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Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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Justification et salut Avec la précision que nous lui connaissons, Joël Putois nous entraîne
encore ici pas à pas au travers des Écritures,
pour y découvrir, si nous le suivons jusqu'au bout, que ce qui nous paraissait
évident revêt en réalité un aspect inattendu. Il agit comme un guide qui fait
découvrir, et admirer, de nouveaux horizons. Mais il s'agit ici de bien plus
que de nouveaux horizons: les notions qu'il nous apprend à remettre dans leur
alignement biblique, sont tellement fondamentales pour notre foi que ce
réalignement nous oblige aussi à remettre en place notre conception du Plan de Dieu pour le monde, pour l'humanité,
… et pour nous ! Si la thèse ici présentée est retenue, ce sont aussi bien des sources de
contestation entre les différentes familles spirituelles qui sont remises en
question. Ne nous serions-nous pas opposés, et même combattus, notamment Juifs
et Chrétiens, sur la base d'une lecture erronée de nos Écritures ? Joël Putois se présente non comme un spécialiste revendiquant une
autorité, mais comme un chercheur "sur le tas", qui ose poser des
questions aux spécialistes. Il a voulu
proposer l'étude ci-dessous comme une question qui mériterait plus, à notre
avis, qu'une réponse rapide mais, bien plutôt, un large débat entre hommes de
bonne volonté. INTRODUCTION Pour comprendre quelque peu le parcours complexe de la
destinée humaine, il y a lieu de
méditer sur ces deux réalités spirituelles qui sont liées dans le Plan
de Dieu, la justification et le salut, mais il faut aussi les distinguer.
Beaucoup d'écrits et de commentaires, semblent confondre l’une avec l’autre,
les citant indistinctement au sein d’un même paragraphe, parfois d’une même
phrase, comme si elles étaient équivalentes. Ne serait-ce pas une lecture défectueuse de la Bible,
notamment du Nouveau Testament, surtout des écrits de l’apôtre Paul, et en
définitive l’une des sources de divergences de vues sur la destinée humaine,
sur l’aboutissement-accomplissement de la vie terrestre de l’homme ? Nous vous proposons ici d’analyser ces deux notions et de
voir comment Paul et plus généralement le Nouveau Testament, usent de l’une et
de l’autre, et de l’une par rapport à l’autre. Mais auparavant nous essayerons de définir ce que nous
pouvons comprendre par « Justification » et par « Salut »
et, pour fixer les idées, commencerons par une parabole moderne. LA PARABOLE DE L’AUTOROUTE L’Eternel a créé l’Homme au soir du sixième jour et l’a
placé dans le Gan Eden avec mission de ‘’garder et cultiver le Jardin’’ et de ‘’nommer les
vivants’’. L’Eternel étant seul « éternel »,
il est vraisemblable que, s’il a ainsi décidé un ‘’commencement’’ de la
création (principalement celle de l’homme), il a sans doute également prévu une
‘’fin-achèvement’’, et entre les deux un itinéraire à parcourir par
l ‘Homme au sein de cette création. C’est cet itinéraire que j’appelle « l’Autoroute ». Je ne peux pas penser que celle-ci ne mène nulle part et que l’Homme créé ‘’ à
l’image et comme à la ressemblance de Dieu ", soit finalement promis à
retourner après sa vie terrestre au « néant-non-être personnel»
antérieur à la Création. Le tracé de « l’Autoroute » est conforme à un Plan de Dieu,
que l’Homme-Adam doit suivre en respectant les instructions du Créateur. Mais,
on sait que, cédant aux séductions du Serpent, Adam et Eve sortent de « l’Autoroute », et leur itinéraire se poursuit à travers " champs ",
au milieu de péripéties et d'épreuves de toutes sortes. Il est bien certain que
Adam et Eve ne sont plus dans l’itinéraire prévu par Dieu et s’ils doivent
aboutir quelque part, ce ne sera pas là où devait les amener « l’Autoroute ». Mais l’Éternel n’a pas renoncé à son Plan, car son amour
pour l’Homme est sans repentance. Et toute l’histoire biblique est la
succession des efforts de Dieu pour ramener cet Homme par étapes sur la
« bonne voie ». Toutes les formes successives d’Alliance qu’il offre
à Noé, Abraham, Moïse, qu’il élabore, étend, élève, puis affine par la bouche
des Prophètes, enfin par Jésus, sont autant de « bretelles de ré-entrée
sur l’Autoroute » qu’il ouvre devant la marche de l’Homme, pour
que, finalement, un jour, celui-ci ait possibilité et chance d’arriver là où
l’Éternel l’attend : au terme de « l’Autoroute ». Ces ré-entrées possibles sont offertes successivement à des
destinataires qui sont, d’abord un
homme et son clan (Noé puis Abraham), ensuite un peuple nouveau rassemblé à cet
effet, conduit par Moïse(les descendants d’Abraham, auxquels il a joint une
avant garde des nations), enfin l’humanité tout entière à la suite de Jésus.
Parvenus à ce stade, nous pouvons déjà comprendre ce que recouvrent ces deux
réalités spirituelles de « justification » et de « salut ». La Justification Lorsque l’homme fils d’Adam, perdu dans le paganisme et
l’idolâtrie, accepte de revenir sur l’Autoroute par la « bretelle » qui
lui est ouverte, c’est à dire en langage biblique, qu’il accepte la proposition
d’Alliance que lui fait l’Éternel, il est « justifié ». La « justification » dont parlent le Premier et le
Nouveau Testaments, c’est ce retour sur « l’Autoroute » des voies de Dieu, et c’est l’acceptation par l’homme de
l’Alliance que son Créateur lui offre, pour avoir chance de parvenir un jour au
terme du Plan divin. Le Livre de la Genèse utilise ce concept à propos
d’Abraham : ‘’ Abraham eut
foi dans le Seigneur et pour cela le Seigneur le considéra comme juste ‘’
Genèse 4. 6) La justification d’Abraham est le fruit de la foi-confiance (Emounah) que celui-ci a mise dans les promesses de Dieu,
promesses d’une descendance et d’une terre pour cette descendance. C’est
pourquoi en Genèse 4.18, le texte poursuit : ‘’ En ce jour, le Seigneur conclut une alliance avec Abram …’’ Dans la pensée biblique, foi, justification et alliance sont liées. Et dans l’expérience
chrétienne, l’acte de foi qui conduit à cette même
« justification-alliance » est la démarche de l’homme issu des
« nations » qui le conduit au baptême. Le baptême en Jésus Christ est l’intégration du pagano-chrétien dans
l’Alliance de Dieu, dont il se trouve désormais co-bénéficiaire avec le Peuple
Élu engendré en Abraham. Ce n’est que par voie de conséquence son intégration
dans l’Église. La demande de baptême est un acte personnel de foi qui conduit
celui qui le fait à sa « justification » devant Dieu. L’homme
pagano-chrétien qui a demandé et reçu le baptême avec foi, est ré-entré sur
« l’Autoroute » des voies de Dieu et a donc chance de parvenir un
jour au terme de son itinéraire. C’est seulement ce ‘’terme’’ de l’itinéraire qui s’appelle le « Salut », à
ne pas confondre avec ’’l’accès’’ à « l’Autoroute »
(Justification), laquelle conduit à ce Salut. Le Salut Car nul véhicule admis sur une autoroute n’est assuré de
parvenir à la destination voulue. Si le véhicule mal entretenu est défectueux
et tombe en panne, ou si le conducteur est inattentif, s’endort au volant,
commet des imprudences de conduite, est imbibé d’alcool ou prend la première
bretelle de sortie qui s’offre, préférant s’évader vers une destination autre
que celle prévue, ... il ne parviendra pas au terme pour
lequel il avait pénétré et avait été admis sur l’autoroute. Tout ceci correspond aux conditions de bonne arrivée au
terme-salut. Mais le problème du Salut n’est pas défini pour autant. En quoi
consiste ce Salut ? Être sauvé, qu’est-ce que cela veut dire ? Être
sauvé de quoi ? Par qui ? Comment ? Au terme considéré, qu’y
a-t-il, non seulement comme « terme », mais comme
« accomplissement », comme « couronnement » de
l’engagement, des efforts de vigilance, de persévérance, de rectitude de
conduite pendant toute la durée du parcours ? L’apôtre Paul a donné aux Philippiens un schéma
d’explication d’une remarquable concision. Parlant du Christ initiateur de
notre « Salut », il dit : ‘’Lui (Jésus) qui était de condition
divine n’a pas considéré comme une proie à saisir de se faire l’égal de Dieu.
Mais il s’est dépouillé, … il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la
mort, à la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et
lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus
tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre et que toute
langue confesse que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le
Père’’.(Philippiens 2: 6 à 11) Paul rappelle qu’en Jésus-homme la condition humaine est
divine par son origine, créée à l’image et comme à la ressemblance de
Dieu. Il poursuit en soulignant qu’à la différence du Premier Adam séduit
par le Serpent, Jésus « Dernier Adam » (1 Corinthiens 15. 15)
n’a pas cédé à la tentation de se faire l’égal de Dieu, mais s’est abaissé.
Dans le texte qui suit, Paul affirme qu’en conséquence, Dieu a ressuscité Jésus et l’a souverainement élevé,
lui donnant le ‘’Nom qui est au-dessus de tout nom’’. C’est décrire la
glorification spirituelle de Jésus qui est désormais l’Homme admis à rejoindre
et à partager la vie même de Dieu pour l’éternité. Ainsi, en Jésus, l’Homme
rejoint la Personne même de son Créateur et Père, dont il a émané à l’origine..
Car, pour Jésus-homme, être « glorifié », c’est être admis à
franchir l’abîme de la Transcendance qui séparait infiniment la créature
humaine de la Majesté divine. A la suite et par le mérite de Jésus étendu par
Dieu à toute l’humanité, tout homme est désormais appelé à semblable
résurrection et glorification en rejoignant, comme Jésus, la vie même de Dieu.
Ceci est, à notre intention, attesté par Paul, qui qualifie Jésus de « premier-né
de toute la création » nouvelle.
(Colossiens 1. 15). Voilà, très schématiquement résumé, le processus et la
consistance du Salut dans l’optique chrétienne du
Nouveau Testament. On conçoit que cette notion du « Salut » est tout
autre chose qu’un simple terme de l’itinéraire de notre « Autoroute ». Ce n’est pas seulement la fin du voyage. C’est une
métamorphose radicale du voyageur dans les trois dimensions selon lesquelles il
avait été créé : corps, âme et esprit. C’est une métamorphose qui le sort
pour l’éternité des limites présentes de l’espace, de la matière et du temps.
Le mystère du « Salut » n’est pas élucidé pour autant, puisqu’il
évoque l’ineffable de la Personne divine, mais il est mieux circonscrit par
rapport à nos condition et destinée humaines. Et l’on comprend que la problématique de ce « Salut » dépasse infiniment celle de la «Justification ». Ces deux problématiques sont inséparables, mais
distinctes. Et beaucoup de querelles théologiques ont résulté entre Chrétiens
et Juifs, et entre Chrétiens eux-mêmes, de leur confusion. (Note 1) Nous allons
donc examiner comment le Nouveau Testament, notamment Paul, enseignent la
portée de ces deux aspects du Plan de Dieu et comment il nous semble que, le
plus souvent, les théologies diverses les ont confondues. Quittons donc notre parabole de « l’Autoroute »,
mais gardons-nous de l’oublier. Elle nous fournira des points de repère utiles
pour ne pas nous égarer dans des abstractions métaphysiques en analysant ce que
nous disent de ces problèmes les deux Testaments à leur niveau qui est
spirituel. RELATIONS ENTRE JUSTIFICATION ET SALUT Le Premier Testament et le Nouveau Testament sont les
expressions distinctes d’une même Révélation-Alliance dont Dieu a poursuivi la
manifestation au travers des générations et des millénaires. Mais, ils sont
bien distincts, ayant des axes de pensée et de pédagogie divine différents. La Bible hébraïque Elle retrace essentiellement l’histoire des « commencements » de la Création, celle à la fois du cosmos et de
l’Homme, et aussi l'histoire des « commencements » de la relation
entre Dieu et l’Homme, c’est à dire de l’Alliance. La préoccupation majeure du
Peuple Hébreu-Juif, c'est l’Alliance, c’est de vivre quotidiennement cette
Alliance selon toutes les modalités et prescriptions qu’il a plu à l’Éternel de
lui donner au départ en la personne d’Abraham et de Moïse. Le problème capital
pour l’Hébreu-Juif, c’est donc l’entrée et le maintien en Alliance avec Dieu de
l’homme pécheur fils d’Adam; cette entrée-maintien en Alliance est ce que le
vocabulaire biblique appelle aussi la « justification » devant Dieu. Et l’autre face de l’Election
d’Israël, c’est cette Justification. Et c’est de l’observance stricte
de ces modalités et prescriptions de l’Alliance, contenues dans la Torah
(écrite et orale), lui permettant de vivre selon l’éthique, que l’Hébreu-Juif
attend, passionnément, la ‘’réussite’’ de ce monde. C’est essentiellement cette
« réussite du monde » que le Judaïsme
traditionnel appelle le « Salut ». (Note 2) Le Nouveau
Testament Il est inspiré d’une tout autre problématique, celle de la
préparation et de l’amorce des « temps
de la fin ». Le
souci majeur du christianisme n’est donc plus seulement focalisé sur
l’Alliance, mais sur « l’accomplissement final » de la Création et de l’Homme. Certes, le
problème reste : comment vivre l’Alliance au jour le jour, puisqu’à
l’évidence cette Alliance demeure ? Mais le problème capital et
« nouveau » est : Que deviennent cette Alliance et la relation
entre Dieu et l’Homme dans « l’au-delà des jours» ? Le souci de la
« Justification » n’est nullement méconnu par le Nouveau Testament,
mais il débouche nécessairement sur celui du « Salut » éternel. De
même le souci de la «réussite du monde» n’est aucunement absent de ce
Nouveau Testament, mais il y est enseigné que cette réussite de ce monde
trouvera un « accomplissement-plénitude » inimaginable dans un
‘’au-delà des jours’’ eschatologique. S’agissant là aussi d’ineffable, Jésus
n’en a parlé que par approximations et paraboles. Il l’appelle le plus souvent
le « Royaume de Dieu » qu’il déclare commencer dès ici-bas, mais
trouver son couronnement dans les cieux. Le discours de Jésus sur son retour dans la gloire pour le
Jugement de l’humanité tout entière, au dernier jour, concrétise bien cette
ambivalence du Salut. Dans l’Évangile de Matthieu (chap.25), il qualifie pour
« l’héritage du royaume » ceux qui ont commencé sur
cette terre à établir la justice, la compassion, l’amour fraternel en agissant
à l’égard du prochain. Le processus du Salut, symbolisé par ces mots :
« Venez les bénis de mon Père … », débute dans cette vie
terrestre, mais ouvre sur un héritage du royaume dans une tout autre dimension,
celle de la vie éternelle; de même, son contraire conduit à un châtiment
éternel … Le Christianisme judéo-chrétien des origines s’est trouvé
confronté avec cet élargissement radical et fondamental des perspectives
juives. Il a dû improviser les réponses et il l’a fait sur deux plans : 1/ Selon le commandement donné par Jésus à ses disciples, ce
Christianisme a offert aux « nations » païennes la possibilité de
rejoindre en masse l’Alliance. Il n’a fait, en cela, que développer ce que le
Judaïsme des générations précédentes avait déjà largement initié en suscitant
des « prosélytes » parmi les païens, sur le territoire d’Israël et
dans la diaspora de culture gréco-latine. L’Evangélisation a grandement
bénéficié, pour sa croissance rapide, de ce terreau spirituel préparé par des
missionnaires Juifs, le plus souvent pharisiens, sur tout le pourtour de la
Méditerranée. Comme au Judaïsme, il s’est donc posé au Christianisme naissant
un problème d’entrée dans « l’Alliance-Justification » pour les païens découvrant la foi
au Dieu Unique. Simplement, pour le Christianisme, ce Dieu est Père de Jésus-Christ. 2/ Mais la vocation fondamentale de l’Église était de préparer et
d’amorcer l’issue de l’histoire de la Création et de la destinée humaine pour
une vie future, celle-là autre et éternelle, préfigurée par la vie, la mort, la
résurrection et la glorification du Seigneur Jésus, premier-né de cette
Création Nouvelle.(Note 3) Et là, la problématique majeure
est bien celle du Salut. Dans la pratique de ces deux
ordres de mission, de grandes difficultés ont surgi sur les pas de l’Église
naissante, notamment du fait de la double provenance des Chrétiens (Juifs et
païens) et à cause de l’environnement Juif de tradition rabbinique, auquel il
leur fallait aussi annoncer Jésus-Messie : · les fidèles pagano-chrétiens peuvent-ils entrer dans « l’Alliance », sur la base d’une simple adhésion de foi au Dieu Unique via son Fils Jésus-Messie, ou doivent-ils d’abord
devenir Juifs, c’est à dire se soumettre à la circoncision et à toutes les
autres observances de Moïse ? A quelles conditions, donc, peuvent-ils être
« justifiés » devant Dieu ?
Autrement dit, pour eux, est-ce la
« Foi » (via
Jésus-Messie) qui justifie, ou ne peuvent-ils être « justifiés » qu’en observant les « œuvres de la Loi de Moïse » ? Nous savons qu’instinctivement et
par souci de fidélité à l’Alliance, la majorité des judéo-chrétiens de
l’Église estimaient nécessaire que les
pagano-chrétiens deviennent « juifs » avec tout ce que cela comporte
d’observances. Mais le Premier Concile de Jérusalem (en 51) a tranché en sens
inverse, sur les conseils pressants de Paul et Barnabas et sur les avis émis,
en ce sens également, par Pierre et Jacques : · Pierre déclara : ‘’ Pourquoi provoquer Dieu en
imposant à la nuque des disciples (pagano-chrétiens) un joug que ni nous
ni nos pères n’avons été capables de porter ? C’est par la grâce du
Seigneur Jésus, nous le croyons, que nous avons été sauvés, exactement comme
eux ‘’ (Actes 15. 10-11) · Jacques ajouta :‘’ Je suis donc d’avis de ne pas
accumuler les obstacles devant ceux des païens qui se tournent vers Dieu …’’ (Actes 15.
19) Et cette décision
« libérale » fut concrétisée par un accord écrit. Cela n’apaisa guère
les pressions de la masse des judéo-chrétiens dans le sens des exigences
majeures. · les fidèles
judéo-chrétiens entendaient,
quant à eux, rester intégralement juifs, soumis à toutes les observances
impliquées par « l’Alliance ». Ils demeuraient focalisés d’abord sur
le problème de « l’Alliance-Justification », sans négliger pour
autant celui du « Salut ». · pour la masse juive non-chrétienne, comment la prédication
chrétienne devait-elle soulever le problème du « Salut » ? Si l’on confond « Justification »
et « Salut » ledit problème ne se pose même pas : Justification vaut et implique
automatiquement Salut ! · Mais, l’apôtre Pierre, selon les enseignements de Jésus, ne l’entendait
pas ainsi. Car, traduit devant le Sanhédrin, il avait déclaré à ses frères
Juifs : ‘’ Il n’y a aucun salut ailleurs qu’en lui (Jésus). Car aucun nom sous le ciel n’est offert
aux hommes, qui soit nécessaire à notre salut’’
(Actes 4. 12) · Pierre ne conteste nullement, devant ses frères
Juifs, la permanence de l’Alliance-Election-Justification d’Israël. Mais il
leur dit que c’est leur
« Salut » qui reste en question, s’ils n’adhèrent pas à Jésus-Messie. · L’apôtre Paul a, lui, une théologie, qui est plus subtile et
‘’contestataire’’, de la Justification et du Salut. C'est ce que nous allons
essayer d'examiner maintenant. LA JUSTIFICATION ET LE SALUT CHEZ PAUL A) La distinction
des concepts de Justification et de Salut La distinction entre Justification
et Salut est nette chez lui au niveau des réalités spirituelles et de leurs
places respectives dans le Plan divin, mais elle est souvent aléatoire au
niveau du vocabulaire employé. Ceci tient à ce que pour Paul, comme pour le
Nouveau Testament, nous sommes dans les « temps de la fin ». Toute la
miséricorde de Dieu et tout l’effort de l’homme sont tendus vers
« l’en-avant », comme l’exprime Teilhard de Chardin. Car le Plan de
Dieu est essentiellement un Plan de Salut. Le stade de la Justification est un
moyen, une voie de progression morale et spirituelle en vue de l’issue de
l’aventure de la Création, c’est-à-dire l’accès à une Vie Éternelle en Dieu. C’est pourquoi dans un même
développement, voire un même verset, consacré à l’Alliance, Paul peut
introduire le mot Salut, car il met l’accent sur la finalité de l’Alliance. Et
réciproquement, dans un texte consacré au Salut, il peut rappeler la notion de
l’Alliance-Élection, car il ne veut pas que les pagano-chrétiens, ses fils
spirituels, oublient les voies par lesquelles leur est venu l’appel au Salut,
voies qui sont l’Alliance-Élection d’Israël. Il reproduit en cela
l’enseignement de Jésus à la Samaritaine non-juive : « Le Salut vient des Juifs » (Jean 4. 22). En ces cinq mots,
Jésus réunit sans les confondre Justification-Alliance, d’une part et Salut,
d’autre part. Et en ces temps de la fin qu’est
l’ère messianique, l’objectif majeur de l’homme est l’accession au Salut. Le
critère que retiendra le Père au dernier jour pour l’admission au Royaume-Salut
sera le même pour les païens et pour les Juifs. Le fait pour ces derniers
d’être membres du Peuple de l’Élection ne pourra servir d’alibi. Tous, Juifs et
païens sont également pécheurs. C’est bien ce que dit Paul : ‘’Tous, Juifs et
Grecs sont sous l’empire du péché, selon qu’il est écrit :…’’ ‘’Il n’y a pas de
juste, pas même un seul. Nul n’est intelligent, nul ne cherche Dieu. Tous se
sont égarés, ensemble ils se sont pervertis’’
Paul dit aussi ‘’La vie éternelle est à ceux qui par la persévérance à bien faire
cherchent la gloire, l’honneur et l’incorruptibilité, mais la colère et la
fureur à ceux qui, par esprit de dispute, désobéissent à la vérité et obéissent
à l’injustice. Affliction et angoisse pour toute âme humaine qui pratique le mal,
pour le Juif d’abord puis pour le Grec !’’ Puis, il conclut " Nul ne sera justifié devant Dieu par les œuvres de la Loi, puisque c’est par la Loi que vient la connaissance du péché. Maintenant sans la Loi est manifestée la justice de Dieu, attestée dans la Loi et les prophètes, justice de Dieu par la foi en Jésus Christ pour tous ceux qui croient … Ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est dans le Christ-Jésus’’ (Romains 3.20-24) Car, déclare sévèrement Paul, si les Juifs circoncis, dont la Loi est le contrat d’Alliance qui les unit à Dieu, n’observent pas la Loi, ils rendent vaine la portée de l’Alliance et de la Justification dont ils sont les héritiers depuis Abraham. Et réciproquement, si des païens qui ne sont pas sous la Loi de Moïse se comportent naturellement selon ce que prescrit la Loi, ils montrent que l’œuvre de la Loi est inscrite dans leurs cœurs et Dieu leur en tiendra compte à l’heure finale du Salut. Paul ajoute : ‘’C’est ce qui paraîtra, au jour où Dieu jugera, en considération du Christ Jésus, les actions secrètes des hommes’’. (Romains 2. 14-16) Paul, voulant faire réfléchir les Juifs, comme les païens, sur l’enjeu de leurs vies, précise : ‘’Ce ne sont pas en effet ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ceux qui pratiquent la loi qui seront justifiés’’ (Romains 2.13) Et donc, en quelques mots Paul a
donné la synthèse du mystère du couple Justification-Salut. L’Alliance-Élection
d’Israël a pour fin essentielle de conduire au Salut, non seulement le Peuple
Élu, mais les nations païennes. C’est le contenu éthique-moral de la Loi qui
importe pour obtenir, en Jésus Christ-Messie et Sauveur, le Salut final, tant pour
les Juifs que pour les païens. L’appartenance par hérédité
biologique à l’Alliance en Abraham comporte une mission particulière de vie
morale conforme à la Loi. Cette appartenance n’est pas, en soi, une
‘’assurance-tous risques’’ de Salut. Et, ajoute Paul, une vie non conforme à la
Loi dans la pratique peut remettre en cause l’Alliance-Justification héritée
par le sang. En parlant ici des « justifiés » (verset 13 ci dessus),
Paul utilise un futur, il a donc dans l’esprit le
problème de leur salut final. C’est bien ce que confirme son verset 16,
évoquant le « jour où Dieu jugera … » Il s’agit bien du
Salut final. Et dans les développements qui
suivent dans cette Épître aux Romains, Paul déploie sa pensée. Sans méconnaître
aucunement la permanence de l’Alliance-Élection pour ceux des Juifs qui ont une
vie digne de l’attente divine manifestée dans la Loi, qui sont circoncis de
cœur et non seulement de la main des hommes, il continue le même argument en
utilisant encore un verbe au futur : ‘’Nul ne sera
justifié
devant Dieu par les œuvres de la Loi … ‘’ (Romains 3.4) Nous sommes toujours dans la
perspective du Salut. Et visant plus particulièrement les pagano-chrétiens, il
poursuit : ‘’Maintenant sans la loi est
manifestée la justice de Dieu attestée dans la Loi et les prophètes, justice de
Dieu par la foi en Christ pour ceux qui croient. Car il n’y a pas de
distinction : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. Et ils
sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est dans le Christ-Jésus’’ (Romains
3.21-24) B)
La solidarité de la Justification et du Salut dans le Plan de Dieu Paul répond : " De même que par un seul
homme (Adam) le
péché est entré dans le monde, et par le péché la mort et qu’ainsi la mort a
passé sur tous les hommes …’’ (Romains
5. 12) " Tous ont péché et sont
privés de la gloire de Dieu …’’
(Romains 3. 23) L’initiative divine en question
occupe tout le temps de l’histoire biblique. Dieu a conçu, préparé, accompli
cette réintégration de l’humanité dans les voies du Salut en agissant par
étapes, personnifiées en Noé, Abraham, Moïse, les Prophètes. Et, "lorsque
les temps furent accomplis, (comme le dit Paul en Galates 4:4), Dieu
envoya son Fils, né d’une femme, né sous la Loi, ( Jésus juif ), pour
racheter aussi bien ceux qui sont sous la Loi que les païens." lesquels
reçoivent ainsi la « Justification
par adoption »,
en vue du Salut offert à tous. " Nous sommes enfants, nous
sommes aussi héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, si toutefois nous
souffrons avec lui, afin d’être glorifiés avec lui " (Romains 8. 17) "Les païens ont un même
héritage, forment un même corps, participent à la même promesse en Christ Jésus
…’’ (Ephésiens 3. 6) Paul associe donc dans le même
enseignement aux pagano-chrétiens leur Justification, c’est-à-dire leur
héritage des mêmes promesses (celles faites à Abraham), et leur
Glorification-Salut en Jésus Christ.
Finalement, dans le Plan de Dieu, selon l’enseignement de Paul, Juifs et
Païens forment un même corps, constitué de tous ‘’ceux qui
sont privés de la gloire de Dieu’’. Il
poursuit : "…et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est dans le Christ Jésus’ " (Romains 3. 24) ·
Ceux qu’il a prédestinés,
il les a aussi appelés. ( = Ceux que, dans Sa
liberté souveraine, il a choisis de toute éternité , il les a gratifiés
de l’Election. ) ·
Ceux qu’il a appelés il les a aussi justifiés . ( = Cette Election s’est
traduite en l’Alliance, . laquelle implique leur Justification.) ·
Ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. ( = Cette Justification
leur a ouvert une voie libre vers leur Glorification-Salut .) Il semble bien pourtant que tout
le raisonnement de Paul s’applique à lui aussi, selon la parole de Jésus
lui-même: la "justification
d’Abraham" et la
"justification de sa
descendance" ont constitué, dans le Plan global de Salut de Dieu et par grâce, des anticipations de la Rédemption à venir en Jésus. C’est ce que
recoupe le raccourci vertigineux (et
considéré comme scandaleux par ses interlocuteurs) de Jésus lui-même : " Abraham,
votre père, a tressailli d’allégresse (à la pensée) de voir mon jour. Il l’a vu et il s’est
réjoui’’. (Jean 8. 56) ‘’ Et ainsi tout Israël sera sauvé …’’ (Romains
11. 26) Et par une intuition géniale, Paul
a rendu solidaires et réciproques dans le Plan divin, à la fois : ·
l’anticipation prophétique du Salut des Nations païennes en Jésus-Christ, que
représentait la Justification
d’Abraham, et notamment la seconde promesse de Dieu . (‘’Toutes les nations
de la terre seront bénies dans ta descendance’’ Genèse 22. 18) · et l’anticipation prophétique du Salut final de tout Israël, que représente l’entrée totale des Nations païennes dans
la bénédiction-Justification d’Abraham, cette entrée leur étant offerte par
grâce, par le moyen de leur Foi dans
leur Rédemption acquise en Jésus-Christ. (Romains 3. 24) COMMENT ET QUAND LE
SALUT ? Au long des siècles, ni les Nations, qui ont constitué l’immense majorité de la Chrétienté, ni Israël, ne se sont ouverts au mystère qui enveloppe le
déroulement du Plan de Justification-Salut de Dieu par étapes successives. La Chrétienté a aligné Ie
« temps » d’Israël sur le « temps » des Nations. Et sous
prétexte qu’Israêl ne venait pas en masse à Jésus, au moment où elle
l’attendait, elle a réputé caduque la Première Alliance sans s’apercevoir
qu’elle sciait ainsi la branche sur laquelle était établie sa propre
« Justification en Abraham et donc en Israël » ! . Elle a
prétendu se substituer à celui-ci comme seul vrai Peuple Élu désormais. Le
Baptême qu’elle a pratiqué a été le plus souvent compris comme intégration dans
l’Église et non plus comme intégration par grâce dans la
« Justification » d’Abraham. Affirmation puérile, mais aussi
blasphème envers l’unicité et la fidélité du Plan divin… Israël, de son côté a réputé
accompli en toute manière ce Plan divin tel qu’il pouvait être perçu au pied du
Sinaï dans la Torah écrite et ses prolongements oraux. Il est difficile pour la
pensée et la fidélité juives de s’ouvrir à un Plan divin se déroulant par
étapes, selon des formes qui changent, selon une Alliance, Une dans son
fondement et ses finalités, mais multiple et au besoin ‘’Nouvelle’’ dans ses
formulations et ses itinéraires. (Jérémie 31.31) Si, depuis 50 ans, le regard
chrétien sur Israël a commencé de changer et si les Chrétiens partent à la
recherche des racines juives de leur foi, si de son côté et par voie de
conséquence, Israël commence à s’interroger sur les fibres juives dont est
tissé le Nouveau Testament, sans s’arrêter sur son seuil, bloqué comme naguère
par les formulations théologiques qui en ont été tirées, il faut en louer Dieu
et y voir un « signe des temps », des « temps de Dieu »,
des « temps de la fin ». Joël
Putois
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