|
Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
|
Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
|
DES DEUX, IL EN FIT UN Une
réflexion sur le Mystère de l'Eglise et le Mystère d'Israël.
par Elzbieta
AMSLER
paru dans Yerushalaim n°30
« Car c’est lui [le Christ - Messie] qui
est notre paix, lui qui a fait que les deux soient un, en détruisant le mur de
séparation, l’hostilité. Il a, dans
sa chair, réduit à rien la loi avec ses commandements et leurs prescriptions, pour créer
en lui, avec les deux, un seul homme nouveau, en faisant la paix, et pour
réconcilier avec Dieu les deux en un seul corps, par la croix, en tuant par
elle l’hostilité . Il est
venu annoncer, comme une bonne nouvelle, la paix à vous qui étiez loin et la
paix à ceux qui étaient proches ; Par lui,
en effet, nous avons les uns et les autres accès auprès du Père, dans un même
Esprit. Ephésiens 2, 14 – 18. Quel est ce mystère ? Le thème proposé ici ( Convention Charismatique de Gagnières - Juillet 2002 ) se réfère essentiellement à une citation du passage
ci-dessus de l’Epître de Paul aux Ephésiens. D'après une certaine lecture des
textes de St Paul, c'est au travers de ces versets que nous pouvons toucher à
la problématique du « mystère », quant au lien entre Israël et
l’Eglise. Selon son étymologie, le mot
"mystère" renvoie à une réalité ou un phénomène réels, qui reste
normalement caché, mais qui est supposé se dévoiler dans des conditions
particulières et aussi en fonction de notre faculté de perspicacité et d’écoute
et, pour certains, ne se révèle qu'à des initiés. (1) Prenons un exemple : les
commentaires rabbiniques du rouleau d’Esther attirent notre attention sur le
fait que le Nom de l'Eternel n’y est jamais mentionné et que, pourtant, c’est
Lui qui agit à travers Esther, pour sauver la communauté juive menacée
d'extermination à la suite d'un verdict du roi Assuérus. Or on remarque qu’en hébreu
la racine du nom de cette jeune femme – SeTeR (2) - se retrouve dans les mots
mystère, cacher, masquer. C’est pour cela que, durant la fête de Pourim, on
porte des masques pour rappeler l’action de l'Eternel qui, au lieu d’agir
ouvertement par " signes et prodiges ", comme lors de la
sortie d’Egypte, préfère se cacher, et agir derrière " le
masque " d’un être humain, ici la reine Esther. (3) Si l'on évoque un mystère concernant
le lien commun entre l’Israël et l’Eglise - bien que cette notion ne soit pas
explicitement dans le texte paulinien - il s’agirait donc de découvrir de
quelle manière l'Eternel s’implique dans cette œuvre de l’unité des juifs et
des non-juifs, comment Il manifeste son action, autrement dit derrière quel
" masque " Il se cache ? Il est très clair que le thème
central du passage cité ci-dessus, c’est l’unité. Mais quelle unité ? Il ne
s'agit pas, comme nous avons eu l’habitude de le penser, de l'unité entre les
chrétiens, entre catholiques, protestants et orthodoxes. Rien ne permet
d'évoquer cette unité-là même si, au demeurant, elle s'avère hautement
désirable. Mais il s'agit bien de l'unité des juifs et des non-juifs; autrement
dit, d’Israël et des nations. Les
" deux " qui deviennent " un ", ce sont les juifs et les non-juifs,
tous enfants du même Père (4). Le rapprochement de " ceux qui étaient
loin " - les Nations - et de " ceux qui sont toujours
restés proches "(5) - Israël - se fait, s'est fait même selon Paul,
en Jésus-Christ, à la croix. Et si c'est à la croix, ce ne peut être qu'au cœur
de Sa mission, cette mission pour laquelle il a dit être envoyé du Père. Un autre texte contenu dans
l’Evangile de Jean, celui de la prière de Jésus avant son arrestation, vient
confirmer cette affirmation: Ce n’est pas seulement pour ceux-ci que je demande, mais encore pour ceux qui,
par leur parole, mettront leur foi en moi : afin que tous soient un, comme
toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, pour que le
monde croie que c’est toi qui m’as envoyé. Et moi je leur ai donné la gloire
que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un, - moi en eux et
toi en moi – pour qu’ils soient accomplis dans l'unité et que le monde sache
que c’est toi qui m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Jean 17, 20-23 . (6) En rapprochant ces deux textes, nous
ne pouvons qu'être saisis. La lecture séparée de chacun d’eux nous laisse, soit
déroutés par le style très condensé de Paul, soit enfermés dans une sorte
de " bulle mystique ",
sans comprendre le contexte scripturaire à partir duquel Jésus prononce ses
paroles. Il est pourtant évident que " ceux qui étaient
proches " de Paul correspond bien au " ceux-ci "
de Jésus, et que " ceux qui étaient loin " de Paul
correspond bien à " ceux qui, par leur parole, mettront leur foi
en moi ", dont parle Jésus. Dans les deux textes, il s’agit donc
bien de la formation de cette entité nouvelle, que l’on pourrait appeler
" Israël élargi ", ou " Israël complet
". Je ne prends pas le terme
" accompli ", car cela laisserait supposer
qu’Israël sans les Nations n’est pas complet. Paul nous montre plutôt qu'en
Jésus, en apportant la splendeur d’Israël aux Nations, l'Eternel les fait
revenir à Israël pour la réunification de l'humanité, selon les annonces prophétiques
d’Isaïe et d’Ezéchiel. C’est pour cette oeuvre que Jésus est l’Envoyé du Père;
tel est le sens de sa prière avant Sa mort, et tel est l'enseignement de Paul. Les deux textes lus l’un avec
l’autre nous rapprochent de ce " mystère " qui a trait à la
façon dont la gloire de l'Eternel se manifeste au travers de l’unité d’Israël
et des nations, des juifs et des non-juifs. On peut bien parler de "
mystère ": en effet, une telle réalité spirituelle était complètement hors
des conceptions courantes au temps où il écrivait ses épîtres, et restera en
grande partie cachée pendant des siècles bien qu'elle eut été révélée dans les
Ecritures. Ce " mystère ", c’est la façon dont Jésus participe
fondamentalement à la gloire du Père, le Dieu d’Israël. On retrouve cette même révélation au
moment de la présentation au Temple puisque voici comment Siméon, annonce
l’identité de Jésus : Car mes yeux ont vu ton salut [Yeschouah, Jésus – salut] , celui que tu as préparé
devant tous les peuples, Lumière pour la révélation aux nations et gloire de
ton peuple, Israël. Donc la gloire que Jésus donne
" à ceux qui par la parole de ses disciples mettront leur foi en
Lui ", n’est pas autre que la gloire même d’Israël. Jésus est la
lumière des nations dans la mesure où il est la gloire d’Israël . Les deux
sont inséparables, c'est ce que discerne le vieillard Siméon dont il est dit
qu'il " était juste et pieux, qu'il attendait la consolation
d'Israël et que l'Esprit Saint était sur lui " Les juifs sont-ils exclus ? Loin de là ! On peut en effet se demander dès
maintenant ce qu'il en est de ceux d’Israël qui n'ont pas reconnu Jésus-Christ,
et l'ont donc rejeté en tant que "gloire d'Israël": restent-ils
pleinement Israël ? Gardent-ils entièrement la gloire qui leur a été donnée par
Dieu ? Interrogation brûlante et
capitale ! Contrairement aux objections
chrétiennes au cours des siècles, c'est par l'affirmative que répond l'Apôtre
Paul à cette question, rappelant dans sa lettre aux Romains que " l'Eternel
n’a pas rejeté Son peuple " (11:1), car "les dons de la grâce
et l'appel (vocation) de Dieu sont irrévocables " (11:29). Car, même si Jésus n'a effectivement
pas été reconnu par l'ensemble du peuple d'Israël, Lui n'en est pas moins uni à
son peuple, pleinement Juif par ses origines, resté pleinement juif par sa vie
et, à ce titre, revêtu de l'unique gloire de l'Eternel. Bien plus, par son
obéissance parfaite, jusqu'à la mort subie et acceptée, et par la résurrection
au travers de laquelle l'Eternel lui reconnaît sa qualité de fils, ( Rom.
1: 4 ), il lui est donné de répandre cette gloire sur les hommes des
nations qui le suivent, faisant ainsi l'unité des juifs et des non-juifs
( Héb.2:9-10 ). C’est pour
cela qu'il n'est pas utile de poser la question : " Est-ce que les
juifs ont besoin de l'accès au salut glorieux que nous avons reçu par
Jésus-Christ ? ", car ce sont eux qui l’ont reçue en premier, avant
toutes les autres Nations, par leur vocation-élection, et ils l’ont toujours,
car l'Éternel est fidèle à Ses engagements, comme Balaam a dû l'affirmer malgré
lui. ( Nombres 23: 19-21 ). Hélas, durant des siècles, au lieu
de recevoir Jésus des juifs et d’Israël, les Eglises ont persécuté la Synagogue
sous prétexte de vouloir lui apporter Jésus et son salut ! C’est ce paradoxe
que nous touchons aujourd’hui dans nos églises quand nous sommes troublés par
la manière dont les rabbins nous parlent de Jésus et lisent les Evangiles: nous
avons l'impression de recevoir d’eux un Jésus que nous n’avons jamais connu… C’est pourtant le Jésus " rendu
aux siens " qui vient à notre rencontre, en nous posant la
question : " Et vous, vous les non-juifs, les chrétiens des
nations, qui dites-vous que je suis ? " Ceci nous renvoie beaucoup plus loin
qu’à la simple recherche des racines juives de notre foi chrétienne. Cela
touche, jusqu’au risque d’un bouleversement, à toutes les composantes de la vie
de l’Eglise . En fait, s'il y a un
" mystère " d’Israël et de l’Eglise, comme l'annonce le
titre de notre Parcours, en référence au passage indiqué d'une épître de Paul,
cela concerne la façon d’être qu’adopte Jésus, afin que la gloire du Père, le
Dieu d’Israël, soit manifestée dans sa plénitude, selon Sa volonté. Tous les
textes ne servent que de commentaires et d'interprétations, pour montrer qui
est Jésus, par une description de son comportement et par la transmission de
ses enseignements et de ses paroles. Il est rare dans tout le Nouveau Testament
que Jésus déclare lui-même qui il est, mais il nous décrit quel est le Royaume
de Dieu ! Nous pouvons citer ici le troisième
texte qui complète l’ensemble de notre étude sur le mystère du lien entre Israël et l’Eglise: Père,
l’heure est venue. Glorifie ton Fils, pour que le Fils te glorifie, et que
comme Tu lui as donné pouvoir sur tous, il donne la vie éternelle à tous ceux
que Tu lui as donnés. – Or la vie éternelle , c’est qu’ils Te connaissent, Toi
le seul vrai Dieu, et celui que Tu as envoyé, Jésus-Christ. Moi, je T’ai glorifié sur la terre ;
j’ai accompli l’œuvre que Tu m’as donnée à faire. Et maintenant, Toi, Père, glorifie-moi auprès de toi-même, de la
gloire que j’avais auprès de Toi, avant que le monde soit. Tous, les juifs et les non-juifs,
unis dans la gloire d’un seul et vrai Dieu, voilà le but de la mission de
Jésus, l’envoyé. C’est le retour vers l'unité première, avant que le monde
soit. Mais avant d’en arriver là, nous
avons à glorifier le Père dans notre vie hic et nunc, ici et
maintenant.. Un défi à relever. Durant les vingt siècles de
l’histoire des relations entre les églises chrétiennes et le peuple juif, la
citation de l’épître de Paul que nous avons examinée a pourtant, avec beaucoup
d’autres, contribué à renforcer la construction du mur de séparation que Paul
appelle le mur de l’hostilité - ou de la haine, selon d'autres traductions. La
haine mutuelle venant des défenses identitaires a fait des ravages. Car ce qui
était entendu en premier lieu de ce texte par l'Église, c’est que Jésus avait
" réduit à rien " la Torah, trésor identitaire et
existentiel du peuple juif. A partir d’une telle lecture, maintenue et
alimentée par la théologie chrétienne, ( notamment la patristique) le message
d’unité a été ignoré et noyé, comme l’histoire le prouve, dans le sang de
luttes fratricides entre les chrétiens et les juifs. D’une manière générale on peut dire,
que ni les juifs ni les chrétiens n’ont reconnu Jésus dans son identité
véritable, ni dans sa mission. C'est ainsi que les juifs n’ont pas pu se
reconnaître en Jésus, car il leur était présenté comme celui qui contredit
jusqu’au déni les préceptes de la Torah . Les chrétiens, de leur côté, ont
vénéré en Jésus un Dieu nouveau, opposé à celui de l’Ancien Testament,
apportant une Loi nouvelle, une Nouvelle Alliance, qui annulait et remplaçait l'Alliance
du Sinaï. C’est pour cela, qu’aujourd’hui,
après tant des siècles de malentendus, il est urgent d'ouvrir à nouveau ces
textes de Paul, à l'origine de cette gigantesque confusion, afin d’essayer de
découvrir la puissance de leur message pour les juifs et les chrétiens
ensemble. Il est urgent que, dans nos groupes d'Amité judéo-chrétienne
s'établissent une nouvelle écoute et une nouvelle lecture des écrits de Paul. Je me permets de
suggérer ici une ligne de conduite en trois points pour nous garder dans cette
démarche: 1. Il nous faudra re-situer dans son époque le
vocabulaire de Paul, sur les plans religieux, social et politique en prenant
garde aux traductions biaisées et en s'affranchissant des formulations
théologiques établies à partir de telles traductions. 2. Il nous faudra aussi prendre en compte la
personnalité très marquée de Paul, son parcours religieux et le choc
extraordinaire qui a marqué son évolution, sa volonté de tenir des deux mains,
d'un côté sa culture de base hellénistique, de l'autre sa fidélité absolue à la
foi de ses pères. 3. Il nous faudra enfin lire ces textes avec
vigilance en tant que membres de nos églises du début du troisième millénaire,
donc avec une sensibilité aiguisée par la mémoire de la Shoah et la
connaissance des textes récents de nos églises, ceux de Vatican II et des
autres églises. Etant aussi rendus attentifs à la sensibilité avec laquelle nos
frères juifs peuvent lire ces mêmes textes. Ayant bien en tête ces préceptes
essayons d’aborder le sujet d’unité, selon la prédication de Paul dans les
versets cités ci-dessus. Comment cela se
produira-t-il ? Cette question, posée une
« jeune fille de Nazareth » ( Luc 1:34 ) au personnage mystérieux qui
venait lui parler de choses la concernant qui dépassaient l’ordre naturel, nous
paraît aujourd'hui logique et légitime. Cette même question, quant à l'unité
des " deux ", annoncée par Paul, peut nous sembler tout
aussi légitime aujourd’hui , tant la réalisation nous en paraît impensable,
impossible. Mais la même réponse peut lui être donnée: à Dieu, rien n’est
impossible ! Car les temps et l’espace bibliques
ne sont pas les mêmes que ceux de l’histoire de l’humanité et, pour accorder
ces deux " partitions musicales ", nous avons à nous placer
dans le domaine du discours prophétique, tout en sachant déceler les signes de
ses accomplissements dans notre l’histoire. Autrement dit, cela nous oblige à
vivre dans le paradoxe du
" tout est déjà fait et tout est à faire ". Revenons au texte de Paul :
pour se faire comprendre, il utilise des symboles, le symbole étant un élément
descriptif ou narratif qui est susceptible d’une double interprétation ,
sur le plan du réel et sur le plan des idées. Quels sont ces symboles ? Le Mur,
l’Homme Nouveau, la Chair, la Loi, un seul Corps, la Croix, la Paix. Parmi ces symboles, certains
évoquent le monde des idées uniquement , d'autres sont dans la réalité
concrète et ont en même temps un sens mystique . Cette classification est
très schématique, mais elle nous servira pour apprécier le degré de complexité,
voire de confusion, provoqué par la lecture trop rapide et trop dogmatique des
textes de Paul. Un Mur bien réel ! Paul a subi lui-même les
conséquences de cette interdiction en introduisant des Grecs au-delà de cette
balustrade, dans le Temple. Ces grecs étaient, il est vrai, des chrétiens
membres des églises fondées par Paul, mais ce geste, assimilé à un blasphème,
lui a valu une farouche attaque de haine de la part de ses
coreligionnaires : Lorsque Paul fut sur les marches, les
soldats durent le porter à cause de la violence de la foule , car la
multitude du peuple le suivait en criant : A mort ! (Actes 21, 36). Paul devient ainsi l’objet d'une haine trouvant son origine dans
l'observance de la Loi. Et cette expérience trouvera un écho dans ses écrits:
il associera l'application rigide des observances de la Loi avec la haine et la
mort. On a simplifié cela en lui faisant dire que servir Jésus signifie vivre
en liberté par rapport aux préceptes et ordonnances de la Loi mosaïque qui
mènent à la mort. Mais il est pourtant nécessaire de nuancer une telle lecture de
Paul: abattre le Mur qui a été placé dans l’enceinte du Temple, selon les
préceptes de la Loi, n'équivaut pas pour autant à rejeter la Torah de Moïse.
Car si Jésus concentre en sa personne la gloire du peuple d’Israël pour la
porter comme lumière aux Nations, il ne se contredira pas lui-même en faisant
négation de la source de cette lumière, qui est la Torah d’Israël. Au cours d'une vision vécue par Paul
dans le même Temple de Jérusalem d’où il a été chassé, Jésus libère Paul d’une charge auprès de ses
frères Juifs : « Dépêche-toi, quitte vite
Jérusalem, car ils n’accueilleront pas le témoignage que tu me rends. Va, moi
je t'envoie au loin, vers les non-juifs » . (Actes
22,18). Le Seigneur lui indiquait donc que sa mission était d’aller porter
le message d’Israël vers le monde non-juif. Et avec cette mission, Paul n’est
pas conduit à renoncer à son identité juive, c’est-à-dire à nier la Torah et
son message. Il quitte le terrain des prescriptions de la Loi, avec l'aspect
controversé des limites et des tolérances, comme il en existe dans chaque
religion (7), et est entraîné par Jésus vers d'autres horizons, ceux de la
merveilleuse ouverture du message toraïque : Regarde, j’ai placé aujourd’hui devant
toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur. Ce que je t’ordonne
aujourd’hui, c’est d’aimer le Seigneur, ton Dieu, de suivre ses voies et
d’observer ses commandements, ses prescriptions et ses règles, afin que tu vives
et que tu te multiplies, et que le Seigneur, ton Dieu, te bénisse dans le pays
où tu entres pour en prendre possession. . . J’en prends
aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi
la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction . Choisis la vie, afin
que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le seigneur ton Dieu, en
l’écoutant et en t’attachant à lui, c’est lui qui est ta vie
. . . » ( Deutéronome 30, 15-20) Ce message de « libre choix par amour » est au cœur de
l’alliance de Dieu avec les hommes. Il interpelle tous les personnages
bibliques, selon la mission particulière confiée au seul peuple miraculeusement
sauvé de la servitude en Egypte. Mais il concerne aussi les autres peuples,
comme cela a été promis à Abraham en récompense de son obéissance à Dieu, par
la foi : Toutes les nations de la terre se
béniront par ta descendance parce que tu m’as écouté (Gen
22, 18) Ce n’est pas avec vous seuls que je
conclus cette alliance, cette adjuration, mais c’est avec ceuxt qui sont ici
parmi nous, présents aujourd’hui devant le SEIGNEUR, notre Dieu, et avec
ceux qui ne sont pas ici parmi nous
aujourd’hui » (Deut 29, 13) Selon Rachi " ceux qui ne sont
pas ici parmi nous aujourd’hui ", ce sont les générations à venir des enfants d’Israël. Mais
ne pouvons-nous pas aussi dire qu’il s’agit de toutes les nations qui
afflueront vers Israël, comme l’annoncent les prophètes: Il a dit: C’est peu que tu sois
mon serviteur pour relever les tribus de Jacob Et pour ramener les restes
d’Israël. J'ai fait de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de
la terre. (Esaïe 49:6 ) Dans la suite des temps, la montagne de
la maison du Seigneur sera établie au sommet des montagnes; … les peuples y
afflueront, une multitude de nations s'y rendra; ils diront: Venez, montons à
la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Beaucoup de nations s’attacheront
à l’Eternel en ce jour-là, et deviendront mon peuple. Je demeurerai au milieu
de toi, ( Zacharie 2:11 ) Ainsi parle le Seigneur des
Armées : En ces jours-là, dix hommes de toutes les langues des nations
saisiront un Juif, ils le saisiront par le pan de son vêtement et diront :
Nous irons avec vous, car nous avons appris que Dieu est avec vous. (Zacharie. 8: 23). Paul, Juif élevé aux pieds de Gamaliel,(8) dans la stricte
conformité de la Loi de ses pères, et avec sa grande connaissance des
Écritures, découvre par Jésus la dimension universelle de la Loi de Moïse, et à
partir de cette découverte, associe dans ses écrits la foi d’Abraham à
l’obéissance de Jésus. L’obéissance à Dieu est porteuse de
la vie que Dieu offre, si la foi est à la base de cette obéissance. La foi est
indissociable de l’amour. Ce que Paul a subi dans le Temple de Jérusalem était
la conséquence de l’application de la loi par souci de l’obéissance seule. Il a
été condamné au nom de la stricte obéissance. (9) Paul est appelé ainsi à se détourner
de l'enseignement de ses frères juifs sur l'application de la Loi, pour se
tourner vers les non-juifs auxquels il devra annoncer les merveilles
incompréhensibles de Dieu. Ce qui a saisi Paul chez Jésus,
c’était cette façon de poser la question sur le chemin de Damas. La voix n’a
pas dit : " Je suis Jésus, le Dieu que tu ne connais pas. Je
viens pour te punir de cécité à cause des mauvaises actions que tu exerces
envers mes adeptes ". La
question posée était :" Pour quoi me persécutes-tu ? » Et quand Paul a demandé : "Qui-es
tu, Seigneur ?", il a reçu cette simple réponse : " Je suis Jésus, que tu
persécutes ". (Ac 22, 6). Jésus Juif s’est
adressé à Paul Juif. C'est ainsi que, selon les
Evangiles, Jésus utilisait cette même pédagogie pour parler des préceptes de la
Loi: « On vous a dit… et moi je vous dis ». Cette reformulation n'avait pas
pour but d'annuler les commandements de la Torah, mais de renvoyer ses
interlocuteurs, et même les docteurs de la Loi, à leur propre conscience, pour
qu’ils répondent eux-mêmes à la question essentielle: " Comment dois-je appliquer ce que dit la Loi
? ". Dans le cas de Paul, son passage par
l’obscurité, après l’éclat de lumière qu’accompagnait la voix, était nécessaire
pour qu'il puisse voir à quel point il était aveugle dans sa façon d’être « dans la stricte conformité
à la loi de ses pères » (Ac 22, 3). Paul a alors pris conscience qu'il
persécutait à mort au nom de la Loi ! Si l'on obéit à Dieu par seul souci
de l'obéissance stricte, une telle attitude est porteuse de mort, car on peut
tuer au nom de cette obéissance. (10) C'est ainsi que Paul est passé de
l'état de « persécuteur à mort de cette Voie, liant hommes et
femmes pour les mettre en prison » (Ac 22,4), à celui de " prisonnier
du Christ " " prêt non seulement à être lié, mais encore à
mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus ". (Ac 21, 13). Ainsi, comme Jésus, il a changé sa
façon de vivre l’obéissance à la Loi. Mais il ne l’a jamais rejetée. Un Mur qui se renforce des deux
côtés ! Après avoir compris la nature de la
barrière réelle, celle du Temple de Jérusalem, qui a provoqué chez Paul une si
vive réaction, menant à l'extraordinaire confession de foi de Ephésiens 2,14,
nous devons aborder la question de ce Mur symbolique, celui qui est bâti dans
les cœurs, dans les mémoires et dans les systèmes de pensées, un mur invisible,
mais terriblement concret. Comment a été construit le mur de séparation entre
la Synagogue et l’Eglise. ?
Qu'est-ce qui a contribué à cette construction, et quelle est sa
signification aujourd’hui par rapport à l’histoire ? Le mur de haine
existait déjà au temps de Paul, il en parle. On peut comprendre qu'il était
alors construit avec des éléments qui semblaient parfaitement légitimes et
irrécusables: - côté juif, c'était, comme
le dit Paul (Rom.9: 4), "la gloire, les alliances, la loi (la thora),
le culte (au Temple, avec le sacrifice perpétuel), les promesses, les pères,
…" Une
majorité du peuple juif n’a pas cru et ne croit toujours pas en Jésus de
Nazareth. Cette « Nouvelle foi » représentait évidemment une menace
pour l’identité juive. Mais les chrétiens n’ont pas respecté le droit des Juifs
à ne pas croire en Jésus au nom de leur foi en Dieu UN. Ils n’ont pas compris
que la proclamation de Jésus Fils de Dieu et Messie d’Israël avait suscité dans
la communauté juive une suspicion légitime. Le fondement même de leur foi s’en
trouvait remis en question. En réaction à cette menace, des particularismes se
sont manifestés au sein de la Synagogue; ils pré-existaient déjà, comme il en
existe dans chaque religion; mais on peut comprendre que l'attitude
missionnaire de l’Eglise en a provoqué
le raidissement, ce qui a posé des bases pour la construction du Mur
« côté juif ». Et quelles étaient les « pierres »
constitutives du Mur ? L’Alliance,
la Terre Promise, l’Election, la Tora-Loi de Moïse, le Temple de Jérusalem et
Jérusalem elle-même. Cet ensemble constitue un trésor unique, déposé par
l’Eternel entre les mains du Peuple-Témoin, afin que ce message soit diffusé
aux autres nations. Mais c'est aussi cet ensemble qui a servi à un enfermement,
au nom du Dieu Un. - côté chrétiens, c'était déjà cette extraordinaire
liberté apportée par Jésus, cette prédication de la vie abondante confirmée par
les dons de l'Esprit répandus en abondance, la révélation en Jésus-Messie de
l'ouverture de l'Alliance aux non-juifs, lesquels sont ainsi entrés en masse.
Mais ils étaient pour la plupart de culture grecque, et ont alors exprimé leur
foi en fonction de leur culture, et non selon la spiritualité juive qui était
celle de Jésus et des douze. Ces pagano-chrétiens ont alors apporté de
nouvelles pierres qui sont venues consolider le mur, comme par exemple leur
refus permanent à reconnaître Israël dans son rôle de gardien du message
biblique fondamental. La construction en a été bien consolidée par des blocs
théologiques : l’accusation du Déicide, l’Enseignement du Mépris, la
Théorie de la Substitution, la Lecture Typologique des Ecritures du peuple
juif. Ensuite d'autres pierres plus grossières s'ajoutèrent, comme les compromissions
avec le pouvoir séculier pour obtenir les conversions forcées, les pogroms, et
toutes les sortes de persécution que les vingt premiers siècles ont connues. Des deux côtés, les pierres
d'origine de ce mur de séparation étaient donc par elles-mêmes, légitimes,
évidentes, indiscutables et, comme Paul en a fait l'expérience, pouvaient
construire un mur de haine, un mur de mort. Ce mur ainsi construit dans les
coeurs, fondé sur les réactions humaines, charnelles, de l'égoïsme, de la peur,
de la fermeture, s'est encore renforcé dans les siècles suivants, chaque côté
répliquant aux attaques de l'autre en dressant des pierres supplémentaires
d'orgueil, de rejet, de suspicions, de calomnies, de mépris théologique et
raciste, de sorte que nous en sommes arrivés en ce 21°siècle à le contempler
comme un obstacle infranchissable, inextricable. Il est même bien difficile de
converser par-dessus ce mur, tellement les obstacles dressés sont élevés ... Ce Mur est maintenu par l’ardeur des
passions humaines: la jalousie, la haine, l’amour propre, la vengeance, la
volonté d’avoir raison, la soif de pouvoir, la rivalité, l’orgueil et la
terreur. Dans le langage de Paul ce sont des manifestations de la chair. Au rejet et l’enfermement
identitaire du côté de la Synagogue répondait le mépris orgueilleux et
dominateur, avec la persécution du côté de l’Eglise. La dimension strictement horizontale
de ce Mur nous prive de toute espérance qu’un jour, il pourrait être abattu.
Comment les deux parties peuvent-elles se rencontrer si chacune, au nom du Dieu
Un et de ses commandements, continue à renforcer la position de ses « pierres » , ? Deux moteurs opposés régissent les
actions des hommes, la peur et l'amour. Ce n'est pas l'amour qui élève des murs
entre les hommes, mais la peur, la peur de l'autre, la peur d'être dominé,
dépossédé, asservi. Or Paul nous explique que Jésus s'est inséré dans ce mur,
s'y incarnant si on ose le dire, prenant sur lui, juif, la totalité des péchés
constitutifs de ce mur, prenant ainsi sur lui d'être le grand kippour pour
tous, nous appelant à nous élever, comme il le fit lui-même, par sa croix: la
croix s'élève ainsi au cœur de ce mur en apportant la dimension verticale qui
lui manque si cruellement. Et Dieu confirma cette élévation par la résurrection,
faisant de la croix une porte béante dans le mur de séparation ! Qu'est-ce
qu'un mur ouvert par une porte ? De chaque côté, chacun garde son identité, sa
personnalité, mais il n'y a plus place pour la haine ! Voilà l'œuvre accomplie
par Jésus: à nous de la recevoir dans nos vies, dans nos cœurs, dans nos
communautés ! Qui nous roulera la pierre ? Telle était l'inquiétude des femmes
allant au tombeau au matin de Pâques, ce qui ne les empêcha pas d'y aller,
"par la foi" !. En les paraphrasant, nous pouvons soupirer:" Qui
nous détruira ce mur ? " L’issue de cette situation nous est
annoncée par Paul: Jésus a renversé le mur de séparation, … par la croix, en
détruisant par elle la haine ! Oui, la solution nous est apportée par Jésus,
qui tout en assumant pleinement le poids de la chair, jusqu’à sa propre mort,
retrace la dimension verticale oubliée. Jésus montre ainsi aux deux côtés, « constructeurs du Mur de
l’inimité » , le chemin de la Teshouva, le retour vers l'Éternel. Il suffit d’imaginer un dessin du mur
que nous venons de décrire pour se retrouver devant le symbole de la Croix. Les
deux dimensions de la croix font partie de toute vie humaine: tout en restant
en relation horizontale (selon la chair) avec ses frères des deux côtés, il
doit se maintenir constamment dans la dimension verticale, c’est à dire en lien
vital avec Dieu. L’homme n'est-il pas appelé à vivre ces deux dimensions en
même temps ? Ainsi la croix est plus qu'« un symbole de la foi des
chrétiens », mais elle est au cœur de la vie humaine…. L’œuvre de l’unité « des
deux », juifs et non-juifs, en Jésus, selon Paul, ne pourrait se réaliser
sans ce mouvement de la Teshouva, qui portera les deux à renoncer mutuellement
à l’endurcissement et au refus de l’autre. Mais, pour ce qui nous concerne, nous
pensons que l’histoire de la cohabitation de la Synagogue et de l’Eglise prouve
que c’est à l’Eglise qu’il revient de faire en premier cet acte de la
repentance devant Dieu. Car c’est bien à elle qu'incombe la responsabilité de
l’application juste des enseignements de Jésus-Christ en vivant une imitation
de Sa vie, avec un cœur sans partage. Sans une telle repentance, le Mur de la
haine tiendra toujours aussi ferme. Alors nos frères de la Synagogue, se
laissant guérir des souffrances multiséculaires, reconnaîtront à leur tour que
le trésor qui leur a été confié par l’Eternel est enfin accueilli parmi les
Nations. La pierre que les bâtisseurs ont
rejetée est devenue la principale, celle de l’angle. C’est du Seigneur que cela est
venu: c’est une chose étonnante à nos yeux. Voici le jour que le Seigneur a
fait: qu'il soit notre allégresse et notre joie ! Psaume
118: 22-24 Acclame le Seigneur, terre entière
! Servez le Seigneur avec joie,
entrez en sa présence avec des cris de joie! Sachez que le Seigneur est Dieu!
C’est lui qui nous a faits, et nous lui appartenons; nous sommes son peuple, le
troupeau qu'il fait paître. Entrez par ses portes avec
reconnaissance, entrez dans les cours de son temple avec des louanges!
Célébrez-le, bénissez son nom! Car le Seigneur est bon; sa
fidélité est pour toujours, sa constance de génération en génération. Psaume 100: 1-5 Elzbieta AMSLER Versailles - Octobre 2002 Notes : 1. Du grec
mustêrion, de mustês = initié. 2. Certains pensent
que « Esther » vient de « Astarté », la Vénus babylonienne;
néanmoins, la lecture rabbinique demeure, liée d’ailleurs au verset de
Deutéronome 31:18. 3. Cf. Philippe
Haddad, Ces hommes qui parlaient, Ed. Laurens, p. 209 et ss. 4. Cf. Malachie 2:,
10. 5. Cf. Esaïe 57:
19. 6. Les citations
bibliques indiquées dans cet article sont tirées de la version NBS – Nouvelle
Bible Segond – éditée par l'Alliance Biblique Universelle (2002) . (Voyez notre
appréciation sur cette version en page 27 ) 7. Il existe un principe
où il est permis de transgresser la Loi pour sauver un homme ou une
collectivité. Par ex.: Elie sacrifie au Carmel, hors du Temple, pour souligner
la véracité du message de l'Eternel. 8. Voir également
sur ce sujet le chapitre IX de l'ouvrage du père Michel REMAUD "Chrétiens
et Juifs, entre le passé et l'avenir"
(Editions Lessius Bruxelles—diffusion Cerf) 9. L’hébreu dit
Gamliel. 10. Dans la Kabbale,
on dit que la faute d’Esaü fut une rigueur totale coupée de la miséricorde.
Telle est la lecture symbolique du « rouge ». 11. Cf. par exemple
les développements d’Henri Bergson dans "Les deux sources de la Morale et
de la Religion". PUF. |
|
Retour haut de page Retour au sommaire Retour à la page d'accueil |
|
Si vous souhaitez réagir au contenu de notre site, écrivez-nous Nous publierons les échanges les plus intéressants dans le tableau "Forum"
|