Chrétiens et juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

LES VOIES CONTEMPORAINES

DE LA BARBARIE

                                                                                                   par Joël PUTOIS

paru dans Yerushalaim n°30 & 31

 Prologue

1942 - 2002, soixante ans.  Nous avons un devoir de mémoire. En juillet 1942 ont été entassés dans le Vel d’Hiv à Paris des milliers de Juifs, hommes, femmes et enfants, en prélude à l’entassement de Drancy, en prélude à l’entassement dans les wagons de transport  à Auschwitz et autres camps de la mort. Ces deux premiers entassements barbares, qui préparaient le troisième, pour lequel il n’y a dans aucune langue de qualificatif adéquat, étaient le fait d’autorités françaises mettant en œuvre une force publique française, en présence d’une opinion publique française paralysée, lâche et donc silencieuse.

 

Nous ne pouvons oublier. Et quelles que soient les horreurs qui continuent à être perpétrées aujourd’hui sur notre terre à l’encontre d’êtres humains eux aussi innocents, nous avons à nous recueillir devant cette mémoire. Elle est incontournable, car ces crimes-là bien français sont reliés, d’une façon invisible pour le plus grand nombre d’entre nous, à une longue histoire,  qui ne nous a pas été enseignée à l’école.

 

Il nous faut réfléchir sur la genèse au long des siècles, en France, en Occident, dans cette Europe chrétienne de tout ce qui a pu conduire à ces forfaits et à ces silences souvent explicables par des acceptations implicites, dont les racines plongent en profondeur dans nos cultures profanes et religieuses … Oui, il est nécessaire que cette Europe, qui travaille présentement à l’aménagement de ses structures politico-économiques, se préoccupe aussi de se chercher une âme présentable et digne de sa vocation parmi tous les autres continents.

 

C’est à une quête de ce genre que nous convions nos lecteurs.

                                                                                                                                             J.P.

 

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Introduction

 

 Le 20ème. siècle est terminé et nous avons abordé aux rives du 21ème. Durant cette période de l’histoire du monde, nous avons poussé notre civilisation à un niveau inouï dans d’immenses et merveilleux domaines. Mais nous avons également porté la barbarie à un paroxysme d’horreur inégalé depuis que l’homo sapiens-sapiens est apparu sur terre.

 

La connaissance de l’homme sur l’infiniment grand du cosmos, comme sur la structure intime de la matière, sur la maîtrise de la nature et de l’énergie, sur le vivant et notamment sur l’homme, corps biologique, âme mentale et spirituelle, toute cette connaissance-là, pouvons-nous dire, a bien plus progressé en un siècle que durant les 3000 ans qui ont précédé.

 

L’accélération des progrès de la connaissance et donc du pouvoir de l’homme est considérable et terrifiante, car il est évident qu’elle a été beaucoup trop rapide pour être maîtrisée. Elle a porté des fruits positifs, certes. Par exemple durant ce 20ème siècle, la population mondiale a été multipliée par plus de 3,5. Ce n’est pas fortuit. Mais en même temps le pouvoir de l’homme pour détruire, tuer, polluer, compromettre la vie, s’est accru encore davantage. Deux guerres mondiales d’une sauvagerie démultipliée par la technologie meurtrière ont tué directement des dizaines de millions d’hommes, et en ont mutilé et finalement indirectement tué, peut-être,  des centaines de millions.

 

L’espace a été largement effacé par la rapidité moderne des communications en tous genres, l’homme a marché sur la lune et dépense actuellement des dizaines de milliards de dollars pour aller bientôt marcher, peut-être vivre, sur Mars, mais les conditions de vie et le non-respect de la vie sur notre terre sont toujours lamentables et indignes pour les trois quarts de la population mondiale. La terreur nucléaire a évité de nouvelles grandes guerres planétaires, mais les massacres sont partout, sur tous les continents et, tout récemment, jusqu’au cœur de l’Europe.

 

Méditer sur tout cela, conduit  à réfléchir sur le concept de barbarie en commençant par définir ce qu’on entend par là. La recherche d’une définition dans divers dictionnaires s’avère décevante. Tous renvoient au concept opposé de « civilisation ». Mais elle aussi, comment la définir ? Nous le savons bien, notre civilisation est de structure judéo-chrétienne et de racines juive et grecque. Pour les Grecs, les barbares étaient tous les autres peuples. Pour les Juifs, tous les autres peuples étaient les « païens ». Cependant, avec le recul du temps, force est de constater qu’il y avait dans la civilisation grecque un certain nombre d’éléments de barbarie (par exemple le statut des esclaves, ou celui des femmes) et dans l’histoire du Peuple Elu, beaucoup de manifestations de paganisme.

 

Quelle autre définition, moins critiquable, de la « barbarie » pourrait donc être proposée ? Hasardons celle-ci, quitte à la nuancer en cours de route.. Est « barbare » ce qui est incompatible avec ce qu’on appelle « l’état de droit ». Et observons que ceci rejoint à la fois de lointaines  confirmations bibliques et des appuis plus proches de nous dans le temps.

 

Avant les Dix Commandements (Paroles) du Sinaï donnés au Peuple Elu, ont été prescrits par l’Eternel à Noé, après le déluge, les Sept Commandements Noachiques, contrepartie d’une Alliance déclarée établie avec Noé et ses fils et leur descendance après eux.  Le premier de ces commandements vise l’obligation de constituer dans toute société humaine des institutions collectives de justice pour régler tout conflit de manière pacifique et équitable, c’est à dire sans arbitraire, oppression ni violence.

 

L’histoire depuis Noé a été, hélas, ce que nous savons. D’innombrables voix, émanant de beaucoup de branches de la spiritualité, se sont élevées au cours des âges pour le rappeler à l’humanité, en vain. Et, bien plus près de nous, au siècle des Lumières, Montesquieu nous a adressé un rappel à l’ordre, à nous, européens, qui nous prenons pour le sanctuaire de la civilisation: il a établi quatre piliers de la Sagesse, c’est à dire de la Non-Barbarie, ce sont  : la Raison, des Institutions (et corps intermédiaires), des Lois, et la Séparation des Pouvoirs, et il a couronné cette croisée d’ogives sociale par une « clé de voûte », la Vertu.

 

Il a ainsi magnifiquement rappelé et explicité le Commandement Noachique. Mais nous savons aussi, quand nous regardons l’histoire contemporaine et même certains drames tout récents, comment cette histoire humaine a continué depuis Montesquieu.

 

Cet effort de définition étant fait, entrons plus avant dans notre sujet.

 

 

La Barbarie traditionnelle … est évolutive

 

Il y a bien sûr, des formes traditionnelles de la barbarie. Dès l’aube des temps les hommes se sont haïs, massacrés, asservis pour des raisons de puissance, de compétition concrète. C’est la lutte des empires qui s’éliminent mutuellement parce que l’un fait obstacle aux ambitions de l’autre. Mais il y a semble-t-il une forme plus récente de barbarie. C’est lorsqu’un groupe d’hommes hait et veut détruire un autre groupe d’hommes, non pas parce que cet autre groupe a fait, ou n'a pas fait, certaines choses, mais simplement parce que cet autre groupe est « autre, c’est à dire différent ». C’est une globalisation de la haine et du rejet, un jugement moral et une condamnation de l’homme , non pas pour ce qu’il fait, mais simplement pour ce qu’il est. Il semble bien qu’il y ait  là un sommet de la barbarie, qui s’appelle le racisme.

 

Il existe à cet égard une "bible" du racisme, écrite durant ce même 20ème siècle, mais héritière d’une longue tradition, qui est comme un miroir de l’Occident, un miroir déformant certes, mais où nous n’avons pas de mal à nous reconnaître. Cette "bible", c’est « Mein Kampf »,  quintescence de la pensée et de la folie d’Adolf Hitler, expression d’une mystique de la haine globale, du rejet absolu de certains hommes à l’égard d’autres hommes. Cette mystique-là, par la démesure de ses principes et de ses forfaits, a dépassé de loin tous les innombrables et communs racismes, dont est parsemée l’histoire ... Tous les siècles ont connu des racismes multiples, c’est à dire des rejets, des haines des exclusives de peuples entiers, qui se traduisent le plus souvent par leurs massacres.

 

Lorsque ces massacres atteignent une certaine ampleur dans l’horreur et dans le nombre des victimes, on les appelle génocides, dont un bon nombre pèsent encore sur la conscience des européens: ceux des Aztèques, Mayas, Incas par les Conquistadores à partir du 16ème siècle, ceux des Indiens d’ Amérique du Nord et des aborigènes d’Australie, au 19ème siècle, ceux, plus près de nous dans le temps et l’espace, des Arméniens de 1914 à 1923, les massacres identitaires qui ont récemment ensanglanté la Somalie, l’Ouganda, le Ruanda, le Tchad, et actuellement le Soudan. Tout proche de notre sujet est le sang qui coule présentement dans le drame du Proche Orient, mais n’oublions pas au cœur même de l’Europe, les drames de l’Irlande du Nord et de l’ex-Yougoslavie. Et, tout proche de nous, la barbarie technologique pour des raisons d’obscurantisme religieux des drames du 11 septembre à New York et Washington. 

 

Dans tout cela, nous constatons, à nouveau, qu’au sein même de peuples dits « civilisés » apparaissent des manifestations de barbarie. Le Bien et le Mal sont diaboliquement mêlés. Lorsque l’homme veut tracer à sa guise les frontières entre l’un et l’autre, cela s’appelle « manger l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal ». Il en résulte des cataclysmes. Ce n’est pas nouveau !

 

Mais en rappelant tout cela, il apparaît bien que nous avons un peu dévié du concept de barbarie. Le massacre des Incas ou des Peaux Rouges, plus que du racisme, c’est plutôt de la sauvagerie. C’est la pulsion qui domine la lutte pour la vie chère à Darwin. La barbarie vient lorsque cela est perpétré pour des raisons qui donnent bonne conscience, en vertu d’une philosophie ou d’une métaphysique, d’une idéologie, parfois d’une religion, d’un détournement de la Parole de Dieu. C’est à dire lorsqu’il y a confusion entre le Bien et le Mal.

 

L’une des manifestations majeures d’une telle confusion dans l’histoire des 19 siècles écoulés s’est traduite par le divorce et l’inimitié fondamentale entre le Christianisme et le Judaïsme. Chacun de nous appartient à un peuple et a appris l’histoire selon la vision que ce peuple a forgée et gardée de l’histoire, de son histoire. Il serait bon, à cet égard, de lire le passionnant ouvrage de Marek Halter intitulé « La mémoire d’Abraham » . C’est l’histoire des Juifs errant depuis 19 siècles au travers des peuples d’Occident et du bassin méditerranéen, selon les comportements tantôt bienveillants, tantôt hostiles, parfois cruels de ces peuples. De même, entre parenthèses, qu’il faut lire un merveilleux petit livre du libanais Amin Maalouf, intitulé « Les croisades vues par les arabes ». Il est nécessaire de temps en temps de nous expatrier mentalement pour mieux prendre conscience de notre propre histoire et comprendre notre actualité.

 

L’Occident gréco-latin, il y a 20 siècles a formé ses structures de pensée, sa culture, en digérant peu à peu la marée des invasions barbares germaines, puis scandinaves, puis celle des Huns, puis des Arabes. Il l’a digéré grâce à la richesse du Christianisme. Le divorce avec les racines juives et judaïques est intervenu très tôt pour des raisons d’abord politiques, puis religieuses et théologiques, puis sociologiques, économiques, etc. Tout le dogme chrétien a été construit à partir des 3ème et 4ème siècles à l’encontre des racines juives, dans une hostilité et une compétition majeure vis à vis des Juifs.

 

Certes, l’anti-sémitisme était très ancien, bien antérieur aux débuts de l’ère chrétienne. L’Hébreu, puis le Juif étaient dédaignés, par les Assyriens, les Babyloniens, les Egyptiens, les Grecs, les Romains, parce que c’était un petit peuple, sans armée, sans civilisation apparente, sans culture exportable. renfermé dans ses frontières et ses traditions bizarres, n’ayant qu’un seul dieu. Ce Juif était plus méprisé que haï ou craint. Mais sous la forme passionnelle et idéologique qu’a été, qu’est devenu peu à peu l’anti-sémitisme chrétien, voilà un fait unique et qui est propre à l’Occident.

 

Mais, ne généralisons pas. Il y a eu de longues périodes, depuis 19 siècles, où les rapports entre Juifs et Chrétiens ont été positifs et à l’avantage des deux, en France, en Espagne, en Afrique du Nord, en Allemagne, en Pologne, etc ... Des papes, notamment en Avignon, des rois et des princes chrétiens ont pris des Juifs comme médecins personnels, conseillers, ministres, notamment grands argentiers, comme maîtres dans leurs universités. Alors, les Juifs pensaient que l’ère des persécutions chrétiennes était terminée. Puis venaient d’autres papes, d’autres rois et princes, dans d’autres conjonctures économiques ou politiques, et la persécution reprenait. Il suffisait d’une famine, d’une épidémie, d’un trouble sociologique quelconque et la populace se souvenait des enseignements religieux séculaires concernant la mort du Christ par le fait de ce peuple dit ‘’déicide’’. Cette populace se ruait sur les demeures et les quartiers des Juifs et massacrait leurs habitants réputés coupables d’avoir stocké le blé pour affamer le peuple, ou empoisonné les puits pour donner la maladie aux autres, ou attiré la colère divine par des meurtres rituels qui n'étaient jamais, et pour cause, prouvés. On avait bonne conscience, ils avaient tué le Christ, c’était donc justice ! Et puis, il s’y mêlait des considérations économiques, comme on va le voir dans un instant.

 

La première croisade de 1096, en partance pour délivrer Jérusalem de la main des infidèles, a trouvé sur sa route, dès la Rhénanie puis le long du Danube, des masses d’infidèles en la personne des Juifs qui habitaient là, et en a massacré plusieurs dizaines de milliers !

 

Plus tard, les Juifs furent expulsés, d’Angleterre et de France à la fin du 13ème. siècle, puis, au 14ème et 15ème siècles, ils furent chassés d’Allemagne, d’Espagne et du Portugal. Et, à chaque fois, ils durent laisser leurs biens, qui furent récupérés par les autorités. En France, l’autorité était Philippe le Bel: il avait de gros besoins d’argent et s'empressa ainsi de dépouiller ainsi les Juifs, pour s'attaquer ensuite aux Templiers. Et les Juifs ont reflué en masse, en Afrique du Nord et surtout en Europe de l’Est.

 

Que l’on nous pardonne, si nous passons sans transition d’une époque à l’autre, mais c’est pour que nous ayons des points de repère dans ce que nous allons voir du racisme contemporain, puisque tel est notre objectif. En France, en 1939, on comptait 45 Millions d’habitants; il y avait 290.000 Juifs, dont seulement 90.000 Juifs français, les 200.000 autres étant étrangers ou apatrides; c’est sur ces derniers que les nazis ont centré les premiers accords de mesures raciales conclus avec le gouvernement de Vichy. Après l’occupation de la « zône libre », cette distinction a été abolie et c'est l'ensemble de la communauté juive qui se trouva visée. En 1933, à l’arrivée d’Hitler au pouvoir, il y avait en Allemagne, au milieu des 60 Millions d’Allemands, 530.000 Juifs allemands, mais, en comptant les Juifs étrangers, cela faisait 900.000 personnes. C’était en proportion bien plus qu’en France. En Pologne en 1939, pour 30 Millions d’habitants, il y avait 6 Millions de Juifs, c’était énorme. Dans ces trois pays, l’anti-sémitisme a pris des formes et des intensités très différentes, qui s’expliquent par des raisons multiples, mais en particulier par les nombres respectifs en cause . Nous allons y revenir.

 

Au long des siècles, les Juifs ont donc vu alterner, partout où ils vivaient, les périodes d’accueil et celles de persécutions. Pensons à ce que peut représenter pour un être vivant, même un animal, le fait d’être en permanence dans une insécurité mortelle, et pour le Juif d’être chassé au départ de sa terre ancestrale par les malheurs de l’histoire et périodiquement en péril partout ailleurs. Faites vivre un animal, même un être humain, dès l’enfance dans ces conditions, vous verrez quel genre de psychisme, de blessures psychiques il en gardera tout au long de sa vie et, par conséquent, quel genre de danger il constituera pour son environnement. Nos prisons et nos asiles d’aliénés sont pleins d’êtres de ce genre,  victimes-plus-que-coupables. Si on ne comprend pas cela, on ne peut comprendre que totalement à l’envers  beaucoup d’évolutions contemporaines.

 

Ce qui a limité les dégâts pour ce peuple juif et l’a empêché de devenir une bête fauve ou un aliéné sociologique, c’est sa mémoire, qui nourrissait sa prière, son vœu fondamental sortant de ses entrailles au long des siècles de diaspora et qu’il formulait ainsi  : « l’an prochain à Jérusalem … »  et puis c’est l’alliance de la Bible et de la langue hébraïque, qui ont forgé une culture juive, un psychisme juif, un esprit juif, une créativité juive, un humour juif, et le caractère ingouvernable que les juifs se reconnaissent à eux-mêmes. Mais loin d’être une bête fauve, ce peuple, sitôt réinstallé sur la terre de ses ancêtres en 1948, avec l’accord des Nations, a sorti des ghettos de jadis le plan tout prêt d’un système démocratique, d’un état de droit, le seul de la région loin à la ronde. Ce système-état de droit n’est pas exempt de bavures, nous le déplorons chaque jour, et beaucoup de Juifs sont les premiers à les dénoncer. Lisez la presse israélienne et la presse juive de France. Mais, c’est un pays démocratique, c’est la majorité qui gouverne. Et lequel des pays occidentaux est sans bavure sur ce point et en situation de lui faire honte ?

 

Dire cela n’est pas plaider un dossier, mais rappeler simplement un certain nombre de préalables, dont nous allons avoir besoin maintenant pour aborder l’essentiel de notre propos, lequel voudrait tendre à une meilleure compréhension de ce qu’est l’anti-sémitisme contemporain et la barbarie à laquelle il conduit.

 

L’Anti-Sémitisme contemporain

 

En fait, au lieu de « Anti-Sémitisme » il vaudrait mieux dire « Racisme », parce que cette forme de barbarie contemporaine, qu’est le racisme, est bien plus large et diversifié que visant seulement les Juifs. Nous avons vu se développer au 19 ème e siècle, puis culminer au 20 ème, les formes typiques d’un racisme nouveau, un racisme non racial. C’est bien ce qui s’observe en ex-Yougoslavie, où les catholiques, les orthodoxes et les musulmans sont à l’origine les mêmes populations, mais séparées par les caprices de l’histoire, et emprisonnées dans des cultures, des religions rivales, des mémoires, des dominations politiques différentes, qui les ont morcelées, puis opposées à mort. Et on pourrait sans doute faire le même raisonnement pour les populations juives et palestiniennes actuelles, de même que pour l’émiettement tribal en Afrique Noire, dont les conséquences sont souvent si sanglantes.

 

Il faut donc être bien conscient qu’en parlant sans nuances de racisme et d’anti-sémitisme, on procède à des amalgames absurdes. Essayons, alors de préciser un peu.

 

Il y a eu en Europe, au long de ces deux millénaires, une évolution du racisme et de l’anti-sémitisme. Pour une meilleure connaissance de cette dérive, on ne peut que recommander la lecture d’un livre, traduit en français en 1991, écrit par un savant universitaire allemand, Helmut Berding, et intitulé ‘’Histoire de l’Anti-Sémitisme en Allemagne’’. Il permet de comprendre comment et pourquoi A. Hitler, le nazisme, l’idéologie nazie la solution finale de la « question juive », pourquoi les camps de la mort, et pourquoi si une telle chose devait exister, ce ne pouvait être qu’en Allemagne et non en Pologne par exemple.

 

En France ou en Pologne, il y a toujours eu un anti-judaïsme religieux, plus encore qu’un anti-sémitisme raciste. L’enseignement du Christianisme par les Eglises a suivi cette pente de bonne conscience, pente terrible par ses conséquences, qui n’a que partiellement teinté les rapports sociaux et économiques. C’est resté plus culturel que passionnel ou idéologique. En Allemagne, cet élément religieux de base a été transformé, hypertrophié, par un tout autre facteur, qui n’existait pas en France ni en Pologne. Pourquoi ? C’est ce qu’il faut bien comprendre.

 

La France et la Pologne, au travers des mille péripéties de l’histoire, ont fait leur unité nationale de bonne heure. Leurs vies nationale et religieuse respectives se sont mariées ensemble mais pas confondues. En Allemagne, au contraire, l’unité nationale est très tardive. Le Reich impérial Allemand ne s’est constitué qu’en 1871, avec l’empereur Guillaume de Prusse et Bismark. Pendant des siècles la nation  allemande a été morcelée en de multiples royaumes, principautés, duchés, villes libres. Les Allemands ont rêvé interminablement, non pas à  ’l’an prochain à Jérusalem’’, mais à  ‘’ quand donc une nation allemande ?’’. Ce spleen de l’unité introuvable a forgé en Allemagne une mentalité très particulière. Ce point est capital.

 

La Révolution française, préparée par la génération des « Lumières », a officiellement émancipé les Juifs de France. Quelques princes et Etats allemands ont fait de même. Et Napoléon a généralisé l’égalité des droits pour les Juifs, dans toutes les parties de l’Allemagne qu’il contrôlait. Après Waterloo, le Congrès de Vienne a aboli tout cela et rétabli les discriminations anti-juives. Et une rumeur a couru, à l’époque, parmi les Allemands que les Rothschild avaient acheté les princes allemands, et Metternich, pour maintenir l’émiettement allemand et empêcher l’unification de la nation allemande. Il y a donc à l’aube des temps contemporains une fusion-confusion entre antijudaïsme religieux et mystique nationaliste. Il s’y est mêlé ensuite d’autres ingrédients.

 

Et dans cette optique nationaliste, le Juif même assimilé, même converti au christianisme, est  resté un élément non intégrable au peuple allemand. En 1811, un hobereau prussien écrit :

  ‘’ Les juifs (des ennemis de tout Etat existant quand ils restent fidèles à leur foi, et des hypocrites quand ils n’y sont pas fidèles) ont entre les mains la masse de l’argent. Dès que la valeur de la propriété foncière aura à ce point baissé qu’on pourra l’acquérir avec profit, elle passera immédiatement entre leurs mains. Ils deviendront propriétaires fonciers, les représentants de l’Etat et feront de notre vieille et digne Prusse-Brandebourg un Etat Juif à la nouvelle mode’’.

 

En Prusse, quelques années après, en 1823, les Juifs propriétaires fonciers perdirent les droits normalement attachés à la possession de la terre, c’est à dire le droit d’être éligibles à toute fonction politique locale ou d’Etat. Et, à la même époque, des journalistes conservateurs présentèrent le libéralisme comme le représentant du capital juif ou l’allié du judaïsme anti-chrétien. Il est ainsi difficile de distinguer si c’est un rejet socio-économique du Juif qui prend appui sur un rejet religieux préalable, ou l’inverse. A la même époque le journal conservateur Kreuzzeitung écrit :

‘’Les Juifs se trouvaient à la pointe de tous les partis politiques du chaos’’

 

C’était l’opinion des conservateurs. Et de la part des libéraux, disons en langage moderne, des gens du centre et de gauche, qu’en était-il ?  Pour reprendre la question à sa source, il y avait des libéraux anti-sémites. Voltaire l’a été plus qu’à moitié. Montesquieu jamais. Mais, pour la grande masse des libéraux allemands, la question apparaît assez trouble dès la fin du 18ème siècle et le début du 19ème. Car la plupart de ces allemands souhaitaient l’émancipation socio-politique des Juifs dans l’espoir que ceci les conduirait à l’assimilation et à l’abandon de leur religion et de leur particularisme. Ils voulaient donc donner l’égalité des droits civils aux Juifs, à condition qu’à terme ces derniers cessent de l’être ; certains libéraux voulaient même que les juifs  s’engagent à ne plus le rester pour devenir des citoyens allemands comme les autres. Et les artisans et commerçants de Bavière, Wurtemberg, Bade, Hesse-Darmadt, soucieux de se débarrasser d’une concurrence de qualité, s’opposaient à l’égalité des droits pour leurs homologues juifs.

 

Voilà pour ce qui est  de l’anti-sémitisme à caractère religieux et socio-économique. Mais, il s’y est ajouté en Allemagne  l’élément nationaliste. Nous avons vu qu’une part de l’anti-sémitisme allemand est lié à la mystique d’unification de la nation allemande, à ce qu’on a appelé plus tard l’idéal ou l’idéologie du pan-germanisme. Mais on peut se demander pourquoi la même chose n’est pas arrivée en Italie. L’unification politique italienne est elle aussi récente, encore plus récente que celle de l’Allemagne. Cependant il n’y a pas eu et de loin le même rejet-haine du Juif, alors qu’on aurait pu penser que l’omni-présence de l’Eglise Romaine aurait pu peser dans ce sens.

 

Helmut Berding en fournit une explication. En Allemagne a toujours régné une culture, un esprit, un idéalisme, un romantisme  très particulier, qui n’existait pas en Italie ni ailleurs. Il semble que tout ce psycho-somatisme allemand a été  nourri sans doute des mythologies nordiques, qui ont engendré la conviction que les races nordiques étaient supérieures à toutes les autres. De là le complexe douloureux si vif chez les Allemands des siècles passés que, du fait de leur émiettement politique, leur supériorité de race ne puisse pas se traduire  par une puissance terrestre. D’où la démangeaison pan-germaniste  permanente.

 

Tout au long du 19èmsiècle par exemple et spécialement depuis la constitution du Reich Impérial en 1871, il y a eu en Allemagne de nombreux partis anti-sémites originaux qui considéraient le Judaïsme  comme la racine de tout ‘’mal’’ et ont fait de la lutte contre l’influence juive un point essentiel de leur programme. C’est même, dit Helmut Berding, en 1879 qu’a été inventé en Allemagne le concept nouveau d’ «antisémitisme », le mot était jusqu’alors inconnu,. Les partis conservateurs utilisaient cet antisémitisme comme un instrument  de mobilisation des masses. Le poids particulier des préjugés anti-sémites a influencé toute la culture politique du pays. Ceci est, à ce degré, particulier à l’Allemagne.

 

Avant d’en venir à l’examen de la démesure hitlérienne, sans doute pouvons-nous dès maintenant nous poser quelques questions : Que pouvons-nous conclure de ce qui précède ?  Est-ce tout cela, qui a abouti à la barbarie de la solution finale, des camps de la mort, des techniques  industrielles d’abattoirs pour hommes, femmes et enfants ?

 

Nous tenterons de proposer quelques hypothèses à cet égard dans une prochaine étude. Pour le moment, bornons-nous à observer qu’il y avait dans tout cela un terreau dangereusement fertile pour que l’idéologie nazie puisse semer ses semences de mort et pour que le contexte ambiant anesthésié ne manifeste pas les réactions qui auraient été nécessaires en Allemagne et dans le monde entier, pour stopper ces processus.

 

En tout état de cause, personne n’est fondé à faire porter au Peuple Allemand dans son ensemble la responsabilité de la Shoah. De même que ce fut un crime contre l’histoire et contre l’Evangile de faire porter par l’ensemble du Peuple Juif la responsabilité de la mort du Christ.

 

 Simplement les Allemands et beaucoup d’autres peuples ont été aveugles sur les risques qu’ils faisaient courir à leur civilisation et à l’authenticité de leur foi chrétienne, en laissant peu à peu gangrener l’une et l’autre par cet emportement de barbarie globale qu’ont constitué l’anti-judaïsme religieux et son prolongement le racisme antisémite.

 

Mein Kampf

 

Il est bon que la génération, qui vient aux responsabilités du monde, prenne connaissance de cet homme monstrueux, ce fou intelligent, ce fou lucide, la pire espèce de fou, maniaco-fanatique, consciemment fanatique, faisant du fanatisme une vertu civique fondamentale. Il a écrit Mein Kampf en 1924, et l’a publié en 1926. Tout le programme d’Hitler, la description du nazisme, de l’organisation, même administrative, du Parti National Socialiste, tous les objectifs du racisme, du pangermanisme, des conquêtes nécessaires, tout a été décrit, annoncé par lui en détail. L’Occident frappé lui aussi de cécité est inexcusable de ne pas avoir lu ce livre et de ne pas en avoir tiré les conséquences. Peut-être un seul l’a lu et a préparé l’antidote, du moins il a essayé  : de Gaulle, avec son armée de métier et son armée blindée.

 

Il faut donc revoir l’histoire contemporaine et réinsérer Hitler dans son contexte. Il n’est pas né Allemand mais Autrichien, membre de la minorité Allemande (10 millions d’Allemands) au sein de l’empire d’Autriche-Hongrie de François-Joseph  qui comptait 52 millions d’habitants et ceci est d’une importance capitale.

 

Hitler n’est pas né raciste, ni surtout antisémite, mais pangermaniste et viscéralement anti-maggiar-slave. Car la majorité des sujets de François-Joseph étaient hongrois, yougoslaves, polonais. Et c’est cette majorité-là qui faisait la loi au Parlement de Vienne. Les intérêts allemands étaient minorés, la langue et la culture allemande étaient concurrencées. Durant toute sa jeunesse Hitler a rêvé d’une unification des Allemands appartenant à toutes les minorités allemandes  d’Europe avec le Reich Impérial de l’empereur Guillaume. Il haïssait la dynastie des Habsbourg et le favoritisme qu’ils avaient toujours déployé pour s’attacher les Slaves.

 

Il ne détestait nullement les Juifs. Au début de Mein Kampf, il écrit que dans sa jeunesse il ne voyait dans le Juif  qu’un homme d’une confession différente et réprouvait au nom de la tolérance et de l’humanité toute hostilité issue de considérations religieuses. En particulier lorsqu’il arriva de son village natal à Vienne, il fut choqué par le ton de la presse anti-sémite qui lui paraissait indigne d’un grand pays civilisé. Il était obsédé par le souvenir des persécutions du Moyen Age, qu’il n’aurait pas voulu voir se répéter.

 

Mais un jour dans un quartier de Vienne, il croise un personnage en long kaftan noir avec des boucles de cheveux noirs. On lui dit que c’est un Juif et qu’il y en a tout un quartier à Vienne. Il comprend qu’il s’agit de tout autre chose que des allemands ayant une confession particulière. Il commence à lire la presse anti-sémite et devient violemment anti-sémite. Et il écrit alors :

 

‘’     Sitôt qu’on portait le scalpel dans un abcès quelconque de la vie sociale, on découvrait, comme un ver dans un corps en putréfaction, un petit youtre tout ébloui par cette lumière subite’’.

 

Il ajoute que les neuf dixièmes des ordures littéraires, du chiqué dans les arts, des stupidités théâtrales, des mensonges dans la presse, du patronage de la prostitution, devaient être porté au débit de ce peuple qui représente à peine le centième de la population du pays. Sa fureur est portée à son comble pour une raison supplémentaire.

 

Devant travailler comme manœuvre dans une entreprise, il se voit sommé d’adhérer au syndicat ouvrier d’obédience socialiste, qui groupe des travailleurs allemands, slaves, hongrois, etc. dont le discours est internationaliste. Et il s’aperçoit que parmi les dirigeants de ce syndicat il y a des Juifs. Alors son anti-sémitisme devient fanatique. Il assiste à des séances publiques du Parlement de Vienne et est saisi d’effroi en voyant la multiplicité des langues qui s’expriment et des intérêts qui sont défendus, autres que les intérêts allemands. Il prend en haine le principe même du système parlementaire où les décisions sont arrêtées à la majorité. Il déteste ce système parlementaire qui ne vise qu’à maintenir la permanence de l’Etat monarchique des Habsbourg ; alors que pour lui, de plus en plus le but suprême de l’existence des hommes n’est pas la conservation d’un Etat, mais la conservation de leur race.

 

Il y a bien dans l’empire autrichien un parti pan-germaniste d’optique raciste, mais celui-ci ne recherche le soutien que des classes moyennes, alors que, estime Hitler, il faut conquérir les masses. Et ce parti pan-germaniste lutte contre l’Eglise Romaine qui favorise l’influence slave dans l’empire, alors qu’il faudrait conquérir l’Eglise Romaine. Les Eglises Protestantes défendent mieux les intérêts allemands, mais ne sont guère anti-sémites.

 

Hitler regarde donc vers le Parti Social Chrétien qui,  lui, vise les masses et évite de s’en prendre à l’Eglise Catholique, mais fonde son anti-sémitisme sur des considérations religieuses, et non racistes. Et ce parti ne se soucie pas de régénération du germanisme. Il est donc inutilisable. Hitler décide donc de faire lui-même de la politique et pour cela de sortir de l’empire d’Autriche-hongrie. La solution ne peut venir qu’au sein du Reich Allemand. Hitler part donc s’installer à Munich au printemps de 1912.

 

Il s’intéresse à la vie politique du Reich et, voyant monter les tensions qui vont conduire à la guerre en 1914, il trouve dérisoire la confiance que l’Allemagne semble mettre dans l’alliance avec cet empire de François-Joseph qu’il méprise de plus en plus. Puis la guerre vient. Hitler s’engage dans l’armée allemande et fait part à ses camarades de ses réflexions politiques

 

A partir de 1916, l’Etat Major allemand estime que la guerre ne peut plus être gagnée. Les privations imposées à la population allemande sont très sévères. Beaucoup accusent les Juifs d’être les affameurs du peuple et de profiter de l’effort de guerre pour s’enrichir. Après l’écroulement militaire et social de la Russie un espoir renaît, mais l’idéologie bolchevique gagne les travailleurs allemands. Des grèves éclatent au début de 1917 dans les usines d’armement. Là encore beaucoup accusent les Juifs de répandre la révolution (on fait l’amalgame avec Marx Juif) et de saboter l’effort de guerre, de trahir l’armée.

 

A partir du printemps 1918 Hindenburg et Ludendorf envoient des messages secrets au gouvernement pour lui demander d’ouvrir des négociations de paix. Mais, ils déclarent bien haut en public qu’ils n’accepteront jamais une paix honteuse. Des Conseils de soldats  se constituent dans l’armée, des mutineries apparaissent dans la flotte de guerre amarrée dans les ports de la Mer du Nord et de la Baltique.

 

Finalement, à bout de force, l’Allemagne demande l’armistice; en fait,  c’est le gouvernement civil, dont le chancelier est un socialiste, qui s'engage dans cette démarche, car le Commandement militaire ne veut pas endosser les conséquences de la défaite; l’empereur Guillaume a abdiqué et  la République a été proclamée. Les négociations sur les conditions de l’armistice sont discutées pendant des mois et sont finalement très dures, bien trop dures. Le peuple allemand est à la fois épuisé et humilié. La misère est grande et la révolution monte. L’idée se généralise que l’armée allemande n’a pas été vaincue sur le champ de bataille, aucun pouce du territoire allemand n’a été envahi par l’ennemi. L’armée a été trahie par l’arrière et beaucoup ajoutent, à l’instigation des Juifs qui contrôlent la finance et le marxisme.

 

Hitler démobilisé à Munich fréquente des réunions nationalistes et ses exceptionnels dons d’orateur le font remarquer. Le Commandement militaire de Munich l’embauche pour des sessions de formation civique pour soldats et démobilisés et il lui demande d’aller enquêter sur un petit groupe qui s’intitule « Parti National Ouvrier Allemand » Il y va , trouve cela médiocre, mais finalement il y adhère et se fait donner les fonctions de responsable de la propagande. Il organise des réunions publiques et chaque fois fait un « tabac ».

 

En Février 1920 il paye d’audace, loue une grande salle de Munich, lance des invitations et publie des placards dans les Journaux. Dans la salle vont s’entasser 2000 personnes, dont environ la moitié sont des communistes et marxistes divers venus pour faire du tapage et saboter. Mais Hitler a mobilisé des membres musclés du parti pour rétablir l’ordre. La première partie de la réunion connaît un pugilat. Mais les gardes du corps musclés restent maîtres de la situation et le Parti progresse. Bientôt Hitler est nommé chef de ce Parti  et réorganise tout à son idée. Notamment, on va le voir, il transforme et développe ces groupes de gardes du corps musclés qui deviendront les « Sections d’ Assaut » de sinistre mémoire.

 

A chaque élection les partis nationalistes et racistes progressent aux dépens du parti socialiste  au pouvoir. L’opinion reproche à ce gouvernement, la crise économique, les désordres de la révolution marxiste, la soumissions devant les exigences des puissances alliées pour l’armistice, puis découlant du Traité de paix de Versailles. Presque tous les partis de droite et du centre ratissent les électeurs à coup de surenchères nationalistes et anti-sémites. En novembre 1923 Hitler tente un putch à Munich. Il est arrêté, emprisonné et jugé (dans sa prison, il écrit Mein Kampf). Mais à l’audience, sa fougue et ses dons d’orateur retournent le tribunal, soulève d’enthousiasme l’assistance. Il est acquitté et quitte la salle porté en triomphe.

 

La crise économique et financière de 1929 et la déconfiture de la République de Weimar à la tête de laquelle il y a un certain nombre de Juifs, accélère cette montée nationaliste et raciste. Aux élections de 1933, beaucoup de petits partis adhèrent au Parti National Socialiste d’Hitler et celui-ci remporte la majorité relative au Reichstag. Et le Maréchal Hindenburg président de la République appelle Hitler aux fonctions de chancelier. Voilà comment il est parvenu au pouvoir par des voies légales, constitutionnelles et parlementaires, dans le cadre de « l’état de droit » ! il demande aussitôt au Reichstag les « pleins pouvoirs » et il les obtient grâce à l’appui des partis chrétiens.

 

Arrêtons-nous dans le rappel de ces tristes événements, ce n’est pas là l’essentiel de notre sujet. Il nous faut insister sur ce qu’ est ce qu’est devenu « l’état de droit » en Allemagne, à partir du jour où Hitler a reçu ces pleins-pouvoirs. Ce qu’il a avait écrit dans Mein Kampf, il l’a mis en oeuvre point pour point. Voyons les points principaux :

 

Conception de l’Etat

Il a d’abord réalisé la conception qu’il avait de ce qu’est un Etat. Pour lui ce n’est pas :

-  un groupement soumis à un gouvernement, cela c’est l’adoration servile de l’Etat,

-  une même administration vouée au bien-être des citoyens, cela c’est bourgeois,

- une masse d’homme divers réunis par une langue et une culture commune, cela c’est de   l’internationalisme déguisé.

 

Pour Hitler, l’Etat a pour tâche principale la conservation et l’amélioration de la race, c’est à dire d’êtres qui physiquement et moralement sont de la même espèce. L’Etat n’est donc pas un but mais un moyen et une condition préalable pour former une civilisation humaine de valeur supérieure. L’Etat raciste doit donc d’abord veiller à la conservation des représentants de la race primitive dispensateurs de la civilisation, qui font la beauté et la valeur morale d’une humanité supérieure.

 

Et, à l’intérieur de la race allemande dont il reconnaît bien qu’elle est pour le moins mélangée, il introduit un super-racisme et dit qu’il convient de porter aux postes clés du pouvoir les allemands des races nordiques qui sont les plus purs. Et pour préserver l’ensemble, il affirme qu’il faut mettre hors d’état de se reproduire les individus mal bâtis, tarés, et que cet eugénisme honore Dieu dans sa création de l’homme fait à son image. Et bien sûr il faut empêcher le sang juif de continuer à polluer la race allemande par des mariages ou des relations sexuelles mixtes.

 

Gestion de l’Etat

A tous niveaux de responsabilité en tous domaines, le chef peut avoir des conseillers, mais lui seul décide et n’est responsable que devant le chef du niveau immédiatement supérieur et ainsi de suite en remontant jusqu’au Chef suprême. A aucun niveau il ne doit y avoir de décision prise par vote. Le régime de démocratie parlementaire est pour Hitler le comble de la décadence.

 

Méthode de Gouvernement

Elle doit viser à entraîner les masses par un discours simple, sans grandes idées générales, mais dans des termes concrets, simples, simplistes au besoin et selon l’axe d’une idée fixe indéfiniment répétée. Cette colonne vertébrale du discours national socialiste est la haine du Juif réputé responsable de tous les malheurs du peuple allemand, obstacle à tous ses désirs, et qu’il faut abattre par tous les moyens. Cette propagande doit être martelée en permanence.

A cet égard, Hitler, maintes fois, cite en exemple l’Eglise romaine qui est dirigée par un chef, adulé par tous, qui décide tout, qui est entouré d’une hiérarchie d’exécutants qui ne discutent jamais les ordres. Cette Eglise a dominé les siècles par ce qu’elle a enseigné toujours les mêmes dogmes, détenteurs du monopole de la vérité et maintenus sans concessions ni compromis avec qui et quoi que ce soit d’autre, même quand les données de la science tendraient à les contredire.

 

Géo-politique internationale

A vrai dire, Hitler a eu un second axe-leitmotiv, à côté du racisme-antisémite. C’est le thème de l’espace vital. Il était hanté par l’accroissement de la population allemande dans la seconde moitié du 19e siècle. Il jugeait les limites territoriales de l’Allemagne bien trop étroite pour permettre l’expansion de sa race. Il souhaitait donc une entente avec l’Angleterre à laquelle il voulait abandonner la suprématie maritime, commerciale, et coloniale, à condition qu’elle lui laisse les mains libres pour  la conquête de territoires vers l’est, en Pologne et en Russie. Et pour épurer la race allemande, il projetait de refouler tous les Juifs et d’en faire une « réserve » à l’Est de l’Oural. La France, ennemie  sans compromis possible avec l’Allemagne, devait être neutralisée à l’aide de l’alliance avec l’Angleterre, de même qu’avec l’Italie.

 

Hitler a donc proclamé dès 1924-26 que la guerre vers l’est, après neutralisation de la France, était son objectif majeur et vital. Et l’un des instruments de cette politique était l’élimination radicale des Juifs. Certes, dans Mein Kampf, il n’a pas dit comment il entendait les éliminer.

 

Mais pour l’essentiel de son programme écrit dans ce livre il l’a réalisé ponctuellement. Quelques semaines après sa nomination comme Chancelier, les structures du Parti National Socialiste ont progressivement envahi les rouages de l’Etat républicain et démocratique qu’était alors l’Allemagne et ont étouffé « l’état de droit ». Tous les pouvoirs sont devenus personnels. Les bandes des fameux gardes du corps du Parti, les S.A. ont molesté les Juifs dans les rues, pillé les demeures et les magasins Juifs, empêché les médecins, les avocats, les juges Juifs d’exercer leurs métiers, chassé de leurs fonctions les professeurs et les fonctionnaires Juifs. Et à l’approche de la guerre de 1939, tous les Juifs qui ont voulu émigrer ont été dépouillés de tous leurs biens.

 

En 1938 à l’initiative de Roosevelt une réunion de représentants des puissances occidentales se tint à Evian, pour trouver des pays d’accueil pour 650.000 Juifs allemands qu’Hitler voulait expulser. Aucun pays ne consentit à majorer les quotas d’immigration en vigueur. La même année, fin Octobre, en pleine nuit, Heydrich chef des S.S. expulsa de leurs logements 18.000 Juifs de Silésie, hommes, femmes et enfants, qui furent menés vers la frontière de Pologne dans un état de dénuement extrême. En Novembre, la Gestapo arrêta 20.000 Juifs qui furent emmenés à Buchewald, Dachau, Sachsenhausen. Ni la population ni les Eglises ne protestèrent.

 

Heydrich négocia secrètement avec les organisations sionistes pour l’émigration en Palestine de 10.000 Juifs. Dès le début de la guerre de 1939, ce furent des massacres généralisés dans les villes et les villages conquis, le rassemblement puis l’enfermement des Juifs dans d’immenses ghettos en diverses villes de Pologne. Et finalement la déportation dans des camps et l’extermination par les gaz. Au début cela se passait dans des camions spéciaux en branchant les tuyaux d’échappement à l’intérieur des camions. Ensuite, dans de vastes chambres à gaz, avec des gaz spéciaux.

 

 

 

Epilogue

 

Comment a-t-on pu en arriver là en Europe, en Europe judéo-helléno-chrétienne ?  Le simple rappel des événements montre qu’aucune génération particulière ne peut porter la responsabilité plénière  de ces barbaries de 19 siècles d’histoire, et notamment de l’histoire contemporaine. Car les déviations ont été lentes, progressives, accumulées de générations en générations et de siècle en siècle… Les racines de toutes les exactions humaines sont multimillénaires. Le développement des connaissances intellectuelles ne changent pas le cœur de l’homme. Bien souvent, au contraire, elles développent en lui l’envie et le pouvoir  de détruire.

 

Et, au stade où nous sommes parvenus de notre réflexion sur la barbarie, il convient sans doute d’en modifier un peu la définition, ou plutôt le contenu, que nous lui avons donné en commençant. Il nous faut développer une réflexion que nous avons proposée  en incidente. Lorsque l’homme se conduit vis à vis d’autres hommes comme un sauvage, il est un animal comme les autres, emporté par la loi de la lutte pour la vie, qui est une loi naturelle de l’évolution des espèces. Mais il semble bien que l’homme ait inventé une forme particulière de sauvagerie génératrice de massacres de masse et gratuits. Cette forme nouvelle se fonde sur des raisons ou des finalités philosophiques, métaphysiques, idéologiques et souvent religieuses. Cela c’est spécifiquement le propre de l’homme. Et c’est cela qui apparaît mériter de façon précise le nom de barbarie.

 

C’est bien en amont des manquements à « l’état de droit » et bien plus grave que les simples sauvageries si sanglantes soient-elles. Devant cela nous ne devons pas nous résigner. Devant les formes grossières et subtiles de barbarie moderne, et on en invente de nouvelles tous les jours, que pouvons-nous faire, qu’est-ce que chacun de nous peut faire ?

 

Je me bornerai ici à suggérer quelques pistes judéo-chrétiennes  :

 

-  la foi en l’unicité de Dieu, quels que soient le nom et les attributs qu’on lui donne ici et là,

-  le respect absolu  de toute vie , qui est l’Etre divin manifesté,

-  le sens de l’unité fondamentale de la communauté humaine,

-  le maintien radicalement intransigeant de tous les principes de l’état de droit, par  exemple tels que Montesquieu les avait formulés,

-  la désacralisation  des « Droits de l’Homme », au profit d’une pédagogie  des « Devoirs de l’Homme ».

 

Pour que le « plus jamais cela » soit autre chose qu’un vœu pieux, des révisions déchirantes sont nécessaires. 

 

 

 

                                                                                  Joël Putois   -   Octobre 2002

 


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