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Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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JOB, ...notre frère.
Mon Dieu, mon Dieu , pour quoi m'as-tu abandonné ? (Psaume 22. 1 - Matthieu 27. 46)
Il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, . c'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé. (Philippiens 2. 8-9)
un essai de Joël PUTOIS préfacé par M.le rabbin Philippe HADDAD et par le père Pierre HOFFMANN
SOMMAIRE
L'univers suit sa course ( une préface du rabbin Philippe Haddad )
Introduction
I - Job et le Message de la Première Alliance La Bible : Déroulement de l'Alliance une et évolutive
Les Péripéties de l'Alliance
La Pédagogie de base Premières Approches Apprivoisement et Structuration - l'enseignement des automatismes - l'amorce des transitions L'Epreuve de Job . - Une lente agonie - La « conversion » L'épilogue : Réhabilitation-Restauration
II - Job, prophète malgré lui, ... mais pour nous ! JOB : Transition prophétique vers ... La vocation de Job, notre frère ? Et la vocation d'Abraham, notre père ? Et la vocation des Prophètes, nos aînés ? Et la vocation de l'apôtre Paul ? La Métamorphose progressive de Job Le processus Les étapes Que s'est-il passé ? diagnostic rétrospectif La théophanie-shekhina Quelle était en Job l'origine du `'virus'' ? Une hypothèse
Conclusion: et la vocation d'Israël ?
Et si . . . Une réflexion en guise de postface par Henri Lefebvre
L'Univers suit sa course Une préface du rabbin Philippe Haddad
Le livre de Job se présente comme une longue allégorie qui va poser le problème du mal pour la conscience monothéiste. En effet, dans un système athée ou dualiste, la question n'existe pas, il y a du mal, soit selon les principes du « hasard et de la nécessité », soit parce qu'il existe une force du mal. Mais s'il existe un seul Dieu, créateur des cieux et de la terre, alors cette question, c'est LA question. Ce récit va mettre en cause les bases de la foi ancestrale classique : « Quiconque fait le bien ici bas est, si ce n'est récompensé, tout au moins protégé par Dieu, et quiconque fait le mal est puni. ». L'équation est, on ne peut plus simple, et découle de la perception que nous avons d'un Dieu bon et généreux. Il est vrai qu'un certain nombre de textes bibliques appuient la thèse : Adam faute et devient mortel, Caïn tue son frère et est condamné à l'errance, la civilisation du déluge se pervertit et connaît son extinction, Pharaon tue les bébés dans l'eau, son armée est engloutie par les flots, les enfants d'Israël se détournent de Dieu, ils sont livrés à l'ennemi (livre des Juges), etc. A partir de Job, l'équation ne colle plus.
Reprenons les étapes de ce thriller religieux. Dieu, incontestablement le maître absolu, reçoit ses anges, conseil des ministres (officiants) en `'ce jour'', qui selon la tradition juive est celui du jugement, Roch Hachana, le Nouvel An hébraïque, où `'tous les habitants du monde sont appelés à passer sous la houlette divine comme les membres d'un troupeau'' (Talmud). Parmi ce conseil angélique se trouve le Satan, créature non rebelle, mais qui reçoit dans le ciel une certaine considération de la part de Dieu, autant que Job sur la terre.
Le Satan est personnifié dans deux textes bibliques, ici et dans le prophète Zacharie. Et voilà qu'un curieux dialogue s'engage entre Dieu et Satan, où Job devient une sorte de laboratoire expérimental pour tester son aptitude à la fidélité. Il perd ses biens, ses enfants, une bonne partie de sa santé. Sa femme appartenant sans doute à un mouvement contestataire MLFCD (Mouvement de Libération de la Femme Contre Dieu). Et voilà que trois amis prévenus par `'Radio tam-tam désert'' arrivent, ce sont des mathématiciens de l'éthique. Ils aiment bien Job, mais il ne faut pas blasphémer, l'amitié possède ses limites. Et voilà que Job délire, il s'en prend à sa mère (non-juive en la circonstance), à sa misérable existence et voilà que retentit son cri : « Pourquoi ? »
Il n'en fallait pas plus aux trois camarades pour sortir le tableau noir et en avant la démonstration : « Qui fait le bien est béni par Dieu, qui fait le mal est puni ». C'est simple ! Sauf que Job est sûr de ne pas avoir fauté.
Et Job tient bon :
Eh bien non ! Non seulement Dieu ne condamne pas Job mais, en plus, il lui donne raison. Le comble ! Quant aux trois amis, qu'ils sortent un peu de leurs bouquins et qu'ils aillent s'inscrire à « Médecins sans frontières » pour apprendre la vie ! Et voilà que patiemment, tel un père à son fils, l'Éternel va répondre aux interrogations de Job par d'autres interrogations (comme un rabbin qui répond à une question par une autre question) : - Où étais-tu quand j'ai créé le monde ? Que connais-tu de son fonctionnement ? Et Job qui ne comprend rien, loue l'Éternel pour sa réponse.
Epilogue : Les amis s'inscrivent à un stage de recyclage chez Tintin et Milou, Satan descend en seconde division et Job recouvre sa santé, ses biens, d'autres enfants (une femme plus souriante ? le texte ne précise rien) Et tout est bien qui finit bien ! Au fond, le prince chevauchant sa fière monture, emmène la belle dans son château inondé de lumière. Happy End !
Quittons l'allégorie (et l'humour qui aide à vivre après la Shoah) ! Dieu est bien le souverain, mais le mal existe, il est une composante du monde, de l'inachèvement du monde. Il fait partie intégrante de sa texture. Pourquoi ? Pas plus de réponse que celle qui expliquerait pourquoi le papillon commence par être une larve gluante. Comme dit le Talmud : « L'univers suit sa course ». Un jeu de forces qui traduisent la volonté divine, qui peuvent guérir, mais qui peuvent tuer.
La seule réponse, au plan de la foi est de servir Dieu, sans équation, sans attendre de récompense, même si le monde à venir n'existait pas, car seul compte la louange à l'Éternel ici et maintenant, dans les joies ou dans les peines, avec les êtres que nous aimons ou malgré leur absence. La leçon de la foi, de la « émouna » s'exprime ici dans toute sa puissance.
C'est le mérite de Joël Putois d'avoir souligné cette résurrection qui interpelle chaque croyant authentique, chacun dans sa chapelle, mais en fraternité.
Rabbin Philippe Haddad du Consistoire de Paris Aumônier de la jeunesse Août-Septembre 2000
Je mettrai ma main sur ma bouche Une préface du père Pierre HOFFMANN
Dans la fable de La Fontaine, « Le laboureur et ses enfants », on se souvient de la déconvenue de ceux qui n'ont pas trouvé ce qu'ils cherchaient, mais aussi de leur heureuse surprise au temps de la récolte. Les héritiers cherchaient une cassette d'argent, ils trouvent la richesse indispensable produite par une terre bien retournée : le trésor, c'est la terre elle-même.
Ainsi en est-il de la Bible : comme la terre, elle produit sa richesse quand on la laboure, quand on cherche et cherche encore. Le trésor enfoui dans la Bible, c'est la Bible elle-même. Pour s'en convaincre, il suffit d'aller lire en Lévitique 10,16 : dans ce verset se situe le « milieu des mots de la Torah », comme il est précisé dans la marge de la Bible hébraïque, exactement entre deux mots redondants darosh / darash, que l'on pourrait traduire par « pour chercher darosh / il (Moïse) chercha darash ». Malgré cette recherche intensive, Moïse ne trouva pas le bouc à sacrifier pour le pardon des péchés et destiné à un repas de communion : il avait disparu ! Mais la leçon est claire : le cœur de la Torah invite à chercher, à labourer l'Écriture.
Dans l'Evangile de Jean, faut-il alors s'étonner que les premiers mots de Jésus après avoir été présenté comme agneau de Dieu, soient : «Que cherchez-vous ?» (1, 38), qui deviendront, au moment de l'arrestation à l'entrée du jardin : «Qui cherchez-vous ? » (18, 4.7), et plus personnellement à Marie de Magdala dans le jardin de Pâque : « Qui cherches-tu ? (20, 15) ?
Merci à Joël Putois de labourer, une fois encore, le livre de Job, de nous inviter à y chercher le trésor et la perle. Par là, il suit les conseils de Maïmonide pour aborder le texte de Job. En effet, le premier verset "« Il y avait au pays de Utz un homme nommé Job » donnait une clé de lecture à celui qui propose d'être le guide des égarés (chap. 22) : « utz est l'impératif d'un verbe exprimant l'idée de réfléchir, méditer ; c'est comme si l'on disait : « Médite sur cette parabole, réfléchis-y, cherche à en pénétrer le sens ... ». Aura-t-on jamais fini ?
La démarche de Joël Putois peut surprendre : pourquoi rappeler les grandes étapes de l'histoire du salut présentée comme une création permanente ? Le livre de Job peut être étudié pour lui-même ; ici, il est replacé dans l'ensemble de l'Écriture à laquelle il donne un éclairage singulier. Les parties narratives sont réduites au minimum, dans l'invraisemblance du prologue et de l'épilogue. Tout le reste n'est que discours, bien difficile à résumer. En effet, on parle beaucoup dans ce livre, ce qui demande un effort de lecture. « C'est du vent ! » dit Job (27,12). Quand Dieu se mettra à parler, trouvera-t-on enfin la réponse à la question qui traverse le livre, qui traverse nos vies : « Pourquoi la souffrance, pourquoi la souffrance de l'innocent ? ». Cette question restera sans réponse.
Si tous ces discours sont autant d'apories, quelle place donner à Job dans la littérature biblique, que révèle-t-il de l'homme, de Dieu et de leur rencontre ?
Joël Putois répond par le biais de la pédagogie divine, une pédagogie dont il trouve trace avec Adam, Abraham, Moïse, Jérémie ...Jésus, Paul ...Israël...et nous autres ... C'est une pédagogie apparentée au tsimtsoum : Dieu se retire pour laisser place à la libre expression de l'homme. Pendant que Dieu se retire dans le silence, la parole humaine remplit le vide ainsi créé par des paroles ... qui se révèlent être encore plus vides. Madame Job est rapidement invitée à se taire. Il faudra du temps pour les amis de Job qui ne donneront aucune réponse satisfaisante. Quant à Job, il comprendra qu'il lui faudra imiter Dieu et entrer dans le silence : « je mettrai ma main sur ma bouche, je ne répondrai plus ».
Au silence de Dieu, on ne peut répondre que par notre silence. Aux interrogations poignantes de tous ceux qui vivent un drame aussi inadmissible que celui de Job, une présence silencieuse et fraternelle vaut plus que tous les discours. Parfois un peu d' «humour qui aide à vivre », comme l'écrit Philippe Haddad, apporte un contrepoint qui n'est pas dérision : dans le film de Bellini « La vie est belle », un humour respectueux souligne l'absurdité de situations douloureuses et fait encore ressortir la souffrance indicible.
A ce monde qui « souffre les douleurs de l'enfantement » (Rm 8,22), Dieu offre sa présence silencieuse et bienveillante. Au « Pourquoi la souffrance de l'innocent ? » Dieu ne répond pas, comme les amis de Job, par un discours philosophique ou moral, voire théologique ; la théo-logie dont Dieu est l'auteur n'est pas paroles verbales, mais Parole faite chair, Logos apprenant le langage humain dans le village de Nazareth pour devenir Parole vivante, accessible à tout homme, plus accessible « aux tout-petits » qu' «aux sages et aux savants » (Mt 11,25). Eliphaz de Teman, le premier intervenant au chevet de Job, justifie son intervention en déclarant (4,1) « Qui pourrait garder le silence ? » ; aurait-il oublié que son nom signifie « Mon-Dieu-est-or-pur » ? Si le silence est d'or, notre Dieu ne serait-il pas silence ?
Ce fut le cas pour le Dieu de Jésus-Christ. A sa prière filiale à Gethsémani, nulle réponse du Père. Au cri de la croix qui fait écho au cri de Job : « Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? », il n'y eut de réponse que le silence. D'autres fils d'Israël, il y a un demi-siècle, n'entendirent que le silence. Tant de benei-Adam, de fils et de filles d'Homme sur toute la terre, aujourd'hui encore, n'ont d'autre réponse. Pour les croyants, comme pour Job, ce silence éprouve et purifie leur foi ; pour tous, comme pour Job, ce silence fait surgir leur confiance en une Vie plus forte que la mort. Du moins, nous espérons qu'il en soit ainsi.
Qui donc est Job ? Que nous révèle son histoire sur Dieu, sur nous-mêmes ? Tout est dit dans le titre que Joël Putois a choisi : « Job, notre frère ».
Alors, il est temps de faire silence.
Pierre HOFFMANN Prêtre du diocèse de Versailles Délégué pour les relations avec le Judaïsme
Job, ... notre frère !
Prologue
Nul ne pourrait compter le nombre d'écrits et de commentaires sur le Livre de Job parus au cours des siècles, émanant de théologiens, de biblistes, de psychologues, de philosophes ou simplement de sages ...
Mais, pour la pensée juive contemporaine, ce Livre de Job a reçu une actualité toute particulière de l'expérience tragique de la Shoah. Ce n'est pas une coïncidence fortuite si la statue de Job figure à Jérusalem devant le mémorial du Yad Vashem. Job personnifie en effet l'interrogation angoissée de l'homme devant la souffrance, principalement la souffrance du juste et plus encore, peut-on dire, devant cette souffrance qui perdure dans le silence de Dieu.
Vaut-il la peine, dans ces conditions, d'ajouter quoi que ce soit à cette longue théorie de penseurs, d'autant qu'en fin de compte, le « cas Job » demeure une énigme qu'aucune civilisation, aucune culture ni spiritualité n'ont pu éclaircir ? Personne, d'ailleurs, ne connaît le, ou sans doute, les rédacteurs de ce Livre, ni le lieu et l'époque de sa rédaction.
Les commentateurs estiment qu'il se présente comme un corps de récit central originel, complété ensuite de rajouts divers. Pour ce qui est de ce thème du juste souffrant, il se rattache à une Sagesse manifestée dans des nations et cultures variées car il est présent dans des écrits bien connus des traditions sumériennes, akkadiennes, babyloniennes, égyptiennes, etc. Les noms mêmes des amis de Job sont originaires d'Edom, région de Transjordanie ou d'Arabie renommée par ses Sages. Le fond même du récit est daté par les exégètes de l'époque de l'apparition des récits les plus anciens du Pentateuque : 10ème. ou 9ème siècle.
Tel que l'on peut en juger par le style du discours, le ou les auteurs sont vraisemblablement des fils d'Israël nourris à la fois des cultures des diverses nations environnantes, et des prophètes hébreux. Ils traduisent une tradition littéraire hébraïque contemporaine de l'exil à Babylone. Ezéchiel (14.14) cite Job parmi les héros bien connus. Mais aussi ce même Livre dénote une teinture d'emprunts aux sagesses hellénistique et égyptienne, qui fait classer ce Livre de Job parmi les écrits dits Sapientiaux. Et, dans ces livres, la pensée religieuse d'Israël réfléchit sur elle-même et s'examine comme partenaire de Dieu dans un dialogue qui annonce un genre nouveau de relation, plus directe, entre l'homme et son Créateur, genre qui se développera dans l'Alliance Nouvelle en Jésus-Christ. Tout cela est bien connu et notre propos n'est pas d'insister sur ce point. Ce qui constitue l'axe de notre recherche est précisément de souligner la position particulière de ce Livre de Job au sein de la Bible tout entière.
Un ami Juif, parlant des rôles respectifs du Judaïsme et du Christianisme au cours des siècles, disait : « Nous, Juifs, nous avons gardé la maison ». Certes, peut-on ajouter, mais, Jésus a dit de lui-même : « Je suis la porte ; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ... » (Jean 10. 9). Il me semble que le Livre de Job est une charnière qui rattache la porte à la maison et réunit ainsi fonctionnellement le message et la pédagogie de l'Alliance du Sinaï à celui et celle de l'Alliance Nouvelle (renouvelée) en Jésus. Et c'est par cette porte, rappelons-le, que les Nations ont eu accès à la `'maison''. Force est, d'ailleurs, d'observer qu'elles l'ont aménagée à leur manière !
J.P. Première partie Job et le message de la première Alliance
Depuis l'aube des temps, le déroulement du plan divin n'a jamais été linéaire. Ceci veut dire que si ce plan est un, du point de vue de Dieu, il a pris, à vues humaines, la forme de phases multiples, car l'humanité est un corps vivant. Et tout vivant se meut selon une histoire, qui comporte une naissance, une croissance, une maturité, un accomplissement débouchant sur de nouveaux cycles de vie. Ainsi conçu, ce plan divin conduit de cycle en cycle vers un accomplissement final dont Dieu a fait la promesse, mais dont il garde le secret.
La Bible: déroulement de l'Alliance une et évolutive
Dès les premiers mots de la Genèse, le texte inspiré le précise : «Bereshit bara Elohim ». Dieu a fixé les principes et les finalités de la création. Et il a remis tous les accomplissements intermédiaires aux risques et périls de la liberté humaine, en Alliance avec lui. Toute l'histoire de l'homme, y compris celle du Peuple d'Israël, jusqu'à l'époque contemporaine, est tissée des péripéties qu'a connues cette Alliance, péripéties bien souvent dramatiques.
Parce que l'homme est libre, faillible et orgueilleux, il se laisse envahir par les forces du mal qui le font dévier de l'axe de sa route. Il sort des termes de l'Alliance avec Dieu. Mais l'Eternel, inlassablement fidèle à son plan, tire du mal un bien et y ramène l'homme. Et du fond de l'abîme où normalement devrait sombrer l'humanité, Dieu la ressuscite spirituellement. Il s'agit bien souvent d'une véritable `'re-création''.
La Bible peut être lue comme l'histoire de ces re-créations successives à travers lesquelles le Tout Puissant non seulement confirme son projet initial, mais affermit, rajeunit, renouvelle, élargit, approfondit, fait monter en puissance son Alliance Eternelle avec son fils unique, l'Homme. A chaque stade de cette création renouvelée, le Créateur n'innove pas vraiment, mais plutôt dévoile un peu davantage de son plan de salut final...
Les péripéties de l'Alliance
Telle que la Bible la présente, l'Alliance témoigne d'un changement constant de formes au sein d'une rigoureuse continuité de dessein :
- La création en Adam a dévié de son axe, à la suite de la séduction bientôt exercée par le Serpent ; et la descendance d'Adam et Eve s'est pervertie, notamment sous l'influence des `'fils de Dieu'', qui engendrent, avec les filles des hommes, ces `'géants'' dont il est question en Genèse 6 versets 2 à 4 . Et la perversion est telle que l'Eternel songe tout d'abord à détruire l'humanité entière dans le déluge . . . - La re-création en Noé : . . . mais, l'Eternel se ravise, épargne Noé et sa famille puis conclut avec lui une Alliance Nouvelle et déclarée par Dieu : `' ... pour les générations à toujours `' (Genèse 9.12). Elle implique l'observation par l'homme de sept principes-clés de moralité et étendue aux animaux. Cette nouvelle humanité, issue de Noé se pervertit elle-aussi et Dieu la disperse au pied de la Tour de Babel. - La re-création en Abraham : au sein de l'humanité païenne Dieu choisit Abram, chaldéen, conclut avec lui une Alliance Nouvelle et lui fait une promesse double et doublement évolutive : une descendance innombrable, destinée à s'étendre un jour à toutes les Nations ; ainsi qu'une terre, Canaan, dont on comprend qu'elle s'étendra ultérieurement à la terre entière. Mais les descendants d'Abram-Abraham s'abîment dans un nouveau paganisme durant leur exil-servitude de plus de 400 ans en Egypte. - La re-création en Moïse au Sinaï : à travers la libération de cet esclavage en Egypte et durant l'Exode au désert, l'Eternel crée un peuple nouveau rassemblant les héritiers directs des promesses faites à Abraham et un premier apport de nations diverses. L'Alliance prend, au pied du Sinaï, la forme d'un contrat précis avec engagements réciproques. - La re-création au retour de l'exil à Babylone : à nouveau le Peuple Elu, installé sur sa Terre Promise, est infidèle. La plupart des rois qu'il se donne le font retourner au paganisme. Il connait une fois encore l'esclavage , ayant perdu sa terre, son temple, sa Loi. Il se trouve pratiquement réduit à néant en tant que nation au milieu des Nations païennes, ne conservant que la fidélité (et la shékhina) de Dieu. Cette `'mort'' dure 7O ans, à l'issue desquels Cyrus, roi des Perses, est l'instrument choisi par l'Eternel pour la re-création d'Israël, autorisant et finançant le retour du peuple à Jérusalem, pour y reconstruire la ville, ses murailles, son temple et se re-grouper autour de la Loi, sous Zorobabel et Esdras..
Il s'agit bien d'une re-création et ce n'est pas fortuitement que la première rédaction du récit de la création figurant au Livre de la Génèse, date de cette époque du retour de l'exil, où Israël, réduit à néant dans sa chair et son esprit, avait pu éprouver ce que signifie pour l'homme naître du néant par la puissance du Créateur. Et l'instrument de Dieu pour cette re-Création a été le roi Cyrus, un païen, que le texte biblique qualifie de “messie”, c'est à dire `'oint''.
Chaque re-Création présente bien les caractères d'une continuité: chacune intervient après un drame, une infidélité majeure de l'homme, qui, à vues humaines, pourrait orienter sur une « rupture-annulation ».de l'Alliance. Mais Dieu reste fidèle à son plan originel et le poursuit par d'autres voies. Il y a donc bien, en permanence, changement dans la continuité : - à chaque re-création, non seulement l'Alliance avec l'homme est maintenue, mais elle est précisée, structurée, élevée dans son champ d'application. Chaque re-création, comme celle des six jours de la Genèse, comporte son Berèshit bara ... Le Créateur ne dévoile, sur le moment, que les principes généraux de son initiative. Et il laisse à l'homme la mission d'en tirer ultérieurement les applications, d'en faire apparaître les fruits (cf.“garder et cultiver le Jardin, nommer les animaux”)., c'est-à-dire de l'accomplir. - et à chaque re-création, Dieu suscite un homme “oint” pour initier, présider, incarner cette mission, ainsi que pour recevoir et transmettre les charismes nécessaires pour la mener à bien.
L'honneur de Dieu et de son Saint Nom : le pardon
Si à chaque stade de création/re-création les développements ultérieurs sont, par la faute de l'homme, bien loin de répondre aux `'Bereshit bara'' initiaux, est-ce la preuve que Dieu n'est plus maître de son Plan et ne contrôle plus son projet initial ? Ceci serait une hypothèse gnostique !
C'est bien plus simplement que Dieu respecte de façon absolue la liberté humaine, tout en demeurant fidèle à son dessein initial. Et pour cela, au fur et à mesure que l'humanité pécheresse mûrit lentement au contact de l'Alliance et au travers des épreuves qu'elle se suscite à elle-même comme fruits de ses fautes, Dieu modifie, adapte et élève les voies par lesquelles il manifeste sa pédagogie à l'égard de son fils-l'homme.
Dieu s'est juré à lui-même, quoi qu'il advienne, de ne plus chercher à détruire sa créature humaine (Genèse 9. 11). Il s'est donc condamné lui-même à toujours pardonner. Les conséquences amères, que l'homme attire sur sa tête par ses manquements, sont les voies non pas de son rejet mais de son relèvement, non d'un châtiment mais des voies complexes d'une pédagogie paternelle. Ezéchiel revient souvent sur cette miséricorde éducative de Dieu à l'égard de son peuple élu et pécheur : `'Ce n'est pas à cause de vous que j'agis de la sorte, maison d'Israël. C'est à cause de mon saint Nom que vous avez profané parmi les nations où vous êtes allés. Je sanctifierai mon grand Nom ...et les nations sauront que je suis l'Eternel, dit le Seigneur, quand je serai sanctifié par vous sous leurs yeux'' . (Ezéchiel 36. 22-23)
Et les Psaumes abordent fréquemment ce thème : `'Secours-nous, Dieu de notre salut, pour la gloire de ton Nom. Délivre-nous et pardonne nos péchés, à cause de ton Nom'' (Psaume 79/78. 9)
Après l'épisode du veau d'or dans le désert, Moïse, plaidant la miséricorde de l'Eternel pour le peuple, argue de ce même souci de l'honneur de Dieu vis à vis des Nations, non seulement l'honneur de son Nom, mais aussi l'honneur de sa Parole : `'Pourquoi, ô Eternel ta colère s'enflammerait-elle contre ton peuple... Pourquoi les Egyptiens diraient-ils : « C'est pour leur malheur qu'il les a fait sortir, c'est pour les tuer dans les montagnes et les exterminer de dessus la terre... Souviens-toi d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, tes serviteurs, auxquels tu as dit, en jurant par toi-même : je multiplierai votre postérité comme les étoiles du ciel, je donnerai à vos descendants tout ce pays dont j'ai parlé ...'' (Exode 32. 11 à 13)
L'honneur de l'homme : l'accueil du pardon divin
Moîse, plaidant la miséricorde de l'Eternel, ose ajouter (Exode 32: 12): `' Reviens de l'ardeur de ta colère et repens-toi du mal que tu veux faire à ton peuple''
Si Moïse peut, sans aggraver son cas et celui de son peuple, adresser à Dieu un tel appel au repentir et au pardon divins, c'est bien à titre réciproque. L'homme doit donc lui aussi, et lui d'abord, en toute circonstance faire acte de repentir et de pardon. L'honneur de l'homme est de recevoir ce pardon de Dieu et pour s'en montrer digne, d'exercer à son tour les mêmes repentir et pardon vis à vis de quiconque. Mais, dira-t-on, quel rapport toutes ces considérations générales peuvent-elles avoir avec le « cas Job » ? Ce rapport est bien évident. Mais pour le comprendre, il nous faut reprendre en parallèle les différentes séquences de ce Livre de Job, d'une part, et, d'autre part, les voies successives et évolutives que prend au long des âges la pédagogie divine à l'égard de l'homme. C'est en réfléchissant à la pédagogie de base, puis à ses évolutions et transitions vers un autre type de relations au long des âges, que nous pouvons mieux comprendre jusqu'où et par quelles voies Dieu entend nous mener.
A chaque re-création est donnée par Dieu sa pédagogie propre. Et l'on conçoit qu'en renouant alliance en Noé avec l'humanité retournée au paganisme et même à la barbarie, la pédagogie divine s'en soit tenue aux grands principes d'une éthique de base. Les sept `'commandements noachiques'' reflètent pour l'essentiel ce que l'on est convenu d'appeler la morale naturelle (obligation d'instituer une justice civile, interdictions des blasphème et faux témoignage, de l'idolâtrie, de l'inceste et autres délits sexuels, du meurtre, du vol, de toute cruauté)
La pédagogie de base
Premières Approches
Une pédagogie beaucoup plus élaborée et subtile inspire la re-création en Abraham. Les promesses faites à celui-ci sont précises et capitales: une descendance pour ce couple de vieillards jusque-là stériles et une terre en propriété pour ce clan de migrants nomades. Pour avoir « cru » à ces `'in-vraisemblances'', Abraham a été « justifié », selon l'expression de l'apôtre Paul. Et il est devenu partenaire de Dieu dans une Alliance appelée à bénéficier de proche en proche à l'humanité et à la terre entières.
Mais la relation de pédagogie est assortie de conditions draconiennes. Il s'agit pour Dieu de reconstruire l'homme sur des bases entièrement nouvelles, qui comportent, en particulier, un certain nombre de points dont l'énoncé ne constitue nullement une digression par rapport à notre recherche, car nous les retrouverons de façon précise dans le « cas Job » : - une transparence totale à la lumière divine: Abraham est invité à se dépouiller des enveloppes opaques d'ordre culturel, sociologique, religieux, familial qui emprisonnent son être profond et sa disponibilité. C'est pourquoi le texte hébreu (de Genèse 12.1) comporte les deux mots intraduisibles et jamais traduits : « lekhr lekhra »., c'est à dire « va vers toi», descends jusqu'à ton être profond , là où vit l'étincelle divine qui est en tout homme.;
`'Tu te souviendras de toute la route que le Seigneur ton Dieu t'a fait parcourir depuis quarante ans dans le désert, afin de te mettre dans la pauvreté ; ainsi il t'éprouvait pour connaître ce qu'il y a dans ton cœur et savoir si oui ou non tu allais observer ses commandements ...il t'a fait avoir faim et il t'a donné à manger la manne ... tu reconnais, à la réflexion que le Seigneur ton Dieu faisait ton éducation comme un homme fait celle de son fils'' (Deutéronome 8. 2 à 5) `'Tu n'exploiteras ni n'opprimeras l'émigré, car vous avez été émigrés au pays d'Egypte'' (Exode 22. 20 et Lévitique 19. 33) De même, lorsque vous jouirez de tous les fruits du pays que je vous donne, prenez garde de `'ne pas devenir orgueilleux et d'oublier l'Eternel votre Dieu, qui vous a fait sortir du pays d'Egypte, de la maison de servitude''. (Deutéronome 8.11 à 18) - la constance dans la foi : Abraham ayant déjà reçu les promesses de l'Eternel et mis sa foi en elles, a failli en diverses occasions, notamment lorsqu'arrivant en Egypte, et doutant de la protection divine, il présente Saraï comme sa sœur. Ou, plus gravement, lorsqu'étant impatient de la venue de la descendance promise, il accepte le conseil de Saraï et « va vers Agar », servante de celle-ci, pour qu'elle lui donne un héritier. Par bonheur, sa foi s'affermit ensuite et lui vaut « justification » devant Dieu. Elle ne va pas tarder à être testée par l'Eternel.
Le texte biblique ne précise pas si, et combien de temps, Abraham a pu hésiter à offrir ainsi Isaac en holocauste. Mais il témoigne que finalement le malheureux père, ne doutant pas d'une issue miraculeuse de l'épreuve, a obtempéré, et que, pour cette raison, Dieu, non seulement a dispensé au dernier moment Abraham de passer effectivement à l'acte et confirmé les deux promesses majeures d'une descendance et d'une terre, mais a promu au même rang d'importance pour l'histoire planétaire du salut, sa troisième promesse demeurée jusque là en arrière plan des deux autres et qu'il a formulée ainsi : `'Toutes les nations de la terre se béniront en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix'' (Genèse 22. 18)
Abraham a finalement accepté de voir en ce fils chéri, non sa propriété personnelle, mais un don gratuit de Dieu, don que Dieu peut donc reprendre. Voilà aussi pourquoi le texte hébreu de Genèse 22.1 comporte à nouveau ces deux mêmes mots « lekhr lekhra », qui impliquent une fois encore un dépouillement total d'Abraham.
Apprivoisement et structuration
Abraham, symbole de foi et de fidélité, a transmis les promesses et la vocation aux patriarches Isaac et Jacob-Israël, ses descendants directs et à leurs fils après eux. Parmi ceux-ci, les douze fils de Jacob n'ont pas tous, ni toujours, honoré l'Alliance d'un comportement exemplaire et les générations issues d'eux, en terre d'Egypte, sont retournées bien vite au paganisme.
Mais Dieu resté fidèle à son plan et à l'Alliance, suscite Moïse, rassemble les descendants d'Abraham, y joint une première avant-garde des nations et les conduit au désert, pour un face-à-face préparatoire, bref, mais incontournable, avant de les conduire dans la terre objet de la promesse.
On conçoit que pour cet amalgame de populations incultes, émergeant brusquement d'un état de servitude qui le prédisposait peu à assumer rapidement sa toute fraiche liberté, un stage intermédiaire de formation tant communautaire que spirituelle était nécessaire. L'autonomie et la liberté ne constituent pas un état de fait qui va de soi ou s'improvise. On ne devient pas adulte responsable sans une pédagogie prolongée, sans la tendresse et la fermeté d'un père. Pour toute construction d'une personnalité, il faut creuser des fondations et aménager des structures. Les orphelins auxquels ce genre de choses a manqué, le savent bien et en ressentent les effets longtemps, sinon toute leur vie. Ainsi s'expliquent les Dix Paroles données par l'Eternel à son peuple au Sinaï. Ce ne sont pas des commandements, ni des ordres. Aucun des verbes qui parsèment ce texte n'est à l'impératif, mais à « l'inaccompli », c'est-à-dire « un présent qui perdure ». C'est l'expression d'une pédagogie: non la domestication d'une obéissance, mais un ensemble d'avertissements donnés à un tout jeune libre-arbitre en cours d'éveil ! Et la première de ces Dix Paroles est la manifestation d'une tendresse paternelle : `'C'est moi le Seigneur ton Dieu qui t'ai fait sortir du pays d'Egypte, de la maison de servitude`' (Exode 20. 2)
En substance, l'Eternel dit ainsi à son peuple : « Moi, je t'ai aimé le premier, avant même que tu me connaisses et je n'ai cessé de te le manifester ». Et cette même parole de Dieu fonde la spécificité et la vocation d'Israël jusqu'à la fin des temps. Sous d'autres formes, Dieu a confirmé cette même parole, en la personne de Jérémie : `' Avant de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais. Avant que tu ne sortes de son ventre, je t'ai consacré. Je fais de toi un prophète pour les nations. Partout où je t'envoie, tu y vas ; tout ce que je te commande, tu le dis ; n'aie peur de personne, je suis avec toi pour te libérer, oracle du Seigneur. ... Ainsi, je mets mes paroles dans ta bouche. Sache que je te donne aujourd'hui autorité sur les nations et les royaumes ...'' (Jérémie 1. 5 à 10)
Mais entre l'appel de Dieu et la réponse de l'homme, il y a toute la marge de la faiblesse et de la versatilité humaines. En permanence le Créateur doit re-créer l'homme pour le remettre dans l'axe. Dans le désert, les Dix Paroles étant données et acceptées par le peuple, il a subsisté un abîme entre la foi dans l'élan du cœur et la fidélité dans les comportements quotidiens. Il a fallu à Moïse des trésors de patience et d'énergie pour habituer cette masse d'hommes et de femmes au monothéisme, à l'harmonie des relations sociales, à la morale sexuelle, au respect de la propriété et de la personne du prochain, à la relation avec l'Eternel dans le culte du Tabernacle, à la foi en la protection divine même lorsque la faim, la soif, le danger sévissent.
Dans ces domaines, ce peuple venait de si loin, les pulsions anciennes incitant à l'idolâtrie, à la violence, aux instincts primaires étaient encore si proches, la contamination des nations d'alentour était si périlleuse, malgré les sauvegardes instituées, qu'une discipline sans compromis a du être maintenue. Certaines fautes, même suivies de la repentance du coupable, devaient être punies de mort, pour l'exemple, l'intéressé étant lapidé avec femme, enfants, bétail, etc. Cette sévérité peut choquer si on l'apprécie sortie de son contexte.
En dépit de cet automatisme sévère entre faute et châtiment, force est de reconnaïtre qu'une fois installé dans la Terre Promise, le peuple s'est bien souvent perverti précisément dans les domaines que cette sévérité avait pour objet de prévenir: idolâtrie, violences envers les faibles, déviations sexuelles, manquements divers à la `'crainte de Dieu''.
Toute pédagogie se doit d'instaurer, dès la prime enfance, une discipline et des rythmes de vie qui implantent peu à peu dans le nouveau-né des structures biologiques, psychiques, mentales, affectives, intellectuelles, pour sa vie personnelle et sa manière d'être ultérieure dans la cité, sans lesquelles il risque de flotter toute sa vie comme une épave au fil de l'eau. Lorsque de telles structures sont en place et suffisamment rodées, au fur et à mesure de la croissance, les automatismes de discipline doivent céder progressivement la place à un apprentissage de l'autonomie et de la responsabilité. Il a fallu au peuple, dans le désert, quarante ans de fidélités et d'infidélités, d'obéissance et de révoltes, d'encouragements, châtiments et pardons `'exemplaires'', pour être enfin en état de prendre possession de la Terre Promise.
Encore une fois, quel rapport toute cette rétrospective de l'expérience de l'Exode et de ses suites, peut-elle avoir avec le Livre de Job ? Nous y venons : Job et son histoire constituent une illustration du passage d'un certain automatisme à tout autre chose dans l'évolution spirituelle d'Israël. L'enfant en bas âge doit savoir que, s'il est `'gentil'', il est récompensé; et, s'il est `'vilain'', il est puni. Il doit intégrer, puis ressentir affectivement ce genre de `'structure'' psychique, débouchant sur une règle de comportement. Avec le temps et l'âge de raison, il va peu à peu comprendre que tout n'est pas si simple, ni `'automatique'' dans la vie, surtout lorsque celle-ci s'ouvre au monde extérieur, loin de la chaleur et de l'abri de la famille. C'est là un enseignement qui me semble essentiel dans le Livre de Job. La formation est faite, les « classes », comme on le dit en langage militaire, sont accomplies. Désormais, le combattant de la foi va devoir affronter l'Adversaire sur le terrain, dans le combat spirituel sans merci qu'est la vie. Le Livre de Job étant vu sous cet angle, il nous faut insister un peu sur les deux phases de cette évolution.
L'enseignement des automatismes
Dès le début de la Genèse, le Créateur met l'homme devant des interdits, lesquels apparaissent davantage comme des avertissements que comme des commandements, car Dieu veut éduquer et non contraindre la volonté-liberté de l'homme : `'Tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bonheur et du malheur car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir.'' (Genèse 2. 16-17) Lorsque la faute est consommée, les conséquences inéluctables sont annoncées par l'Eternel : - Au serpent :`' Parce que tu as fait cela, tu seras maudit ... '' (Genèse 3. 14) - A Eve : :`' C'est dans la douleur que tu enfanteras des fils ... `' (Genèse 3. 16) - A Adam : `' parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l'arbre, ... le sol sera maudit à cause de toi ...'' (Genèse 3. 17)
La Création a été polluée par la faute d'Adam et Eve (séduits par le Serpent) et rien ne peut empêcher les conséquences d'apparaître. Le Cosmos tout entier en est `'maudit'' c'est à dire désaxé. L'harmonie qu'il présentait au soir des Six Jours est, sinon morte, du moins tordue ! Dieu nierait la liberté-responsabilité de l'Homme, si d'un coup de baguette magique il s'interposait entre la cause et les effets. La mort ne tarde pas à entrer dans la famille. Abel est une première victime innocente. Ne peut-on pas le considérer comme l'ancêtre et le prototype des :`'Justes souffrants'' ? Sans doute, mais, comme plus tard Isaac, il apparaît comme une préfiguration des temps à venir et, en ce sens, comme un anachronisme prophétique. Tout le reste du Livre de la Genèse, même l'histoire d'Abraham, abonde en automatismes tant positifs que négatifs. La foi de l'homme est bénie par Dieu, ses infidélités, ou seulement ses doutes, sont sanctionnés. Et Abraham lui-même n'en fut pas exempt !
Plus tard, par la bouche de Moïse, l'Eternel rappellera à maintes reprises à son peuple l'automatisme des bénédictions et des malédictions : `' Vois, je mets devant vous bénédiction et malédiction : la bénédiction si vous écoutez les commandements du Seigneur votre Dieu, la malédiction si vous ne les écoutez pas`' (Deutéronome 11. 26 à 28) Une longue énumération des malédictions suit ( Deutéronome 27: 14 à 26 puis 28: 15 à 68 ) enserrant une liste de bénédictions ( 28: 1 à 14 ). Et, pour chacune des malédictions et bénédictions, est donné le motif correspondant.
Dans ses derniers discours au Peuple Hébreu, Moïse l'a conjuré de prendre au sérieux l'Alliance avec Dieu et il énumère jusque dans le détail les châtiments et tourments qui lui seront infligés par l'Eternel s'il abandonne l'Alliance. Et Moïse répète l'avertissement solennel ci-dessus avec d'autres mots, mais la même radicalité : `'Vois, je mets devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur ....Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance en aimant le Seigneur ton Dieu ...'' (Deutéronome 30. 15 à 20) Il y a là une promesse formelle de relation directe de cause à effet entre la fidélité et le bonheur, entre l'infidélité et le malheur. Dans ces conditions, l'apparition dans le fonctionnement de l'Alliance d'un “ juste souffrant ” dénote une anomalie malaisément compréhensible et, semble-t-il, anti-pédagogique.
Dieu serait-il, à son tour infidèle à l'Alliance et à sa Parole ? Y a-t-il là une rupture du contrat conclu et mis en forme au Sinaï ? Dans l'affirmative, cette rupture a-t-elle été précédée d'un préavis ou est-elle unilatéralement brutale ?
L'amorce des transitions
Toutes ces interrogations sont sinon formulées comme telles dans la Bible, à savoir dans les Psaumes et par nombre de prophètes, du moins apparaissent-elles à chaque instant entre les lignes. En voici quelques exemples : > Justes et méchants sont traités de même. Pourquoi Dieu n'intervient-il pas selon sa justice ? Ecclésiaste 8.14 Il est des justes qui sont traités selon le fait des méchants et des méchants qui sont traités selon le fait des justes. J'ai déjà dit que cela est aussi vanité. Ecclesiaste 9.2 Un sort identique échoit au juste et au méchant, au bon et au pur comme à l'impur.
> Le juste est persécuté. Dieu laisse faire, au lieu de rétablir l'ordre qu'il a lui-même instauré : Psaume 7.2-3 Seigneur mon Dieu, tu es mon refuge ; sauve-moi de tous mes persécuteurs et délivre-moi ! Sinon, comme des lions, ils m'égorgent, ils arrachent, et nul ne délivre. Psaume 33.22 Tu as vu, Seigneur ! Ne sois pas sourd ! Ne t'éloigne pas de moi. Réveille-toi et lève-toi pour défendre mon droit ...'' Psaume 118.84 Combien de jours dureront-ils pour ton serviteur ? Quand prendras-tu une décision contre mes persécuteurs ? Habaquq 1. 2 à 4 Jusqu'où, Seigneur, mon appel au secours ne s'est-il pas élevé ? Tu n'écoutes pas. Je te crie à la violence, tu ne sauves pas. Pourquoi me fais-tu voir la fatalité, acceptes-tu le spectacle de l'oppression ? En face de moi il n'y a que ravage et violence. Lorsqu'il y a procès, l'invective l'emporte. Alors, la loi est engourdie et le droit ne voit plus jamais le jour. Quand un méchant peut garrotter le juste, alors, le droit qui vient au jour est perverti.'' Isaïe 57.1-2 Le juste périt sans que personne prenne la chose à cœur. Les hommes de bien sont enlevés sans que personne ne discerne que le juste est enlevé''.
C'est tout le problème-mystère du Mal qui est posé là, avec la plainte du “ juste ” qui n'en finit pas de s'interroger sur l |