Chrétiens et juifs, ... des amis !

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"Si ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, et va d'abord te réconcilier avec ton frère"

( Evangile de Matthieu 5 : 23 )

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Aux origines de nos séparations

 

par M.F.LOVSKY

paru dans Yerushalaim n°20 & n°22

 

NDLR : Un regard sur le premier shisme qui a séparé le christianisme du judaïsme au premier siècle de notre ère. Ce fut le premier shisme, mais hélas pas le dernier. Il fut en quelque sorte le prototype de tous les autres !

 

 

 

1 - Quand le vocabulaire n'est pas neutre

 

On n'a pas écrit : "La séparation du Christianisme naissant d'avec le Judaïsme" parce que ce serait projeter d'avance dix-huit ou dix-neuf siècles d'histoire, avec leurs exclusions, leurs principes, leurs préjugés, voire leurs richesses, sur l'époque où la séparation initiale s'est produite, insensiblement, pendant des dizaines et des dizaines d'années, peut-être de manière lucide chez les uns, et sûrement d'une façon passive dans la conscience de la plupart des Chrétiens d'origine juive (les Judéo-chrétiens) et à plus forte raison des Chrétiens d'origine non-juive, païenne (les Pagano-chrétiens).

Nous ne savons pas comment, jusqu'aux environs de l'an 70, les cheminements séparateurs étaient lucidement perçus, s'ils l'étaient, dans la conscience juive par rapport aux chrétiens. On admet qu'aux environs de l'an 80, les Juifs s'en rendaient compte. Même si c'est exact, on peut souligner que ce délai représente deux générations où les confusions et les mentalités n'avaient jamais été consciemment identifiées les uns et les autres.

C'est donc en employant une expression commode, mais discutable, qu'on peut évoquer une relation du Christianisme naissant avec la complexité du Judaïsme d'alors. Il faut se débarrasser complètement, si l'on veut approcher la réalité historique, de ces deux mots qui se terminent par isme , parce qu'il y a plutôt des Christianismes, et en même temps des Judaïsmes en transformation, plutôt qu'un Judaïsme, même si celui-ci tend à se former.

 

Nous vivons dans un monde où les idées et les mots qui se terminent en isme sont à la fois très répandus et très colorés par nos subjectivités. Ils correspondent à des réalités plus ou moins imaginaires, que nous fabriquons, ou qu'on crée pour nous. Dans le cas précis de cette étude, nous imaginons volontiers un Judaïsme tout-à-fait constitué et homogène en face d'un Christianisme tout-à-fait homogène et constitué. Et nous les séparons au point que nous les opposons l'un à l'autre, comme s'ils étaient dès lors pleinement conscients de leurs différences, comme s'il y avait déjà en l'an 40, en 50, en 70, en 90, deux blocs bien distincts, déjà totalement constitués, et immuables dès leur apparition.

 

Rien n'est plus faux ! Il ne s'agit pas seulement d'une question d'exactitude historique, mais bien de notre lecture du Nouveau Testament. On ne peut pas dire qu'on y rencontre "le" Christianisme ultérieur; et qu'on discerne "des" Judaïsmes, ils ne sont pas encore ce que nous connaîtrons par la suite - et moins encore le Judaïsme que nous imaginons. Pour bien lire ces témoignages du Nouveau Testament, il faut y rencontrer le peuple juif dans sa grande diversité, avec les différentes conceptions qu'il avait de son identité. Et il faut se rendre compte que nous voyons des groupes encore peu nombreux qui se réfèrent à Jésus, en pensant à ces premiers Chrétiens avec prudence, et surtout sans jamais oublier que c'étaient des Juifs.

 

Rien de plus révélateur que l'emploi du mot "chrétien" dans le Nouveau Testament: trois fois seulement, dont deux par des non-chrétiens. Ce sont les gens du dehors, probablement des non-Juifs, qui, dans la ville païenne d'Antioche, désignent ainsi les Juifs croyant en Jésus (Actes 11: 26)

 

Faut-il rappeler que ces premiers chrétiens avaient une tendance compréhensible (et que nous n'avons pas perdue) à voir surtout ce qui les distinguait les uns des autres ? Et même s'ils étaient encore tous Juifs, à cause des langues qu'ils parlaient, et de leurs habitudes ! Ce sont des réalités qu'il ne faut ni majorer, ni ignorer. Si les douze apôtres, la Vierge Marie, les gens qui reçoivent l'effusion du Saint-Esprit à la Pentecôte, sont tous des judéo-chrétiens, il y a parmi eux ceux qui parlent la langue devenue vulgaire, l'araméen, et ceux qui parlent le grec, les Hellénistes, sensibles à la culture grecque.

Quant aux pagano-chrétiens, ce ne sont pas seulement des Grecs, d'origine ou de culture. Ils viennent, ils viendront de toutes les Nations. Ces "Gentils" sont souvent appelés "Grecs" par le Nouveau Testament, car il regarde ceux-ci comme les représentants de toutes les Nations. Mais la diversité des Pagano-chrétiens ne doit pas être sous-estimée.

 

Ainsi, durant en tous cas un demi-siècle, il est prématuré de parler, au sens habituel de ces mots, de "Christianisme" et de "Judaïsme" constitués et affrontés.

 

2 - Une "secte" juive parmi tant d'autres.

 

Il faut bien entendu écrire "secte" entre guillemets. Ce mot devenu habituel chez les historiens, n'a pas de signification péjorative. Il correspond à quelque chose comme "une section", ou un "secteur" à l'intérieur de l'ensemble de la diversité juive, non pas au sens territorial, mais quant à ses tendances et ses comportements.

 

Parmi ces secteurs, ou ces sectes, l'Eglise judéo-chrétienne naissante apparaît comme l'une d'elles, au milieu du 1er siècle de notre ère. Elle n'a pas conscience d'une rupture avec les Juifs. Elle apparaît aux yeux de ceux-ci comme l'une des tendances variées qui se manifestent alors dans le peuple d'Israël, et que le Nouveau Testament évoque volontiers: les Pharisiens, les Sadducéens, les Zélotes, les Esséniens, les baptistes comme Jean le Baptiseur, sans oublier les gens de Qumran qu'on apprend à connaître depuis cinquante ans. Il y avait des dissidences dans chacun de ces groupes. Vu du dehors, Jésus fut l'un de ces dissidents, et l'Eglise judéo-chrétienne naissante aussi. C'est une erreur de penser qu'elle se soit immédiatement distinguée aux yeux de tous les Juifs. Pour les mieux informés, c'était tout au plus une hérésie supplémentaire parmi les autres.

 

Après la Croix, après la Pentecôte, les apôtres et la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem étaient fidèles au culte et aux cérémonies du Temple, aussi bien qu'à la Loi. Ils respectaient le sabbat et célébraient les fêtes juives. Ils se nourrissaient comme les autres Juifs. Ils ne remettaient pas en question la circoncision, ni les purifications. Jean Daniélou a écrit à juste titre que les premiers Chrétiens "apparaissent comme des Juifs particulièrement fervents".

 

Quand Saint Paul se rendait en premier lieu dans la synagogue de la ville où il arrivait, ce n'était de sa part ni provocation, ni procédé de propagande. C'était l'acte naturel d'aller vers les siens et de prier avec eux. Nous avons surtout retenu les refus qu'il a essuyés, parce que nous connaissons l'évolution qui s'étend sur plusieurs générations. Mais ce n'était pas toujours le cas: nombre de Juifs accueillaient ce qu'il annonçait. Moins qu'il n'aurait voulu certes, mais davantage qu'on le dit d'habitude.

 

Tout s'est passé comme s'il y avait un temps où l'on avait pas conscience d'une opposition totale, ni d'une rupture consommée. Cette situation d'indécision où les judéo-chrétiens se considéraient comme des Juifs, ce no man's land religieux, a duré de nombreuses années. Les distinctions ne sont apparues que lentement.

 

Cela ne sous-entend pas que les relations entre les tendances et les "sectes" juives fussent bonnes. Les passages polémiques qu'on lit dans le Nouveau Testament se lisent, parfois accentués, dans les textes juifs des premiers siècles, et dans ceux de Qumrân. Les sadducéens d'avant 70 tenaient les Judéo-chrétiens pour une variété de Pharisiens; et les saduccéens n'aimaient ni les uns, ni les autres. Ils refusaient en particulier et craignaient leurs espérances messianiques, susceptibles de provoquer des troubles et l'intervention des troupes romaines d'occupation. Les familles des grands prêtres et la famille royale haïssaient les nouveautés religieuses qui pouvaient  contester leur pouvoir ou porter ombrage aux Romains, remettant ainsi en cause le fragile équilibre entre occupants et occupés qui faisaient d'eux les détenteurs d'un pouvoir aux nombreux avantages.

 

Nous avons au début du chapitre 12 du livre des Actes une allusion à ce conflit politico-religieux: au verset 3, on voit les Sadducéens qui persécutent, vers l'an 43 ou 44, les Judéo-chrétiens, emprisonnant Pierre et faisant mourir l'Apôtre Jacques, frère de Jean. Ce n'est pas, malgré tant d'auteurs, un épisode du conflit entre "le" Christianisme et "le" Judaïsme. Ne nous y trompons pas: c'est un règlement de comptes entre Juifs, où les Sadducéens s'attaquent à une dissidence pharisienne.

 

L'attitude pharisienne à l'égard des Judéo-chrétiens n'était pas, d'abord, uniforme. Il y avait parmi eux des adversaires farouches, comme Saul de Tarse dont l'intelligence pénétrante avait sans doute compris, avant d'autres, sur quels principes contraires à la pensée juive s'appuyaient les premiers judéo-chrétiens.

Mais le livre des Actes nous montre aussi un Pharisien comme Gamaliel empêcher le Sanhédrin de poursuivre les apôtres. Plus tard, au fur et à mesure que les Pharisiens se raidiront contre la domination romaine, on peut se demander s'ils ne condamneront pas davantage les Judéo-chrétiens à cause de leur tiédeur nationale plutôt qu'à propos de leur théologie, et finalement pour ces deux motifs !

 

En tous cas, dans les premières années de l'Eglise judéo-chrétienne de Jérusalem, Jacques le frère du Seigneur est le ferme représentant d'une attitude spirituelle gardant les liens avec les Pharisiens. Jacques se veut profondément juif. Il doit faire des efforts pour comprendre les Hellénistes, et à plus forte raison, le point de vue de Paul quant aux Pagano-chrétiens. N'allons pas imaginer que Jacques soit un marginal ou un extrémiste parmi les Judéo-chrétiens. Il est bien le chef reconnu et vénéré de l'Eglise de Jérusalem, l'une des colonnes de l'Eglise, selon le dire de Paul (Galates 2:9). Son rôle ne cède en rien à celui de Pierre en importance.

 

Il ne faut pas projeter les oppositions du IVème ou du XIVème siècles sur le premier. En voici une illustration: que n'a-t-on pas dit à propos du remplacement du sabbat des Juifs par le dimanche pour les chrétiens. C'est méconnaître les problèmes de calendrier qui n'existent plus pour nous, s'ils persistent pour les Juifs. Comme ceux-ci, les Judéo-chrétiens comptaient les jours du crépuscule à la tombée de la nuit suivante. Ils célébraient consciencieusement  le sabbat, notre samedi actuel, du vendredi soir vers 19 heures jusqu'au samedi soir, selon les saisons, vers 19 heures. Dès la tombée de la nuit, commençait alors (toujours pendant le samedi actuel) le "premier jour de la semaine" qui se confondait en le devançant, de 19 à 24 heures, avec notre dimanche actuel, et qui était un jour ouvrable. On pouvait célébrer Jésus, par la prière et le partage du pain et du vin, à la suite du sabbat et en prolongeant celui-ci, avant d'aller dormir. Peut-être y eut-il des Judéo-chrétiens à prolonger cette veillée jusqu'à l'aube, en passant ainsi du septième au premier jour. Il  en eut certainement à se coucher peu après le sabbat pour se lever avant l'aube et célébrer Jésus, donc le premier jour, avant d'aller au travail.

 

Car si le samedi (du vendredi soir jusqu'au crépuscule du samedi) était un jour chômé chez les Juifs et les Judéo-chrétiens, ce n'était nullement le cas dans la vie des Païens et des Pagano-chrétiens. Le jour du sabbat, ils travaillaient. Et le dimanche aussi. Il n'y avait pas de repos hebdomadaire dans la société païennne en ce temps-là. Jusqu'au Ivème siècle, et souvent au delà, les offices des premiers Chrétiens ont eu lieu soit durant la soirée prolongeant le sabbat au cours du premier début du "premier jour", soit à l'aube de celui-ci, qui était un dimanche de travail.

 

Les usages des premiers chrétiens s'imbriquaient dans ceux des Juifs, et tenaient compte de la société, laquelle était à ce moment-là profondément différente de ce que les Chrétiens en feront par la suite. De même que l'opposition entre "le" Judaïsme et "le" Christianisme au Ier siècle relève de nos théories davantage que de la réalité, de même cette opposition qui nous conduit à imaginer un dimanche supplantant alors le sabbat juif est illusoire. Ce sabbat gardait au contraire tout son prestige dans la "secte" encore juive des chrétiens, et pour longtemps encore.

 

3 - Une relation délicate, au sein d'une autre relation difficile.

 

La relation délicate, c'est celle entre Judéo-chrétiens et Pagano-chrétiens. La relation autrement plus difficile, c'est celle des Chrétiens avec les Juifs. Théoriquement, ces deux relations sont distinctes, indépendantes l'une de l'autre. Dans la réalité, leurs interférences se mêlent et s'ajoutent dans le climat défavorable aux Juifs de l'opinion gréco-romaine.

 

Le livre des Actes montre combien les Judéo-chrétiens ont été surpris par l'adhésion des païens à la prédication apostolique. Paul, qui en avait reçu la charge, en a aussitôt compris la nécessité, mais aussi les difficultés et les exigences. Ce ne fut pas le cas de tous les Judéo-chrétiens. On ignore souvent que nombre de ceux-ci, durant des siècles encore mais en proportion régulièrement décroissante, confesseront la messianité de Jésus sans accepter pour autant l'enseignement de Paul et des Pagano-chrétiens de l'Eglise.

 

Or, durant les vingt années qui précèdent la révolte juive de l'an 66 (sur laquelle nous reviendrons plus loin), on constate l'exaspération croissante du nationalisme politique et religieux des Juifs par rapport à Rome, mais non sans retombées psychologiques à l'égard des Nations. Cette évolution se double évidemment d'un raidissement du même ordre des non-Juifs envers les rebelles de Judée. De tels mouvements d'opinion ne pouvaient pas, même adoucis, épargner les relations entre les Pagano-chrétiens et les Judéo-chrétiens. Lesquels essuyaient l'hostilité des Juifs, dans la mesure où les Chrétiens d'origine juive ne partageaient pas leur effervescence antiromain. Il est inutile de préciser que les Pagano-chrétiens étaient encore plus réticents.

 

Si l'on rapproche ces circonstances des remous et des refus suscités par les observances juives chez la plupart des Pagano-chrétiens (on reviendra aussi sur cette difficulté majeure dans le chapitre suivant), on comprend comment les relations entre eux et les Judéo-chrétiens devenaient petit à petit délicates, et sensible la tentation des Pagano-chrétiens de se démarquer des Juifs en général. La logique des relations humaines conduisait à la séparation de la première Eglise en deux corps, l'un judéo-chrétien, l'autre pagano-chrétien. N'y avait-il pas dans certaines villes, et n'y aura-t-il pas longtemps des assemblées judéo-chrétiennes séparées pour célébrer le Repas du Seigneur, d'autant plus que celui-ci suivait le repas en commun, et que les observances alimentaires les isolaient alors des Judéo-chrétiens ?

 

L'universalité de l'Eglise a été sauvée, comme le racontent les textes bien connus du Nouveau Testament, non point au prix d'un compromis, mais par une décision qui permettait aux païens devenus chrétiens d'entrer dans l'Eglise une, celle des Juifs qui croyaient en Jésus et des païens qui croyaient en Lui. Dans l'épître aux Galates, Paul se fâche en faveur de la liberté chrétienne des Judéo-chrétiens et des Pagano-chrétiens, car le salut ne dépend que de la seule foi en Jésus-Christ, crucifié et ressuscité. On ne s'est pas mis d'accord sur une attitude légaliste et obligatoire pour les uns et les autres. Les Judéo-chrétiens qui, en conscience, veulent continuer à observer les usages des Juifs sont libres de le faire. Paul est le premier à agir ainsi.

 

Reste qu'il convient de rappeler une conséquence, souvent oubliée, qui a trsitement pesé sur l'évolution de l'Eglise: dans la polémique qui a entouré l'insertion des Pagano-chrétiens, il y avait un risque de dépréciation des observances juives, et de la Loi, et des Juifs eux-mêmes, et de l'identité du peuple d'Israël. C'était humainement inévitable; et l'Eglise naissante était humaine. La polémique n'a pas été anti-sémite, au 1er siècle, mais elle pouvait ouvrir la voie à l'antisémitisme. L'Epître attribuée faussement à Barnabé permet de poser la question. Et plus tard, au IVème et au XIXème siècles, les chrétiens n'ont pas échappé à une lecture négative, involontairement hostile, des passages qui relatent le débat entre Chrétiens d'origine juive et d'origine des Nations. Au mieux, on perdait tout respect des Judéo-chrétiens; au pire, comme on le verra dès la crise du Marcionisme au IIème siècle  (cf. Yerushalaim n°3) , on manifeste une hostilité globale et violente envers tout ce qui est juif, à commencer par l'Ancien Testament.

 

Paul avait bien compris que les Pagano-chrétiens n'étaient pas à l'abri de cette tentation orgueilleuse. Il l'a combattue dans l'Epître aux Romains (cf. Chapitre 11: versets 20 à 22). Hélas, l'histoire chrétienne n'a pas su tenir compte de l'avertissement de l'Apôtre. Cette cécité a commencé au 1er siècle. Nous qui savons où elle peut mener, nous devons revenir à l'exhortation de Paul, et la recevoir. Que les Pagano-chrétiens que nous sommes ne s'enorgueillissent pas par rapport aux Juifs !

 

4 - Les observances juives

 

Dans le chapitre précédent, il a été fait état des réticences des Pagano-chrétiens vis-à-vis des observances juives: pourquoi ces réticences ?

 

Mais, avant d'aller plus loin, je tiens à faire remarquer que je me garde d'employer le mot "Loi". Il faut respecter la précaution capitale de ne pas confondre systématiquement la Loi avec des rites, des usages ou tel commandement précis. On ne doit pas méconnaître toutes les nuances que le mot "Loi" reçoit dans les lettres de Saint Paul. Si la Loi n'assure pas le salut, elle est néanmoins, comme le commandement, "saint, juste et bon" (Romains 7:12) Elle n'est pas abolie. Toute l'éthique de la Loi, et les "Dix Paroles" que nous appelons les "Dix Commandements", n'étaient nullement mis en cause par les Pagano-chrétiens. Ceux-ci s'opposaient plutôt à telle ou telle prescription gênante, ou difficile. On peut expliquer leurs motivations par trois raisons.

 

La plus importante de ces répugnances est aussi la plus simple: il y avait des observances pénibles, comme la circoncision, au surplus constitutive de l'identité juive. Et il y avait des exigences quotidiennes relatives à la nourriture.

Les Pagano-chrétiens ne faisaient que prolonger les réticences que le prosélytisme juif  avait déjà rencontrées, et auxquelles il avait répondu par une distinction que Saint Paul et l'Eglise de Jérusalem n'ignoraient nullement. L'annonce aux Païens du vrai et seul Dieu par les Juifs ne parvenait toujours pas à vaincre toutes les hésitations de ceux que l'on appelait les "Prosélytes de la Porte" qui, à la différence des Prosélytes les plus décidés, ne parvenaient pas à franchir les obstacles dûs aux observances les plus exigeantes, circoncision et nourriture. Ce sont les Juifs qui avaient admis que les "Prosélytes de la Porte" ne soient pas rejetés, avec l'espoir qu'ils accepteraient finalement toutes les observances.

 A plus forte raison, les Pagano-chrétiens qui annonçaient Jésus-Christ aux Païens allaient-ils adopter une attitude semblable. Ne nous leurrons pourtant pas sur la tolérance qui assimilait ces Pagano-chrétiens aux "Prosélytes de la Porte". Elle soulevait, de part et d'autre, des sentiments et des jugements péjoratifs.

 

Autre raison de l'abandon de certaines observances, celle-ci tout-à-fait conforme à la pensée juive et à sa théorie du "noachisme": le développement de la Loi orale à propos de Genèse 9, et de l'Alliance avec Noé (d'où le terme "noachique"), dispensait les non-Juifs des prescriptions particulières aux Juifs.

Les non-Juifs, et donc les Pagano-chrétiens désireux d'entrer dans l'Alliance Noachique n'était soumis qu'à sept obligations: ils devaient vivre selon les lois morales et sociales appliquées par les magistrats; ne pas pratiquer le polythéisme; avoir des usages moraux dans le mariage et la sexualité, en bannissant notamment l'inceste; interdire l'homicide; interdire le vol; et ne pas manger d'animaux vivants, ne pas se nourrir de leur sang. D'un point de vue judéo-chrétien, il était donc loisible de considérer les Pagano-chrétiens comme relevant de l'Alliance Noachique, du fait de leur entrée dans la Nouvelle Alliance de Jésus.

 

Une troisième raison ne peut être écartée, même si elle ne rencontre pas l'adhésion de tous les spécialistes. En évitant pour l'expliquer toute affirmation absolue, je dirai que l'on peut se demander si la réalisation messianique ne véhicule pas l'idée que certaines observances n'étaient plus nécessaires. Ce n'était sûrement pas l'avis de tous les Juifs. Mais l'histoire juive présente des pseudo-messies qui pensaient que telle ou telle observance devenait caduque quand le Messie était venu.

 

De toutes manières, les deux dernières de ces trois raisons ont été submergées très probablement par la première. C'était un facteur, largement involontaire, mais important de l'éloignement mutuel entre les Juifs et les Chrétiens, à partir du moment où les Pagano-chrétiens deviennent de plus en plus nombreux.

 

5 - La catastrophe juive de l'an 70

        

         La première Guerre  juive (66-70) a considérablement éloigné les Juifs et les Chrétiens les uns des autres, sans qu'ils aient recherché ce résultat, et sans qu'ils se soient combattus.

 

         Il faut bien comprendre que pour les Juifs, l'événement majeur du 1er siècle, ce n'est ni la Croix de Jésus, ni les remous provoqués par la prédication des Apôtres et de Paul, mais bien la situation politique et religieuse qui aboutit à la désastreuse guerre de 66 à 70. Elle fut acharnée et sanglante. Elle a fortement inquiété les Romains obligés de faire appel à des moyens considérables. N'imaginez pas une petite guerre locale. Quand les Romains vinrent à bout des Juifs, ils célébrèrent bruyamment leur victoire. Ils frappèrent des monnaies à l'effigie du vainqueur, Titus, avec un palmier au pied duquel la Judée vaincue pleurait avec les mots : "La Judée captive". On éleva un arc de triomphe à Rome, et on peut voir aujourd'hui encore le bas-relief de bronze qui célèbre la prise de Jérusalem et du Temple, avec les Romains emmenant les dépouilles religieuses dont le chandelier à sept branches.

 

         Les Juifs s'étaient révoltés pour des raisons à la fois nationales et religieuses, en pensant à l'épopée des Maccabées, au deuxième siècle avant notre ère, contre les Grecs de Syrie qui avaient été vaincus. Mais les rebelles de 66-70 mesuraient mal la puissance romaine. Malgré l'opiniâtre résistance juive, la guerre s'est terminée par un épouvantable malheur national et par la chute de Jérusalem, conquise, détruite, et par la destruction du Temple, le neuvième jour du mois de Av. Les sacrifices ont été interrompus et le 9 Av est devenu un jour de deuil à travers les siècles.

        

         Les Judéo-chrétiens, et à plus forte raison, les Pagano-chrétiens de Judée n'ont pas participé à la révolte juive, ni à la défense de Jérusalem, d'où ils seraient sortis en 66. Ces Chrétiens pensaient que si Jésus avait repoussé la tentation zélote d'une action contre les Romains, ses disciples devaient garder la même attitude, d'autant plus que le soulèvement avait des allures messianiques.

 

         Il n'y avait aucun soldat chrétien dans les forces romaines. Rien ne permet de dire que les chrétiens aient alors éprouvé de la sympathie pour elles. Peut-être en avaient-ils davantage pour les Juifs. Mais ils ne considéraient pas qu'ils eussent à porter les armes. Cette neutralité politique, ou ce non-engagement, ont été très mal ressentis par les Juifs. Ils y ont vu une trahison, ou tout au moins une désertion. La politique, et non pas la théologie, a servi de révélateur du clivage entre les Juifs de Judée et les Chrétiens. Cette rupture morale mutuelle s'est étendue au-delà du pays où la guerre s'était déroulée.

 

         Une autre conséquence, encore plus grave, résulte de la destruction du Temple par les Païens. Elle a eu les plus funestes effets sur les relations entre les Juifs et les Chrétiens. Contrairement à des idées toutes faites, le Temple de Jérusalem était un lien entre l'Eglise naissante judéo-chrétienne et la vie religieuse du peuple juif. Lien très ambigu, certes, mais durant les presque quarante ans où l'Eglise se développait, le respect des Judéo-chrétiens pour le Temple témoignait d'une appartenance commune. Tant qu'il fut debout, il symbolisait que la "secte" judéo-chrétienne était moins négative à son égard que la "secte" de Qumran.

 

         La destruction du Temple a dénoué ce lien, et provoqué chez les Chrétiens et les Juifs des changements qui les ont mutuellement éloignés. Les Chrétiens ont pensé que cet événement, permis sinon voulu par Dieu - mais on a trop vite insisté sur "voulu" plutôt que sur "permis" - avait une signification en rapport avec la venue et le sacrifice de Jésus sur la Croix. Ils ont vu dans la chute du Temple un jugement de Dieu, sans équilibrer leur réflexion par le chapitre 11 de l'Epître aux Romains.

 

         Quant aux Juifs, le foisonnement des "sectes" disparaît avec la chute du Temple. Les Zélotes sont momentanément anéantis. Les Sadducéens disparaissent, en même temps que les gens de Qumran et les Esséniens, les Judéo-chrétiens s'éloignent. Ne restent que les Pharisiens dont l'activité et la foi vont constituer peu à peu le Judaïsme tel que les Chrétiens le connaîtront aux siècles suivants. La religion des Juifs connaît alors une mutation décisive car il faut qu'elle se passe du culte sacrificiel. Cette religion que nous connaissons par l'Ancien et le Nouveau Testaments subit une inflexion durable: la Synagogue garde certes un grand nombre de souvenirs du culte sacrificiel dans ses offices, mais elle s'adapte et, en un sens, remplace le Temple, renouant avec le temps de l'Exil en Mésopotamie; les Juifs se retrouvent dans leur fidélité à Sion-Jérusalem, plutôt qu'au Temple, et cherchent leur vérité dans la pratique de la Loi écrite explicitée par la Loi orale qui donnera naissance avec le temps aux écrits du Talmud. Cette Thora commentée, et non plus le Temple, constituera l'identité du peuple d'Israël. Et le Sabbat, et non plus les sacrifices, manifesteront son unité.

 

         Ce raidissement unificateur inspire des actions défensives. Après 70, et des décennies de relative tolérance, les Pharisiens veulent se débarrasser des hérétiques. On introduit dans la grande prière des dix-huit bénédictions une prière à l'encontre des "Minim", ce qui exclut pratiquement ceux des Judéo-chrétiens qui fréquentaient encore les synagogues. Mais il faut souligner que cette décision n'est promulguée par les autorités religieuses juives qu'en 80, au plus tôt, et probablement plus près de l'an 100.

 

6 - "Scandale pour le Juif"

 

         "...mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour le païens" (1 Cor.1:23)

         On me dira : "N'est-ce point par ce paragraphe que vous auriez dû commencer votre étude des motifs de la séparation, dont vous n'abordez que maintenant la cause profonde ? La signification de la Croix de Jésus n'est-elle pas la raison décisive de cette séparation ?"

 

         Oui et non. Oui, bien entendu. Mais il n'est nullement avéré que la plupart des Chrétiens et la plupart des Juifs en aient au cours du premier siècle, et en tout cas, avant les années 80, clairement eu conscience. Il fallait penser de manière théologique pour s'en rendre compte. C'est pourquoi, de façon un peu provoquante, et pour qu'on se plonge dans une époque que nous simplifions et intellectualisons, on a voulu attirer l'attention sur les raisons immédiates et quotidiennes qui écartèrent mutuellement les Juifs et les Chrétiens.

 

         Ceci fait, il est évidemment essentiel d'insister sur le motif profond de cette séparation. Les Juifs l'ont sans doute compris plus tôt que les Chrétiens, et surtout les Pagano-chrétiens. Ceux-ci se montrent encore aujourd'hui souvent étonnés par les raisons juives de ce qui est, à leur avis un scandale. Ce terme, qu'il faut prendre au sens le plus fort, a été choisi en connaissance de cause par le Judéo-chrétien Paul de Tarse ((1Cor.1/23).

 

         Quand nous cherchons à comprendre pourquoi les Juifs refusaient la prédication chrétienne (et le font encore), on aboutit à la contestation du rôle de Jésus par la spiritualité juive. Elle n'accepte pas qu'il soit Christ, c'est-à-dire Messie, ni Fils de Dieu au sens que les Chrétiens donnent à cette expression. Les Juifs opposent leur confession de foi selon Deutéronome 6:4 "Ecoute, Israël, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est Un". Elle n'est pas compatible, selon les Juifs, avec ce que disent les Chrétiens au sujet de la messianité et de la divinité de Jésus. Les Juifs pensent que les Chrétiens nient l'unicité de Dieu et renoncent au monothéisme. L'enseignement chrétien sur Jésus, Fils de Dieu, paraît donc inadmissible aux Juifs, en ce qui concerne l'Incarnation et l'abaissement de Dieu en Jésus. Ils y voient une atteinte à la majesté et à l'unité de Dieu. Si l'incarnation du Fils de Dieu leur est inconcevable, sa mort ignominieuse sur la Croix leur est un scandale. Et il est vrai que nous concevons mal la signification de la peine de mort par la crucifixion au premier siècle. Elle était réservée aux pires criminels, aux esclaves, à ceux qu'on voulait spécialement humilier. Les Romains se plaisaient à crucifier les Juifs nus, pour les bafouer dans leur piété religieuse et leur identité nationale. Que Dieu eût à subir cette peine infamante paraissait aux Juifs une idée inacceptable.

 

         Soulignons en passant que ce n'était pas la possibilité de la résurrection de Jésus qui provoquait la contestation spirituelle juive au premier siècle, mais l'incarnation de Dieu et l'affirmation de sa mort, et sur la croix.

 

         Les Chrétiens d'aujourd'hui sont donc aussi naïfs que mal informés quand ils s'étonnent de ce qu'ils appellent l'incrédulité juive par rapport à Jésus. D'un point de vue spirituel, c'est bien Lui qui séparait, et sépare encore, les Chrétiens et les Juifs. Quand on comprend les raisons du refus des Juifs d'accepter la prédication chrétienne, l'étonnant, c'est le nombre des Juifs qui ont cru en Jésus le Messie.

 

         Encore ne faut-il jamais oublier que cette opposition ne s'est clarifiée qu'avec le temps par une réflexion qui a été rarement immédiate pour la masse des Juifs et tous les Judéo-chrétiens. C'est probablement d'abord sur la messianité de Jésus que se focalisent d'abord les discussions. Nous n'avons pas assez conscience de la variété et de l'imprécision des conceptions messianiques juives au cours du premier siècle. Pour nous, le mot Messie est quasiment synonyme de l'expression "Fils de Dieu", et il y avait un courant messianique juif pour regarder le Messie comme une personnalité non humaine et plus ou moins céleste. Mais on ne peut pas dire que ce courant, parmi d'autres, fût le plus généralement admis.

 

         Le Messie était plutôt compris comme un homme, un Juif qui libérerait le peuple d'Israël de la servitude nationale et ramènerait les Juifs exilés dans leur pays. Pour la plupart des Juifs, Jésus n'était donc pas le Messie puisqu'il n'avait pas accompli ces deux aspirations. Et la question des Apôtres, le jour de l'Ascension : "Seigneur, est-ce en ce temps-là que tu rétabliras le royaume d'Israël ?" (Act.1/6) prouve avec éloquence que les Apôtres judéo-chrétiens gardaient, eux aussi, la conception si répandue chez les Juifs du rôle du Messie.

 

         C'est pourquoi il est permis de penser que la première difficulté des Juifs, quand ils entendaient alors la prédication judéo-chrétienne, était d'ordre messianique. Il leur fallait recevoir une autre identité du Messie. Durant combien de temps cette difficulté a-t-elle recouvert les autres, de nature théologique ? Quand il y a des obstacles, c'est au premier qui se présente qu'on s'affronte. Et pour les Juifs, l'annonce de Jésus butait d'abord sur le titre de Christ, de Messie.

 

         Il va sans dire qu'il faut nuancer les motivations des Juifs, selon les époques. Ce qu'on vient de lire correspond aux débuts de la relation entre les Juifs et les Chrétiens. Plus tard, les Juifs observeront que Jésus n'est pas le Messie parce que les guerres n'ont pas cessé et que les animaux continuent à s'entre-dévorer.

 

         On peut avancer que, de leur point de vue, les Juifs avaient de sérieux motifs à refuser la prédication chrétienne. Il est donc inutile et faux, et passablement honteux d'en chercher des raisons morales et de sous-entendre de méchantes motivations. Ce genre d'explications déshonore ceux qui l'ont invoqué. N'oublions jamais que l'endurcissement est un phénomène d'ordre spirituel. Il faut demeurer sur le terrain de Saint Paul, qui explique en Romains 9 et 10 que le refus des Juifs a des causes spirituelles.

 

7 - Les conséquences de la seconde guerre juive (entre 132 et 135 a.j.)

 

         Après l'année 70, l'oppression des Romains demeurait insupportable aux Juifs de la Terre d'Israël. Car, entre parenthèses, c'est par une simplification outrancière et par un slogan inexact qu'on fait dater l'exil des Juifs hors de leur terre de l'année 70. La Diaspora est largement antérieure à la première guerre juive. Prétendre que les Juifs ont perdu leur terre parce qu'ils avaient été châtiés par Dieu, c'est une légende, dont les Chrétiens qui l'ont propagée, doivent se repentir.

 

         La preuve, c'est qu'il y avait une population juive assez nombreuse, pour qu'après deux ou trois générations, éclate une nouvelle guerre de libération, en 132-135.

 

         Ce fut une nouvelle défaite juive, et ses répercussions ont été, encore une fois, néfastes aux relations entre les Juifs et les Chrétiens.

 

         N'ayant pas jugé qu'ils aient à participer à la révolte en 66, les Judéo-chrétiens eurent la même conviction en 132, d'autant plus que les Pagano-chrétiens étaient bien plus nombreux désormais dans l'Eglise. Et d'autant plus aussi que le chef de la révolte, Bar Kochba était regardé par beaucoup de Juifs, et se donnait lui-même comme le Messie libérateur. L'un des plus populaires et des plus reconnus parmi les docteurs de la Loi d'alors, Aquiba, reconnut Bar Kochba comme Messie. La deuxième guerre juive prenait une coloration messianique que les Chrétiens ne pouvaient accepter, sous peine de sacrilège envers Jésus. L'opposition entre les Juifs et les Chrétiens s'accentuait et les motifs qu'on a énumérés jusqu'ici se radicalisaient dès 132.

 

         Ayant écrasé les Juifs en 135, l'Etat païen romain ne chassa pas les vaincus, mais il en vendit beaucoup comme esclaves, et exila les habitants de Jérusalem d'origine juive. La ville devint une ville païenne réservée aux non-Juifs. Son nom fut changé.

 

         On constate à quel point la relation entre les Juifs et les Judéo-chrétiens étaient encore confuse quand on voit que les Judéo-chrétiens furent, eux aussi, contraints de quitter Jérusalem. Selon les Romains, la première Eglise de Jésus-Christ était juive. Il est permis de penser que ces Judéo-chrétiens se sentaient toujours Juifs.

 

         C'était un événement considérable : la fin de l'Eglise chrétienne de Jérusalem dirigée durant un siècle par des membres de la famille de Jésus. Après 70, les Judéo-chrétiens étaient revenus à Jérusalem ; leur Eglise restait attachée aux usages juifs. En 135, cette Eglise fut dispersée. A Jérusalem, l'Eglise devint pagano-chrétienne. Symbole tragique : l'Eglise-mère disparaissait. Le lien de l'Eglise avec la Pentecôte changeait de caractère.

 

         Il faut le dire très clairement : les Chrétiens n'ont ni désiré, ni inspiré, ni prévu ce tournant. C'est ainsi, par la seule volonté des Païens, que Jérusalem est devenue le lieu de l'éloignement naturel accentué entre l'Eglise et le Peuple juif. Désormais, les chefs de l'Eglise à Jérusalem ne seront plus Juifs, après l'avoir été durant cent ans. Et quand, au cours du II° siècle, les Juifs reviendront petit à petit dans la ville, ils n'y coudoieront plus une Eglise judéo-chrétienne suspecte, mais une Eglise pagano-chrétienne encore plus étrangère.

 

         Par la suite, trop d'évêques Pagano-Chrétiens de Jérusalem seront prompts à voir le jugement de Dieu dans les malheurs temporels des Juifs, et dans l'exil de 135 par rapport à Jérusalem ; davantage, on en viendra jusqu'à oublier l'enracinement premier de l'Eglise dans le peuple d'Israël. Après avoir été décidée par les païens, la substitution des Nations au détriment des Juifs sera enseignée à Jérusalem même. Ainsi l'évêque Cyrille de Jérusalem, dans ses catéchèses baptismales, en 348 : "A partir du moment où les Juifs, en raison des embûches qu'ils suscitèrent contre le Seigneur, furent rejetés de sa faveur, le Sauveur institua, à partir des païens, une seconde assemblée, notre sainte Eglise, à nous Chrétiens". On croit rêver ! Oublier, à Jérusalem, que l'Eglise de la Pentecôte était constituée de Juifs... Comme on est loin de la pensée de Paul et de la fidélité de Jacques ...

         Au risque de me répéter, je rappelle que les catastrophes de 70 et de 135 sont entièrement dues à la main de Païens. Les Chrétiens n'y ont eu aucune part. Pas la moindre. Mais entre la connaissance exacte des événements historiques, et leur impact sur la psychologie et la souffrance des hommes, il y a souvent un décalage. Ces deux guerres juives ont accru l'antisémitisme des foules et le ressentiment des Juifs. Les mauvais sentiments des gréco-romains contre les Juifs enfermaient les Chrétiens de toute origine dans la même catégorie que les Juifs. Et c'est pourquoi les Chrétiens, et surtout les Pagano-Chrétiens, dès le deuxième siècle, mettaient tout en oeuvre pour accentuer la différence entre les Juifs et eux, afin de persuader les Païens que les Chrétiens n'avaient pas de parenté avec les Juifs. Cette autodéfense, sensible chez les écrivains chrétiens du deuxième siècle, qu'on appelle les Apologistes, n'allait pas sans recourir aux facilités, voire à la démagogie d'un accent antijuif.

 

         Une série de conséquences des événements politiques creusait toujours davantage, pour des motifs psychologiques plutôt que religieux, le fossé entre l'Eglise et les Juifs. Le penchant antijuif des Pagano-Chrétiens et l'amertume des Juifs ont puisé dans les contrecoups des Guerres juives des convictions durables.

 

         Sans nous attarder sur les effets des deux Guerres juives dans l'histoire des Juifs, mais sans les oublier non plus, il faut savoir que ceux-ci ont compris, après 135, leur impuissance par rapport à Rome, dont le gouvernement prendra désormais soin de ne plus provoquer les susceptibilités religieuses des Juifs. A la fin des II° et III° siècles, un compromis tacite intervint. Les Romains accordèrent aux Juifs des privilèges religieux et juridiques dans une tolérance méprisante qui permit aux Juifs de se ressaisir, et même d'avoir un personnage officiel à leur tête, le Patriarche. Les Pharisiens faisaient l'unité du peuple, d'autant plus qu'en Mésopotamie (où les Juifs échappaient aux Romains) comme en Judée, la chute du Temple provoquait une inquiétude et une réflexion religieuses sur le rapport de la Loi écrite avec la Loi orale, menacée par les massacres des Docteurs de la Loi.

 

         La Loi orale, transmise de maître à disciple, expliquait, interprétait, adaptait, prolongeait, précisait la Loi écrite. On s'est alarmé à l'idée que cette Loi orale pouvait être perdue à cause des persécutions que subissaient les Maîtres de la Loi. On s'est donc mis à noter, par écrit, l'enseignement dont les Docteurs pharisiens étaient les dépositaires, et l'on a consigné par écrit les commentaires des Docteurs de la Loi sur cette Loi elle-même. Cet effort, qui traversait la mémoire orale des Pharisiens, poursuivi en Mésopotamie, a donné le Talmud dit de Jérusalem, moins complet que celui de Babylone. Travail considérable qui s'est poursuivi du deuxième au cinquième et sixième siècles.

 

         Malgré de très grandes différences, on peut dans une certaine mesure comparer cette vaste littérature juive des deux Talmud à la littérature chrétienne des Pères de l'Eglise, surtout quand elle commente les Ecritures. Dans les deux cas, on a une grille de lecture pour comprendre la Révélation. En ce qui concerne les Juifs, on désigne cet approfondissement qui provient des circonstances en parlant de la Synagogue talmudique. Le Talmud va marquer toutes les générations juives.

 

         Ainsi, par l'entrée des Pagano-Chrétiens dans l'Eglise, au point qu'au quatrième siècle, ils y seront l'immense majorité, et d'autre part, grâce à l'autorité de la Loi orale par la diffusion du Talmud, l'Eglise et le peuple d'Israël suivaient des chemins de plus en plus divergents. Ils sont séparés par les événements, et ils se séparent psychologiquement. Ce sont des facteurs qui ont autant d'importance que les discussions théologiques.

 

         Séparation tout autant subie que voulue ...

 

8 - VERUS  ET  NOVUS  ISRAEL

 

         Les Chrétiens d'aujourd'hui sont souvent déroutés et parfois même indignés si on leur dit que l'Eglise du Christ est profondément juive, très étonnés si on leur explique que l'Eglise a passionnément voulu non pas se distancer d'Israël, mais s'identifier avec lui, être - au sens le plus fort de ce mot - être Israël. Quand nous disons que les premiers Chrétiens ont opiniâtrement tenu à se distancer des Juifs, ce n'est qu'à moitié vrai. Si la volonté de prendre des distances d'avec eux est sensible de la part de l'Eglise, on constate pourtant que, pagano-chrétienne et judéo-chrétienne, l'Eglise était profondément persuadée que la Révélation avait été faite à Israël. L'Eglise n'avait pas encore oublié que les Ecritures étaient d'abord celles des Juifs. De sorte qu'en se distançant d'eux, l'Eglise se regardait néanmoins comme étant elle-même Israël.

 

         Ce paradoxe ne doit pas être sous-estimé. Oui, elle considérait les Apôtres et les Judéo-chrétiens illuminés le jour de la Pentecôte comme le "reste d'Israël". Et parce qu'elle était apostolique, fondée sur la vocation, le ministère, le témoignage des Apôtres, l'Eglise judéo-chrétienne et pagano-chrétienne se définissait comme Israël fidèle, le reste fidèle d'Israël.

 

         Toute la difficulté de la positon chrétienne, toute l'histoire tourmentée des relations de l'Eglise avec les Juifs, toutes les difficultés de nos ecclésiologies à travers les siècles, se trouvent dans cette contradiction : se définir par rapport aux Juifs en s'éloignant d'eux tout en se voulant, pourtant pleinement Israël.

 

         Il faut avouer que la volonté de distanciation l'a tellement emporté que l'Eglise a gravement perdu, ou presque perdu au cours des siècles, le savoir et la fierté d'une identité apostolique liée à Israël. Cela, il est vrai, ne s'est fait que petit à petit, tout en gardant jalousement le mot "Israël" néanmoins modifié par un adjectif. D'abord, chez les Latins, "verus" (vrai, véridique), puis "novus" (nouveau).

 

         Dans un premier temps, elle a dit aux Juifs : Je suis l'Israël véritable parce que j'ai reconnu le Messie d'Israël. On comprend avec quelle fougue et quelle sincérité les Judéo-chrétiens pouvaient dire et croire cela, quand on voit Pierre s'adresser à la foule, le jour de la Pentecôte en se réclamant de la "Maison d'Israël" (Actes 2/36). Et c'est pour cette même raison que Paul se présente dans les synagogues pour appeler à entrer dans l'Israël du Messie Jésus. Dans l'Epître aux Galates, il déclare aux Chrétiens qu'ils sont l'Israël de Dieu.

         Paul n'ôte nullement aux Juifs qui ne sont pas devenus Chrétiens leur appartenance à Israël. Au contraire. S'il parle des "Juifs" dans l'Epître aux Romains, du chapitre 1 au chapitre 8, il les appelle "Israël" dès qu'il expose le Mystère de leur vocation. L'enseignement paulinien, qui considère l'Eglise comme l'Israël fidèle et un Israël véritable, n'a aucun rapport avec les habitudes humaines, promptes à dire : "Ote-toi de là, que je m'y mette". Paul raisonne d'une manière biblique : si l'Eglise est le Verus Israël, c'est parce qu'elle est le Reste d'Israël.

 

         Reste d'Israël, et donc Reste pour Israël. Insistons sur ce point essentiel. En disant avec les Judéo-chrétiens : "Nous sommes Israël" et avec les Pagano-Chrétiens : "Nous sommes devenus Israël", l'Eglise ne niait pas, pour autant, que les Juifs qui n'ont pas accepté Jésus demeurent eux aussi, et par Election, Israël. Voyez Saint Paul les appeler Israël (Rom.9:30, 10:19, 11:7). De même qu'au temps d'Elie, dit-il, le peuple d'Israël endurci contenait les sept mille, Reste d'Israël (1 Rois ch.19), de même, le Reste-Eglise avait la même vocation, au sein d'Israël et en faveur d'Israël (Rom.11:2-5).

 

         La notion, la réalité du Reste n'a de signification que par rapport au tout, à l'ensemble. Sinon, le Reste devient incompréhensible, en excitant l'orgueil d'un groupe qui déraille alors. L'existence du Reste exprime la miséricorde de Dieu. Si l'Eglise est le Reste d'Israël, c'est en faveur de lui par la miséricorde divine. Même si le peuple ne le sait pas, ne le comprend pas et fait un faux-pas, même s'il s'endurcit. Ce qu'on écrit là concerne évidemment les Chrétiens autant que les Juifs.

 

         Après la Croix, après la Pentecôte, après l'échec relatif de la prédication apostolique, auprès des Juifs, ceux-ci demeurent Israël. L'Eglise n'est pas substituée à Israël  et Israël n'est pas "rejeté". La relation biblique du Reste pour le tout, pour l'ensemble, enracine le Reste dans le tout. C'est ce que Paul exprime dans la parabole prophétique de l'olivier. Si le peuple d'Israël méconnaît le Messie et donc le Reste, cela ne change rien à la relation intime qui greffe l'Eglise, Verus Israël des Judéo-chrétiens et Pagano-Chrétiens sur l'olivier. (Rom.11)

 

         Cette relation est évidemment récusée par les Juifs. Ils ne peuvent pas la recevoir. Les Chrétiens doivent comprendre ce refus, d'autant plus que toute l'épaisseur de l'Histoire depuis Paul a montré aux Juifs que les Chrétiens n'avaient guère compris ni admis l'enseignement de l'Apôtre, en persécutant cet Israël dont Paul leur demandait de respecter la nature (Rom.11:24). La pente des affirmations chrétiennes a été de ne plus dire : "Nous sommes aussi Israël avec vous", pour se contenter de dire : "Nous aussi, nous sommes Israël". Et puis, le ton est devenu plus sec: "Nous sommes Israël, nous surtout.". Inversant le langage de Paul dans l'Epître aux Romains, les Chrétiens ont dit : "Israël, c'est nous, vous, vous êtes les Juifs". Rien d'étonnant qu'on en vienne, en haussant encore la voix jusqu'à dire : "Israël, c'est nous, ce n'est que nous, et vous, vous ne l'êtes plus." Et Verus Israël a changé de signification.

 

         Ce glissement théologique fatal, qui correspond à une adultération ecclésiologique, s'exprime par l'idée, que Paul a combattue, du "rejet" d'Israël, qui a ouvert la voie de la bonne conscience chrétienne quand elle persécutait les Juifs, non sans s'abandonner à l'orgueil spirituel. Le principe charnel du "rejet" a entraîné l'idée, tout aussi naïve et vaniteuse, d'une Eglise substituée à Israël.

 

         A cause de cette histoire théologiquement faussée et humainement négative, l'affirmation biblique de l'Eglise, Verus Israël, doit être employée avec prudence. Nous ne pouvons nous en réclamer qu'à la condition de proclamer que les Juifs sont et demeurent Israël, et que leur appartenance à Israël n'a pas été révoquée.

 

         Que ce soit pour des raisons politiques, théologiques ou simplement routinières, les Chrétiens ne doivent donc se dire Verus Israël que dans la repentance, en se distançant des affirmations courantes où l'antisémitisme est prompt à se glisser. Quand les Chrétiens disent humblement que l'Eglise est un Verus Israël, il faut qu'ils se réjouissent que l'Election du peuple d'Israël persiste dans l'amour de Dieu pour lui.

         "Verus" et "novus" Israël: le premier des deux adjectifs est valable à condition de ne véhiculer aucun bacille de méchanceté envers les Juifs.; le second est à proscrire totalement.

         En disant que l'Eglise est le "Nouvel Israël", on fait disparaître la relation permanente entre le Reste et l'ensemble, le tout d'Israël. Dangereuse, acrimonieuse, et nullement biblique, l'expression "Nouvel Israël" simpliste et fille de la théorie du "rejet", ne se trouve nulle part dans le Nouveau Testament. Le Reste d'Israël n'est pas un "nouvel" Israël.

 

         La dérive a été rapide, puisque certains Pères de l'Eglise la connaissent. Il n'est pas rare qu'aujourd'hui encore, parfois par inadvertance, l'expression soit couverte, ou machinale. En termes théologiques chrétiens, le "Novus Israël" conduit à l'ecclésiologie de la substitution, à moins qu'il n'en provienne.

 

         Ce sont des vocables séparateurs:  "Verus" parfois, "Novus", toujours.

 

9 - Une concurrence missionnaire

 

         Il est bien connu que les Juifs ne font pas de prosélytisme et n'ont pas d'activité missionnaire. Ils découragent volontiers les conversions.  Mais s'ils invoquent des raisons de principe, devenues normatives, la situation était différente dans l'antiquité.

 

         En fait, les Juifs ont renoncé à l'activité agrégeant des non-Juifs à la foi et au peuple d'Israël à la suite de l'interdiction, et de la peine de mort pour les convertisseurs, que la Chrétienté a édictées au 4° siècle, et l'Islam aussi, au 7°.

 

         Auparavant, la religion juive avait une dimension missionnaire. Jésus y fait allusion (Mt 23:15). Il y a des prosélytes à Jérusalem le jour de la Pentecôte. L'eunuque éthiopien d'Actes 8 nous renvoie aussi à l'activité missionnaire, peut-être des Juifs d'Egypte. Certains commentateurs pensent que Galates 4/17 évoque des missionnaires Juifs. Paul rencontre des prosélytes dans la synagogue d'Antioche de Pisidie (Act.13:43). Nous avons déjà distingué les "Prosélytes de la justice" des "Prosélytes de la Porte".

 

         Une âpre concurrence missionnaire divisait les Juifs et les Chrétiens auprès des Païens, depuis Paul et Barnabas, jusqu'à l'affermissement de la législation édictée par l'Empire chrétien, soit au moins quatre siècles. Si Jean Chrysostome, l'éloquent prêtre d'Antioche de Syrie, prononçait des sermons fulgurants contre les Juifs en traitant la synagogue de "maison close pleine de démons", c'était parce que les foules païennes ou à moitié chrétiennes hésitaient, sans les distinguer, entre ce qui se disait à la synagogue et à l'église. Ces gens-là allaient volontiers à l'une et à l'autre. Aussi Saint Jean Chrysostome (et d'autres d'ailleurs) se livraient à une propagande défensive, et virulente, contre l'attrait des offices juifs.

 

         Expliquer n'est pas justifier: l'attitude de Jean Chrysostome était indéfendable. Ce qui l'est davantage, c'est la répétition, durant des siècles, quand les Juifs n'avaient plus d'activité missionnaire, des diatribes de Chrysostome par les prédicateurs chrétiens. Une des causes très anciennes de l'éloignement mutuel - la rivalité missionnaire - persistait au-delà de son époque, en nourrissant l'antisémitisme des Chrétiens.

 

10 - L'Empire chrétien

 

         Le cas particulier du prosélytisme nous a menés jusqu'au moment où la séparation devient officielle, pour s'approfondir durant des siècles.

 

         Pour mieux surveiller les Juifs, l'Empire romain avait accepté que les Juifs eussent à leur tête le Patriarche. Devenu chrétien, l'Empire supprime cette fonction au début du cinquième siècle. En même temps, la législation tolérait les Juifs, en les humiliant et en les opprimant, de sorte qu'ils allaient éprouver une hostilité compréhensible envers l'Eglise, et envers les Chrétiens, et envers Jésus.

 

         La souffrance ne juge pas toujours très exactement des situations historiques. On en a la preuve avec la confusion, inévitable même si elle est injuste, que les Juifs feront au sujet des Romains et à l'encontre des Chrétiens. On a souligné que ce sont les Romains païens qui ont détruit le Temple et par deux fois écrasé la révolte nationale des Juifs. Les Chrétiens n'y étaient pour rien. Mais dans la mémoire douloureuse des Juifs, la Rome païenne et la Rome chrétienne ont fini par se confondre pour ne plus faire qu'une seule réalité historiquement néfaste.

         Les injustices et l'hostilité de la Rome chrétienne, qu'elle fût de langue latine ou qu'elle devînt byzantine, et ce fait, hautement symbolique, que la législation de l'Empire d'Orient contre les Juifs fût rédigée en latin, autant de raisons qui ont abouti à une espèce de blocage dans la mémoire juive,  qui a du mal à distinguer la Rome païenne des deux Rome chrétiennes, celle du monde latin et celle d'Orient. Et dans la mesure où la chrétienté a voulu assumer tout l'héritage de l'Empire romain, elle a aussi prolongé, aux yeux des Juifs, les méfaits romains envers Israël.

 

         Au jugement de la synagogue, la victoire de l'Eglise ne changeait presque rien à sa propre condition, sinon pour l'aggraver. Si l'éthique chrétienne paraissait moins grossière que celle de l'Etat païen, l'Etat chrétien se montrait plus intolérant, et parfois interventionniste jusque dans le domaine religieux. La condition des Juifs s'aggravait. Déjà séparés des Chrétiens par leurs propres usages, les Juifs se voyaient désormais humiliés et marginalisés dans la chrétienté.

 

         On peut dire que le peuple d'Israël et l'Eglise vont connaître des évolutions indépendantes. Le seul lien qui, visiblement, demeure entre eux, c'est l'hostilité qui les dresse l'un contre l'autre, et la blessure que l'Eglise inflige au peuple d'Israël. Dans cette grave opposition, les Chrétiens méconnaissent l'espérance du Mystère d'Israël.

 

         Nous comprenons enfin que Dieu n'a pas désiré la séparation belliqueuse entre l'Eglise et le peuple d'Israël. Dieu les unit dans son amour. Le Christianisme (tel qu'il est devenu) et le Judaïsme (tel qu'il apparaît au cours des siècles) ont accepté la déchirure entre eux, mais pour Jésus, venu pour les brebis perdues de la Maison d'Israël, cette déchirure est un déchirement.

 

 

Fadiey LOVSKY

 

 

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