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Chrétiens et Juifs, ... des amis ! |
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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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L'Alliance
de l'élection En
Abraham, Isaac et Jacob, Dieu,
par l'alliance de l'élection, crée Son peuple Ce Dieu
qui passe par les hommes veut rassembler tous les hommes. Il ne peut pas se
contenter de l'alliance de Noé, car il ne peut pas se résigner à laisser
l'humanité morcelée dans la diversité des nations et des religions. D'ailleurs,
si les païens sont sauvés c'est parce que Dieu est intervenu personnellement
dans l'histoire comme il l'avait promis dès après la chute en disant à Eve que
sa descendance écraserait la tête du serpent (Cf. Gn 3,15). Dieu
va donc poursuivre le but premier de son dessein bienveillant: l'unité de toute
la famille humaine en communion d'amour avec lui. Il commence à rassembler les
hommes à partir des nations en un seul peuple, son peuple, qui sera le témoin
de son unicité, à lui, le Dieu unique. Dans l'élection, Dieu ne choisit
pas une nation préexistante
Pour
rassembler tous les hommes dans l'unité, Dieu ne choisit pas une nation déjà
préexistante. Ce serait injuste. Les païens, et bien des chrétiens, le
comprennent ainsi et ils se révoltent dans le secret de leur coeur contre le
Dieu de la Bible à propos de l'élection d'Israël. Nous sommes tous au fond un
peu jaloux de ce qui nous semble une iniquité de la part de Dieu. Pourquoi
Israël plutôt qu'une autre nation ? Nous croyons qu'Israël a été choisi par
Dieu dans une particularité nationale qui le différencie des autres nations. Or
il n'en est rien. Nous ne comprenons pas qu'Israël n'est pas une nation choisie
par Dieu mais qu'il est le peuple de Dieu issu entièrement de l'élection
divine. En
Isaïe, Dieu dit qu'il a créé Israël : c'est le même mot qu'emploie la Genèse
pour la création des origines du monde et de l'humanité. Il indique une
initiative absolue de Dieu, bien différente de son gouvernement providentiel
mais indirect des nations à travers l'ordre angélique. "Je suis le
Seigneur, votre Saint, le Créateur d'Israël, votre Roi" (Is 43,15;
cf.44,7). L'élection n'est en fait que la reprise rédemptrice, après le péché,
du dessein créateur de Dieu dans son but primordial: rassembler tous les hommes
dans l'unité de la communion avec lui. Dieu choisit un homme, Abraham,
le père des croyants
Comme pour la Création, Dieu veut passer, non par un groupe, mais
par un homme dont il fait son interlocuteur et son partenaire dans l'alliance.
C'est Abram, qu'il arrache à sa nation d'origine en Chaldée en lui faisant
quitter "son pays et sa parenté" (Gn 12,1 préparé par Gn 11,31-32).
Abram dont Dieu change le nom en Abraham, c'est à dire "Père d'une
multitude de nations" (Gn 17,5). De cet homme qu'il a déraciné, Dieu fait
un "hébreu" (Gn 14,13): c'est à propos d'Abraham que ce nom, qui sera
un des noms du peuple de l'élection, apparaît pour la première fois dans la
Bible. D'après l'étymologie, hébreu veut dire nomade, un de ces gens de
passage, le contraire même d'une nation installée dans sa terre, dans sa
langue, dans ses coutumes ancestrales et dans sa religion particulière.
L'universalisme du dessein de Dieu se rouvre à nouveau quand Abraham, à son
appel, "part dans la foi ne sachant où il va" (Hb 11,8)? Par
son origine ethnique la descendance d'Abraham est moins qu'une nation. Les
enfants d'Israël devront répéter une fois par an cette confession de foi :
"Mon père était un Araméen errant" (Dt 26,4). Son origine raciale est
mélangée, comme il arrive pour les gens de passage: "Ton père était
amorite (c'est à dire sémite) et ta mère hittite (c'est à dire
indo-européenne)" (Ez 16,3). Mais justement ce n'est pas sur une identité
nationale que porte l'élection de Dieu, mais sur la foi d'Abraham qui fait de
lui le père des croyants (cf Rom 4:16-17) Parce
que l'élection ne vise pas une particularité nationale mais la foi dans le Dieu
créateur et sauveur de la famille humaine, sa particularité n'est que le signe
sacramentel de l'engagement de Dieu dans l'histoire des hommes à un moment de
l'espace et du temps. La particularité d'Israël, loin de signifier par Dieu
l'exclusion des hommes appartenant aux nations, est déjà le signe efficace de
la bénédiction qui doit les rassembler en l'unique peuple de Dieu: "Je
ferai de toi un grand peuple, (...) par toi se béniront tous les clans de la
terre" (Gn 12,2-3). L'élection appelle tous les
hommes à se rassembler en Dieu.
La
descendance d'Abraham le croyant ne constitue plus une nation mais le peuple de
Dieu qui est déjà potentiellement ouvert à tous les hommes. Dieu dit à Abraham:
"Une nation (et il se reprend) une assemblée de nations naîtra de
toi" (Gn 35,11). Assemblée traduit le mot hébreu Qahal, rendu en
grec par le terme synagogé -synagogue- ou ekklésia - église - . Le
peuple de Dieu est constitutivement une synagogue. La définition de son
identité est fondamentalement religieuse. Si tout au long de l'histoire,
jusqu'à aujourd'hui, il n'y avait pas eu sans cesse des juifs croyants, des
juifs pratiquants leur foi, l'identité du peuple de Dieu se serait perdue
depuis longtemps, comme celle des nations contemporaines de son origine dont
nul ne parle plus. Même dans les périodes de l'histoire d'Israël où il a eu une
existence nationale à travers un Etat, comme c'est le cas aujourd'hui, l'identité
juive ne repose en dernière instance que sur la définition religieuse du peuple
de Dieu. Il
y a des juifs de toutes races - depuis les sémites du Yémen jusqu'aux noirs
d'Ethiopie, - de toutes langues et toutes nations, aujourd'hui comme au jour de
la Pentecôte (cf. Ac 2,5-11). L'identité d'Israël est une vocation sacerdotale
au service du dessein de Dieu visant l'unité du genre humain: "Je vous
tiendrai pour un royaume de prêtres et une nation sainte(1)"
(Ex 19,6). "Scrutant
le mystère de l'Eglise, le concile (Vatican II) rappelle le lien qui relie
spirituellement le peuple du Nouveau Testament avec la lignée d'Abraham(2)".
Le peuple synagogal, embryon de l'unité de toute l'humanité, est "la
racine qui porte" (Rm 11,52). Le concile nous dit à ce propos que l'Eglise
"se nourrit de la racine de l'olivier franc sur lequel ont été greffés les
rameaux de l'olivier sauvage que sont les païens(3)".
Les deux rassemblements du peuple de Dieu sont inséparables car ils expriment
le même engagement de Dieu dans l'histoire pour accomplir la communion de tous
les hommes entre eux et avec lui. L'alliance de l'élection repose
sur la fidélité de Dieu
Le
peuple de Dieu découle sans cesse de "l'alliance perpétuelle (de Dieu avec
Abraham) de génération en génération" (Gn 17,7). C'est ce que la Vierge
Marie chante aussi à la fin de son Magnificat: "Dieu se souvient de son
amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa
descendance à jamais." L'alliance de l'élection repose entièrement sur la
fidélité de Dieu à sa parole et non sur une descendance naturelle qui serait
d'abord biologique. Pour cette raison, il ne faut pas traduire dans le
Magnificat: "en faveur d'Abraham et de sa race à jamais", car
l'élection ne repose pas sur une race issue charnellement d'Abraham; mais bien
: "en faveur d'Abraham et de sa descendance à jamais". Cette
descendance dépend entièrement de la fidélité de Dieu à la promesse qu'il a
faite à Abraham. La
preuve de cela est que le signe de l'appartenance à l'alliance de Dieu avec
Abraham n'est pas dans la filiation naturelle mais dans la circoncision. C'est
un signe sacramentel (4) qui est de l'ordre de la grâce et
non de la nature (cf. Col 2,11-12). Dieu le dit clairement à Abraham: "
Qu'il soit né dans la maison ou acheté à prix d'argent à un étranger qui n'est
pas pas de ta race, on devra circoncire celui qui est né dans ta maison et
celui qui est acheté à prix d'argent" (Gn 17,12-13). Et en contrepartie:
"L'incirconcis, le mâle dont on n'aura pas coupé la chair du prépuce, sera
retranché de ta parenté" (Gn 17,14). La parenté biologique n'est rien par
elle-même: tout repose sur l'alliance et sur la fidélité de Dieu dans
l'élection. La
postérité charnelle d'Abraham passe elle-même par une promesse défiant les lois
de la nature. Abraham est un vieillard, Sara est stérile, comme après elle sont
stériles Rébécca, l'épouse d'Isaac, et Rachel, l'épouse de Jacob (cf. Gn
18,10-12; 25,21; 30,1-2; Rm 9,7-8). Même la descendance biologique d'Abraham
est suspendue à un don de la grâce de Dieu. De même la postérité d'Abraham,
parce que Dieu y garde l'initiative, bouleverse les traditions immémoriales des
nations au sujet de la primogéniture: Isaac le cadet est choisi de préférence à
Ismaël l'aîné (cf. Gn 17,18-21), de même Jacob, cadet lui aussi, de préférence
à son aîné Esaü (cf. Gn ,12; 27,36). Dieu
va même jusqu'à demander aux patriarches de remettre entre ses mains l'objet
même de la promesse. Abraham doit être prêt à lui sacrifier Isaac (cf. Gn 22,
2,7-8, 16-18); Isaac doit laisser partir Jacob en Chaldée dans des
circonstances périlleuses (cf. Gn 27,11; 28,5) ; Jacob doit renoncer à ses
enfants préférés, Joseph et Benjamin les fils de Rachel en Egypte (cf. Gn 37;
42-45). C'est un mystère de mort au désir charnel de s'assurer sa postérité par
soi-même. L'élection est un "don de
Dieu sans repentance"
Parce
qu'elle repose uniquement sur la fidélité de Dieu à sa promesse, l'élection
est, comme le dit saint Paul aux Romains, un de ces "dons de Dieu sans
repentance" (Rm 11,28). En Abraham, Dieu a posé pour l'humanité un
principe de rassemblement plus fort que le péché. Ce qui avait été rompu en
Adam et Eve ne pourra plus l'être dans la descendance d'Abraham. Pour cette
raison, dans l'ordre de la Rédemption, nous les croyants, nous sommes davantage
enfants d'Abraham que d'Adam et Eve, nos premiers parents dans l'ordre de la
création. Saint Paul nous dit le caractère indestructible de l'alliance de
l'élection: "Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle car il ne peut pas
se renier lui-même" (2 Tm 2,13). L'élection
d'Israël est donc "un mystère" (Rm 11,25) qui subsiste même après
qu'une "partie de lui se soit endurcie" (ibid.) et devenue
"ennemie selon l'Evangile" (Rm 11,28) en refusant la bonne nouvelle
messianique de la Rédemption universelle du péché, en Jésus Fils de Dieu fait
homme. Même après cela, Dieu reste fidèle vis à vis d'Israël au "don sans
repentance de l'élection" (Rm 11,28). Saint Paul est absolument
catégorique en répondant par deux fois à cette question: "Je demande donc: Dieu aurait-il rejeté
son peuple ? Certes non !" (Rm 11,1); et: "Je demande donc: serait-ce
pour une vraie chute qu'ils ont achoppé ? Certes non !" (Rm 11,11). Cette
certitude de Saint Paul sur la pérennité de l'élection d'Israël, même après le
refus du Christ par une partie du peuple, s'accompagne d'une espérance d'ordre
eschatologique concernant son illumination finale: "Une partie d'Israël
s'est endurcie, jusqu'à ce que soit entrée la totalité des païens, et ainsi
tout Israël sera sauvé" (Rm 11,25-26). Et un peu avant: "Si leur mise
à l'écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur assomption, sinon
la vie sortant d'entre les morts ?" (Rm 11,15). Saint Paul espère que le
dessein de Dieu qui reste unique, dans le même mystère, en Israël et dans l'Eglise,
trouvera au terme de l'histoire du salut la réalisation plénière de son unité. De l'entrée dans l'élection à la
substitution d'Israël par l'Eglise.
Saint
Paul enseigne aux Romains qu'Israël n'est pas rejeté par Dieu hors de
l'élection et il leur dit cela "de peur qu'ils ne se complaisent dans leur
sagesse" (Rm 11,25), en oubliant que "ce n'est pas eux qui portent la
racine mais la racine qui les porte" (Rm 11,18) et en se "glorifiant
aux dépens des branches" (Rm 11,18) du peuple de Dieu, ces juifs, endurcis
par rapport à Jésus, que Dieu a "mis à l'écart" en ce sens que la
bonne nouvelle de la Rédemption qui réconcilie le genre humain avec Dieu passe
désormais par l'Eglise. Mais elle n'est pas rejetée, en ce sens que l'Eglise
elle-même participe en Jésus à l'élection d'Abraham qui est à la source même
d'Israël. Hélas
le comportement des chrétiens au cours de l'histoire de l'Eglise manifeste un
aveuglement et une infidélité séculaires à l'égard de cet enseignement de Saint
Paul (5). Quand le concile Vatican II a voulu retrouver cet
enseignement de Saint Paul, il n'a pas pu citer de textes issus de la tradition
intermédiaire (6). Comment
comprendre cette longue histoire de haine entre juifs et chrétiens ?Nous avons
besoin pour cela d'une purification de notre mémoire qui charrie, même à notre
insu, les ténèbres issues de tant de péchés. Mais pour cela nous devons
humblement essayer de voir la vérité en face. L'hostilité
entre juifs et chrétiens est issus des affrontements qui ont eu lieu au sein
même du peuple d'Israël à cause de Jésus : une partie a cru en lui (cf. Ac
2,41-47; 4,4; 5,14; 6,1 et 7; 13,42-43; 21,20), une autre partie l'a refusé (Ac
7,57-58; 8,1-3; 9,1-2; 28,24). Cette hostilité va faire de la partie endurcie
d'Israël une ennemie de la bonne nouvelle du Messie Jésus qui s'opposera avec
violence à la prédication des apôtres et persécutera la vie de l'Eglise
primitive (7). Cette hostilité est restée inscrite pour
toujours dans ces écrits apostoliques qui constituent pour nous le Nouveau Testament
(cf. surtout Th 2,14-16). Seulement
on oubliera vite que dans ce Nouveau Testament il n'y a pas d'un côté les juifs
qui ne croient pas à la bonne nouvelle du salut, et de l'autre côté Jésus, la
Vierge Marie sa mère, les apôtres. Que seraient donc ceux-ci ? Des païens
peut-être ? Non, tout se passe entre juifs dans les Evangiles et même dans une
grande partie du Nouveau Testament car Saint Paul commence toujours par
adresser sa prédication de la bonne nouvelle aux synagogues, non sans un succès
partiel (cf. Ac 13,42-43; 16,13-15; 17,4; 17, 10-12, 18,8 etc.). Le
christianisme est né comme un phénomène essentiellement interne au peuple
d'Israël (8). Nous l'avons reçu à travers des juifs, comme
Jésus le dit de la manière la plus explicite à la Samaritaine : "Le salut
vient des juifs" (Jn 4,22). Mais
quand, au IIème siècle, l'Eglise, définitivement séparée de la Synagogue, n'est
plus composée pour ainsi dire que de chrétiens venus de la gentilité, la
mentalité change. L'hostilité des juifs à l'Evangile n'apparaît plus aux
chrétiens comme l'endurcissement temporaire d'une partie du peuple de Dieu,
mais comme le signe du rejet d'Israël par Dieu et son remplacement par
l'Eglise, comprise à la fois comme "Eglise des nations" et "vrai
Israël (9)". Cette théologie de la substitution de
l'Eglise à Israël pervertit la théologie paulinienne de l'enracinement. Cette
même Eglise du IIème siècle va cependant opposer une limite essentielle à cette
dérive théologique en condamnant l'hérétique Marcion. Celui-ci opposait non
seulement l'Israël nouveau de Jésus à l'Israël incrédule, mais à l'Israël de
l'Ancien Testament, à ses Ecritures et à son Dieu vengeur. Il déracinait
complètement l'Eglise de toute l'histoire du salut qui l'avait précédée en
Israël. Du même coup, il allait jusqu'à opposer le Dieu sauveur, Père de Jésus,
au Dieu créateur de l'Ancien Testament, et à nier la conception humaine du
Christ en Marie pour oblitérer son origine juive. Marcion
a été condamné et la vraie foi chrétienne sauvegardée dans l'Eglise. Mais un
marcionisme mitigé reste encore latent dans beaucoup de consciences
chrétiennes. L'Ancien Testament leur apparaît presque comme un simple
échafaudage qui devient inutile quand s'élève l'Evangile du Christ. N'y a-t-il
pas quelque chose de cela quand aujourd'hui dans certaines de nos églises, on
se permet de supprimer la première des trois lectures bibliques de la messe
dominicale ? Or la liturgie issue du concile Vatican II a choisi cette première
lecture, qui est tirée de l'Ancien Testament, avec l'Evangile du jour pour
qu'ils s'éclairent mutuellement. Supprimer l'Ancien Testament de la liturgie
catholique, n'est-ce pas se faire les disciples de Marcion sans même en avoir
conscience ? De la substitution d'Israël à
son humiliation
Avec
la fin des persécutions romaines et l'avènement d'un empire sacralement
chrétien, on va passer progressivement de la théologie de la substitution
d'Israël par l'Eglise à la pratique de son humiliation par les chrétiens. A
partir du moment où l'on affirme que celui-ci a été rejeté par Dieu, ce rejet
doit se traduire par une condition humiliée dans la société: ce sera le signe
même de sa déchéance et, à contrario, de la véracité de l'Evangile. C'est
ainsi que commence un "enseignement du mépris" vis-à-vis des juifs(10).
On le retrouve, hélas, dans bien des passages des Pères de l'Eglise qui, dans
leur polémique anti-juive due souvent à un prosélytisme concurrentiel,
n'hésiteront pas à reprendre les diatribes des païens contre les juifs. Ils
présentent ce peuple comme intrinsèquement pervers parce qu'inassimilable dans
la société chrétienne. Ils oublient en cela que, peu de temps auparavant, au
temps de l'empire romain pré-constantinien, les païens accusaient ensemble
juifs et chrétiens de "haine du genre humain" à cause de leurs refus
des institutions sociales marquées par l'idolâtrie (11).
C'était le signe que l'un et l'autre apportaient au monde autre chose que le
paganisme des nations. Or on va retourner cela contre Israël parce qu'il ne se
confond pas avec l'Eglise. Dans
cette volonté d'annexer Israël en l'humiliant, il y a une mainmise sur "les temps et les moments que le Père a
fixés de sa seule autorité" (Ac 1,7), selon les paroles de Jésus. C'est la
tentation de l'hérésie millénariste qui hantera sans cesse l'Eglise au cours de
son pèlerinage: voir dans une chrétienté donnée - empire chrétien, nations
chrétiennes - l'accomplissement du Royaume de Dieu sur la terre, alors que
celui-ci appartient à l'au-delà de l'histoire (cf. Jn 18,36). Comme Saint Paul
dit que "le salut de tout Israël" (Rm 11,26) appartient au terme de
l'histoire de l'évangélisation des nations (cf.Rm 11,25), la permanence d'Israël apparaît comme un
démenti de ce Royaume identifié à la chrétienté. Pour
séparer au moins les chrétiens des juifs dans la chrétienté, la législation
ecclésiastique va prendre des mesures croissantes dans l'ordre de la
ségrégation et de l'humiliation de ces derniers. Le IVe concile du
Latran en 1215 leur imposera des vêtements discriminatoires: ce sera la
"rouelle", morceau d'étoffe rond cousu sur la poitrine, puis le
chapeau jaune(12). Bientôt on ordonne de brûler les Talmuds (13).
Plus tard on oblige les juifs à entendre une prédication de conversion au
christianisme, parfois même dans leur synagogue(14). On va
même jusqu'à permettre de baptiser leurs enfants par la force contrairement à
l'enseignement d'un saint Thomas d'Aquin dans la Somme Théologique(15). On ne
voudra plus s'agenouiller lors des grandes prières d'intercession du Vendredi
saint quand on priera pour les juifs alors qu'on s'agenouille pour toutes les
autres intentions(16). Ce même Vendredi saint, dans certaines
villes, est posé un acte "liturgique" qui résume tout cet
"enseignement du mépris". A la porte
de la cathédrale un prélat fera venir un juif, souvent un chef de
communauté ou un rabbin, pour lui donner un soufflet. D'après un chroniqueur
chrétien du XIIe siècle, un de ces ecclésiastiques, à Toulouse, eut
une fois la main si lourde - sans doute était-elle gantée de fer - qu'il fit voler les yeux et la cervelle du
juif(17). Et tout cela est raconté avec le plus grand
naturel, comme allant de soi. De l'humiliation d'Israël à la
persécution de ses enfants
Sur
la base de cet enseignement théologique du mépris d'Israël et des comportements
symboliques qui l'illustrent, la chrétienté antique et médiévale, composée
souvent de gens frustes et superstitieux, passera vite à la persécution des
juifs(18). Cette fois-ci, ce n'est plus l'Eglise comme telle
qui agit, mais la chrétienté, car l'Eglise essaiera de s'opposer à ces
persécutions. La
chrétienté se conçoit comme l'accomplissement du Royaume de Dieu sur la terre.
La permanence d'Israël signifie que le royaume de Dieu n'est pas encore là dans
sa gloire eschatologique. Certains grands saints, comme Saint Grégoire le Grand
ou Saint Bernard comprennent cela positivement(19). Si Israël
refuse toujours le Christ Jésus, cela veut dire que le monde reste toujours à
évangéliser. Les juifs sont là pour nous dire que le temps de l'histoire
continue, que la mission de l'Eglise continue, que "la rémission des
péchés doit être proclamée à toutes les nations, à commencer par
Jérusalem" (Lc 24,47). Mais
pour la majorité des chrétiens d'alors, il ne s'agit pas d'annoncer l'Evangile
aux juifs dans la paix et le respect(20), il s'agit de les
assimiler religieusement par la force. Cela commence pratiquement dès la fin du
IVe siècle avec l'empire chrétien: on interdit la construction de
nouvelles synagogues(21). Au VIe siècle, Justinien
empereur d'Orient, interdit aux juifs l'usage du Talmud censé les empêcher de
se convertir au christianisme (22). Du VIIe au Xe siècle, ce
seront dans l'empire d'Orient une série de baptêmes forcés imposés à tous les
juifs (23). Ils seront imités en cela par les rois wisigoths
d'Espagne et les conciles de Tolède(24). Comment s'étonner
qu'après cela les juifs d'Orient, d'Afrique du Nord et d'Espagne n'aient pas
accueilli en libérateur l'envahisseur musulman ? Comment accuser de trahison
ceux que l'on a traités en opprimés ? Désormais
la méfiance règne à l'égard des juifs. Une discrimination croissante va peser
sur eux dans la société du Moyen Age(25). Peu à peu, au cours
des siècles, on leur interdit la propriété foncière, l'agriculture,
l'artisanat, pour ne leur laisser au bout du compte que l'argent et la friperie
des objets usagés. Parallèlement, comme on a interdit aux chrétiens le prêt à
intérêt, on est bien content d'avoir des juifs sous la main quand on a besoin
d'emprunter, quitte à les haïr ensuite comme usuriers: cercle vicieux épouvantable,
véritable souricière économique. Finalement on les enferme dans des quartiers
clos qui prendront le nom de ghettos (26). Comment
s'étonner qu'avec une telle législation de ségrégation économique et sociale,
une haine instinctive anti-juive se soit développée dans des populations
chrétiennes ? A l'occasion des épidémies, on accuse les juifs d'avoir
empoisonné les puits et on les massacre dans leurs juiveries (27).
On les accuse, sur la base d'une crédulité populaire superstitieuse, de crimes
rituels contre des enfants ou des hosties consacrées (28). En
général, devant ces excès énormes, les papes interviennent (29).
Or, toutes les fois que l'autorité ecclésiastique a fait faire des enquêtes, il
a été impossible de trouver un fondement à ce genre d'affabulation (30). Une
telle haine populaire ne pouvait qu'exploser de temps en temps en massacres du
"peuple infidèle". Quand les croisades sont proclamées, avant de
partir lutter contre les musulmans loin en Orient, on commence par se faire la
main en tuant les juifs sans défense des villes chrétiennes que l'on traverse.
Ce sera le cas, entre autres, dans tout la vallée du Rhin, lors de la première
et de la deuxième croisade (31). De la substitution par l'Eglise
à l'usurpation messianique par des nations chrétiennes. Finalement
avec l'apparition des nations chrétiennes souveraines, avec l'apparition de
monarques qui, comme Philippe le Bel en France, évoluent progressivement vers
la monarchie absolue en une sorte de messianisme royal, survient la tentation
d'usurper l'élection d'Israël au profit d'une nation chrétienne. Toutes les
nations chrétiennes, en accédant à leur souveraineté, vont subir d'une manière
ou d'une autre la tentation messianique de se considérer comme le peuple élu,
alors que le mystère de l'élection, c'est l'Eglise comme telle et elle seule
qui l'a reçue en Jésus, Messie d'Israël. Cela
commence tôt. Déjà au moment des croisades de la Gesta Dei per Francos,
de la geste de Dieu à travers les Francs, comme s'il pouvait y avoir une
alliance de type sacramentel entre Dieu et une nation. Ces rois très chrétiens,
ces majestés catholiques, qui usurpent le mystère ecclésial de l'élection pour
leur nation particulière, vont se heurter à la permanence d'Israël comme à un
démenti insupportable et vont expulser les juifs de leurs royaumes. Ce n'est
pas par hasard que les expulsions des juifs suivent l'ordre de prise de
conscience des nations dans leur souveraineté : 1290 l'Angleterre, 1306 le
royaume de France avec Philippe le Bel, 1492 - il y a exactement cinq siècles -
les rois catholiques, Ferdinand et Isabelle qui viennent d'achever la
reconquête et l'unification de l'Espagne (32). Même
la Pologne, qui a accueilli d'abord, au XIIIe et XIVe
siècles, beaucoup de ces juifs expulsés, à partir du XVIe siècle, et
surtout du XVIIe et XVIIIe siècles, va céder à ce même
rejet national anti-juif que l'on verra aussi en Russie (33).
Ce n'est pas par hasard qu'il y a eu au XIXe siècle un messianisme
national en Pologne, puis en Russie. Nous savons que ce dernier n'a pas été
sans conséquences désastreuses pour le monde. Jusqu'à l'orée du XXesiècle
il y aura des pogroms de juifs dans cette partie de l'est de la chrétienté
européenne. Peut-on alors s'étonner que des juifs au XXe siècle
aient accueilli la révolution bolchevique comme émancipatrice, de même que
d'autres juifs avaient accueilli à bras ouverts les musulmans comme des
libérateurs ? Aujourd'hui, juifs et chrétiens dans l'alliance d'Abraham
Nous n'en
sommes plus là, mais notre mémoire, collective et personnelle, est loin d'être
purifiée de cette histoire de haine et de sang et, ce qui est pire, de cette
histoire d'horreur au quotidien qui a taché tant de siècles de chrétienté. Il
est sûr que tous, juifs ou chrétiens, nous sommes pécheurs (34).
Il y a eu une haine juive contre les chrétiens, comme il y a eu une haine
chrétienne contre les juifs. Mais les conditions de l'histoire ont fait que
pendant seize siècles ce sont les chrétiens qui ont eu le pouvoir de développer
d'abord le mépris, puis l'humiliation, ensuite la persécution, enfin
l'expulsion des juifs. Comment
aujourd'hui être fidèle à cette alliance de l'élection donnée par Dieu à
Abraham et qui nous rattache au peuple d'Israël (cf. Gn 3,14) ? Les chrétiens
ne doivent jamais oublier que l'Eglise n'a pas à se substituer à Israël
puisqu'elle est enracinée en lui, qu'une chrétienté n'est jamais le royaume
achevé et qu'en conséquence le monde comportera des juifs tant qu'il sera
encore à évangéliser(35). Les chrétiens doivent enfin ne pas
prétendre usurper l'élection messianique d'Israël et de l'Eglise au profit de
leur nation particulière. Cette élection, qui est le dessein de Dieu visant
l'unité de toute l'humanité, est trop grande pour une nation. Elle est donnée
par Dieu au peuple de Dieu, ce peuple dont la racine est en Israël et qui croît
jusqu'aux extrémités de la terre à travers la mission universelle de l'Eglise. NOTES 1.
En employant ici le terme de "nation", Dieu prend bien soin de dire
"nation sainte" pour
signifier qu'elle est constitutivement différente des autres par son identité
qui réside entièrement dans sa vocation sacerdotale de "royaume de
prêtres". Dans la Bible le mot nation désignera parfois le peuple dans
sa subsistance physique (cf.G,46,3). Mais celle-ci ne le définit pas et Moïse devra
dire à Dieu irrité contre Israël : "Considère aussi que cette nation est
ton peuple" (Ex 33,13). Les membres du sanhédrin craindront pour la survie
physique du peuple exalté par la figure messianique de Jésus: "Les Romains
viendront et ils supprimeront notre Lieu
saint et notre nation (Jn 11,47-48). Le grand prêtre Caïphe, de manière
prophétique, propose la mort de Jésus pour le peuple (à la manière du
Serviteur souffrant d'Isaïe 52,4-6) afin que la nation soit épargnée
(cf. Jn 11,49-50). 2.
Décret Nostra aetate sur l'Eglise et les religions non-chrétiennes, 4 3.
Ibid. Citant Rm 11,17-24. 4.
On se souviendra que saint Thomas d'Aquin n'hésite pas à considérer la
circoncision comme un des sacrements de l'ancienne alliance. 5. Cf. L'ouvrage dont j'ai dirigé la
publication, l'unique Israël de Dieu; approches chrétiennes du mystère
d'Israël, éd. Critérion, Paris, 1987. Cf. Aussi Jacques Maritain, le
Mystère d'Israël, éd. Desclée de Brouwer. 6. Cela ne doit pas nous scandaliser.
Aucun document du magistère suprême de l'Eglise (papes et conciles
oecuméniques) n'avait abordé le mystère d'Israël sur le plan doctrinal
avant le concile Vatican II. Les nombreuses bulles et canons conciliaires que
nous citons plus loin ne sont que d'ordre disciplinaire et n'ont pas du tout le
même caractère dogmatique. De même les diatribes des Pères de l'Eglise contre
les juifs se situent toujours dans un contexte pastoral marqué par des
circonstances historiques contingentes. Ces textes n'engagent pas l'Eglise de
la même manière que quand celle-ci, s'étant penchée ex-professo sur le
mystère d'Israël, déclare: "L'Eglise confesse que tous les fidèles du
Christ, fils d'Abraham selon la foi, sont inclus dans la vocation de ce
patriarche" (Nostra aetate,4). L'inclusion a remplacé la substitution. 7. Cette hostilité a abouti au rejet par
le judaïsme, religion reconnue par l'Empire romain, des disciples du Christ qui
se trouveront ainsi livrés à la persécution des païens. L'entourage juif de
Néron n'a pas été étranger à la facilité avec laquelle celui-ci a su discerner
les chrétiens des juifs pour les massacrer à la suite de l'incendie de Rome en
64. Saint Clément de Rome au 1er siècle, saint Justin et le récit du
martyre de saint Polycarpe au IIe siècle, témoignent entre autres de
cette hostilité haineuse qui va jusqu'à la persécution (meurtre de Jacques le
Mineur à Jérusalem en 63). 8. L'ouvrage d'une juive agnostique,
spécialiste du Talmud et de l'histoire d'Israël avant la destruction du
deuxième temple en 70 av. J.C. Genot-Bismuth, Un homme nommé salut : genèse
d'une hérésie à Jérusalem, Paris, 1986, éd. OEIL. 9. Cf. Marcel Simon, Verus Israël,
Etude sur les relations entre chrétiens et juifs, dans l'empire romain
(135-425), Paris, 1964, éd. De Boccard. Cf. Aussi Le Judaïsme et le
christianisme antique, Paris, 1968, PUF. 10. Cf. Jules ISAAC, Jésus et Israël,
Paris 1959, éd. Fasquelle, et l'Enseignement du mépris. 11. Cf. François de Fontette,
Histoire de l'antisémitisme, Paris, 1982, PUF, pp.26-29. Fédié Lovsky, L'antisémitisme
chrétien, Paris 1970, ed. Du Cerf, pp. 28-29, 131-178. 12. Pour tout ce qui suit, , cf.l'article
très documenté et très nuancé "Juifs et Chrétiens" de K. HROBY dans
le Dictionnaire du Catholicisme. Cf. Aussi de F. De FONTETTE, op.
Cit. P. 62 et F. LOVSKY, op.cit pp. 179-230. En France le port de la
rouelle fut imposé par Saint Louis en 1269. Cf. L.POLIAKOV, L'Etoile jaune,
Paris 1949 pp. 14-17. 13. Les papes Innocent IV en 1244, Jules
III en 1553. 14. Grégoire XIII en 1584, par la bulle
Sancta mater Ecclesia, oblige les juifs à entendre une prédication dans une
église. Cf. F. LOVSKY, op. Cit., pp. 209-211. Le concile d'Avignon en
1594 les ordonne dans les synagogues : cf. René MOULINAT, Les Juifs du pape,
Paris 1992, p.76. 15. Benoit XIV par la bulle Postremo
mense de 1747. 16. AMALAIRE de METZ, Patrologie latine,
tome 105, col.1027, cité par F. LOVSKY, op. Cit. P. 194 et Pontificale
Romanum saeculi XII, XXXI,6. 17. Adémar de CHABANNES, Chronique
III,LII (vers 1020) cité par F. LOVSKY, op. Cit., p. 191. 18. Certains prélats ont parfois donné
l'exemple comme Cyrille d'Alexandrie qui chasse les juifs d'Alexandrie au début
du Ve siècle. Cf. F.LOVSKY, op. Cit. Pp.61-62. 19. Pour saint Grégoire le Grand, cf. F.
De FONTETTE, op. Cit. Pp.38-39. Pour saint Bernard, cf. Dom Jean
LECLERCQ, Bernard de Clairvaux, Paris, 1989, ed. Desclée, pp.75-78. 20. On retiendra cependant que le pape
Alexandre III (1159-1181), se référant à des interventions analogues de
Calliste II (1119-1124) et qu'Eugène III (1145-1153), interdit sous peine
d'excommunication de forcer les juifs à accepter le baptême, de les mettre à
mort sans jugement, de les perturber dans la célébration de leurs fêtes et
profaner leurs cimetières. Cette bulle a été renouvelée et confirmée par toute
une série de papes, en dernier lieu par Eugène IV (1431-1447). Cf. Article
"Juifs et Chrétiens" du Dictionnaire du catholicisme, op. Cit. Col.1202. 21. De Théodore 1er (379-395) à Théodose
II (408-450) la législation anti-juive se renforce et est recueillie dans le Code
Théodosien (438). 22. Code Justinien (529 et 534). 23. Cf. F. De FONTETTE, op. Cit.
Pp.33. 24. Ibid., pp.36-39. 25. Cela commence en fait dès le IVe
siècle dans l'empire chrétien: cf. F. De FONTETTE, op.cit., pp.30-31;
mais se développe dans le Moyen Age occidental, ibid. Pp.59-61. Cf.
Aussi F. LOVSKY, op. Cit pp. 323-350. 26. Cf. F. De Fontette, op.cit,
pp. 64-66; F. LOVSKY, op. Cit., pp. 219-223. 27. "Lors de la Grande Peste de
1348, trois cents communautés juives furent anéanties en représailles de ce
crime imaginaire" dans l'article cité du Dictionnaire du Catholicisme,
col. 1201. Cf. F. LOVSKY, op.cit. pp. 231-276. Cf. F. De FONTETTE, op. Cit.
Pp. 52-54. 28. Cf. F. LOVSKY, op. Cit. Pp.
249-264; F. De FONTETTE, op.cit. pp. 48-51. 29. Cf. Article cité du Dictionnaire
du Catholicisme, col. 1202. 30. Ibid., col. 1201-1202. 31. Cf. De FONTETTE, op. Cit., pp.
63-64. Cf. F. LOVSKY, op. Cit., 45-48; F. LOVSKY, op. Cit. Pp.62-70.
Article cité du Dictionnaire du Catholicisme, col. 1199. 32. Cf. F. De FONTETTE, op. Cit.,
pp. 224-230. 33. Cf. Article cité du Dictionnaire
du catholicisme, col 1203 qui cite la terrible bulle de Benoît XIV De
his quae vetita sunt judaeis (vers 1750) à l'épiscopat polonais. 34. Lors de sa visite à la synagogue de
Rome, le 13 avril 1986, le pape Jean-Paul II, après avoir entendu le président
de la communauté juive de Rome rappeler la condition faite aux juifs pendant
les siècles de chrétienté, y compris dans les Etats pontificaux, déclara ceci:
"Cette rencontre conclut, d'une certaine manière, après le pontificat de
Jean XXIII et le concile Vatican II, une longue période sur laquelle il ne faut
pas cesser de réfléchir pour en tirer les enseignements opportuns. Certes, on
ne peut pas, et on ne doit pas, oublier que les circonstances historiques du
passé furent bien différentes de celles qui ont fini par mûrir difficilement au
cours des siècles. Nous sommes parvenus avec de grandes difficultés à la
commune acceptation d'une légitime pluralité sur le plan social, civil et
religieux. La prise en considération des conditionnements culturels séculaires
ne doit pas toutefois empêcher de reconnaître que les actes de discrimination,
de limitation injustifiée de la liberté civile, à l'égard des juifs, ont été
objectivement des manifestations gravement déplorables. Oui, encore une fois,
par mon intermédiaire, l'Eglise, avec les paroles du décret bien connu
Nostra aetate (n.4) "déplore les haines, les persécutions et toutes
les manifestations d'antisémitisme qui, quels que soient leur époque et leurs
auteurs, ont été dirigées contre les juifs" ; je répète: quels que soient
les auteurs". (La Documentation catholique, n° 1917, 4 mai 1986, p.
437). En répétant la formule du concile "quels qu'en soient les
auteurs", le pape entend marquer que nul n'est exclu, même s'il est fils
voire ministre de l'Eglise. Quant au verbe "déplore", qui exprime
l'attitude de l'Eglise, il va bien au-delà d'une simple excuse de politesse:
dans le latin deplorare il y a "pleurer". Oui, il faut
déplorer ce passé qui fait pleurer le coeur de Dieu. 35 .
Note de la rédaction de Yerushalaim: Nous nous permettons
d'apporter une remarque au sujet de cette affirmation: l'auteur n'a jamais
affirmé par cette phrase qu'il fallait évangéliser les juifs: n'avait-il pas démontré en citant Saint Paul
"qu'Israël n'est pas rejeté par Dieu hors de l'élection" ? Il s'appuie sur le texte de Romains 11:25-26
"jusqu'à ce que soit entrée la totalité des païens",pour affirmer que
la pérennité d'Israël est un signe pour les chrétiens du caractère inachevé de
l'évangélisation des païens dont ils sont responsables. Notre
conviction, sur laquelle nous nous expliquerons prochainement est que, si on
peut comprendre que l'évangélisation comporte la diffusion des Saintes
Ecritures, les juifs devront être invités à participer à cette action: c'est ce
que l'on voit d'ailleurs actuellement lorsque, dans une ville, les églises
chrétiennes organisent ensemble une action pour faire connaître la Bible, par
exemple en organisant une exposition biblique, les communautés juives locales
sont appelées à s'y associer d'une manière ou une autre. D'ailleurs, si
"évangélisation" signifie "proclamation de la Bonne Nouvelle de
l'Amour de Dieu", ce message n'est-il pas déjà pleinement dans l'Ancien -
nous devrions dire le Premier -
Testament ?
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