|
Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
|
Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
|
PLAIDOYER POUR
PAUL Par Joël Putois Avant-propos La réflexion sur Saint-Paul a pris, depuis quelques
années, une place de plus en plus grande dans la rencontre entre juifs et
chrétiens. Pendant longtemps, les juifs ont préféré tenir Paul en dehors de
leur intérêt en regardant sa pensée comme grecque et étrangère à la tradition
juive. Aussi ce champ de recherches demeurait hors du dialogue. Mais de puis quelques années, il n'en est plus
ainsi, Paul apparaît de nouveau comme juif, et même pharisien de bonne souche,
l'élève de Gamaliel. Paradoxalement, il serait même le seul pharisien de cette
époque dont les écrits nous sont parvenus. Parmi les ouvrages juifs récents sur Paul, on peut
signaler celui de Shalom Ben-Chorin, Paulus, (Livre de Poche 1980), qui
apporta un esprit nouveau, ceux de Richard Rubinstein, My Brother Paul,
et de Alan F.Segal, Paul the convert (Yale University 1990), et celui d'un talmudiste américain,auteur
d'écrits sur le Midrash, Daniel Boyarin, A radical Jew, Paul, and the
Politics of Identity (1994). En France, Colette Kessler a donné récemment une
conférence remarquée sur Paul, qui manifeste la portée d'une véritable lecture
juive des épîtres de Paul: on peut en lire le texte dans la revue
"LesEtudes" (septembre 1997, pp189-206. Ces essais juifs répondent à ceux de chrétiens comme
E.P.Sanders et James Dunn, qui ont renouvelé aussi la lecture chrétienne de
Saint Paul. Paul, apôtre ou apostat ? Voilà la question
fondamentale qui doit être abordée aujourd'hui. Paul, hanté par la question de
l'annonce de la Torah aux Nations, héritier d'une révélation qu'il regardait,
selon le prophète Isaïe, comme ôr lagoyim, "lumière pour les
Nations" ? Voilà une question on ne peut plus actuelle. L'article de Joël Putois a le mérite d'aborder
quelques aspects de la pensée de Paul qui doivent être soulignés dans cette
perspective, et relus dans un contexte juif. .Bernard Dupuy o.p. Directeur du Centre Istina
Sommaire INTRODUCTION PREMIERE PARTIE : Paul et la Torah 1- La Torah est
sainte et éternelle a) La pratique simple b) Les pratiques complexes c) Les principes fondamentaux 1- les dérapages de Pierre 2- la détermination de Paul 3- les options prophétiques de Jésus 2- Ce n'est pas
la loi qui "justifie" a) Quelle est la source du salut ? b) De quel salut s'agit-il ? c) Son authentification: la
résurrection de Jésus préfigure la nôtre d) Sauvés, mais de quoi ? SECONDE PARTIE : Paul et l'Eglise 1- Les
pagano-chrétiens n'ont pas à devenir juifs 2- Israël
demeure le "peuple élu" CONCLUSION INTRODUCTION Pour
beaucoup de juifs, Paul porte la responsabilité du développement du
christianisme parmi les nations païennes, dans les formes qui ont été les
siennes, lesquelles, pensent-ils, ont conduit à en faire une religion autre que
le judaïsme et à susciter l’anti-sémitisme que l’on sait, avec son cortège de
rejets et de persécutions au long des siècles. Il est
vrai que Paul fut d'une part l’apôtre des Gentils et, à partir du récit des
faits, paroles et gestes de Jésus que rapportent les Évangiles, fut aussi,
sinon le grand et unique "constructeur" de la doctrine chrétienne, du
moins et de loin, le principal "metteur en forme" des bases. Il avait
sur les autres apôtres l'avantage d'être un intellectuel, un éminent
"docteur de la Loi", c’est-à-dire un parfait connaisseur de la
Tradition, et d'avoir reçu une remarquable intelligence de synthèse et une
richesse d'expression incomparable. De plus,
il était totalement bilingue et bi-culture, puisque né d’une famille juive de
la diaspora d'Asie Mineure. Si, par l'étude de ses écrits, on analyse ses modes
de penser, les articulations de sa vision des mystères de Dieu et la méthode
qu'il a suivie dans ses enseignements, l'évidence apparaît que s'il écrivait
(ou plutôt dictait) en grec, il pensait, méditait et composait tout en hébreu. Son
vocabulaire est grec, certes, puisqu’il s'adresse essentiellement à des
auditoires et des fidèles de culture grecque. Les images qu'il utilise pour se
faire comprendre sont souvent tirées de la culture et de la philosophie
grecques. Mais, sur le fond, jamais il n'est tombé dans un quelconque
syncrétisme, à la différence d'un autre grand juif de la diaspora, Philon d’Alexandrie. Paul connaît trop bien,
pour les avoir côtoyés dans la ville de Tarse de son enfance, les cultes païens
et, plus redoutables par leur vogue croissante et leurs dangers d'amalgame, les
religions à mystères (Mithra, Artémis, Isis, etc.). Il est rigoureusement
hébreu par toutes ses fibres, et même pharisien, fils de pharisien, nourri
depuis l’enfance de la Loi, des Prophètes et des Psaumes. Un jour
cependant, il a rencontré Jésus ressuscité et sa vie en a été radicalement
ré-orientée; il a mis alors à propager l'Évangile avec autant de fougue qu'il
avait déployée à le persécuter. Mais, il est toujours demeuré pénétré d'amour
pour son peuple et est resté un avocat sans compromission de la permanence de
son Élection et de la prédilection de Dieu le concernant. Durant la
majeure partie de son ministère d'apôtre des Gentils, Paul a vécu au confluent
des trois courants de pensée qui régnaient sur le monde méditerranéen : - le
courant païen où la pensée grecque était imprégnée d'infiltrations orientales
et gnostiques et que dominait la puissance romaine, - le
courant juif, qui l'a considéré comme un "déviant", - le
courant chrétien de l'Église de Jérusalem restée très liée, non seulement à la
Loi, mais aussi à toutes les observances. Et Paul va
se trouver "en porte à faux", et souvent en situation conflictuelle
vis-à-vis de chacun de ces courants. Comment
s'étonner des difficultés qu’il a éprouvées de la part des juifs du Temple et
des juifs de l'Église de Jérusalem ? Il
est celui des apôtres qui a le plus oeuvré pour tracer à la fois les voies de
la continuité et celles de la nouveauté entre l'Alliance du Sinaï et l'Alliance
nouvelle en Jésus Christ, et aussi pour préciser comment vivre les novations en
Jésus dans la fidélité à la Thora. Cela n'a
pas été sans mal. Bien des prophètes avaient connu des épreuves comparables,
lorsqu'ils avaient annoncé au peuple, alors qu'il vivait dans l'infidélité, le
dessein de Dieu de nouer une"Alliance nouvelle", une alliance qui
serait la même, mais vécue autrement, "renouvelée". Chaque fois que
Paul parle d’une telle "Alliance nouvelle", ou de "l'être
nouveau" à faire naître en chaque homme, il emploie toujours
l'adjectif "caïnos" qui signifie "le même mais renouvelé"
(Paul n'utilise jamais l'adjectif "néos" qui signifie "un
autre") Il n’en
reste pas moins que Paul a suivi un
chemin périlleux. Il est toujours risqué, en tous domaines, de vouloir tracer des frontières, de
proposer des évolutions au sein de la fidélité à une tradition tenue pour
divine en raison de sa source. Voilà
pourquoi il a subi tant d'épreuves au cours de son ministère et que, se mouvant
sur le fil du rasoir de trois cultures, il ait été accusé de multiples
contradictions, déviations et incohérences. Celles-ci ne sont qu'apparentes, si
l'on suit bien le déroulement de sa pensée. Les
principaux points qui ont fait problème sont ceux relatifs aux opinions
énoncées par Paul concernant: - la
relation entre la foi chrétienne et la Loi, - la place
permanente d'Israël dans le Plan de Dieu
PREMIERE
PARTIE : PAUL ET LA TORAH Il a
semblé contradictoire à beaucoup que Paul, à la fois : -
proclame la Loi sainte, divine, sacrée, éternelle ... -
et précise que ce n’est pas elle qui "justifie". 1 - La Torah est Sainte et Eternelle Dans ce
débat, il y a au moins trois équivoques à lever : 1/ Lorsque Paul parle de la Loi à des chrétiens
venant du paganisme, il s’exprime tout autrement que s’il s’adressait à des
juifs. Devant des pagano-chrétiens, il
présente les Dix Paroles (le Décalogue) comme le ‘’noyau dur’’ de
la Loi. C’est en fonction d’elles
qu’ils doivent conduire leur vie. Ces Dix Paroles sont pour eux l’essentiel de
la Loi sainte, sacrée, divine, intangible, etc. 2/ La plupart des observances de Moïse ne sont
pas pour eux. Bien que Paul n’ait pas précisé auxquelles ils devaient se
soumettre, on peut penser qu’il y avait l’obligation du shabbat, puisqu’on le
voit lui-même, juif, dans toutes les villes qu’il fréquente, être fidèle à la
prière à la synagogue locale. Mais ils les déclare dispensés des observances
alimentaires et de la circoncision. 3/ Et les judéo-chrétiens
? De l’avis de Paul, demeurent-ils soumis à toutes les observances ? La
question est plus complexe. Il semble qu’il faille distinguer diverses pratiques selon les lieux et les problèmes
fondamentaux: A) la pratique simple Dans les
églises qu’il avait fondées et dont il avait la responsabilité, les
judéo-chrétiens étaient peu nombreux. La grande masse des fidèles provenait de
“prosélytes juifs”, c’est-à-dire de païens qui, avant d’être ralliés au Messie
Jésus, étaient déjà convertis au Dieu Unique et vivaient au contact direct des juifs, qui les
appelaient les “craignant Dieu”. Ils n’étaient nullement soumis à toutes les
observances des juifs. Un cas de
ce genre est cité par les Actes des Apôtres (chap. 10): il s’agit du centurion
Corneille de Césarée, ville de garnison romaine, chez lequel Pierre est conduit
et arrive tout mal à l’aise à la pensée d’entrer, peut-être pour la première
fois de sa vie, chez un incirconcis et d’être invité par lui à manger des
aliments non conformes aux observances. S’il y a
donc déjà des accommodements en vigueur pour les pagano-juifs dans le judaïsme,
il n’y a guère de problème à soulever lorsque ces pagano-juifs deviennent des
pagano-chrétiens: pour eux, la Torah demeure essentiellement les Dix
Paroles du Sinaï. Mais, les
judéo-chrétiens, qu’observent-ils dans la pratique ? Durant les premières années du développement de l’Église de
Jérusalem, leur pratique reste intégralement juive; ils sont assidus à la
prière au Temple, comme le rapportent les Actes des Apôtres (3.1), fidèles à la
circoncision et aux observances alimentaires, ainsi que le prouvent nombre de
débats et d’incidents à l’intérieur de l’Église, également rapportés par les
Actes et plusieurs Épîtres de Paul. B) les pratiques complexes Et, dans
la diaspora où des judéo-chrétiens étaient membres d’églises locales placées
sous la houlette de Paul, que faisaient les judéo-chrétiens ? Les incidents en
question se sont très vite multipliés. Les premiers à Antioche, où des
tiraillements sont intervenus entre les fidèles venant du judaïsme et ceux
venant du paganisme. Il a fallu l’intervention de Barnabas, délégué sur place
par l’Église de Jérusalem, pour tenter de ramener l’harmonie et de trouver une
solution dans le conflit entre les deux degrés de Loi-Observances qui
s’affrontaient. Constatant son impuissance à imaginer un modus vivendi,
Barnabas eut l’idée, non pas de revenir à Jérusalem, mais de courir à Tarse et
d’en ramener Saul (non encore appelé Paul), comptant probablement sur sa
qualité de bilingue et de bi-culture pour rendre un arbitrage décisif. De fait,
Saul et Barnabas demeurèrent un an à Antioche et y installèrent une Église à
deux vitesses, l’une pagano-chrétienne (dispensée de nombre d’observances),
cohabitant avec l’autre, judéo-chrétienne (conservant les observances). La paix
revint entre les deux communautés de la même Église, qui prospéra grandement. Saul et
Barnabas revinrent alors rendre compte devant l’Église de Jérusalem, où les débats
furent houleux. Mais finalement, le modus-vivendi d’Antioche fut validé et
liberté fut donnée à Saul de développer ce modèle dans les églises de la
diaspora, qui furent confiées à son ministère, Pierre gardant autorité sur les
églises du territoire d’Israël. Ce fut le Premier Concile de Jérusalem en
45. Dans sa plaidoirie en faveur d’une
décision libérale à appliquer aux pagano-chrétiens, en ce qui concerne les
observances, Pierre avait déclaré : Pourquoi
provoquer Dieu en imposant à la nuque des disciples (les pagano-chrétiens) un
joug que ni nos pères ni nous-mêmes n’avons été capables de porter ? Oui, la
paix fut ramenée à Antioche. Mais le partage des compétences, sur une base
essentiellement géographique entre Pierre et Saul, avait contourné sans le
régler le problème de fond, celui de la doctrine: fallait-il maintenir
intégralement toutes les observances de Moïse dans l’ensemble de l’Eglise de
Jésus-Christ ? Cette
lacune ne tarda pas à engendrer des fruits amers. La masse des judéo-chrétiens
ne se résignait que difficilement à
admettre cette “Loi allégée des observances” octroyée aux pagano-chrétiens.
Durant les années qui suivirent, les pressions venant de l’Eglise de Jérusalem
furent incessantes pour les soumettre à ces observances. Dans ce
débat, du point de vue chrétien, qui avait raison ? Il faut bien en venir
aux problèmes fondamentaux. C) Les principes fondamentaux Pierre
apparaît incertain et versatile. Nous avons rapporté sa visite au centurion
Corneille. Il est tout intimidé de se trouver, lui un juif, chez un incirconci
. En entrant, il déclare: Comme vous
le savez, c’est un crime pour un juif que d’avoir des relations suivies ou même
quelque contact avec un étranger. Mais à moi, Dieu vient de me faire comprendre
qu’il ne fallait déclarer immonde ou impur aucun homme ... (Actes 10.28) Le simple
fait de tenir ce langage en entrant chez Corneille, comme pour s’excuser
naïvement de son trouble, montre que Pierre a obéi à Dieu, mais qu’il n’est
qu’à moitié convaincu que les enseignements qu'on lui a donnés depuis
l’enfance, pour guider son comportement vis à vis des "étrangers",
sont désormais caducs ! Or, étant en prière à Joppé, avant d’être invité chez
Corneille, il eut en vision dans un immense voile tous les animaux quadrupèdes
et ceux qui rampent, et une voix du ciel lui a dit : " Allez, Pierre, tue et mange", ce à quoi Pierre, scandalisé
répondit: "Jamais, Seigneur,
car de ma vie je n’ai rien mangé d’immonde ni d’impur." Mais la voix
reprit: "Ce que Dieu a rendu pur , tu ne vas pas, toi, le déclarer
immonde" , et cela ,
raconta-t-il plus tard, "recommença trois fois, puis l’objet fut
aussitôt enlevé au ciel” (Actes
10.13 à 16) Pierre
avait bien noté que, pour les besoins de son ministère d'évangélisation auprès
des "étrangers" et jusqu'aux extrémités de la terre, il était
désormais dispensé des observances alimentaires. et il a fait usage sans tarder
de cette dispense chez Corneille. Toute l’Eglise de Jérusalem en avait été informée
à son retour, et l'avait admis. Mais,
plusieurs années après, Pierre et quelques compagnons se trouvent à Antioche
avec Paul, hôtes des fidèles de l’Eglise, en majorité pagano-chrétiens, donc
mangeant sans tenir compte des observances alimentaires de Moïse. Tous prennent
leurs repas avec eux. Surviennent des judéo-chrétiens de Jérusalem qui prennent
place à une table séparée où sont respectées lesdites observances ... Pierre et
ses compagnons, dont Barnabas, rejoignent cette table séparée ... 2/ La détermination de Paul Paul,
outré, racontera plus tard la scène aux Galates, précisant qu’il reprocha
vivement à Pierre et à ses compagnons
leur "double-jeu", et leur affirmant ouvertement qu’ils ne
marchaient pas "droit selon la vérité de l’Évangile" (Galates
2. 14). Il en fut
de même pour la circoncision. Les judéo-chrétiens de Jérusalem continuaient de
la pratiquer. Mais le premier Concile en avait formellement dispensé - par
écrit - les pagano-chrétiens d'Antioche et de la diaspora. Cela n'empêcha pas
que des émissaires plus ou moins officiels de l’Eglise de Jérusalem
parcouraient les Églises fondées par Paul et pressaient les pagano-chrétiens de
s’y soumettre. Mais Paul,
dans son Épître aux Galates, écrite en 55 (à Ephèse), c’est-à-dire dix ans après
le Concile de Jérusalem, adjure les chrétiens Galates de résister aux dites
pressions Et auprès d’eux, il en appelle à Jésus Christ : " Moi, Paul, je vous le dis: si vous vous faites circoncire, Christ
ne vous servira plus de rien. Et j’atteste encore une fois à tout homme qui se
fait circoncire, qu’il est tenu de pratiquer la Loi intégralement" (Galates 5.2-3) Qu’avait
donc dit le Christ lui-même ? Rien sur les applications. Mais il avait été
formel sur les principes : 3/ Les options prophétiques de Jésus Dans son
entretien avec la Samaritaine (Jean chap. 4), au tout début de sa vie publique,
Jésus annonce ce qui va constituer les lignes de force de son ministère
messianique: - Il se déclare personnellement le Messie attendu par
Israël. C’est l'unique fois, de tout l’Évangile qu’il le proclame lui-même. (Il
en donne toutefois confirmation, le soir de Pâques, aux deux disciples d’Emmaüs
- (Luc 24.26) - Il le fait symboliquement en Samarie devant cette
femme de Sychar, c’est-à-dire "à l’étranger", devant des non-juifs.
C’est la mondialisation esquissée du futur message de l'Évangile et de la
proclamation du Salut de Dieu pour tout
homme de toutes nations. L’élection
d'Israël est donc étendue à toutes les nations. Mais Jésus rappelle la position
centrale d’Israël dans cette Élection globale.
Il précise à la Samaritaine : Vous, vous
adorez ce que vous ne connaissez pas. Nous, nous adorons ce que nous
connaissons, car le salut vient des juifs ... (Jean 4.
22) Cette
généralisation de l’Élection à tout homme s’accompagne de l’effusion générale
de l’Esprit Saint (l’Eau Vive), également sur tout homme qui non seulement va
en vivre, mais deviendra lui-même une fontaine jaillissante en vie éternelle
... C’est l’accomplissement
messianique de la prophétie de Joël. Il va en
résulter une novation radicale dans la relation entre Dieu et tout homme de
toutes nations : L’heure
vient où ce n’est ni sur cette montagne (Mont Garizim de Samarie), ni à
Jérusalem que vous adorerez le Père .L’heure vient et elle est là, où les vrais
adorateurs adoreront le Père en esprit
et en vérité ... Dieu est esprit ... (Jean
4.23-24) Cette
annonce était-elle une prophétie annonçant la fin du Temple, du Sacerdoce
lévitique et du culte mosaïque (des sacrifices) ? Comment répondre à une
telle question ? Mais force est de
constater qu’en l’an 70, c’est à dire moins de 40 ans après, l’ensemble de
l’annonce était réalisée dans les faits: - le Salut-rachat du péché de l’humanité a été accompli par
Jésus à travers sa fidélité jusqu’à la croix , - La Pentecôte a inauguré spectaculairement la
généralisation du don de l’Esprit Saint annoncée par Joël, confirmant l’entrée
dans l’ère messianique - Depuis cet an 70, le Temple, le Sacerdoce lévitique et le
culte mosaïque ont disparu et - le peuple d’Israël lui-même (du moins en partie) vit, prie
et célèbre le Nom "en esprit et en vérité. Tout cela
démontre la novation fondamentale qu'introduit l'ère messianique dans la
relation entre l’Homme et Dieu. La Torah demeure intangible, bien sûr; c’est
l’axe éternel de cette relation. Mais elle est désormais incarnée dans un
homme, nouvel Ezéchiel (Ezéchiel ch.3), qui a mangé, et est devenu, le
rouleau vivant de la Parole de Dieu, et a, dès lors, reçu la mission de parler
aux Fils d'Israël, un Israël maintenant élargi aux dimensions de la planète.
Par la puissance de l'Esprit Saint répandu par le baptême et manifesté à la
Pentecôte sur "toute chair", chaque homme étant appelé désormais à
incarner et transmettre cette Parole de Dieu. Selon
cette perspective, les observances de Moïse ne sont pas applicables aux
nations qui, par l'Esprit Saint, entrent dans l'Élection, ... et sont
appelées à la vivre en esprit et en vérité. Et, dans
ce même esprit, il apparaît que du fait de la disparition du Temple, du
Sacerdoce et de l'essentiel du culte depuis l'an 70, la relation entre Dieu
et le Peuple juif ne peut plus suivre les voies et formes des médiations
qui avaient été établies au Sinaï. Parmi toutes les observances de Moïse, un
bon nombre sont désormais impossibles, nombre de liturgies ont dû être
modifiées, sans que la relation entre l'Éternel et son Peuple de prédilection
en soient diminuée dans son principe, ni amoindrie dans sa qualité. Mais,
c'est sans doute pour cette raison que, dans l'esprit des autorités du
Judaïsme, qui ont dû prendre la relève du Temple et du Sacerdoce depuis 70, une
importance particulière a été donnée aux observances subsistantes, élevées au
même rang spirituel que Les Dix Paroles. Ces autorités, essentiellement les
rabbins de la tendance Pharisienne, ont ainsi maintenu la foi et la cohésion du
peuple juif, à travers les péripéties et les épreuves des vingt siècles
écoulés. Mais, par une réaction de compensation et d'auto-défense, ces
observances consignées et enseignées dans la tradition orale, ont été
considérées comme aussi fondamentales que les Dix Paroles, alors qu’elles ne
figuraient pas avec les Tables de la Loi, la manne du désert et le bâton fleuri
d’Aaron dans l'Arche d'Alliance, mais à côté ... Au long des siècles depuis
lors, bien des observances bibliques ont été remplacées par des observances
rabbiniques. Pour
diverses raisons, liées elles-aussi aux péripéties de son histoire, Israël a
été amené à abondonner ou relativiser d’autres observances. notamment celles des
années sabbatiques (tous les sept ans) et des années jubilaires (tous les
cinquante ans), toutes deux prescrites dans le Lévitique (chap.25). Par
exemple, après l'exil à Babylone, le retour des terres à leurs anciens
propriétaires lors de chaque année jubilaire avait perdu son sens, puisqu’il
avait pour principe de maintenir intangible la répartition de la terre d'Israël
telle qu'elle avait été effectuée entre les douze tribus sous Josué. Parmi le
petit nombre des exilés revenus de Babylone, le contour humain des douze tribus
n’était plus nettement discernable. Ces exilés
revenus ne reprirent donc que la pratique des années sabbatiques, pour le repos
du sol et la remise des dettes. Encore est-il que durant certaines périodes
ultérieures, des accommodements sont intervenus pour assouplir l’application
des règles sabbatiques et jubilaires. On s'est contenté souvent du simple
abandon aux pauvres dune partie des produits du sol de la septième année et de
cession fictive des terres à des non-juifs, afin de pouvoir les maintenir en
culture lors de cette septième année ... D’autres
accommodements ont été de même initiés plus récemment pour qu'à l'approche de
la "remise des dettes", lors de l’année sabbatique, toute possibilité
d’emprunts et de dettes ne se trouve pas
tarie aux dépens de l’activité économique. Il était
peut-être difficilement évitable que nombre d’observances reçues à l’origine
comme éternelles, se révèlent un jour inapplicables du fait des péripéties de
l’histoire et de l’évolution des contextes. Il
n’empêche que, pour moi, chrétien ...
et économiste, la distance prise par Israël, bien avant l'époque de
Jésus, vis-à-vis de ces commandements de Dieu pour le repos de la terre, la
remise des dettes et l’annulation des nouvelles appropriations du sol, et donc,
la non-transmission desdits commandements au christianisme, ont eu des
conséquences planétaires désastreuses: n'est-ce pas un avertissement que Jésus
a lancé, à cet égard, dans sa première prédication, en la synagogue de
Nazareth, la ville de son enfance: lisant le rouleau d’Isaïe, il y fait sans
doute allusion. lorsqu’il lit et dit : L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a
conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvre, proclamer une
année de grâce du Seigneur (Luc 4.18-19) Pour moi,
chrétien ... et économiste, je frémis devant l’immensité des conséquences de
cette distanciation, que sont aujourd’hui, l'épuisement de la terre, la
pollution généralisée, l'accumulation des servitudes que certains hommes font
peser sur d'autres de génération en génération, le blasphème que représente
envers la Majesté Divine le despotisme de tant d'empires et de pouvoirs de
toutes sortes, le gouffre béant de l'endettement global qui menace chaque jour
d’engloutir le "système" socio-économique mondial. Finalement,
dans ses intransigeances et ses fidélités novatrices, Paul avait raison
face aux objections et oppositions qui lui ont été manifestées. Car il est
resté dans le droit fil des annonces prophétiques de Jésus. Il a étendu dans
beaucoup de domaines l’ouverture qu’avait initiée Jésus à la suite de tant de
prophètes, dans la compréhension de nombre d’observances : Le sabbat
est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat (Marc
2.27) Et ceci
rejoint des avertissements d’Isaïe : Le jeûne
que je préfère, n’est-ce pas ceci: dénouer le joug de la méchanceté, partager
ton pain avec l’affamé , ... (Isaïe 58.
6-8) Ce peuple
ne s’approche de moi qu’en paroles, ses lèvres seules me rendent gloire , mais son coeur est loin de moi.
La crainte qu’il me témoigne n’est que précepte humain, leçon apprise (Isaïe 29 13) 2 - Ce
n’est pas la Loi qui "justifie". Alors,
selon Paul, la justification d'Israël devant Dieu n’est pas venue, car la foi,
facteur d’une conversion-purification quotidienne du coeur a eu tendance à être
éclipsée par la bonne conscience issue de l’accomplissement des observances.
Paul compare cette dérive avec les comportements des païens : ...des païens, qui ne cherchaient pas la justice,
l’ont reçue, j’entends la justice qui vient de la foi, tandis qu’Israël qui
recherchait une Loi pouvant procurer la justice, est passé à côté de la Loi.
Pourquoi ? parce que la justice, ils ne l’attendaient pas de la foi, mais
ils pensaient l’obtenir des oeuvres “
(Romains 9. 30) Dans le
vocabulaire de Paul, le mot "justice" est à comprendre ici comme
"justification". Mais, ce
genre de compétition entre la foi et les oeuvres, fait problème non seulement
entre juifs et chrétiens mais aussi, par certaines de ses conséquences, entre
chrétiens eux-mêmes. C’est dire que ce n’est pas une question simple. Pour y
voir clair, il faut distinguer deux problèmes
: - Si ce
n’est pas la Loi qui justifie, quelle est la source du Salut ? - Et que
doit-on entendre par Salut ? Paul,
explicitant ce que Jésus n’avait esquissé qu’au niveau des principes, a répondu
à ces deux questions. A) Quelle est la source du Salut ? La
question a été débattue de façon conflictuelle entre catholiques et protestants
depuis la Réforme. Les protestants reprochaient à l’Eglise Romaine de donner
trop d’importance à des observances cultuelles et autres, jugées mineures et
d’enseigner qu’en les accomplissant l’homme pouvait en quelque sorte mériter et
"acheter" son Salut. (le casus-belli majeur à l’époque était le
trafic des indulgences. Ce n’est plus un problème actuel) Luther, en
proie à la désespérance devant l'abîme du péché de l’homme, trop profond pour
être compensé-racheté par quelque action humaine que ce soit, n’a retrouvé les
voies de son salut que dans la foi au Christ, lequel a gratuitement et
unilatéralement mérité le salut des élus. Beaucoup
ont pensé que Luther avait trouvé chez Paul des sources novatrices de
compréhension et donc de retrouvailles du Salut par la foi seule. Ce ne sont
que des apparences: Paul, en fait, est resté fidèle à la pure ligne de
l’Évangile. Les textes fondamentaux de Paul,
en la matière sont nombreux. C’est leur interprétation souvent primaire, qui a
contribué à alimenter cette querelle du Salut par la foi ou par les
oeuvres, comme si ces deux voies pouvaient être opposées, voire exclusives
l’une de l’autre ! Paul a bien précisé ce qu’il entendait par "oeuvres" impuissantes à
conduire au Salut: il ne s’agit nullement de ce que le langage familier nomme
les "bonnes oeuvres", c’est-à-dire les oeuvres charitables, l’amour
manifesté au prochain de façon concrète, l’aumône, la compassion en actes. Tout
cela, dans l’Alliance éternelle, confirmé par les dires des Prophètes, est au
contraire le gage fondamental d’authenticité de la vraie foi et de la voie du
Salut. Dans le
vocabulaire de Paul, les oeuvres impuissantes pour conduire au salut sont ce
qu'il nomme "les oeuvres de la Loi" et ce sont pour lui, la plupart
des Observances mosaïques. Mais, disant cela, il demeure dans la logique de son
enseignement destiné aux pagano-chrétiens, dispensés par l’Eglise de ce
"joug", selon l’expression même de Pierre lors du premier Concile de
Jérusalem (en 45). Si Paul s’était exprimé autrement, il aurait lui-même exclu
ces pagano-chrétiens des voies de tout Salut et renié les annonces prophétiques
de Jésus à la Samaritaine. Mais,
toujours soucieux de cohérence, Paul a bien précisé aux Galates que s'ils se
font circoncire, alors ils deviennent juifs et doivent alors se soumettre à
l’intégralité de la Loi, observances
incluses (Galates 5.3). Cependant, alors : "Jésus ne leur servira plus
de rien!" Dans son
optique d’évangélisation, il considère donc la Loi comme ayant été un pédagogue
donné à l’homme pour le conduire au Bien, le garder du Mal dans sa vie
terrestre et le préparer à une "Alliance Nouvelle" inscrite seulement
dans les coeurs, et pour cette raison encore plus difficile à vivre et encore
plus exigeante à observer, si l’on veut avoir part au Salut. Mais, ceci conduit au second point à préciser : B) de quel genre de salut s’agit-il ? Si Paul
juge la Loi impuissante à conduire au salut, c’est qu’il a dans l’esprit une
notion du salut qui dépasse infiniment la seule condition humaine, la seule vie
terrestre. Et, là encore, il suit authentiquement l’enseignement de Jésus et la
personne de Jésus ressuscité et glorifié qu’il n'a connu que dans
l’éblouissement du chemin de Damas. La position de Paul est cohérente avec le
salut annoncé et apporté aux hommes par le Christ. Si le
Salut promis aux hommes de bonne volonté est un état de plénitude, bonheur,
justice, prospérité, vertu pour une vie terrestre dans notre dimension actuelle
soumise à l’espace et au temps, alors, la Loi et ses observances peuvent être
un guide moral adéquat pour y conduire. Mais, le
Salut dont a parlé Jésus est d'une tout autre nature. Ce salut-là se bâtit,
certes, ici-bas à travers une vie conforme à l’amour de Dieu (premier
Commandement) et à l’amour du prochain comme de soi-même (second Commandement
"semblable" au premier), mais il ne s'accomplira en plénitude que
dans une vie future, dans une dimension eschatologique que Jésus appelle de
termes imagés et concrets, à la manière typiquement hébraïque (banquet,
royaume, vie éternelle, etc...), car cette dimension est ineffable. Elle
comportera l'union de l’Homme avec son Créateur, non pas sa fusion en Dieu
considéré comme un Grand Tout à la manière orientale, mais sa participation
plénière à la vie divine de Dieu. Le
comblement, par pure grâce, de l’abîme ontologique qui depuis la Création des
Six Jours - et non pas seulement
depuis la faute d’Adam et d’Eve -
sépare Dieu de son Fils, l’Homme, c’est ce que le christianisme de Paul
appelle le Salut. Étant donné sa dimension
au-delà de toutes forces humaines et de tout concept imaginable, ce
Salut-là ne peut être reçu que par la foi en Jésus Christ, puisque c’est la
fidélité de Jésus et l’offrande qu’il a faite de sa vie, qui l’ont mérité de la
miséricorde du Père. C) Son authentification : la Résurrection du Christ, préfiguration
de la nôtre Si le
salut ne concerne qu'une autre vie humaine sur notre Terre, même sublimée au
Dernier Jour, que peut signifier la "résurrection des morts",
croyance qui est celle, fondamentale, du christianisme et qui est venue au
judaïsme, environ deux siècles avant l’ère nouvelle ? Même si le
Salut est considéré comme seulement terrestre, les ressuscités habiteraient un
environnement semblable au Gan Eden de la Genèse. Le corps de lumière de l'Adam
(AOR avec un Aleph) émergerait de son "habit de peau" (AOR avec un
Ayïn) ... Mais la tradition juive
elle-même considère l’environnement du Gan Eden comme sans continuité ni
cohérence avec l’univers matériel que nous connaissons. On est
donc ramené à une perspective en tout état de cause eschatologique, à un saut
de la foi dans un inconnu et un dépassement de toute catégorie humaine et de
tout univers physique. Là aussi
Paul met, donc, le doigt sur l’essentiel, la foi en la résurrection, sans
laquelle tout s’effondre: “Si les morts ne ressuscitent pas, Christ non plus
n’est pas ressuscité. Et si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine,
vous êtes encore dans vos péchés .”(1 Corinthiens 15.16-17) En
affirmant que sa foi en la résurrection des morts est gage de sa foi en la
résurrection du Christ, et non pas l’inverse, Paul montre bien que, même par delà son ralliement à Jésus-Messie, il
est - et est resté - juif et pharisien. Pour un
chrétien d’aujourd’hui, comme ce fut le cas pour Paul, une telle conception du
salut excède immensément tout ce que peut obtenir l’homme par la simple
obéissance aux Dix Paroles et a fortiori aux observances jointes. Cette
obéissance morale ne peut que qualifier l’Homme pour un tel salut, mais non
faire entrer ce Salut en sa possession. Paul, encore une fois, précise
bien : C’est par grâce en effet que vous êtes sauvés par le
moyen de la foi. Vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu, cela ne vient
pas des oeuvres, afin que personne n’en tire orgueil. ( Ephésiens 2 . 8-9 ) Mais, à ce
stade, la question du salut est encore bien loin d’être éclaircie. Elle pose,
en particulier, une interrogation complémentaire, qui fait problème,
d’ailleurs, entre juifs et chrétiens ... D) Sauvés ...
mais sauvés de quoi ? C’est
encore Paul qui va formuler la réponse la plus nette, en partant d’une
référence incontournable, celle de la Genèse
: “De même
que par la désobéissance d’un seul homme, la multitude a été rendue pécheresse,
de même aussi par l’obéissance d’un seul, la multitude sera-t-elle rendue
juste” “Si par un
seul homme, par la faute d’ un seul, la mort a régné, à plus forte raison,
par le seul Jésus Christ, règneront-ils dans la vie ceux qui reçoivent
l’abondance de la grâce et du don de la justice’’. “Bref,
comme par la faute d’un seul ce fut pour tous les hommes la condamnation, ainsi
par l'oeuvre de justice d'un seul, c’est pour tous les hommes la justification
qui donne la vie (Romains
5: 17 à 20) Le Salut
en Jésus-Christ est indissociable de la faute dite originelle, dont les
conséquences ont été magnifiées (parfois à l'excès) dans le christianisme et ,
symétriquement minorées dans le judaïsme. La Bible
toute entière montre que par cette faute, ce n’est pas, à proprement parler,
une malédiction de Mal et de Mort qui s’est répandue sur l’humanité comme par
hérédité ou contagion, mais, c'est à travers cette faute qu’une brèche a été
ouverte par l'Esprit du Mal dans le libre arbitre de l’Homme, c'est par elle
qu’une hypothèque a grevé l’âme et les comportements de l'Homme au long des
générations. Jésus y fait plus qu’une simple allusion, lorsqu’il dénonce cet
"Esprit du Mal" : “Dès le commencement il (le diable) est meurtrier de
l’homme. Il ne s’est pas tenu dans la vérité parce qu’il n’y a pas de vérité en
lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il puise dans son propre fonds, parce qu’il
est menteur et père du mensonge “. (Jean 8. 44) Et, du
fait de cette brèche-hypothèque, intervenue en lui à son initiative, l’Homme
s’est lui-même exclu de la possibilité-perspective de participer à la vie
personnelle de Dieu dans un Salut éternel. Selon l’optique chrétienne, que
définit Paul, la mission du Messie a donc dû être double : - effacer,
d’abord, la faute par son obéissance, rachetant la désobéissance d’Adam et de
toute l’humanité depuis lors. ... - avant de
pouvoir combler en sa personne, ointe de la plénitude de la Ruah divine l’abîme ontologique séparant le
Créateur de l’Adam sorti de sa Parole et de son Souffle au soir du Sixième
Jour. Là encore,
Paul, avec une géniale concision des termes, commence à soulever un coin du
voile qui recouvre le mystère du Salut. Parlant de Jésus comme de l’Archétype
de l’Homme Nouveau redevenu
"divinisable", c’est à dire capable d’être ré-uni à Dieu, il
le déclare: " Premier-né de toute créature, car en lui tout a
été créé" Tout est
créé en fonction de lui et pour lui. premier-né d’entre les morts
... Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute la plénitude
... (Colossiens 1 .
15 à 19) ... en lui
(Jésus) habite corporellement toute la
plénitude de la divinité (Colossiens
2) 9) Ce dernier
verset montre spectaculairement que Paul écrivant en grec pour des chrétiens de
culture grecque, pense en hébreu. Un Grec voulant exprimer cette même idée,
aurait employé un mot autre que ce verbe "habite" pour
suggérer la présence de la divinité en Jésus. Par exemple, il aurait utilisé
les verbes "existe",
"agit", "règne", "domine", "investit",
"inspire", etc. C’est-à-dire des verbes abstraits. Si Paul
emploie le verbe "habite", c’est qu’il adopte le vocabulaire concret
des Livres Sapientiaux, où il est dit que la Sagesse de Dieu "habite"
le Temple, "fait sa demeure" parmi le Peuple d’Israël. Pour
Paul la Parole, la Sagesse et la Divinité de Dieu "habitent" corps,
âme et esprit, en plénitude, la personne de Jésus. C’est ainsi que Paul
comprend "l’incarnation". Le verbe
"habiter" en hébreu est "shakhan", de la même racine
que Shekhina. Et l’évangéliste, Jean dans son célèbre Prologue, emploie lui
aussi le verbe "habiter" (Jean 1. 14), signifiant que pour
lui, comme pour Paul, la réalité de la divinité en Jésus est de l’ordre de la Shekhina.
Tous deux, Juifs, auraient sans doute déchiré leurs vêtements d’indignation
devant l’utilisation (ultérieure) du concept grec "d’hypostase" pour
exprimer cette même réalité. Jésus est
donc, selon l’enseignement de Paul, un homme en qui Dieu a investi la plénitude
de Sa Ruah-Puissance Divine, pour qu’il soit le "Prototype" de
l’Homme Nouveau redevenu "divinisable". Cet homme-Jésus, assumant
l’ensemble de l’humanité, a été fidèle à sa mission d’annoncer que le temps
était venu du grand pardon de Dieu dans l’ultime chainon-accomplissement de
l’Eternelle Alliance. Et quels que soient les risques de cette annonce
révolutionnaire (parce qu’elle impliquait une novation radicale dans la
relation entre le Créateur et tout homme, par rapport aux usages institués sous
Moïse), il a été fidèle jusqu’à la mort, à l’attente placée en lui par Dieu. Et parce
qu’il a accepté ces risques et cette mort, Dieu a fait miséricorde à l’ensemble
de l’humanité. Les conséquences en sont décrites par Paul: “Lui (Jésus) qui était de condition divine ... s’est
abaissé, devenant obéissant jusqu’à la
mort, à la mort sur une croix. C’est
pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au
dessus de tout nom ...’’ (Philippiens 2. 6 à 9) "Dieu
lui a conféré le Nom qui est au dessus de tout nom", signifie
que Jésus, Homme Nouveau, a bien rejoint le Père dans la plénitude de Sa vie
divine. Dieu a confirmé cela en ressuscitant Jésus d’entre les morts et après
l’Ascension de Jésus, en envoyant sur l’ensemble des disciples, à la Pentecôte,
l’Esprit Saint que le Christ leur avait promis. C’est
signifier que tout homme, par la puissance de l’Esprit Saint, est de nouveau
qualifié pour sa divinisation future. C’est aussi cela la certitude du Salut,
certitude dont l’état présent du monde ne doit pas nous faire douter. Paul nous
encourage dans cette certitude, à travers l’attente des accomplissements : Nous aussi
qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons intérieurement,
attendant l’adoption, la délivrance pour nos personnes. Car nous avons été
sauvés, mais c’est en espérance” (Romains 8. 23-24) Dans la
même Epître, Paul poursuit en précisant ce que sera l’accomplissement de cette
espérance-certitude : Ceux que d’avance Dieu a connus, il les a aussi
prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin que celui-ci soit le
premier-né d’une multitude de frères ; ceux qu’il appelés, il les a aussi justifiés. Et ceux qu’il
a justifiés, il les a aussi glorifiés (Romains 8 . 29-30) Etre
"glorifiés" en Jésus, à sa suite et comme lui, c’est pour tout
homme partager la Gloire de Dieu (Kabod-Shékhina), dans une vie éternelle, qui
peut commencer dès cette vie présente. Voila le Salut promis et acquis
en Jésus, au bénéfice de l’humanité tout entière, selon l’enseignement de Paul.
SECONDE PARTIE : PAUL
ET L’EGLISE
Principal
concepteur des formulations du Christianisme, Paul a été à la fois très
explicite, très ferme et très lucide dans son enseignement, qui a porté sur
deux points majeurs: - L’Election est en Jésus offerte à tout homme de toutes nations, ainsi
qu’Abraham en avait reçu l’annonce-promesse. Cette Election jalonnait et
préparait le cheminement du Peuple Saint au long de l’histoire, vers la
réalisation finale du dessein de Salut de Dieu en faveur de toute l’humanité de
tous les temps, - En Jésus, l’Election n’est nullement
retirée, bien au contraire, à Israël, qui demeure l’axe porteur du Plan
global de Dieu. Durant
tout son ministère, Paul a dû se battre sur ces deux fronts pour que ces deux
aspects du message du Christ soient correctement reçus, compris et assimilés
tant par les pagano-chrétiens que par les judéo-chrétiens. Les fruits
de ce ministère de Paul ont été immenses. L’Evangile a été répandu dans tout le
pourtour de la Méditerranée avec une rapidité incroyable. Paul a été le
principal artisan de ce succès. Mais que de difficultés rencontrées à chaque
étape et que de risques assumés en chemin ! Oui, Paul
a dû en permanence se battre sur ces deux fronts : - Il a lutté contre ses frères
judéo-chrétiens pour leur faire admettre que les païens pouvaient devenir
chrétiens et donc devenir fils d’Abraham, entrer dans l’Unique et Eternelle
Alliance, sans être contraints de devenir au préalable juifs, soumis à
toutes les observances de Moïse, - Et, il a prévu le risque
d’anti-judaïsme qui menaçait de se manifester parmi les pagano-chrétiens,
d’abord très minoritaires dans l’Eglise, mais appelés à devenir immensément
majoritaires. Dans ces
deux combats Paul a rencontré des difficultés considérables, qu’il faut
résumer. 1) Les
pagano-chrétiens n’ont pas à devenir juifs pour être admis dans l’Eglise du
Christ. Sur ce
premier point, dans sa lutte pour une solution libérale en faveur des
pagano-chrétiens, Paul a pu faire triompher ses options pendant une dizaine
d'années, mais le radicalisme des judéo-chrétiens de Jérusalem a repris
l'offensive et l'autorité de Paul dans les Eglises qu'il avait fondées, a été
progressivement battue en brèche, même auprès des pagano-chrétiens ! Nous en
avons constaté les traces dans l'Epître aux Galates écrite en 55. Et le
problème n’a fait que se durcir avec le temps. Car des judéo-chrétiens, membres
des Eglises fondées par Paul, commençaient, à l’imitation de leurs frères
pagano-chrétiens, à délaisser les observances de Moïse, notamment en matière de
circoncision et d’observances alimentaires. L'Eglise de Jérusalem soupçonnait
Paul, sinon d'encourager cette évolution, du moins de la "couvrir’".
Et elle en ressentait une irritation croissante. De là le
procès fait à Paul devant toute cette Eglise de Jérusalem durant le second
Concile tenu dans cette ville, à Pentecôte 58. Paul y fut blâmé, humilié et
désavoué dans l’exercice de son ministère. Quelques jours plus tard, d'autre
part, il fut sauvé de justesse par la police romaine d'un lynchage aux abords
du Temple. Paul, cerné de toutes parts dans toutes ses perspectives, craignant
notamment d'être livré au Sanhédrin, en appela à l'empereur, puisqu'il était
citoyen romain et qu'il avait depuis longtemps le projet d'évangéliser la
capitale de l’empire. On sait la
suite: sa captivité de deux ans à Césarée, puis de deux ans à Rome, puis son
"non-lieu" devant l’empereur et la reprise de ses voyages
missionnaires en 63. Les difficultés
avec l’Eglise de Jacques s’étaient calmées entre temps pour la bonne raison que
ledit Jacques, "frère du Seigneur", avait été martyrisé par Hérode en
62. Mais le fossé subsistait entre
Paul et les chefs de l’Eglise quant à la doctrine fondamentale. Depuis le début
le problème de fond avait été esquivé: Qu’est le christianisme par rapport au
judaïsme ? En quoi le message de Jésus comporte-t-il une novation au sein de la
fidélité à l’Alliance Eternelle ? (*1*) Que l’on me permette de préciser, sous ma
seule responsabilité, qu’avant sa mort à Rome au printemps 68, Paul eut le
temps et le souci d ’écrire sur ce sujet son ‘’testament spirituel’’,
l’incontournable « Epitre aux Hébreux ». Les
réponses à ces questions ont donc été largement éludées au cours de la première
génération, lorsque l'autorité responsable de l'Eglise était essentiellement
judéo-chrétienne. Ces réponses furent données, dans le sens d’une distanciation
croissante entre judaïsme et christianisme, durant les générations suivantes de
l’Eglise, quand la majorité de culture grecque y fut devenue largement
majoritaire. 2) Israël
demeure le Peuple Elu, dépositaire des oracles de Dieu Sur ce
second point aussi, Paul a eu conscience des périls menaçants. Son discernement
personnel et sa parfaite connaissance de l'esprit grec lui ont fait craindre
les pires déviations. Et sur ce second point, davantage encore, si l'on peut
dire, que sur le premier, il ne fut pas suivi par ses contemporains, pour être
ensuite désavoué par les générations chrétiennes ultérieures ! Au
confluent des deux spiritualités, des deux cultures et des deux langues, Paul a
tenté de suivre une route droite. Il a adressé ses avertissements et conseils
aux juifs comme aux grecs de l’Eglise, tous prisonniers de leurs pesanteurs
héréditaires respectives : Les juifs demandent des signes, les grecs recherchent
la sagesse. Mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les
juifs et folie pour les païens. Mais, pour ceux qui sont appelés, tant juifs
que grecs, il est puissance et sagesse de Dieu (1 Corinthiens 1. 22 à 24) |