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Nos Bibles sont-elles "empoisonnées" ?
Le renouveau biblique qu'ont
connu les Eglises depuis un siècle a eu l'heureux effet de donner au peuple
chrétien un accès direct à la source de leur foi.
Des travaux considérables
ont été effectués pour affiner les traductions dont on a maintenant un large
éventail.
Nous constatons néanmoins
que des traductions de mots, de phrases, de passges, ainsi que les notes de
lecture et sous-titres ajoutés au texte pour le rendre plus accessible sont
encore marqués par les sensibilités antisémites qui prévalaient chez beaucoup
de chrétiens jusque maintenant.
Revenir aux racines
hébraïques de la foi chrétienne implique nécessairement que les traductions
soient réellement débarrassées de ce poison qu'elles continuent à distiller
actuellement.
La lecture des Ecritures
directement par les chrétiens a fait l'objet dans les différentes églises de
prises de position souvent contradictoires: le protestantisme a fait de
l'ouverture des Ecritures par le public un des fers de lance de son
développement au moment de la Réforme, face à la position de l'Eglise romaine
qui a maintenu pendant longtemps une quasi interdiction, ne concédant une
ouverture qu'au siècle dernier et en précisant que la lecture des Ecritures ne
pouvait se faire "qu'en Eglise".
Actuellement, quelles que
soient les églises,les fidèles sont invités d'une façon pressante à lire les
Ecritures, car elles sont reconnues comme source de vie.
Or, elles sont encore
marquées par l'histoire de la chrétienté et par ses divisions: il y a des
bibles catholiques, des bibles protestantes, une bible évangélique ! Il y a
même une secte, les Témoins de Jèhovah, qui a édité sa propre bible; ils
récusent les traductions et commentaires des autres bibles, sous prétexte
qu'elles ont été déformées par la "Babylone des églises" !
On ne peut donc que saluer
l'événement majeur dans ce domaine que fut la parution d'une TRADUCTION
OECUMENIQUE DE LA BIBLE (la "TOB"), qui fut un exploit. On raconte
que, devant la difficulté redoutable qui se présentait à eux, les membres de
l'équipe qui prit en charge ce projet décida de s'attaquer d'abord au sommet de
la difficulté, l'épître de Paul aux Romains. Si nous pouvons passer cet écueil,
disaient-ils, les autres difficultés pourront aussi être surmontées.
Cette épître contient en
effet l'essentiel de la doctrine paulinienne du salut par la foi, notion sur
laquelle à ce moment-là aucun consensus n'existait entre catholiques et
protestants.
On mesure, au travers de ces
faits qui ne remontent qu'à quelques dizaines d'années, ( le début des travaux
étant daté de 1963, et les premières éditions partielles datant de 1972 ), le
chemin parcouru tant sur le plan de l'oecuménisme que sur celui de l'approche
même des Ecritures.
Certes le travail n'est
jamais achevé dans ce domaine. Faut-il rappeler ici que la TOB est encore
critiquée sévèrement dans certains milieux évangéliques, plus pour ses notes
d'ailleurs que pour le texte lui-même. Faut-il aussi rappeler que la parution récente
d'une "Bible des Peuples", faisant suite à une "Bible des
Communautés" qui avait été arrêtée de justesse en raison de relents
antisémites, ne donne pas non plus satisfaction, les rectifications apportées
étant jugées tout-à-fait insuffisantes par la hiérarchie catholique de France.
Faut-il rappeler enfin que la Bible de Jérusalem, publiée sous l'autorité de la
prestigieuse "Ecole Biblique de Jérusalem", et remaniée récemment,
n'a pas non plus satisfait, les modifications demandées par plusieurs milieux
spécialisés n'ayant pas été obtenues. Pire, une nouvelle édition en 2001 a été
lancée qui contient, outre les notes déjà contestées, des "clés de
lecture" bâties d'après des écrits patristiques qui comportent des
déclarations proprement stupéfiantes, car conformes aux théories hérétiques
"du rejet et de la substitution" !
(voir plus loin et Yerushalaim n°28)
Toutes ces remarques
laissent rêveur celui qui, naïvement, s'attend à trouver à la lecture des
Ecritures un contact direct avec la source pure ... Comment se fait-il que des
notions pourtant bien connues aient tant de difficultés à passer dans les faits
? Quelles peuvent bien être les forces en présence qui peuvent freiner la mise
à la disposition du public d'un texte éminemment précieux ? Sommes-nous
condamnés, si nous souhaitons vraiment être au fait de la Parole de Dieu, à
devenir tous des lecteurs du texte original, et pour cela contraints
d'apprendre le grec, l'hébreu et l'araméen, cette langue courante que devait
très probablement employer Jésus ?
Nous sommes là évidemment
devant un problème capital qui engage toutes nos églises. Dans chacune d'elles,
des ministères spécialisés sont à l'oeuvre pour expliquer les textes, les
remettre dans leur contexte, et ainsi nous avons tout lieu de rendre grâce pour
ces experts biblistes qui sont chargés d'instruire le peuple chrétien pour lui
apprendre à comprendre ce qui est encore caché dans les Ecritures dans la forme
où elles sont à la disposition du public. Mais nous ne pouvons nous contenter
de cette mesure qui n'a qu'un effet bien réduit: ce qu'il faut absolument
obtenir, c'est un texte qui nous donne vraiment accès de plus près à la source
pure.
Il faut tout de suite
répondre à une première critique de ce qui précède: on peut en effet facilement
nous accuser de rêver de l'inaccessible, de jeter le discrédit sur un trésor
précieux que bien d'autres peuples nous envient, n'ayant en effet, eux, qu'une
seule traduction et parfois partielle, des Ecritures. Comment osez-vous vous
plaindre, nous diront ces critiques, alors que vous disposez de facilités
infiniment plus grandes que la plupart de vos contemporains ? Faut-il, puisque
les moyens de l'Eglise sont évidemment limités, consacrer plus de moyens en
faveur des riches, et donc priver un peu plus les pauvres ?
Posée de cette façon, la
réponse est évidente: il ne faut en aucune façon ralentir les efforts de
traduction en cours.
Mais nous pensons pourtant
que si nous acceptons de laisser perdurer une situation d'erreur, ce sont non
seulement les peuples de langue française qui restent trompés dans leur lecture
quotidienne, mais aussi tous les autres peuples qui recevront la Bible
actuellement traduite par des francophones, puisque ces traducteurs ne peuvent
pas ne pas être influencés dans leurs travaux par les traductions en français
dont ils disposent.
Etant parvenus à ce stade de
notre exposé, il nous faut évidemment nous justifier. Nous laissons entendre
que nos traductions françaises comportent des lacunes; nous prétendons que ces
erreurs de traduction peuvent avoir de graves conséquences; nous cherchons à
alerter l'opinion afin que celle-ci fasse pression sur les autorités
ecclésiales; tout cela ne peut être avancé que si nous avons de sérieux
éléments d'information nous permettant d'avancer dans cette voie.
Nous allons nous efforcer de
mettre en lumière les défauts que nous évoquons, nous bornant à soulever les
problèmes relevant de notre action spécifique.
La lecture naïve des
Ecritures fait buter sur des mots, des expressions, des passages, des annotations
qui semblent justifier l'antisémitisme théologique de la chrétienté. Celui-ci
s'est manifesté depuis des siècles et peut être résumé par ces trois mots qui
résument l'attitude que la chrétienté a eu vis-à-vis du judaïsme jusque très
récemment: rejet, mépris, substitution.
Rejet, car on a prétendu que
"le juif" était rejeté par Dieu puisqu'il avait rejeté, voire
crucifié, Jésus.
Mépris, car "le juif"
ainsi accusé de déicide a fait l'objet d'une aversion quasi généralisée dans
les sociétés chrétiennes.
Substitution, car il était largement
admis que Dieu qui avait rejeté les juifs, avait décidé de leur substituer
l'Eglise dans l'Alliance, l'Eglise se nommant alors "le nouvel
Israël"
Nous disons « jusque très
récemment », car la prise de conscience chrétienne semble n'avoir pris
corps que depuis un demi-siècle, la première édition du livre de Jules Isaac
"JESUS ET ISRAEL" ne datant que de 1946, et l'on sait quel accueil
réticent il reçut! (JESUS ET ISRAEL Editeur Fasquelle 61, rue des Saints Pères PARIS)
Il va sans dire que ces
doctrines de rejet, mépris et substitution sont absolument hérétiques,
contraires à la révélation des Ecritures et doivent, à ce titre, être
combattues avec la plus grande énergie: d'abord, elles défigurent le plan de
salut de Dieu vis-à-vis de l'humanité. Elles laissent croire en particulier que
Dieu pourrait ne pas être fidèle à Ses promesses, celles contenues dans
l'Ancien Testament, et qui s'adressent d'abord au peuple d'Israël; ensuite,
elles constituent le lit de l'antisémitisme "chrétien", (pour autant
que ces deux mots puissent ne pas être antinomiques). Elles maintiennent un
fossé infranchissable entre christianisme et judaïsme, entre chrétienté et
peuple juif.
Voici quelques pistes de
réflexion que nous souhaitons ouvrir, qui sont, parmi tant d’autres possibles,
susceptibles d’amener des changements importants du regard chrétien tant sur
les Juifs et le judaïsme, que sur la foi chrétienne elle-même.
1/ Quels sont les mots qui
évoquent la notion de "Peuple de Dieu" ? En effet, Israël, l'Eglise,
sont appelés "Peuple de Dieu" . Faut-il comprendre qu'il y a des
"Peuples de Dieu" ?
En face de ces notions, on
trouve plusieurs expressions dans nos Bibles qui désignent ceux qui sont hors du
Peuple de Dieu, ou en face de lui: nations, païens, grecs, gentils, ... : que recouvrent ces notions ?
Sont-elles équivalentes ? Sinon, comment comprendre les différences ?
2/ La Bible se présente aux
lecteurs comme constituée de deux "Testaments", l'ancien et le
nouveau. Ces expressions prêtent à confusion de plusieurs manières: testament
évoque un acte juridique, ancien et nouveau évoquent à ce titre un premier acte
devenu caduc et remplacé par un second. Rien de plus étranger à la réalité que
ces interprétations "naïves" ! Il faut vraiment chercher pour
découvrir que ces termes sont relatifs à l'Alliance de Dieu ! Et que le terme
"nouveau" n'implique en aucune façon que "l'ancien" soit
caduc !
Dans la ligne de cette
étude, nous devrons aborder les notions d'adoption, d'élection, de salut, de
justification, toutes notions tout-à-fait fondamentales dans la juste
compréhension du dessein bienveillant de l'Éternel-Dieu à l'égard de
l'humanité.
3/ Le terme de
"Loi" est en général employé pour désigner l'ensemble des
enseignements de l'Ancien Testament. Le mot évoque dans le langage courant une
réalité abrupte, sans vie, une réalité qui nous est imposée, devant laquelle il
faut se plier sous peine de susciter une sanction, avec les "rigueurs de
la loi". Cette représentation classique est confirmée par le caractère
souvent péjoratif des termes tels que "légalisme" qui dépeint souvent
le judaïsme dans les commentaires chrétiens.
Rien de plus étranger à la
réalité que ces considérations: la Torah est au contraire pour le judaïsme
source d'inspiration infinie, de joie, de délices, d'enthousiasmes ! Et les
textes évangéliques confirment bien cette lecture ! Pourquoi le ressentons-nous si mal ?
Nous avons donc à faire tout
un travail sur les Ecritures pour nous débarrasser de notre grille de lecture
erronée, qui nous a conduits souvent à une attitude méprisante du judaïsme.
Et nous serons conduits à
rendre au Pentateuque, les cinq premiers livres de la Bible, une place de choix
dans l'enseignement qui nous vient de Dieu pour notre vie de tous les jours.
Et il nous faudra comprendre
de façon toute nouvelle ce que Jésus a annoncé lorsqu'il s'écriait qu'il
n'était pas venu pour abolir mais pour accomplir.
Un tel travail ne peut se
faire complètement qu'en collaboration étroite avec nos frères juifs puisque
les auteurs des livres du "Premier Testament" et de la majorité des
livres du "Second Testament" étaient juifs. Nous aurons donc besoin
du regard que les juifs d'aujourd'hui portent sur nos Écritures.
Henri LEFEBVRE
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