|
Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
|
Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
|
Avec
l'A.J.C.F. à Jérusalem Reportage de Michel Berger
CŒUR a tenu à appuyer
l'action de l'A.J.C.F. (Amitié Judéo-chrétienne de France) en participant au
voyage qu'elle organisait en Israël pour remettre son prix au Père abbé d'Abou
Gosh. C'est ainsi qu'Elzbieta Amsler, Joël Putois, et Michel Berger se sont
joints à la délégation officielle française pour ce voyage qui eut lieu du 25
au 31 octobre 2002. Nous rendons compte ici
de cette visite en Terre Sainte, d'une part en prenant des extraits du
compte-rendu qu'en fit Michel Berger, d'autre part en empruntant quelques
phrases du récit qu'en fit Paul Thibault, le président de l'AJCF, dans les
colonnes de la revue SENS. Tout d'abord, c'est d'un
sentiment unanime que les remerciements ont été envers le père Patrick Desbois,
délégué épiscopal pour les relations avec le judaïsme, organisateur du voyage,
et à Jean-Marie Allafort qui fut sur place un accompagnateur remarquable. Une
messe solennelle dans la basilique permit de découvrir ces lieux marqués
d'histoire. Les religieux et religieuses d'Abou Gosh ont fait de cette église,
de ce couvent, un lieu de sérénité et d'accueil dans un pays et une ville où
régnent la méfiance et la division. Cette institution catholique en milieu
israélien — se distinguant donc des établissements religieux classiques
"en Terre Sainte", aussi bien que des expressions du Christianisme
arabophone - n'est aucunement une institution partisane: elle apporte à ceux
qui la fréquentent, la visitent, la regardent, un peu de la confiance espérante
et exigeante dont ils ont besoin pour sortir de l'intrication négative
actuelle. En tout cas, dans ce milieu divisé, conflictuel, qu'est le
Christianisme à Jérusalem, il nous est apparu que cette présence, cette
capacité d'attention était reconnue par tous et valait au Père Gourion l'estime
et l'amitié générales. Cela justifie bien le prix que voulait lui remettre
l'AJCF, prix qui rejaillit évidemment sur toute la communauté.
Parmi les autorités civiles, des
diplomates de haut rang avaient tenu à participer à la cérémonie religieuse.
L’ambassadeur de France à Tel Aviv, son excellence M. Jacques Huntzinger, le
Consul général de France à Jérusalem, ainsi que M. Gazi Golan, responsable
israélien au Ministère des Affaires Etrangères pour les relations avec les
organismes religieux. A l’issue de
la célébration basilicale, une réception chaleureuse et amicale dans les
jardins de l’abbaye a permis de nombreux partages authentiques et fraternels.
Le site d’Abou Gosh est un lieu chargé d’histoire et hautement symbolique. Sa
mémoire remonte à plus de trois millénaires. Bien des événements sont liés à ce
site: l'un d'eux est lié au souvenir de l’Arche d’Alliance, laquelle, après
avoir été restituée par les Philistins qui s’en étaient emparés, a attendu une
vingtaine d’années au sommet de la colline voisine de Qiriath Yearim, que le
roi David, roi messianique par excellence, vienne la chercher pour la mener en
dansant à Jérusalem. Il est aussi
de tradition d'y situer le lieu où les pélerins d'Emmaüs firent halte avec leur
mystérieux visiteur. Après l’intermède chrétien des croisés, qui y ont
construit la splendide basilique romane, la présence chrétienne a repris vie le
1er Mai 1976, jour où les frères Jean-Baptiste, Charles et Alain ont
célébré leur première messe en Terre Sainte. Envoyés en Israël par Dom
Grammont, abbé bénédictin olivétain du Bec Hellouin, ils retrouvaient la terre
des origines, celle de nos pères dans la foi. Ils étaient venus pauvrement et
silencieusement, accueillants aux résonances mystérieuses de la parole de Dieu
et fidèles à l’espérance eschatologique de l’Eglise, humblement à l’écoute de
cette Terre Sainte, dont les pierres même crient et chantent l’attente de toute
terre. Il ne s’agissait pas de judaïser, précisait alors Dom Grammont, mais de
reconnaître la pierre dont nous avons été taillés et de donner à nos frères
juifs le témoignage d’une vie
authentiquement pénétrée d’une belle prière, dont ils nous ont donné les
poèmes, spécialement dans les psaumes. Avec
beaucoup de réalisme, la communauté bénédictine d’Abou Gosh, moines et
moniales, a tissé des liens invisibles, parfois inattendus, par exemple avec le
service culturel de l’armée israélienne, mais toujours uniques avec tous.
Proche de l’église locale palestinienne et de la petite communauté hébréophone,
dont le père Gourion a été promu Vicaire Episcopal, elle est aussi liée à
nombre de musulmans et de juifs. Aujourd'hui, Abou Gosh est une bourgade arabe
israélienne vibrante de vie. L'après-midi du dimanche
fut marqué par un colloque organisé entre les participants et quelques
personnalités au Kibboutz de Maale Hachamisha. Les intervenants évoquèrent
l’ensemble des initiatives de compréhension réciproques entre juifs et
chrétiens en Israël même. Nous résumons ici leurs interventions : Sœur Anne-Catherine Avril :
il existe de nombreuses
initiatives de contact et de dialogue
entre juifs et chrétiens, mais cela ne se sait pas. Il y a une carence
dommageable de relais médiatique dans ce domaine. L’Université de Bethléem, a été fondée par les Frères des Ecoles
Chrétiennes, pour former des Guides palestiniens en terre d’Israël. De
nombreuses initiatives pragmatiques fonctionnent sur le terrain pour travailler
ensemble à la justice et à la paix. Le rôle des couvents est
considérable dans le dialogue judéo-chrétien. Depuis le voyage de Jean-Paul II,
les monastères chrétiens suscitent un grand intérêt chez les juifs. Ils
affluent dans les couvents, avides de silence et curieux de rencontrer l’autre.
Bon nombre d’étudiants juifs se lancent dans des travaux universitaires sur ces
communautés et les religieux sont de plus en plus sollicités pour des
collaborations et des manifestations culturelles. Pour le père Marcel Dubois, o.p. qui enseigne la philosophie à
l’Université Hébraïque de Jérusalem, il semble de plus en plus que le mystère
d’Israël est un mystère de silence. Or, selon lui, la vocation monastique fait
apparaître comme une manière chrétienne de réaliser l’idéal juif : la louange, la prière et l’espérance. Sœur Anne-Catherine Avril témoigne encore de l’accueil de
contingents de soldats de Tsahal au sein de l’abbaye d’Abou Gosh (par le frère
Olivier en particulier) avec une remarquable ouverture d’esprit M. Gazi Golan, chargé des affaires religieuses au Ministère
israélien des Affaires Etrangères, souligne lui aussi l’ambiance amicale et
d’accueil particulièrement chaleureux d’Abou Gosh. Toutefois, il croit observer
encore chez ses compatriotes, en général, une grande ignorance du catholicisme
et la persistance d’un certain sentiment de crainte, voire de haine envers la
croix. Il constate, d’autre part, que le nombre de chrétiens (non-arabes) est
en constante augmentation en Israël (main d’œuvre immigrée temporaire, surtout
philippine, ainsi que les orthodoxes issus de l’Europe de l’Est). Enfin, pour
des raisons ecclésiales probablement non-dénuées d’arrières pensées politiques,
il émet le souhait de l’instauration d’une église catholique israélienne
autonome, non soumise à la juridiction ecclésiale du patriarche catholique
latin, Mgr. Sabbah La journée du lundi 28
Octobre fut consacrée au Colloque du Cinquantenaire du CNRS à Jérusalem,
présidé par M. D. Bourel et intitulé : « 50 ans de recherches
françaises en sciences sociales, archéologiques et études juives ». En fin d’après-midi, nous
avons bénéficié de la chance exceptionnelle (compte tenu de la situation
politique) de pouvoir visiter le Kotel, Mur Occidental, et toute sa partie
souterraine spécialement ouverte pour nous. Celle-ci a été l’objet de fouilles
archéologiques récentes très importantes, mises à jour et conservées sous forme
d’un musée. Il s’agit, sur environ 450 m, d’une succession linéaire de couloirs
et de pièces, qui borde le soubassement du Mur Occidental, longe par conséquent
la plate-forme du Temple et emprunte très exactement le tracé de la rue
principale de l’époque qui reliait l’extrémité de la Cité de David, sur le Mont
Sion, au centre de la cité. Le couloir débouche aujourd’hui au cœur de la
Vieille Ville, à proximité de la Via Dolorosa. Au dernier moment, pour des
raisons de sécurité, nous n’avons pu avoir accès à cette sortie en ville arabe. On parcourt ces lieux
avec émotion et respect, les vieilles pierres (plus de 2500 ans) témoignent de
l’histoire et constituent une mémoire irréfutable de la foi vivante de ce
peuple juif, nos frères aînés dans cette foi. La matinée du mardi fut
consacrée à une visite du site de Qumran avec le père Jean-Baptiste Humbert
o.p . chercheur archéologue, l’un des meilleurs spécialistes de ce site.
Les équipes sont israélo-françaises. Qumran est d’intérêt mondial et son site
est complexe. Il n’y a pas de plan d’ensemble. L’hypothèse ancienne d’une sorte
de monastère juif essénien, ou d’une école de copistes (travaux du père de
Vaux) est aujourd’hui remise en question. Le site serait plus vraisemblablement
une sorte de lieu de culte central (d’importance régionale), ou de pèlerinage,
le monde essénien se composant d’un réseau, couvrant l’ensemble de la Terre
Sainte, de petites communautés très fermées sur elles-mêmes, mais réalisant de
nombreux échanges entre elles. Les grottes de Qumran dans les falaises sont de
deux types : soit naturelles, soit creusées de main d’homme. Elles étaient
utilisées pour éviter à des objets sacrés de toutes sortes les profanations venant
des romains ou d’autres envahisseurs ou prédateurs, voire de certains juifs
impurs. C'est l'après-midi qu'eut
lieu la réception à la Knesseth: ce fut d'abord une rencontre amicale
d'échanges avec de nombreuses personnalités israéliennes et françaises, suivie
à 17h. de la remise solennelle du prix de l’A.J.C.F. au père Jean-Baptiste
Gourion. La cérémonie a été inaugurée par le chœur des moines et moniales
d’Abou Gosh au grand complet chantant en hébreu à quatre voix les versets du
Psaume 122 : ‘’ Appelez le bonheur sur Jérusalem, Paix à
ceux qui t’aiment ! Que la
paix règne dans tes murs, Le
bonheur dans tes palais’’. La qualité d’écoute était
impressionnante. Et l’on se met à rêver d’une terre où justice et paix
s’embrassent. Tel est sans doute le véritable secret d’Abou Gosh : nous
donner à espérer ! Les interventions successives sont
restées, peu ou prou sur le même registre : M. Hubert Heilbronn, fondateur du prix de l’A.J.C.F., M. Jean
Guéguinou, président de la Société des Amis d’Abou Gosh, M. Paul Thibaud,
président d’A.J.C.F., son Exc. M. Jacques Huntzinger, ambassadeur de France à
Tel Aviv, M. le Consul Général de France à Jérusalem. Pour éviter les critiques
des chrétiens arabes qui souffrent quotidiennement de la politique israélienne,
Paul Thibaud a bien souligné que la remise de ce prix dans l'enceinte de la
Knesset n'impliquait de la part de l'A.C.J.F. aucune prise de position
particulière quant à la politique de
l’actuel gouvernement israélien. La Knesset est le siège de l'Assemblée d'une
nation démocratique, non celui du gouvernement. Le père Gourion,
récipiendaire du prix, dans sa réponse, résume ainsi la quintessence de son
action apostolique : « Un
chrétien ne veut pas et ne peut pas choisir parmi les hommes. Faire choix,
c’est d’une certaine façon amoindrir ou éliminer l’autre (ou les autres). Le
seul choix évangélique possible, c’est d’aimer son prochain, c’est à dire tous
les hommes rencontrés sur le chemin et de reconnaître dans ces frères le visage
même du Christ ». -------------------- De tels contacts au sein
de cette terre si meurtrie, ne sont pas sans signification concrète: les
tensions sont extrêmes et les chrétiens n'échappent pas à l'ambiance de
controverse et d'oppositions. En dépit de ces difficultés, de tels contacts
doivent être poursuivis, ne serait-ce que pour affirmer notre solidarité peinée
avec tous ceux qui y souffrent et guettent le moindre signe d'espérance. Soulignons qu'au moment
des fêtes de fin d'année, une délégation des évêques de France s'est également
rendue en Israël, y rencontrant des personnes des deux bords. Ce qui a frappé,
ce fut leur volonté affichée d'écouter avec la plus grande attention, sans
aucunement prendre parti, mais en apportant leur sympathie à tous ceux qui y
souffrent, quelle que soit leur souffrance. |
|
Si vous souhaitez réagir au contenu de notre site, écrivez-nous Nous publierons les échanges les plius intéressants dans le tableau "Forum"
|
|
|