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Chrétiens et Juifs, ... des amis ! |
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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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Permanence
et actualité de l'élection Nous
remercions vivement Moshe GREENBERG d'avoir bien voulu confier ce texte à notre
revue qui se fait un devoir et un plaisir d'ouvrir largement ses colonnes à nos
amis juifs. La pertinence, la franchise et l'humilité de cette communication en
fait un document que nous, "gentils", avons à considérer avec beaucoup
d'attention et de respect. Cette étude s'inscrit dans la ligne des
contributions consacrées au grand thème de l'élection qui fut déjà abordé dans
nos précédents numéros. Que
Marie-Pierre LEANDRI, du Centre de l'Olivier, recoive aussi nos vifs
remerciements pour son précieux travail de traduction. 1- Séparation et
élection
Dès ses
origines bibliques et rabbiniques, la culture juive contenait un élément
d'opposition à son entourage, de confrontation avec les religions et les
cultures des Gentils. Un commentaire midrashique sur l'épithète
"ivri" dans le qualificatif "Abraham l'ivri"
(l'hébreu) dans Genèse 14:13, résume à l'aide d'une image, cette caractéristique:
"Le monde entier était d'un côté (me 'ever 'ehad) , et
Abraham était de l'autre (me 'ever 'ehad)" (Gen.Rabba 42.8).
La destinée d'Israël diffère de celle des autres peuples: "Voici, je le découvre: ce
peuple vit solitaire. Il ne se confondra
pas avec les autres nations." (Nombres 23:9). L'aliénation
vis-à-vis des autres nations résultait de la singularité religieuse d'Israël,
de sa foi monothéiste particulière,
avec les effets positifs qu'elle avait dans le domaine moral, notamment
la libération à l'égard du destin aveugle, la suppression de la divinité dans
la sexualité. Cette singularité était exprimée par le concept d'élection et de
consécration par Dieu: "Car
tu es un peuple consacré à l'Eternel, ton Dieu. Il t'a choisi,
l'Eternel, ton Dieu, pour lui être un peuple spécial parmi tous les peuples qui
sont sur la face de la terre" (Deut.7:6). "Soyez saints pour moi, car Je suis
saint, moi, l'Eternel, et je vous ai séparés d'avec les peuples pour que vous
soyez à moi " (Lév. 20:26). L'élection
s'effectua par le don de la Torah: notez le lien entre les deux actes de la
bénédiction faite sur la Torah: "Soyez béni, O mon Dieu... qui nous a
choisis d'entre tous les peuples en nous donnant ta Torah". Le don est fait à Israël seul: "Il a révélé ses paroles à Jacob, ses
statuts et ses lois de justice à Israël. Il n'a fait cela pour aucun des autres
peuples; aussi ses lois leur demeurent-elles inconnues"
(Ps.147:19-20). Le
peuple est consacré par la pratique des commandements de Dieu: c’est ce qui est exprimé par la formule de bénédiction: "Béni
sois-tu, O Seigneur... qui nous a sanctifiés par tes commandements". L'élection divine peut aussi être exprimée par le verbe "yada",
conventionnellement traduit par "connaître". Le choix que Dieu fait
d'Abraham pour fonder une société juste, est formulé de la façon suivante: "Si
je l'ai distingué, c'est pour qu'il prescrive à ses fils et à sa maison après
lui d'observer la voie de l'Eternel, en pratiquant la vertu et la
justice." (Gen.18:19). Etre choisi par Dieu, c'est être obligé plus que
les autres d'obéir à ses commandements, comme le proclame Amos: "C'est
vous seuls que j'ai distingués entre toutes les familles de la terre; c'est pourquoi je vous demande compte de
toutes vos fautes " (Amos 3:2) Par la
suite Amos déclare que le principal souci de Dieu est de demander compte à
Israël de ses iniquités dans le domaine du droit et de la justice: "Mais
que le bon droit jaillisse comme l'eau,
la justice comme un torrent qui ne tarit pas" ( 5:24) L'élection
soumet l’élu à un jugement plus rigoureux. Il n'est
pas difficile de comprendre pourquoi la séparation de l'environnement était
considérée comme nécessaire - et donc commandée par Dieu - à une époque où la
religion biblique et le Judaïsme étaient un îlot spirituel et moral dans une
mer de paganisme. Sans séparation, il aurait été impossible de façonner une
société dans laquelle un modèle de vie religieux et moral en accord avec le
monothéisme biblique puisse être cultivé. Pour vivre selon le droit et la
justice, l'individu a besoin du soutien d'une communauté consacrée - dévouée à
la pratique de "lois et coutumes aussi bien ordonnées que toute cette
Loi (Torah) que Dieu a donné à Israël" (Deut.4:8). Une
telle communauté se devait de se séparer des peuples païens, dont le modèle de
vie n'incarne pas un ensemble de valeurs semblables.
2-Le peuple d'Israël : un moyen pour une fin universelle
Quand on
parcourt la Bible dans son ensemble, il apparaît que l'élection d'Abraham et
d’Israël n'est pas considérée comme une fin en soi. C'est plutôt un moyen pour
relier le monde de jadis que Dieu a jugé "très bon" lors de sa
création (Gen.1:31), avec le monde futur qui
doit être achevé à la fin des temps conformément au dessein de Dieu.
C'est pour leur être finalement réuni, qu'Israël est séparé des nations. Comment cela se fait-il ? L'Ecriture aborde
rarement cette question qui pourrait être formulée comme suit: à quelle fin
plus large Dieu a-t-il distingué l'une des nations et lui réserve-t-il un traitement
spécial ? Mais il
est possible d’inférer une réponse du cours de l'histoire. Dès le départ, Dieu
a posé une condition au bien-être des hommes, ces créatures qui lui sont les
plus chères, faites à son "image": cette condition, c’est qu’ils
soient soumis à Sa volonté. C'est ce qui apparaît dans l'histoire du Paradis
par la demande d'acquiescement à l'interdiction de manger le fruit défendu. Ensuite,
sont relatées les diverses formes de corruption humaine et les infortunes qui
s'ensuivent pour le premier couple, puis pour Caïn, pour la génération du
déluge et pour celle de la Tour de Babel: ici, c’est l'humanité unie qui refusa
de se soumettre à l'autorité de Dieu. Après sa
dispersion et l'émergence de "familles de peuples", Dieu tente une
autre façon de faire accepter son autorité: il choisit une famille - la lignée
d'Abraham, Isaac et Jacob - et établit avec elle une alliance. Il sera leur
Dieu ( c’est-à-dire souverain, protecteur, pourvoyeur ), ils seront son peuple (c’est-à-dire qu’ils ne serviront que Lui
seul et obéiront à ses commandements). S'ils lui sont dévoués, ils jouiront de
la prospérité et de la paix, et par ce moyen -ici intervient notre inférence-
ils témoigneront au monde de la bonté et du pouvoir du vrai Dieu. Alors, peu à
peu, la renommée des actes salvateurs du Dieu d'Israël se répandra jusqu'à ce
que les nations comprennent qu'il est le seul Dieu. C'est ainsi qu'Israël
servira à faire se tourner les nations vers Lui et à créer ainsi une nouvelle
unité pour le genre humain. Notre
inférence est fondée en premier lieu
sur la conception biblique de Dieu comme créateur et soutien du monde,
qui devrait dans l'idéal être reconnu comme tel par toute l'humanité, et en
second lieu, sur l'impact que, selon l'histoire, les actions puissantes
accomplies par Dieu en Israël, ont eu hors d'Israël. C’est ainsi que les plaies
d'Egypte et l'ouverture de la Mer Rouge sont destinées, selon la déclaration de
Dieu, à faire admettre aux Egyptiens que "Je suis l'Eternel"
(Exode. 7:5, 17; 14:4). C'est aussi ce qui fait déclarer à Jethro: "Maintenant
je sais que l'Eternel est plus grand que tous les dieux..."
(Exode.18:11) C’est ce
qui fait confesser à la prostituée Rahab au nom de tout son peuple que "l'Eternel,
votre Dieu, est Dieu, aussi bien là-haut dans le ciel qu'ici-bas sur la terre" (Josué.2:11). On sait
aussi que le roi Salomon, dans son inauguration du Temple, demande à Dieu d'exaucer la prière des “Gentils”, les
étrangers, qui viendront visiter le
Temple et y prier, afin que "tous les peuples du monde connaissent ton
Nom et qu'ils Te révèrent, comme ton peuple Israël" (1 Rois 8:43). En guise
d'illustration de cette requête, nous pouvons encore citer Naaman l'Araméen,
qui proclame, guéri de la lèpre après
s'être baigné dans le Jourdain sur la parole du prophète : "Oui, je reconnais qu'il n'y a pas de
Dieu sur toute la terre, si ce n'est en Israël !" (II Rois 5:15). En bref : le peuple d'Israël, quand il est
loyal à Dieu, sert d'arène où se manifestent, à la vue des nations, la nature
de Dieu, sa bonté et son pouvoir. La prophétie d'Ezéchiel sur la chute du
chef barbare Gog lors de son invasion
de la terre d'Israël, s'achève sur la déclaration solennelle de Dieu: "Je
me montrerai grand et saint, je me manifesterai aux yeux de nations nombreuses,
et elles reconnaitront que je suis l'Eternel"
(Ezechiel 38:23). Mais ce
n'est pas seulement en tant qu'arène où se manifeste l’autorité de Dieu
qu'Israël sert une cause qui lui est extérieure. Moïse affirme que le fait d’observer les lois de la Torah
sera une preuve de la sagesse et du discernement d'Israël aux yeux des autres
peuples: "Lorsque
ceux-ci auront connaissance de toutes ces lois, ils diront: «Elle ne peut être
que sage et intelligente, cette grande nation !»"(Deut.4:6).
Le
bien-être matériel qui résultera de la vie en accord avec les lois de Dieu,
gagnera à Israël la réputation de législateur avisé (4:8); pour cette raison,
la prospérité résultant de la mise en pratique de ces lois témoignera en fin de
compte de la sagesse et du discernement de Dieu. En tant qu'arène dans laquelle
sont exposés les avantages qu'il y a à vivre conformément à la Torah, Israël
exalte la Torah à la vue du monde spectateur, une ' Qiddush ha-tora' qui est en
fin de compte une 'Qiddush ha-shem' - une exaltation de Dieu, son auteur. Qu’Israël
ait été créé pour servir un dessein de portée universelle, ceci est affirmé dans la prophétie sur le
serviteur du Seigneur, lequel représente le noyau des fidèles du Seigneur, par
la vertu desquels Israël doit survivre à ses désastres: "C'est trop peu que tu sois mon
serviteur, pour relever les tribus de Jacob et rétablir les ruines d'Israël; je
veux faire de toi la lumière des
nations, mon instrument de salut jusqu'aux confins de la terre." (Isaie 49:6) La
réhabilitation d'Israël anéanti se fera à la vue du monde entier, et ouvrira
les yeux des aveugles (les adorateurs d'idoles) sur leur véritable sauveur.
C'est la teneur du commentaire de Joseph
Kara sur la phrase de 49:3 :"Tu es mon serviteur, Israël, c'est
par toi que je me couvre de gloire.":
«Car je les ai exilés
parmi les nations uniquement afin d'accomplir pour eux des miracles et des
actes puissants, afin que mon Nom soit glorifié à travers eux.» Que
toutes les nations se tournent vers Lui, c'est là l'ultime aboutissement du
plan de Dieu, tel qu'il est esquissé dans la prophétie d'Isaie. Le rôle
d'Israël est de servir d'arène - au sens littéral - à la révélation du pouvoir
divin. Face aux conquêtes sans précédent de l'Assyrie, Isaie affirme: "Le
Seigneur-Cebaot a prononcé ce serment: «Certes, ce que j'ai résolu arrivera ,
ce que j'ai décrété s'accomplira. Je briserai Achour en ma terre, je le
broierai sur mes montagnes; son joug
disparaîtra de dessus les hommes, et son fardeau cessera de peser sur leurs
épaules. Voilà le décret préparé contre toute la terre, voilà la main étendue
sur toutes les nations»." (Isaie 14: 24-26) Après la
chute du dernier empire idolâtre (décrite en termes symboliques en 2: 10-21),
toutes les nations se tourneront vers le Dieu de Sion: "Et
nombre de peuples iront en disant: «Or çà, gravissons la montagne de l'Eternel
pour gagner la maison du Dieu de Jacob, afin qu'il nous enseigne ses voies et
que nous puissions suivre ses sentiers, car c'est de Sion que sort la doctrine
et de Jérusalem la parole du Seigneur»." (Isaïe
2:3) Il vaut
la peine de noter que le prophète n'envisage pas pour l'avenir l'effacement de
l'identité nationale. Les gentils adoreront le Seigneur , mais conserveront
leur individualité ethnique. C'est ce qui est souligné à la fin de l'oracle sur
l'Egypte: "
En ce jour-là, Israël uni, lui troisième, à l'Egypte et l'Assyrie, sera en
bénédiction dans l'étendue de tous ces pays, car l'Eternel-Cebaot lui aura
conféré sa bénédiction en ces termes: «Bénis soient mon peuple d'Egypte,
l'Assyrie, oeuvres de mes mains, et Israël, mon bien propre ! »." (Isaïe
19: 24-25) L'Egypte,
l'Assyrie et Israël reconnaitront l'unique vrai Dieu, mais demeureront des
entités ethniques distinctes. Avant de
terminer ce second chapitre, je ferai remarquer que la vision épique de la
Bible ne s'ouvre pas sur le premier Israélite, mais sur la création des
premiers humains, homme et femme, des êtres chers à Dieu, modelés à son image.
Le bonheur de l'humanité dépendait de sa soumission à la volonté de Dieu,
exprimée dans la Loi. Mais les créatures de Dieu se sont révoltées contre lui:
d'abord les premiers pères de la race, plus tard les nations, et en particulier
Israël. L'épopée culmine sur une vision du retour à Dieu de l'humanité, épurée
dans le creuset de l'histoire. Dans la vision eschatologique d'Isaie, celle qui
comprend le plus la prophétie classique, la composition de la population
terrestre demeure ce qu'elle est, une
minorité juive parmi une majorité de Gentils. Le gros de l'humanité, du monde
de Dieu, sera composé de Gentils, comme il l'a toujours été. Et au sein de ce
monde de Gentils, Israël est planté comme un foyer où Dieu se révèle , comme un instrument qui transforme le monde
en Son royaume.
3-Dialectique du particulier et de l’universel
Telle
est, brossée à grands traits, l'image biblique des relations qu'entretient
Israël avec les nations. Maintenant nous disposons d'un critère pour juger
quelques aspects problématiques de cette image, problématiques en ce que, non seulement ils ne servent pas à
assurer l’unité entre Israël et les nations, mais ils contribuent plutôt à la
déchirer. Quelle
attitude adopter aujourd'hui devant cette hostilité et à cette arrogance, je
parle de celle des Juifs à l'égard des Gentils ? Soyons clairs d'abord sur le fait que le
concept biblique de l'élection n'aboutit pas à déclarer les Gentils des
sous-hommes, qui ne seraient pas faits à l'image de Dieu. La présence de "fils
d'étrangers attachés à l'Eternel pour le servir" parmi la communauté
des exilés de Babylone (Isaie 56:6) et l'institution ultérieure de la
conversion inaugurée par les Sages de l'époque du Second Temple, prouvent que
l'ancien Judaïsme ne posait pas une différence raciale essentielle entre les
Juifs et les Gentils. Au contraire, l'idée de l'unité de l'humanité a été
fermement établie dans l'histoire biblique des origines de l'homme avec Adam,
Eve et la descendance de Noé. Cette histoire a reçu une profonde articulation
dans le Mishnah Sanhédrin 4.: “Voici
pourquoi un seul homme a été créé: pour
vous enseigner que quiconque fait périr une seule personne, est considéré par
l'Ecriture comme s'il avait fait périr un univers entier, et que quiconque
permet à une seule personne de vivre,
comme s'il avait maintenu en vie le monde entier . Et pour établir l'harmonie dans
l'humanité, afin que personne ne puisse dire à quelqu'un d'autre: mon lignage
est plus noble que le tien”. L'égalité
de tous les êtres humains est le fondement du projet biblique qui consiste à vouloir faire se tourner tous les peuples
vers Dieu. La grande vision eschatologique d'Isaie, voyant Israël comme
troisième partenaire avec l'Assyrie et l'Egypte, donne à entendre que
l'histoire de l'humanité progresse vers la reconstitution de son unité. Dans ce
mouvement, l’idée qu’il y aurait une différence essentielle entre Israël/les
Juifs et Gentils/les Nations, constitue une opposition. La raison que nous
avançons pour combattre et supprimer cette idée, est qu'elle réduit le rôle
joué par Israël dans le projet de Dieu "pour que mon salut atteigne
jusqu’aux extrémités de la terre". Le rôle d'Israël dans ce projet a
été défini une fois pour toutes comme "mon serviteur en qui je me
glorifierai" - un rôle de partenaire de Dieu et d'agent pour
"réformer le monde". Le dédain et l'arrogance des juifs à l'égard des
Gentils ne peuvent pas être en harmonie avec ce rôle. L'héritage
juif contient des sédiments de diverses époques et circonstances. Les besoins
de chaque époque ont déterminé quels éléments seraient influents et lesquels
seraient seconds. Tant que la
préoccupation essentielle était de
parer aux attaques d'un environnement
hostile, il était important de maintenir un front solide de
contre-attaque contre l'ennemi “gentil”. Aujourd'hui nous sommes une nation de
communautés dispersées qui cherchons à nous faire accepter dans la famille des
nations comme facteur constructif. Le rétablissement d'Israël au sein de la
famille des nations, nous oblige à examiner notre tradition au niveau de
l'image qu'elle a des “Gentils”, afin de déterminer dans quels termes nous
pouvons nous joindre à eux en vue d’une humanité unifiée. C'est un
domaine dans lequel notre Ecriture était en avance sur son temps, en ceci que
dans le récit des origines ainsi que dans la vision de l'avenir achevé, l'unité
de l'humanité était un élément essentiel, comme l'est le rôle d'Israël dans le
lien entre les deux ères. Certains éléments de notre héritage travaillent à la
cohésion sociale par la promotion au sein d'Israël, de la bonté, de la justice
et du droit qui sont les attributs moraux de Dieu, selon la parole du prophète: "Que celui qui se glorifie se
glorifie uniquement de ceci: d'être assez intelligent pour me comprendre et
savoir que je suis l'Eternel, exerçant la bonté, le droit et la justice sur la
terre, que ce sont ces choses-là auxquelles je prends plaisir."(Jér.
9: 23) Ces
éléments contribuent à faire ainsi d’Israël un modèle proposé à l'émulation des
“Gentils”, en provoquant chez eux l'admiration pour la Torah; ces éléments sont sans âge et sont donc applicables
de nos jours. Je le redis ici, tous les éléments qui contribuent à promouvoir
la dignité humaine dans le respect de l'image divine d'après laquelle tous les
êtres humains ont été créés, tous ces éléments sont sans âge et sont
applicables de nos jours. Par
contre, les éléments qui dressent des barrières entre notre peuple et les
autres sont certainement en conflit
avec le destin universel d'Israël. L'hostilité et l'arrogance à l'égard des
Gentils sont des éléments dont
l'élimination ne retrancherait aucune
composante essentielle du Judaïsme; ce serait au contraire une condition
nécessaire à la réalisation du dessein général. On peut
moins facilement traiter d'autres éléments-obstacles, telles que les
définitions (par exemple: qui est Juif ?), ou le domaine sacramentel, actes et
abstentions, qui symbolisent une réalité spirituelle. Les définitions vont à
l'essence et dépendent beaucoup moins des circonstances, que l'attitude à
l'égard des Gentils, dont nous nous occupons. Des changements dans les définitions
affecteraient, menaceraient même véritablement la substance du peuple, et donc
exigeraient une justification d'un ordre plus fondamental. Il y a
une tendance parmi les rigoristes à donner aux différences de comportement
religieux la même importance qu’aux définitions de foi: il s’agit là évidemment
d’une exagération, d’une surévaluation. L'axiome rabbinique est: "Même
pécheur, il est toujours Juif" (Sanhédrin 44a - le commentaire est attaché
à une offense sacramentelle grave, la profanation du "herem").
Maharsha explique: "Bien qu'il transgresse toute la Torah, il n'est pas
considéré comme Gentil, mais son cas est celui de quelqu'un qui, ayant rejeté
la Torah toute entière, reste un Juif pour toutes les affaires légales." Bien
sûr, on ne peut nier que pour les Juifs pratiquants, les sacrements juifs
soient essentiels à l'établissement de
l'identité juive. Mais la surévaluation des sacrements par les rigoristes qui
introduisent une séparation entre le
Juif et le Gentil, leur fait sous-évaluer les éléments de la tradition
qui relient les Juifs au reste de l'humanité. Ceci les rend insensibles à la
necessité impérative qu’il y a de réviser le corps de la tradition reçue sur ce
sujet. L'élément
sacramentel du Judaïsme offre une certaine ressemblance avec la linguistique.
La langue hébraïque permet d’exprimer la perception spécifiquement et
uniquement juive du monde; de la même façon les sacrements du Judaïsme servent
de véhicules à l'expérience juive unique du royaume transcendant. Ils
établissent une identité juive, comme la langue hébraïque, mais de même que le
langage, ils ne sont que l'une des composantes du Judaïsme, un système de
symboles qui indique une réalité d’un autre ordre. Les sacrements indiquent une
relation à Dieu qui dès le début transcende les limites d'Israël, à l'intérieur
desquelles Israël devait se parfaire afin que l'humanité puisse être parfaite. La
vision biblique lie moralement Israël au reste de l'humanité. Ainsi, tandis que
nous exprimons notre relation à Dieu par des sacrements particuliers, comme
l’est notre langage, notre identité
n'est pas déterminée uniquement par notre particularité. Elle l'est aussi, et
pas moins, par notre vision morale distinctive qui promeut des valeurs de
portée universelle. Les
sacrements du Judaïsme ont leur origine dans un monde dominé par le paganisme,
duquel l'Israël biblique était sommé de se séparer afin d'établir un cadre à
l'intérieur duquel une société modèle pouvait être construite. Le monde dans
lequel se trouve l'Israël moderne accorde au moins un semblant d'attention aux
valeurs bibliques cardinales.
En conclusion ...
Ce n'est
pas d'une secte de rigoristes xénophobes introvertis que le monde a un besoin
urgent, mais de l'exemple imitable d'une société luttant pour la justice et la
solidarité. Les rites particuliers du Judaïsme jouent un rôle constructif en ce
qu’ils servent aujourd'hui de véhicules traditionnels pour la piété
personnelle. Ils relient les uns aux autres ceux qui les pratiquent en une
communauté cherchant le contact avec le sacré. Mais ils ne constituent pas un
programme national d’action pour entrer
en conflit avec le monde séculier, et pour le sauver. Combien
serait remarquable, dans ce monde, la singularité d'Israël, s'il adoptait comme
ligne de conduite générale la trinité de Jérémie: “ HESED, TZEDAQA, MISHPAT”, “miséricorde, justice et droit” ! Quelle
identité distincte aurait cette société se consacrant à l'élaboration et au
développement en son sein de ces attributs d'une façon qui serait adoptée à
notre époque, et exerçant une pression en forme d’émulation sur les autres
sociétés ! Ce
serait une identité digne du document fondateur d'Israël. Professeur
Moshé GREENBERG Université
Hébraïque Jérusalem |
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