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Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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A propos
de la Déclaration du Vatican sur la Shoah. "Nous
sommes tristes que notre Eglise n'ait pu faire une déclaration plus
claire..." C'est le message que
j'ai reçu à plusieurs reprises depuis la publication de la déclaration du
Vatican sur la Shoah. Et les lettres
reprenaient généralement les remarques publiées par la presse, remarques en
général plus affligées qu'agressives. Le texte était probablement trop attendu
pour faire l'unanimité. Je me
permettrai, en tant que protestant, d'apporter une note plus positive à propos
de ce texte. Je relèverai ensuite ce qui me paraît être une contribution
essentielle au débat qui nous préoccupe. La
note positive d'abord: Il me semble que nous avions ici, en France, été
particulièrement marqués par la déclaration des évêques à Drancy; ce texte fut
partout salué comme un acte courageux et explicite. Il engageait l'église de
France, et s'adressait au public français. Un public qui était marqué par
plusieurs affaires politico-religieuses qui avaient forcément éveillé
l'attention du grand public. Je pense que le temps a été bien choisi pour cette
déclaration, ce qui ne fut pas la moindre raison qui la fit bien accueillir.
Par ailleurs, l'explication sur les origines d'une attitude pécheresse des
chrétiens vis-à-vis des juifs était claire et sans faux fuyants: elle
s'applique d'une façon tout-à-fait précise au public français, et justifie
d'ailleurs implicitement l'action de notre association, comme celle de tous
ceux qui ont lutté pour une révision de l'attitude chrétienne vis-à-vis des
juifs. Il suffit de relire les fleuves nauséabonds d'une certaine presse
religieuse au moment de l'affaire Dreyfus pour s'apercevoir, s'il en était encore
besoin, de la longueur du chemin à faire. Certes, la situation n'est plus ce
qu'elle était, mais il faut bien convenir que l'enseignement sur les racines
juives de la foi chrétienne est encore presque totalement à faire. Voilà donc
pour la situation française. La
déclaration du Vatican, elle, ne s'adresse pas seulement aux français, mais a
évidemment vocation universelle, s'adressant en premier lieu aux catholiques du
monde entier. Et on peut bien comprendre que les habitants des autres
continents ne se sentent pas concernés autant que nous par les horreurs de la
Shoah, et sont probablement moins informés que les européens à ce sujet, ce qui
explique le caractère plus didactique, donc peut-être plus froid, de la
déclaration romaine. Les européens, certes, sont plus directement concernés et
auraient effectivement supporté une déclaration allant plus loin; mais ils
peuvent se référer aux déclarations déjà publiées des Conférences épiscopales
de différents pays pour se faire une idée de la position de leur église. Les
regrets : Reste effectivement la
communauté israélite elle-même qui se trouve, une fois de plus, frustrée dans
son attente interminable d'une réelle reconnaissance de son identité propre.
Les juifs sont, depuis bien des siècles, dans une situation de rejet de la part
de l'humanité toute entière, tantôt accueillis pour l'apport qu'on espérait
d'eux, tantôt rejetés par ceux même qui
les avaient attirés, et ce, en raison de leur irrémédiable fidélité aux injonctions
reçues au Sinaï, fidélité qui les mettait rapidement au ban des différentes
sociétés au sein lesquelles ils vivaient, sans jamais s'y assimiler. On
peut comprendre qu'ils ont lu ces lignes avec une attention soutenue,
remarquant tout-de-suite ce qui ne s'y trouve pas, ou pas assez, à leurs yeux. Une leçon: Cet épisode des relations judéo-chrétiennes
nous donne donc au moins deux leçons. La première leçon, c'est que les textes ,
même s'ils sont rédigés et publiés avec les meilleures intentions ne peuvent
qu'aider, si on les lit avec le plus de bienveillance possible, au dialogue
direct, à l'entente concrète, à l'amour vrai. Chercher dans un traité de paix,
d'amitié, ou de repentance, d'aveu, plus qu'un simple instrument pour vivre
mieux, nous conduit à l'illusion et à la déception. Nous sommes donc, ici et
maintenant, appelés à nous engager avec plus de détermination encore dans un
nettoyage de nos domaines intérieurs personnels pour y traquer tout ce qui nous
conduit trop souvent à ne pas "regarder l'autre comme au-dessus de
nous-mêmes" (Philippiens 2:3) Une telle position constitue le vrai,
l'ultime témoignage que nous pouvons rendre de notre foi chrétienne. La seconde leçon, c'est que
nous ne sommes pas arrivés: le combat continue pour que nos églises, nos frères
et soeurs dans la foi, adoptent une attitude réellement correcte à l'égard du
peuple juif. Il faut arriver à une attitude vraiment débarrassée, non seulement
de l'antisémitisme païen hérité de notre histoire et de notre civilisation,
mais aussi de l'anti-judaïsme pseudo-théologique qui s'y est si souvent
incrusté, et qui nous a transformés à notre insu en "propre-justes",
infatués d'une prétendue supériorité de l'Eglise sur la Synagogue, des
héritiers de la Nouvelle Alliance sur ceux de l'Ancienne. Comme si l'Eternel était
comme ces parents indignes qui aiment mieux leur petit que l'aîné. Comme si
nous étions de meilleurs enfants du Dieu vivant que nos frères aînés dans la
foi: qui oserait le prétendre ?? Oui, le travail de rétablissement
de cette vérité-là reste à poursuivre et nous n'aurons pas trop de toutes nos
énergies pour cela. Rebondir : C'est sur ce dernier point que je relèverai
ce que j'ai appelé une contribution essentielle de la déclaration du Vatican.
Il y est question en effet, et c'est sans doute la première fois que ces deux
termes ont été mis en face l'un de l'autre d'une façon si claire, de
l'anti-sémitisme et de l'anti-judaïsme. Le texte nous invite donc à bien
approfondir ces deux notions qui ont été mêlées jusqu'à présent dans les
pensées. Un exemple simple de cette confusion peut être trouvé par exemple dans
un organisme très respectable, la LICRA, c'est-à-dire la Ligue Contre le
Racisme et l'Antisémitisme. Les buts de cette association lui sont certainement
bien clairs, mais le public a tôt fait de placer la défense des juifs derrière
cette appellation, ce qui n'est pas exactement le but, même si des juifs y sont
engagés. L'antisémitisme est, à
proprement parler, un sentiment, une politique, une volonté de considérer les
"sémites" comme inférieurs aux
autres races, ou dangereux pour elles. L'antisémitisme des nazis se
retrouve donc exactement dans cette définition, eux qui défendaient la
supériorité des aryens sur toutes les autres races et qui caressaient le projet
fou de constituer une élite dominant sur le monde entier, élite qui serait
constituée de "purs aryens". !. Cet antisémitisme nazi ne faisait
donc pas de distinction entre les juifs restés juifs sur le plan religieux, et
les juifs qui avaient choisi de devenir chrétiens. Le même antisémitisme, quand il
s'appliquait dans l'histoire aux populations juives, a pu conduire à des
violences horribles, telles que pogroms, exterminations, et finalement la
"Solution Finale" que fut la Shoah. Ces faits sont reconnus à
proprement parler comme des actes de génocide. L'anti-judaïsme est de
nature entièrement différente: c'est le sentiment de rejet du peuple juif en
raison, non de sa race, (s'il y en a une ? voir l'étude de J-M.Garrigues dans
ce même numéro de Yerushalaim. NDLR) mais en raison de son comportement social,
lequel est directement conditionné par ses pratiques religieuses. En milieu
chrétien, il s'attache à distinguer entre les tenants de l'Ancienne Alliance,
et ceux de la Nouvelle ayant été, dans ses pires extrémités, jusqu'à attribuer
aux premiers un caractère réprouvé, ténébreux, diabolique, méritant les peines
éternelles, donc par extension les peines directes, brimades, suspicions,
persécutions, exterminations, comme on l'a connu dans l'histoire. Le fer de
lance de l'anti-judaïsme chrétien est trouvé dans les Evangiles et dans les
lettres de St-Paul, en prenant des versets sortis de leurs contextes, par
exemple: "Que son sang retombe sur nous" (Matthieu 27:25) "Vous avez pour père le
diable" (Jean 8:44) "Il y a abolition d'une
ordonnance antérieure, à cause de son impuissance et de son inutilité, - car la
Loi n'a rien amené à la perfection - et introduction d'une meilleure espérance,
par laquelle nous nous approchons de Dieu" (Hébr.
7:18) L'anti-judaïsme est donc une
affaire religieuse, une querelle qui aurait pu rester au niveau des échanges
d'arguments. Mais hélas, anti-judaïsme et anti-sémitisme se sont mutuellement
enrichis. Déjà, au temps de l'Inquisition, par exemple, les premiers suspects
étaient les juifs convertis, accusés de ne pas être des "vrais"
chrétiens, sous le prétexte qu'ils ne pouvaient pas vraiment changer ! De même,
de nos jours: un ami de COEUR me racontait qu'ayant pris position ouvertement
dans sa paroisse pour un nouveau regard vers le judaïsme, il s'est vu aborder à
la fin de la rencontre par un autre membre de sa paroisse qui lui demanda, d'un
air suspicieux: "Mais vous, vous ne l'êtes pas aussi?" Celui qui me
racontait l'incident ajoutait, navré de la bêtise et de l'obscurantisme de son
interlocuteur: "J'avais l'impression qu'il me reniflait et qu'il mesurait
du regard mon nez !". Pour revenir à la
déclaration du Vatican, on doit donc reconnaître qu'on lui doit d'avoir remis
en lumière la distinction. Des journalistes n'ayant aucun intérêt pour la chose
religieuse ont cru voir dans cette partie du texte un distinguo subtil destiné
à se dédouaner à bon compte de l'accusation d'antisémitisme. Mais une telle
supposition est bien maladroite: si, effectivement, l'antisémitisme ne peut pas
être sérieusement reproché à l'Eglise Catholique, celle-ci au contraire se
place directement dans la situation d'inculpable pour fait d'anti-judaïsme.
Celui-ci, on l'a vu, est spécifiquement religieux, c'est un péché d'ordre
théologique, une erreur reconnue par les exégètes, erreur d'ailleurs qui a
influencé les enseignants, les catéchètes, les commentateurs, les traducteurs
de la Bible, pendant des siècles ! Mettre ouvertement en lumière
l'anti-judaïsme, loin d'être une manoeuvre tactique, se révèle donc être un
acte de franchise qui conduira forcément à un examen, non de conscience, mais
de théologie, qui portera sans nul doute de nombreux fruits. La déception au sujet
du texte du Vatican se mue ainsi en attente patiente puisque des commissions
sont au travail qui pourront déterrer de l'histoire les racines maléfiques qui
ont faussé l'équilibre de l'édifice; travail difficile et dangereux qui devra
conduire, n'en doutons pas, à des révisions sérieuses. Ce travail s'adressera
alors, non à ceux qui ont connu et vécu la Shoah comme le document récent, mais
à l'ensemble du peuple catholique qui devra porter un regard nouveau sur ses
convictions quant à l'histoire du salut. L'anti-judaïsme, là où il sera
reconnu, devra alors être extirpé par les théologiens qui auront la tâche de
redéfinir une théologie exempte de ses poisons de "Rejet" et
"Substitution" qu'ont dénoncé en leur temps avec force et pertinence,
des hommes comme Jules Isaac, l'un des fondateurs des Amitiés
Judéo-Chrétiennes. Au travail: Nous appelons de tous nos voeux, depuis la
fondation de COEUR, à une telle révolution. Avec la certitude qu'elle est
nécessaire dans toutes les églises chrétiennes, et pas seulement dans l'Eglise
Catholique ! Et nous sommes conscients que
notre prière est bien nécessaire pour accompagner un tel chantier. Et qu'avec
la prière, le labeur obscur et persévérant est toujours indispensable puisque
les meilleurs textes ne sont, nous le redisons encore, que vaines affirmations
s'ils ne sont pas vécus, incarnés, dans nos actes de tous les jours. Alors, amis, au lieu de nous
lamenter, au travail , persévérons ! Henri
LEFEBVRE |
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