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Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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Les Juifs … et les Grecs
Henri LEFEBVRE YERUSHALAIM n°35 –février 2004 « Mikis Theodorakis dénonce
le caractère «fanatique» et «agressif» des
Juifs. » C’est sous ce titre que le mensuel l’Arche n°549 Nov-Déc.2003
rendait compte d’un récent accès d’antisémitisme. L’article
commence par le récit des faits : Le compositeur grec Mikis Theodorakis,
qui a été longtemps identifié à la gauche grecque, a fait scandale avec des
propos ouvertement antisémites. C'était le 4 novembre. M. Theodorakis,
âgé de 78 ans, prenait la parole à une conférence de presse où il présentait
son autobiographie intitulée « Où trouver mon âme » Dans ses propos, il se livra
à une comparaison entre les Juifs et les Grecs et, emporté par son élan, il
déclara : « Nous et les Juifs sommes deux peuples pas comme les autres. Mais
eux. ils sont fanatiques, et ils parviennent à s'imposer... Aujourd'hui. nous
pouvons dire que ce petit peuple est à la racine du mal. Cela veut dire que la
grande connaissance de soi et la persévérance ont de mauvais résultats. » Cet incident ne semble pas avoir fait les
gros titres dans nos pays: on a parlé de l’auteur de ces propos comme d’un homme célèbre dans son pays en raison de sa
production artistique et de sa participation à la résistance contre le régime
des colonels, ajoutant qu’il avait déjà eu l’occasion de se faire remarquer par
des propos très directs. Certains commentateurs le présentent comme le trublion
de la gauche grecque. Enfin, d’autres médias comme l’Arche citée ci-dessus,
s’élèvent contre ces propos gravement antisémites. Ces
différents commentaires me semblent avoir sous-estimé un aspect important de
l’incident. Et je voudrais ici proposer une explication qui devrait donner à
réfléchir aux chrétiens. Il n’est évidemment pas question pour moi d’attaquer la foi chrétienne, bien au contraire, mais, très honnêtement, je me demande si le
compositeur grec n’a pas été influencé par la culture chrétienne majoritaire
dans son pays, en osant s’engager dans une telle comparaison entre le peuple grec et le
peuple juif. Affirmer
que les deux sont « pas comme les autres » n’est pas critiquable. On
connaît le rayonnement historique de la civilisation grecque, dont les lycées
et universités du monde entier étudient les textes. On connaît l’apport inégalé du peuple juif dont la Loi, résumée
par le décalogue, inspire la plupart des légistes du monde entier et se
retrouve dans la Déclaration Universelle des doits de l’homme. Effectivement,
les deux peuples peuvent légitimement se prévaloir d’une influence décisive
dans l’Histoire du monde. Mais
opposer l’un à l’autre est tellement contraire aux fondements même de chacun de
ces deux passés prestigieux, que ce ne peut être qu’une idée saugrenue,
provenant de quelqu’un qui a perdu le contrôle de lui-même, « emporté par
son élan » nous explique l’article de l’Arche. C’est probablement ce qui
est apparu par la suite à son auteur, puisqu’il essaya piteusement d’effacer
cette bévue en affirmant ensuite à la presse qu’il n’était pas antisémite … Une dialectique juifs – grecs dans le Nouveau Testament ?
Quand
on perd le contrôle de ce qu’on dit, à ce niveau de notoriété, c’est que quelque chose a provoqué cet écart. Et je le
répète, on peut déceler une
arrière-pensée issue de la culture chrétienne. En effet le rapprochement
« juifs-grecs » est inscrit dans les textes évangéliques, évangiles
et lettres de Paul, en toutes lettres ! Les passages en question sont
suffisamment importants pour que chaque auditeur même un peu distrait des
offices religieux chrétiens ne peut pas ne pas avoir entendu la formule en
question. Nous en donnerons ici quatre exemples tirés de la lettre de l’Apôtre
Paul aux Romains, qui est souvent considérée
comme l’exposé fondamental de la doctrine chrétienne : Car je n’ai pas honte de l’Evangile: il est puissance de
Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif d’abord, puis du Grec.(Romains 1:16) Détresse et angoisse pour tout homme qui commet le mal,
pour le Juif d’abord et pour le Grec; gloire, honneur et paix à
quiconque fait le bien, au Juif d’abord puis au Grec, (Romains 2: 9-10) Mais quoi? avons-nous encore, nous Juifs, quelque
supériorité? Absolument pas! Car nous l’avons déjà établi: tous, Juifs comme Grecs, sont sous l’empire du
péché.(Romains 3:9) Ainsi, il n’y a pas de différence entre Juif et Grec:
tous ont le même Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent. (Romains 10:12) Voilà
comment, depuis que le Nouveau Testament a été écrit, les chrétiens entendent
parler « des Juifs et des Grecs » ! C’est ainsi que le trublion
grec a inévitablement enregistré mentalement qu’il pouvait y avoir quelque part
une certaine dialectique Juifs-Grecs. Et ce d’autant plus que, comme grec, il
avait la chance de lire, ou d’entendre, le texte dans sa version originale, et
dans sa langue maternelle, aux différences près entre ce texte ancien et le
langage moderne. Reconnaissons
que les non-grecs ont eu entre les mains les mêmes textes dans leur propre
langue, mais qu’ils sont moins sensibles à cette dialectique n’y étant pas
nommément inclus. J’ai répertorié dix-neuf passages du Nouveau Testament dans lesquels la
dialectique Juifs-Grecs est évoquée ! Bien plus, on croit entendre dans
certains de ces passages que l’auteur néo-testamentaire suggère, par cette
formule, qu’il englobe l’humanité toute entière: cela apparaît dans les deux versets du chapitre 2 cités plus haut et
dans le verset suivant de l’épître aux Galates : Galates 3:28 Il n’y a plus
ni Juif, ni Grec; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre; il
n’y a plus l’homme et la femme; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ. Un peu d’histoire Pour
comprendre cette particularité de nos
Ecritures saintes, il est donc bien nécessaire d’y regarder de plus près, et notamment remonter un peu dans
l’histoire mouvementée de la Judée et de ses habitants. Lors
du retour de captivité, après l’édit de Cyrus le Grand, roi de Perse, les
israélites s’organisent, reconstruisent le temple de Jérusalem ainsi que les
murailles de la ville. Mais la région est dominée par la compétition entre la
Grèce, la Perse et l’Egypte, ces trois puissances se succédant dans la
domination du pays, souvent avec une férocité implacable. C’est ainsi que les
horreurs perpétrées par Antiochos IV suscitent la révolte victorieuse des
Macchabées. Les luttes pour le pouvoir se développent notamment autour d’une
rivalité entre pharisiens et hellénistes. La puissance de Rome s’accroît alors
et devient prépondérante, tant sur la Grèce, minée sur le plan militaire par
des conflits internes que sur l’Egypte, la Syrie et la Judée. On parle
désormais de l’empire romain. Une royauté est établie sur la Judée, c’est la
dynastie des Hérodiens, qui sont dans une situation de vassaux à l’égard de
l’empereur, comme dans beaucoup de contrées dont Rome s’est assuré la
domination grâce à ses célèbres légions. On
trouve donc une situation ambigüe pour les israélites : occupés par les
romains dont ils rêvent de secouer le joug, gouvernés par des potentats vassaux
de l’empereur, ils se souviennent des années terribles passées sous la férule des occupants syriens qui avaient profané le
temple et décrété le culte à leur Dieu grec. De plus, si la Grèce est vaincue
militairement, elle a fait alliance sur le plan politique avec Rome et, de ce
fait, continue à rayonner sur le plan des arts et des lettres, ce qui répand
dans tout le bassin méditerranéen un vent de libéralisme des mœurs et de la
pensée qui est perçu comme un danger mortel chez ceux qui conservent les
convictions traditionnelles issues de la Thora. Le souvenir des guerres de libération
menées par les Macchabées un siècle auparavant sont encore vifs … Quand
le Nouveau Testament parle des Grecs, ce n’est pas des gens de nationalité
grecque qu’il s’agit, mais de tout autre chose : ce sera de cette mouvance
philosophique à laquelle s’attachaient certains juifs épris de libéralisme,
d’idées nouvelles, d’affranchissement des idées vieillottes, nous dirions
maintenant des tabous. Opposer Juifs et Grecs revient à souligner la nécessité
d’un choix entre tradition et assimilation à la culture ambiante. Pour les
tenants de la tendance dure, par exemple les pharisiens dont était Paul, le
combat prioritaire était bien sur les idées, car l’assimilation à la culture
gréco-romaine conduisait évidemment à l’abandon de la Thora : les « grecs »
étaient ainsi le type même des « goyim ». Juifs et goyim
Il
faut expliquer ici quelle est la signification du mot goy (pluriel :
goyim). Strictement parlant, on désigne par là tous ceux qui ne sont pas
israélites, ou juifs.. L’usage d’une telle expression peut paraître
orgueilleuse, comme si elle voulait dire que les Juifs étaient supérieurs aux
autres… L’antisémite de service aura vite échafaudé son raisonnement sur le
sujet ! Mais, à mon avis, il n’en est rien et pour deux raisons au moins. La
première est que l’on retrouve dans toutes les civilisations et tous les
peuples cette façon de se situer: notre façon à nous serait par exemple de
parler des « étrangers » ; rien a priori ne trahit un orgueil ou
une pensée d’ostracisme ; c’est un simple constat. La seconde
est qu’une telle distinction leur a été imposée, selon les textes bibliques,
par Dieu Lui-même qui, lors de la « signature » officielle de
l’Alliance au Sinaï avait déclaré « Vous serez ma propriété personnelle
parmi tous les autres peuples. ». L’Alliance conclue par l’Eternel avait
en effet été acceptée par le peuple Hébreu sortant de l’esclavage égyptien. Ce
peuple résultait de la prolifération de la descendance de Jacob, descendant
direct d’Abraham. Ainsi, pour ceux qui reconnaissent au récit biblique une
importance fondamentale, ce peuple est devenu le peuple « élu » ,
c’est-à-dire choisi par Dieu pour être le porteur de la Révélation divine pour
tous les autres peuples. telle était bien la mission qui lui a été confiée,
comme nous le verrons plus loin. C’est ce choix de Dieu qui rendait donc
légitime que l’on distingue correctement entre eux et les autres peuples. On
trouve donc évidemment dans nos traductions de la Bible différentes expressions
qui rendent compte de cette distinction. Tout
d’abord, pour parler du peuple appelé actuellement peuple juif, on trouve
« la maison d’Israël », « Israël » tout simplement,
« le peuple », « les israélites », « les juifs ». Pour
parler des non-israélites, on trouve : -« les grecs » : expression employée
avec une connotation de controverse socio-philosophique comme expliqué
ci-dessus. Cette expression peut éventuellement dans le feu de la controverse
désigner aussi par extension des israélites ayant une attitude jugée contraire
à la tradition. -« les païens » :expression
qui désigne aussi les non-juifs avec une connotation pouvant être péjorative,
car le mot vient du latin paganus = paysan ! Les paysans, peut-être de
Galilée, étaient réputés aux yeux des judéens comme peu ouverts aux choses de
la foi et de la religion ! -« les gentils » : Là aussi
on a un mot résultant de traductions successives. Ce mot n’est qu’une
francisation – bien maladroite au demeurant - du mot latin
« gentiles », utilisé dans la Vulgate pour traduire le mot
païen !!! -« les nations » :
rien à voir avec les Gaulois ou les Egyptiens de ce temps-là. Encore moins avec
les allemands, les belges ou les japonais de notre temps, comme on le voit
parfois dans certaine littérature contemporaine ! L’expression « les nations » désigne les autres nations,
peuples, tribus, etc …, c’est-à-dire cette autre partie de l’humanité qui n’est
pas israélite. L’essentiel
de ce qui vient d’être dit est que, pour bien comprendre les textes cités du
Nouveau Testament, il est indispensable de garder à la pensée que derrière les
expressions dont nous venons de parler, c’est la réalité des
« goyim » qui est présente, réalité prépondérante dans la pensée des
habitants du pays d’Israël de ce temps, et par conséquent dans l’esprit des
rédacteurs des textes du Nouveau Testament. On peut dire que cette dualité
juifs-non juifs doit être admise comme un arrière-plan implicite de tous ces
textes. L’une des conséquences est que, par exemple, dire que l’Evangile de
Jean comporte des affirmations anti-sémites est un non-sens, puisque cet
Evangile rapporte des événements qui se déroulent au sein du peuple juif :
les passages dits « antisémites » sont donc à lire autrement, en
tenant compte de cet « arrière-plan implicite ».
Une tradition héritée du rejet des juifs
On ne
peut alors qu’être surpris de découvrir que de telles réalités aient ainsi été
présentées pendant des siècles au lecteur courant du Nouveau Testament, de
façon aussi peu explicite ! D’autant
plus que la distinction entre juif et goy est beaucoup plus riche de signification
que tout autre. Il ne s’agit pas de distinguer ici entre une nationalité et les
autres, mais de distinguer entre ceux qui se trouvaient engagés sous l’Alliance
divine et ceux qui ne l’étaient pas ! En effet, la qualité de juif, son
identité dirait-on maintenant, est à rechercher dans les textes de la Thora, au
temps des patriarches. C’est
le fils d’Abraham le « père des croyants », qui reçut le nom
d’Israël. Il dit encore: ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël;
car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur. (Genèse 32:28) C’est
à sa descendance, sortie d’Egypte et sur le chemin d’une terre promise, que
l’Eternel se révéla au Sinaï, pour établir avec elle un contrat qui fut appelé
« Alliance », Maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous
gardez mon alliance, vous m’appartiendrez entre tous les peuples, car toute la
terre est à moi; vous serez pour moi un
royaume de sacrificateurs et une nation sainte. (Exode
19 :5-6) Ce
contrat comportait donc une exigence et une promesse: exigence de « mise à
part » pour le service de Dieu au milieu des hommes, promesse de
protection et d’un pays. C’est
donc en se référant à l’Alliance du Sinaï que les Israélites peuvent
légitimement se prévaloir de ne pas être un peuple comme les autres ! Mais
il est évident qu’une telle affirmation n’est reçue aujourd’hui qu’avec
beaucoup de réticences, c’est le moins qu’on puisse en dire. Et ce, tant par
les « goys » que par les Israélites eux-mêmes ! On
pourrait écrire des volumes sur ce sujet, mais revenons aux textes du Nouveau
Testament et à leur traduction. On sait que, au cours des premiers siècles du
christianisme, l’idée a prévalu, que l’Eglise était le « nouvel
Israël » , l’Alliance du Sinaï étant remplacée par la « nouvelle
Alliance en Jésus-Christ ». Bien que condamnée officiellement par les
églises, cette fausse théorie a encore libre cours chez les chrétiens, et il
est bien nécessaire qu’un nouveau discours soit entendu sur ces sujets, et
qu’un nouveau regard soit jeté par les chrétiens sur les Juifs. C’est
probablement la raison pour laquelle les traducteurs n’ont pas cru bon de
souligner le particularisme israélite: puisque, selon la conception officieuse
de leur milieu, ce particularisme était obsolète, à l’image de la Première
Alliance que l’on disait caduque, il n’y avait aucune raison de faire des
efforts d’adaptation de la traduction qui l’aurait mis en lumière ! Sommes-nous
en droit de suspecter une volonté délibérée à ce sujet, de la part de ceux pour
qui il n’y a, en définitive, qu’une seule alliance qui compte, celle dont se
réclame l’Eglise chrétienne ? Volonté délibérée ou glissement progressif
de la pensée, la question restera posée, mais on est en droit d’y trouver
l’origine de l’antisémitisme doctrinal dont nous avons tant de peine à nous
débarrasser. Ce qui a été atteint dans l’inconscient collectif chrétien, c’est
bien la façon d’appréhender la caractère solennel, définitif, radical, de
l’Alliance du Sinaï dans la quelle le Seigneur s’engageait avec un peuple
déterminé en le prenant à la fois à Son service et sous Sa protection.
Avant
de clore ce chapitre, nous voulons
saluer deux actes forts dans notre
passé récent : - le premier est dû au pape Jean-Paul II qui osa parler
de la première Alliance « qui n’est pas abrogée », phrase riche de
conséquences qui a été citée, mais malheureusement trop vite oubliée, et dont
les théologiens ne semblent pas s’être emparés pour l’expliciter au peuple
chrétien. - le
second est dû aux traducteurs de deux éditions récentes de la Bible, la version
dite « Nouvelle Bible Segond » et la version dite « Parole de
Vie » qui est une traduction en français fondamental. En effet, rompant
avec les séculaires habitudes de « noyer le poisson » dans ce domaine
par l’emploi des termes incompréhensibles dont nous venons de parler, ces
versions ont commencé à adopter tout simplement le terme de
« non-juif », ce qui explicite bien le problème tel qu’il se posait
au moment de la rédaction du Nouveau Testament. Espérons que cela amènera peu à peu la masse des fidèles chrétiens non seulement à éviter le piège dans lequel est naïvement tombé M.Théodorakis, mais aussi à cesser de vouloir ignorer que le juif, les juifs, les Israélites, sont depuis l’événement du Sinaï et jusque maintenant, et pour toujours, selon la volonté de Dieu, au bénéfice de l’Alliance du Sinaï. Et nous avec eux , et par eux, puisque "le salut vient des Juifs" (Ev. de Jean 4: 22) Henri
Lefebvre Alès
le 15 décembre 2003 |
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