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LE MARCIONISME

Une hérésie condamnée, mais toujours trop vivante !

 

 

par F. LOVSKY

publié dans Yerushalaim n°3

 

L'antisémitisme constitue un cheminement assuré vers une hérésie de la foi chrétienne. Mais il y a aussi des hérésies chrétiennes qui livrent les Chrétiens à l'antisémitisme. On en a un cas particulièrement virulent et permanent dans ce qu'on appelle le Marcionisme.

 

Alors que la foi chrétienne reçoit avec respect cette Bible hébraïque que nous appelons l'Ancien Testament, et tandis que l'Eglise naissante a eu cette Bible pour première et, pendant des dizaines d'années, pour seule Ecriture, le pagano-chrétien grec Marcion, au milieu du 2èmesiècle, ne voulut plus entendre parler ni de cet Ancien Testament, ni du Dieu des Juifs. Marcion est l'ancêtre de ceux qui, depuis 18 siècles, opposent le Nouveau Testament à l'Ancien Testament, la morale du Nouveau Testament, à celle de l'Ancien Testament, le Dieu de la prétendue colère selon l'Ancien Testament, au Dieu d'amour du Nouveau Testament, d'après des schémas qui n'ont aucun rapport avec la réalité de ces textes. (A ce sujet, il faut souligner que dans son Encyclique sur la Miséricorde, Jean Paul II a mis les choses au point et montré que la miséricorde est bien présente dans l'Ancien Testament.)

Dans un ouvrage, dont le titre "Les Antithèses" inspire inconsciemment trop de prédications encore, Marcion ne se contentait pas de bannir radicalement tout l'Ancien Testament, du premier au dernier verset. Il expurgeait aussi le Nouveau Testament, dès qu'il y décelait trop de respect pour l'élection du peuple d'Israël.

 

C'est ainsi qu'il récusait l'Evangile de Matthieu tout entier; l'Evangile de Marc ne trouvait pas. davantage grâce à ses yeux; le Grec Marcion ne voulait pas entendre parler non plus de Saint Jean, ce qui jette un jour cruel sur les thèses qui hellénisent cet Evangile.

 

Dans un Nouveau Testament, ainsi singulièrement rétréci, Marcion retenait Saint Luc, mais en l'expurgeant, retranchant les chapitres 1 et 2 qui exaltent l'Incarnation de Jésus dans le peuple d'Israël. Marcion supprimait Noël et la généalogie de Jésus: pour lui, cet Evangile commence en 4/31. Et, bien que le livre des Actes ait Luc pour auteur, Marcion ne voulait pas en entendre parler.

 

S'il conserve en gros les lettres de Saint Paul, c'est aussi en les censurant, et en gauchissant leur signification, en particulier quant à la Loi. (et, sur ce point, que de Marcionistes qui s'ignorent aujourd'hui encore!). Dans l'Epître aux Romains, il supprime le passage qui montre que les non-Juifs sont inexcusables (1/14 à 22). S'agit-il d'Abraham ? Les ciseaux de Marcion précipitent le texte de 3/31 à 4/25 au panier. Nul ne s'étonnera qu'il excommunie l'ensemble des chapitres 9,10 et 11. Il arrache du Nouveau Testament l'Epître aux Hébreux. Comprenant à quel point l'Apocalypse est enracinée dans l'Ancien Testament, Marcion la rejette aussi.

 

Marcion et sa postérité se dressent contre le Peuple d'Israël, ses Ecritures, et son Dieu. Ils dépeignent le Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob et de Moïse comme l'adversaire du Dieu de Jésus. Sous une forme plus subtile, un certain marcionisme, condamné par l'Eglise dès le 2ème Siècle, n'a cependant jamais été totalement vaincu dans l'histoire chrétienne.  Ce n'est pas seulement de l'histoire ancienne: la fascination éprouvée par trop de Chrétiens par rapport aux propagandes antisémites des 19 et 20ème siècles s'explique partiellement par les germes et les slogans marcionistes. Selon une remarque essentielle du R.P. Bernard Dupuy, "un marcionisme pratique a pu, depuis une très haute antiquité, cohabiter dans l'Eglise avec le rejet du marcionisme".  Autrement dit, victorieuse de Marcion, l'Eglise - comme il arrive souvent en tant de domaines - a été contaminée par le vaincu et sa théologie antisémite massive. C'est Marcion qui nous a légué une image satanique du Judaïsme. C'est Marcion qui a enfermé l'Ancien Testament dans un passé qui serait, au mieux, dépassé. C'est le Marcionisme qui est largement responsable de la manie d'opposer l'amour de Dieu, des vengeances et de la colère de l'Ancien Testament. Le principe qui transforme l'Ancien Testament en repoussoir, en antithèse du Nouveau Testament, c'est encore l'héritage de Marcion.

 

Dans les Eglises des 19ème et 20èmesiècles, l'influence marcioniste est sensible, tout en étant inconsciente des valeurs hérétiques qu'elle propage de manière diffuse, en apparence parfois modérée, mais susceptible de se durcir soudain en antisémitisme virulent. Le porte parole Catholique et Français en fut Edouard Drumont. Cet adversaire passionné et caractériel de l'enracinement juif de la foi chrétienne, à vrai dire, n'était pas objectivement catholique, mais réellement Marcioniste. Son "best- seller" de 1886, la France Juive, a connu des millions de lecteurs. Drumont haïssait l'Ancien Testament comme il haïssait les Juifs. Combien de jeunes Catholiques, catéchisés dès leur enfance par des lecteurs de Drumont, furent spontanément, dans leur adolescence, des antidreyfusards ? Et prêtres, cinquante ans plus tard, à admettre comme allant de soi le Statut des Juifs de Vichy ? Touvier a-t-il été élevé dans la postérité de Drumont, pour son malheur, et celui de ses victimes ?

 

A la charnière des 19ème et 20ème siècles, le monde germanique a, lui aussi, des Marcionistes qui se croient Protestants. Un de leurs représentants, certes plus distingué que Drumont, était tenu pour un des plus éminents théologiens et historiens protestants: Adolf Von Harnack préconisait l'abandon de l'Ancien Testament par les Eglises protestantes. Il publia en 1924 un livre, Marcion, à la gloire de celui-ci. Pendant quarante ans, jusqu'à la veille de 1933, les futurs pasteurs ont étudié les ouvrages de Harnack. Un pasteur formé sous son influence vers 1895 (à plus forte raison en 1925) desservait encore une paroisse en 1935. Et dans quelle proportion, parmi ses paroissiens, l'enseignement marcioniste selon Harnack était-il reçu? Comment ne pas penser que l'accueil favorable de trop de Protestants allemands aux slogans et aux lois de Nurenberg s'explique parce qu'ils étaient imprégnés par les valeurs de Harnack ?

 

Ne croyez pas que le Marcionisme ait disparu en 1945. Nombre de théologiens y  restent sensibles. J'en vois pour preuve l'enquête du Monde, en 1979, qui en interrogea bon nombre, en leur demandant d'"actualiser" leurs professions de foi personnelles. Certaines d'entre elles avaient un accent Marcioniste prononcé. Certains théologiens du tiers Monde, quand ils suggèrent que le Nouveau Testament s'enracine dans leurs traditions plutôt que dans l'Ancien Testament, ne raisonnent pas autrement que Marcion préférant Homère à Moïse. Autant de portes ouvertes à l'Antisémitisme.

 

Il est inadmissible d'arracher Jésus à sa naissance juive, à sa foi juive, à son ministère parmi les juifs et pour eux. On nie ainsi, sans le vouloir peut-être, mais radicalement, la réalité de son incarnation. L'hérésie nous coupe alors de toute la sève de la Vie !

 

 

Fadiey LOVSKY

 

 

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