Car
le bébé Jésus n’échappe en fait pas au massacre : il est
« nétsèr » (Esaïe 60/21) c’est-à-dire gardé pour un massacre qui aura
lieu plus tard, à Golgotha. La prétendue adoration du Messie par Hérode est un
mensonge. Le massacre de Bethléhem sera la vérité de ce mensonge (à partir de
ce commentaire de Lustiger, on comprend l’allusion : est-ce que la Shoah
ne serait pas la vérité du mensonge de la chrétienté qui prétend adorer le
Christ ?). Chaque acte antisémite est un aveu explicite de notre
paganisme. De même que les chrétiens catholiques ont dit pendant des siècles
que les Juifs étaient un peuple déicide, on pourrait dire que les chrétiens sont
un peuple déicide, puisque le Messie et
son peuple c’est tout Un. A cause de Jean 8/44 les Juifs étaient qualifiés de
diables, mais depuis 20 siècles d’antisémitisme meurtrier on pourrait aussi
qualifier les chrétiens de diables.
Pour la foi chrétienne, le problème des Juifs est le refus du Messie tel
qu’Il se donne et le problème des nations-goyim est le refus de l’élection
telle que YHWH la donne. Ces deux péchés ne peuvent être dévoilés qu’à la
croix, où le pardon est donné en même
temps que le péché est révélé. Si le péché d’Israël et des nations était révélé
ailleurs qu’à la croix, ce serait tellement lourd à porter qu’on n’aurait que
le choix entre s’endurcir contre toute culpabilité, ou se laisser écraser par
la culpabilité (suicide). Matthieu
3 et 4 : un petit
mot passe inaperçu dans le récit du baptême : « nous ».
« Il nous faut accomplir ainsi toute justice » dit Jésus à Jean. Jean
Baptiste et Jésus ensemble, accomplissent toute justice. Israël et Jésus. Les
prophètes de l’A.T. et Jésus. L’Ancien Testament est indispensable, il est un
chemin nécessaire et actuel, véritable. Ne pas faire ce chemin, c’est mépriser
le Messie au moment où nous disons l’honorer, le réduire à un mythe, une figure
mythique à laquelle la raison occidentale impose son triomphe. Au baptême,
Jésus reçoit du Père seul le titre de Fils comme Israël l’a reçu. Quand Pierre
utilisera lui aussi ce titre, par révélation, il est aussitôt un scandale pour
Jésus : il veut s’opposer au chemin de Jésus qui conduit à la croix. D’après
I Corinthiens 10/2-4 Israël tout entier a vécu le baptême. Quand les païens
sont aussi baptisés, cela n’enlève rien au bien propre d’Israël. Le baptême est une incorporation au Christ,
mais il est aussi, indissolublement, une incorporation à Israël. Comme Israël
au désert du Sinaï, puis dans le désert de l’exil chez les nations, Jésus sera
tenté, c’est-à-dire qu’il devra reconnaître si oui ou non YHWH est sa seule
source de vie, si la Parole d’YHWH est capable, elle seule de vaincre la mort. Par le récit de la tentation de Jésus,
Matthieu décrit Jésus comme étant l’Israël obéissant. La Loi donnée à Israël a
permis à celui-ci de faire l’expérience de son impuissance, de son échec devant
les exigences de Dieu. Matthieu
5 : les doux
qui héritent de la terre, c’est Israël. Il s’agit de la terre d’Israël. La
douceur, la non-violence consistera pour Israël en tant que peuple à accepter
de se désapproprier de lui-même : alors il est constitué comme peuple sur
sa terre, comme terre-peuple-propriété de YHWH. Tous doivent passer par cette
expérience : « si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à
lui-même… » (Mt 1624) Matthieu
25 et suivants : la
parabole des talents raconte le jugement d’Israël qui a respecté strictement la
loi du dépôt (Lév.5/21-26). Sur ce point, ne pas vouloir être en faute est une
faute: car le dépôt, la Thorah ne demande qu’à se multiplier, fructifier, c’est
une Parole vivante. La
parabole des brebis et des boucs raconte le jugement des GoYiM, comme Matthieu
le dit explicitement. Il y a donc aussi un jugement des nations en tant que
nations, par rapport à leur comportement vis-à-vis des plus petits des frères
de Jésus, qui sont les Juifs. Avec
Matthieu 27 : 51-53 on voit que la résurrection est déjà venue, dès la
crucifixion. Il faut
vraiment une imagination sans foi pour voir dans la demande du peuple
(« que son sang retombe sur nous… » Mt 27/25) une réprobation. Il y a
allusion à l’alliance, toujours scellée dans le sang (Exode 24/8). B.
Phrases remarquables de Mgr Lustiger :
- L’Eglise
n’est pas un autre Israël. Elle est l’accomplissement même en Israël du dessein
de Dieu. - L’Eglise
catholique, c’est l’Eglise selon la totalité, c’est-à-dire des Juifs et des
GoYiM. - Le péché
ne se révèle que dans la miséricorde - L’indissolubilité
du mariage est fondée sur l’indissolubilité de l’alliance YHWH-Israël. - Le
Nouveau Testament n’est pas autre chose que le Deutéronome (2° loi) - La
nouveauté du commandement de l’amour ne réside pas dans la loi, mais dans la
possibilité de l’accomplir. Au jeune homme riche Jésus propose la loi comme
chemin de vie éternelle. La nouveauté, c’est que Lui l’accomplit. - Autant
qu’un précepte donné à l’homme, la Loi est révélation de l’action de Dieu et de
son mystère : elle nous permet d’agir comme Dieu. - Dieu
observe le commandement « tu ne tueras pas » en ressuscitant les
morts. - Le
pardon est une résurrection des morts. - Nous
sommes donnés au Christ pour que nous ayons part au mystère d’Israël - Il faut
que la volonté de mort des hommes soit manifestée pour que le Messie crucifié
puisse nous la retourner non pas en mort, mais en pardon, en vie. - Auschwitz
est un crime contre l’élection. - Quand le
secret de l’élection est exposé au monde, il provoque la dérision. - Même
pour Israël sa propre souffrance est une énigme. - Le
Christ n’explique pas sa Passion. Il l’annonce puis il se tait et y entre. La
seule manière pour nous de la comprendre, c’est de le suivre. Mais nous ne
pouvons Le suivre qu’au prix de Son pardon, car quand l’occasion nous en est
donnée (Simon-Pierre), nous fuyons. - La
puissance assimilatrice des civilisations et des peuples réduit la foi prêchée
au contenu des religions archaïques. La puissance que l’homme se donne à
lui-même est la plus subtile et la plus moderne des idolâtries. - L’Eglise
a fait du Christ le Dieu des païens. Elle ne pourra recevoir le Christ que si
elle reconnaît Israël. - Israël
persécuté est une figure du Christ humilié - Notre
méconnaissance d’Israël est le test de notre méconnaissance du Christ que nous
prétendons servir. - Le don
de l’Esprit crée l’Israël obéissant. - On
essaie, par des moyens humains, de faire de la société chrétienne une figure du
Royaume des cieux, alors qu’elle n’en est que la caricature souvent infernale. - Pour le
Juif, la venue du GoY à la foi messianique lui démontre la gratuité et la
fécondité du don qu’il a reçu. - Le
destin de « tout Israël » est d’être sans cesse dépassé par son
destin - Vouloir
détruire les Juifs, c’est conduire l’humanité au suicide. - L’homme
ne peut vivre dans la justice que s’il se sait lui-même injuste. - N’est-ce
pas le peuple juif qui a été le témoin le plus visible de l’eschatologie
pendant ces 15 derniers siècles en Europe ? - Peuple
de témoins malgré eux, en dépit d’eux-mêmes, les Juifs vivent leur fidélité
jusqu’au bout, dans le péché peut-être, mais ils sont les témoins que le
Royaume de Dieu n’est pas de ce monde. - Il est
logique que l’Eglise découvre l’œcuménisme en même temps que son antijudaïsme. - L’endurcissement,
c’est l’auto-aveuglement du pécheur. Il est dans une misère d’autant plus
grande qu’il ne la mesure pas et ne s’en rend pas compte. - Il faut
accepter que les Juifs se définissent comme ils l’entendent. - Sans les
Juifs, l’universalisme chrétien pourrait se dissoudre dans un humanisme
abstrait. - Juifs et
chrétiens ont une foi commune et un conflit commun. Mais ce conflit s’inscrit
dans l’attente de l’accomplissement de l’histoire humaine selon la volonté de
Dieu. Au lieu que ce conflit provoque des blessures, il faut vivre ce conflit
dans l’espérance d’une lumière toujours plus grande. Le
cardinal Lustiger termine sur le grand espoir que représente pour lui la
résurrection d’une « ecclesia ex circumcisione » d’une église issue
de la circoncision, espoir que partage Ruben Berger, un pasteur juif
messianique à Jérusalem : c’est la première fois depuis presque 20
siècles, qu’une communauté de Juifs croyant en Jésus, priant en hébreu a resurgi, et cela grâce à l’état
d’Israël (première messe en hébreu en 1956). Mais le
travail de discernement, depuis Vatican II et les démarches entreprises par
Jean-Paul II, ne fait que commencer.
Matthias
Helmlinger, pasteur
des Eglises Réformées de
Chalon sur Saône et Sornay, le 26
janvier 2004 |
|
Si vous souhaitez réagir au contenu de notre site, écrivez-nous Nous publierons les échanges les plius intéressants dans le tableau "Forum" |