Chrétiens et juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

Béni soit le Seigneur,  le Dieu d'Israël...
par le pasteur Alain SCHVARTZ  paru dans Yerushalaim n°21

 

Depuis 1976, des week-ends interconfessionnels ont lieu à Viviers , réunissant chaque trimestre une assistance de 200 à 400 participants, protestants et catholiques, issus de la mouvance du Renouveau charismatique.

Pour l'année 1999/2000, l'équipe d'animation a décidé de centrer les quatre week-ends sur une seule question: "Le mystère d'Israël". Ceci est suffisamment significatif pour que nous en donnions ici l'information. Le texte ci-dessous correspond au premier enseignement du premier week-end, dans lequel le pasteur SCHVARTZ expose les motifs et perspectives.

Nous remercions François BINDER pour son travail de retranscription de cette conférence; il a conservé à ce texte le style parlé de l'exposé.

  

“Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’Il a visité et racheté son peuple !”

 

Vous vous êtes peut-être demandés pour quelles raisons  l’équipe d’animation  avait choisi ce texte  (Luc 1: 68), et quel rapport il pouvait avoir avec le Renouveau, avec vos préoccupations journalières, avec toutes celles que nous pouvons avoir dans le monde. Je vous rappelle que ce texte se trouve mis dans la bouche du sacrificateur Zacharie, le père de Jean-Baptiste qui, ne croyant pas à la naissance de son enfant, avait été rendu muet pendant 9 mois. C'est à l’annonce de la naissance, lorsqu’il eut choisi le nom de l’enfant, que le Seigneur lui rendit la voix pour prophétiser et donner ce grand cantique que vous retrouverez dans l’Évangile de Luc au chapitre 1, versets 68 à 79. C'est un chant de louange où Dieu nous est présenté,  et c’est là-dessus que notre attention a été attirée, comme "le Seigneur". Dans le Premier Testament ce mot est traduit par l’Éternel, rendu parfois par "Yahvé", mais les Juifs disent Adonaï, les 4 lettres YHWH formant le "tétragramme" dont personne ne connaît actuellement la prononciation, et qu’en tout cas les Juifs pieux évitent de prononcer. Quand ils rencontrent ce tétragramme -ce qui veut dire 4 lettres-  ils ne le prononcent pas parce qu’il n’y a pas de voyelles pour le prononcer, et que ce nom est saint; ils disent alors, soit Le Nom (HaChem), soit Adonaï.

C’est pour que n’ignorions rien de tout cela que, dans ce texte de Luc 1, 68, il nous est dit : "Le Seigneur", et à côté "le Dieu d’Israël". Notre attention est donc attirée sur ce fait que Celui que nous voulons considérer, Celui dont il nous est parlé par la bouche de beaucoup de prophètes, de sacrificateurs, c’est le Dieu d’Israël ; Jésus lui-même l’a confessé comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob: c’est le Dieu d’Israël. Relisez la deuxième partie du Livre d’Esaïe à partir du chapitre 40 et vous verrez combien Dieu se définit Lui-même souvent, non pas comme n’importe quel dieu, mais le Dieu d’Israël. Nous reviendrons là dessus.

Est-ce que cela nous concerne ? Est-ce que, dans notre coeur, nous adorons, nous louons, nous prions le Dieu qui est le Dieu d’Israël ? Est-ce simplement un jeu intellectuel, ou est-ce que cela est descendu très profondément dans notre coeur ? Qu’est-ce que cela a  à voir avec le baptême du Saint-Esprit, avec les charismes, avec nos groupes de prière charismatiques, et j’ajouterai, qu'est-ce que cela à voir avec le XXI° siècle, le Kosovo et le bug de l’an 2000 ? Voilà qui est vraiment une question d’actualité importante

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La Parole de Dieu a une origine juive

 

Depuis le début du Renouveau, le Seigneur nous a appelés à une lecture renouvelée de toute la Parole de Dieu, et à un amour pour cette Parole. Et qu’avons-nous  découvert ,  ou pour certains, que sommes-nous en train de découvrir, c’est que le Nouveau Testament comme le Premier Testament sont des livres juifs. Jésus nous dit : "Le salut vient des Juifs" (Jean 4:22) dans son entretien avec la Samaritaine. Il dit encore : "Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël" (Matt.15:24)

Tout le ministère de Jésus, pour l'essentiel, s’est passé qu’à l’intérieur du territoire d’Israël. Les citations du Premier Testament, soit de Jésus, soit de Paul dans ses lettres, sont extrêmement nombreuses. Et il y a un passage qui est absolument merveilleux, c’est celui de la rencontre de Jésus avec les disciples d’Emmaüs dans Luc 24, lorsque ce Promeneur inconnu rejoint les disciples d’Emmaüs qui sont tellement tristes ! Qu’est-ce que Jésus ressuscité leur dit ? Il ne leur parle pas de réincarnation ou de ce qui se passe de l’autre côté de la barrière, mais Il leur fait en quelque sorte une étude biblique et "Il leur explique dans toutes les Écritures, c’est-à-dire le Premier Testament que nous appelons l’Ancien Testament,  ce qui le concernait." .  Le Premier Testament parle de Jésus ! Si nous ignorons tout ce message juif qui est dans le Premier Testament, il y a quelque chose qui nous manque concernant la connaissance de Jésus.

Aimons le Premier Testament, pour que peu à peu nous arrivions à le lire comme il faut: quand voici quelques années, lorsque nous étions moins éclairés par le Seigneur, nous lisions l’Ancien Testament, chaque fois qu’il y avait le mot "Israël", nous mettions le mot "Église" à la place. Et nous nous appropriions toutes les promesses qui étaient faites à Israël! Mais, depuis, nous nous sommes aperçu qu’Israël, ça veut dire Israël, surtout dans le Premier Testament ! Et par conséquent, il y a tout un ensemble de paroles du Seigneur, de promesses, de prophéties concernant Israël qui sont accomplies ou encore à accomplir, qui ne concernent qu’Israël ! Et quand on lit Jérusalem, ce n’est pas l’Église, ni Rome, ni Genève, ni Moscou ni Constantinople: c’est Jérusalem. Nous devons apprendre à relire la Parole de Dieu comme elle est, et non pas comme nous voudrions la lire à travers des lunettes colorées qui nous rassurent intérieurement.

 

Sommes-nous solidaires et responsables de tout ce qui concerne les Juifs ?

 

Donc voici la Parole de Dieu qui s’éclaire, et qui se ré-éclaire pour nous, c’est l'oeuvre du Saint-Esprit ! Et, en même temps, le Seigneur attire notre attention sur un certain nombre d’événements par lesquels Il veut secouer notre indifférence. Je pense que le plus gros, le plus énorme de ces événements, c’est ce qu’on a coutume d’appeler la Shoah, c’est-à-dire cette extermination des Juifs pendant la dernière guerre, phénomène qu’on n’avait jamais vu encore dans l’histoire du monde : six millions de Juifs dont 1 400 000 enfants qui ont disparus dans la folie nazie. Pourquoi ? Non pas parce qu’ils étaient des ennemis, non pas parce qu’ils étaient dangereux, non pas parce qu’ils étaient armés, non pas parce qu’ils attaquaient le III° Reich, mais tout simplement parce qu’ils étaient Juifs !

En face de cette horreur, nous devons nous interroger. Que s’est-il passé ? Pourquoi cela s’est-il  passé ? Comment devons-nous  réagir en face de cela ? Cela nous amenés d'abord à relire l’histoire. Ces dernières années, un certain nombre de frères et soeurs un peu partout dans le monde, en Europe surtout, ont relu l’histoire des Croisades. certains ont été amenés à organiser  une marche de repentance: partant de divers pays européens sur la trace des croisades; tout le long du chemin, ils ont demandé pardon auprès de différentes populations pour les exactions qu’avaient commis les Croisés au nom de Dieu, au nom du Dieu de la Bible. Leur point d’aboutissement fut Jérusalem, au  mois de Juillet de cette année, exactement 900 ans après la prise de cette ville par Godefroy de Bouillon. Celui-ci, après l'avoir encerclée, en a massacré tous les habitants et, en particulier, a fait enfermer tous les Juifs dans les synagogues pour y mettre le feu ... !

Cetes, ce n’est pas nous qui avons fait cela. De même que ce n’est pas moi qui ai mis les Juifs en camp de concentration en Allemagne. Mais ce sont nos frères, nos amis, tous ceux dont nous sommes les héritiers.  Il y a sans doute quelque chose dans mon hérédité, au moins spirituelle qui a été marqué par cela, parce que, lorsque Godefroy de Bouillon et ses armées ont perpétré ces horreurs,  ils portaient  la croix sur leurs vêtements, ils chantaient des cantiques et ils proclamaient: "Dieu le veult !" et " Loué soit Jésus-Christ !".  Que nous le voulions ou non, et bien que ce soit passé il y a 900 ans, nous sommes porteurs de cette hérédité spirituelle qui nous a sûrement marqués.

D'autre part, un  événement beaucoup plus récent, qui ne nous touche pas personnellement dans notre conscience, c'est le retour du peuple juif dans ce qu’on appelait autrefois la Palestine, pays des Philistins: est-il simplement un effet de la mauvaise conscience des Occidentaux d’avoir persécuté le peuple juif, ou  y a-t-il une intention de Dieu ? Est-ce  un événement banal, ou au contraire un accomplissement des Écritures  ? On peut au moins se poser la question et examiner si, dans la Bible, il y a des textes qui nous conduisent dans cette direction-là.

Deux événements encore plus récents se sont déroulés en 1967, qui apparaissent fortuits: l'un, la guerre des Six Jours suivie de la réunification de Jérusalem et l'autre, qui nous concerne tous très directement, le début du Renouveau Charismatique catholique. Avec un troisième fait, au même moment, l’apparition de ce qu’il est convenu d’appeler maintenant les Juifs messianiques, c’est-à-dire des Juifs devenant croyants en Jésus, mais ne se rattachant à aucune Église existante et désirant fonder des communautés, des églises, qui gardent entièrement le caractère juif. La simultanéité de ces trois événements peut provoquer en nous des interrogations.

Je pense que la  relecture de la Parole de Dieu dont nous parlions plus haut, et la considération des événements cités ici, doivent nous amener, nous contraindre en quelque sorte, à chercher l’obéissance telle que Dieu la demande. Pour moi, si vous voulez, s’il est vrai que l’oecuménisme, l’interconfessionalité, la communion entre chrétiens n’est pas une option dans le Renouveau charismatique, dans tous les mouvements de réveil que Dieu lance, mais un chemin dans lequel Dieu nous appelle à une obéissance permanente, est-ce qu’il n’en est pas de même pour tout ce qui concerne la question d’Israël ?  Attachés à nos petits problèmes personnels, n'oublions-nous pas quelles sont les préoccupations de Dieu  ?  Comment Il veut faire avancer l’Histoire, comment Il veut guérir, non pas nous personnellement, mais le monde entier ! C’est ce qui apparait dans le texte de Luc : “Il a visité et racheté son peuple” et, à travers son peuple, Il veut visiter, racheter et guérir l’humanité tout entière, Il veut réunir l’Église !

 

Ce n’est pas que la question d’Israël n’ait pas été présente dans le Renouveau charismatique dès le début. Ici même, dans nos week-ends oecuméniques charismatiques, nous avons eu régulièrement à coeur d’avoir des ateliers concernant Israël, de même que dans les Conventions de la Porte Ouverte, puis de Gagnières. Il y a eu, à la Pentecôte 1984, la première "Montée à Jérusalem", puis celles qui continuent encore maintenant ; depuis 1990, il y a les montées CŒUR pour la repentance vis-à-vis du Peuple d’Israël, une sensibilisation qui était toujours marquée dans le Renouveau charismatique. Les communautés issues du Renouveau charismatique ont chacune été poussées à avoir des représentants en Israël.

 

Mais je crois que Dieu cherche à sonner la cloche de plus en plus fortement ! Et il avait déjà commencé en 1897 : je rappellerai, pour les catholiques, et pour nous tous ensemble, que, cette année-là,  le Pape Léon XIII, dans une encyclique sur la dévotion au Saint-Esprit, et, dans la traduction française, invitait tous les catholiques, non seulement à fêter particulièrement la période de la Pentecôte, mais souhaitait que le Saint-Esprit "embrase les coeurs". Et, en cette même année 1897, à Bâle, eut lieu  le premier Congrès Juif Mondial: un journaliste juif, Théodore HERZL, qui avait assisté au procès de Dreyfus, et qui en avait été profondément  choqué, a déclaré à la tribune : “Dans cinq ans peut-être, dans cinquante ans sûrement, il y aura un état juif en Israël.”...  “Embrase nos coeurs”, “État d’Israël”, c'était  la même année 1897. Cinquante ans après, le 29 novembre 1947, l’ONU décrétait le partage de l’ex-Palestine, et la création de l’État d’Israël. Vous voyez comment Dieu travaille longtemps pour nous sensibiliser.

 

L’antisémitisme et le Concile Vatican II

 

La question "Israël" est difficile, parce qu’elle a été faussée par 15 à 20 siècles de ce qu’il faut bien appeler un antisémitisme chrétien. Quelle en est la raison: ignorance?  jalousie  (Ils sont le peuple élu, donc pas nous)? orgueil  (c’est nous qui les remplaçons, ils ne sont plus le vrai Israël)? Sans doute un peu de tout cela, ce qui a mis devant nos yeux des écrans et a faussé jusqu’à notre lecture de l’Écriture Sainte.

 

Lorsque le Concile de Vatican II a été amené à se pencher sur la question juive, il en est arrivé à deux constatations (cf . "Israël, serviteur de Dieu"  par le père Michel REMAUD  (Cerf ) :

 

(1) - Ce décret Nostra Ætate commence par ces mots: "Scrutant le mystère de l’Église, le Concile se souvient du lien qui unit le peuple du Nouveau testament à la descendance d’Abraham..." Ce qui signifie que  la question juive, tout ce qui concerne le peuple juif, tout ce qui concerne Israël,  fait partie de toute réflexion sur l’Église: l’Église ne peut pas se concevoir si le peuple d’Israël lui est étranger.  Un peu plus tard, en 1980, le cardinal Etchegaray dira dans le même sens: "L’Église est d’autant plus verdoyante qu’elle se souvient de ses racines juives".

C’est la première constatation : la question juive fait partie de notre réflexion sur l’Église, et par conséquent dans notre vie chrétienne, dans notre vie ecclésiale, nous ne pouvons pas en ignorer l’importance.

 

(2) - Il y a dans ce document Nostra Ætate une autre particularité importante. Vous savez que, dans tous ces documents conciliaires,  les rédacteurs s’appuient, pour étayer la réflexion théologique, non seulement sur des textes bibliques mais sur les réflexions des Pères de l’Église, tout au long des siècles: ceci assure et confirme la continuité des enseignements. Or, voilà que, pour ce décret particulier, les rédacteurs  n’ont pas pu s’appuyer sur la réflexion des Pères de l’Église, mais uniquement sur des textes bibliques. C’est le seul texte de tout le Concile qui présente cette particularité !  Qu’est-ce que cela veut dire, pour nous tous, catholiques et protestants ? Ccela veut dire que, si nous voulons réfléchir sur la question juive, nous ne pouvons pas nous ressourcer dans nos traditions, quellle que soit l’importance que nous leur accordons, mais nous devons en revenir à une réflexion éclairée, nous l’espérons, par le Saint-Esprit,  uniquement sur des textes bibliques.

 

Cinq ou six ans avant le Concile, pour citer maintenant un protestant,  le grand théologien Karl Barth (d’origine suisse, il enseignait en Allemagne, mais a été expulsé par le régime du III° Reich parce qu’il s’opposait à l’antisémitisme) écrivait: "La question décisive n’est pas : «que peut être la Synagogue juive sans Jésus-Christ ?» mais : «qu’est-ce que l’Église aussi longtemps qu’elle a en face d’elle un Israël qui lui est étranger et qui s’oppose à elle ?»”. Il allait même jusqu’à dire : "Le Mouvement Oecuménique d’aujourd’hui souffre plus gravement de l’absence d’Israël que de celle des Orthodoxes ou des Catholiques”.

 

Les bases de nouvelles relations

 

Essayons rapidement d’établir quelques points. Certains paraîtront comme des choses banales pour quelques-uns, mais je crois qu’il est bon de faire une sorte de collection de choses importantes que nous avons à réviser sous la conduite de l’Esprit-Saint, en relisant l’Écriture comme tout à nouveau..

En premier lieu, rappelons-nous que, contrairement à ce que les plus anciens ont reçu comme enseignement, le peuple d’Israël n’est pas maudit et que Dieu n’a pas rejeté son peuple. Il aurait tout simplement fallu savoir bien lire Romains 11 où Paul dit très clairement : “Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Loin de là !” . Mais on passait rapidement là-dessus et on lisait les choses qui étaient plutôt négatives vis-à-vis du peuple juif.

Je veux, pour souligner ce point, vous lire un certain nombre de citations du Premier Testament, des Prophètes: 

"Sion disait : L’Éternel m'abandonne, le Seigneur m'oublie !  Une femme oublie-t-elle l'enfant qu'elle allaite ? N'a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles ? Quand elle l'oublierait, Moi je ne t'oublierai jamais. Voici, je t'ai gravée sur mes mains ; tes murs  sont toujours devant mes yeux.” (Esaïe 49: 14 - 16)

Toujours veut dire toujours: depuis qu’Esaïe le disait jusqu’à maintenant. Et jusqu’à la fin des siècles !

 "Car ton créateur est ton époux: L’Éternel des armées est son nom ; Et ton rédempteur est le Saint d'Israël. Il se nomme Dieu de toute la terre. Car L’Éternel te rappelle comme une femme délaissée et au coeur attristé, comme une épouse de la jeunesse qui a été répudiée, dit ton Dieu. Quelques instants je t'avais abandonnée, Mais avec une grande affection je t'accueillerai ; Dans un instant de colère, je t'avais un moment dérobé ma face, Mais avec un amour éternel j'aurai compassion de toi, Dit ton rédempteur, L’Éternel. [...]” (Esaïe 54: 5-10)

Et ce passage bien connu :

“Quand les montagnes s'éloigneraient, Quand les collines chancelleraient, Mon amour ne s'éloignera point de toi, Et mon alliance de paix ne chancellera point, dit L’Éternel, qui a compassion de toi.”

: “Ainsi parle L’Éternel, qui a fait le soleil pour éclairer le jour, Qui a destiné la lune et les étoiles à éclairer la nuit, Qui soulève la mer et fait mugir ses flots, Lui dont le nom est L’Éternel des armées : Si ces lois viennent à cesser devant moi, dit L’Éternel, La race d'Israël aussi cessera pour toujours d'être une nation devant moi.  Ainsi parle L’Éternel : Si les cieux en haut peuvent être mesurés, Si les fondements de la terre en bas peuvent être sondés, Alors je rejetterai toute la race d'Israël, A cause de tout ce qu'ils ont fait, dit L’Éternel.” (Jérémie 31, 35-37)

Dans le Livre du Prophète Osée, qui est l'un des livres les plus merveilleux pour décrire l’amour de Dieu:

“Que ferai-je de toi, Éphraïm ? Dois-je te livrer, Israël ? Te traiterai-je comme Adma ? Te rendrai-je semblable à Tseboïm ? Mon coeur s'agite au dedans de moi, Toutes mes compassions sont émues. Je ne donnerai pas cours à l'ardeur de ma colère, je ne reviendrai pas détruire Éphraïm ; car je suis Dieu et non pas homme; au milieu de toi, je suis saint: je ne viendrai pas avec colère.” (ch. 11, vv. 8-9)

Vous pourrez lire aussi, dans ce récit de Genèse 17, lorsque Dieu fait de nouveau alliance avec Abraham, il lui dit:

"Ce sera une alliance perpétuelle." (répété 3 fois).  Perpétuelle ne veut pas dire que cette alliance cesserait si Israël venait à être désobéissant ! Quel droit avons-nous de juger la désobéissance d’Israël et d’en tirer des conséquences ? C’est une affaire entre lui et Dieu. Si vous avez des enfants qui sont désobéissants, même s’ils méritent la guillotine, ils ne cessent pas pour cela d’être vos enfants et d’être aimés par vous ! Il en est de même des relations entre Dieu et Israël : “Si une mère peut abandonner son enfant, disait Dieu dans Esaïe, Moi, je ne t’abandonnerai jamais. Il affirme être mieux encore qu’une mère, mieux qu’un père qui aime ses enfants. Voilà quelles sont les relations de Dieu avec Israël.

 

Dans le Magnificat,  (Luc 1:46-55) nous lisons:

“Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur parce qu’Il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante”

Et il faut lire et bien laisser entrer en soi les derniers versets de ce Magnificat :

“Il a secouru Israël son serviteur, Il s’est souvenu de sa miséricorde comme Il l’avait dit à nos pères envers Abraham et sa postérité pour toujours, à jamais, éternellement !”.

La promesse de l’alliance de Dieu avec Abraham est éternelle. Qu’est-ce que cela veut dire pour nous ? Que Dieu n’a pas rejeté son peuple, qu’Il n’a pas appelé l’Église à remplacer Israël, que l’Église n’est pas le Nouvel Israël, (ce terme-là n’existe pas dans le NT)  qu’il n’y a pas de substitution de l’Église à Israël, mais qu'Israël a encore dans les temps actuels une vocation particulière à remplir, et donc, par conséquent, que nous avons à prier pour Israël, pour sa mission dans le monde. Cela nous gêne peut-être, parce que les questions spirituelles, économiques et politiques se mélangent, qu’il y a non seulement les Juifs qui sont dans la Dispersion, mais qu’il y a ce très gênant État d’Israël dont nous ne savons que faire. Mais nous devons bien admettre que  la Diaspora (la Dispersion) et Israël sur sa terre, c’est tout un, c’est le peuple d’Israël. Et que Dieu sait ce qu’Il fait en le rappelant, en le replaçant sur sa terre.

Nous avons donc à prier pour que toutes les promesses de Dieu concernant Israël s’accomplissent, sans bien les préciser, parce que, si nous les précisions, il y aurait dans notre tête : " ... que tous les juifs et deviennent pentecôtistes, baptistes, catholiques, etc...” . Non, ce n’est pas comme cela : nous n’avons pas à prier pour que les juifs se convertissent: qu’est-ce que c’est se convertir, c’est se détourner des idoles pour se tourner vers le Dieu Vivant. Or, le Dieu qu’adorent les Juifs c’est le Dieu que nous adorons aussi : le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Ils ont simplement, comme le dit Paul, "un voile devant les yeux” en ce qui concerne Jésus, notamment sa divinité. Mais interrogez des chrétiens, parlez-leur de la divinité de Jésus, de sa résurrection, vous aurez parfois bien des surprises ...

Que des Juifs ne croient pas à la divinité de Jésus, c’est leur affaire, une affaire entre Dieu et eux ! Cela n’empêche pas qu’ils sont aimés de Dieu, que Dieu a encore pour eux une vocation, un travail, un ministère à accomplir. Nous devons prier pour que les relations entre le peuple juif et Dieu soient aussi claires que possible, et que toutes les promesses, toute la plénitude des projets de Dieu à l’égard du peuple d’Israël se réalisent.

 

La Substitution, obstacle à la Révélation

 

Comme je le disais tout-à-l’heure, l’Église n'a pas été substituée à Israël, et elle n’est pas le nouvel Israël : Jésus était juif, la vierge Marie était juive, la première Église était entièrement juive. Et le problème n’était pas à ce moment-là "que faire des Juifs ?",  mais "que faire des païens qui, par le ministère des Juifs, viennent à croire que Jésus est le Messie”. Va-t-on les obliger à devenir entièrement juifs, à se faire circoncire, à adopter toutes les lois, etc.  Le premier concile oecuménique qui s’est tenu à Jérusalem, tel qu’il nous est rapporté en Actes 15, débattait de ces questions-là . 

Mais que nous dit la Parole de Dieu à ce sujet ? Nous le lisons dans Romains 11: si nous sommes croyants en Jésus-Christ, nous sommes greffés sur le tronc d’Israël !  Or, nous avons encore à découvrir ce que cela veut dire: vivre de la sève d’Israël, c'est avoir besoin de la prière, de la pensée théologique, de la réflexion, de la méditation biblique d’Israël,  de l’Israël réel, pas uniquement de l’Israël croyant en Jésus-Christ !

Il y a un texte qui m’a toujours frappé, qui est pour moi encore plus puissant que Romains 11, c’est Éphésiens 2 (à partir du v. 11) et 3 : C’est un texte qu’on interprète souvent en disant que Jésus a abattu le mur de séparation entre les catholiques et les protestants.  Mais quand Paul écrivait cela, il n’y avait ni catholiques, ni protestants, il y avait les Juifs et les non-Juifs. Alors, il écrit aux Éphésiens, c’est-à-dire à des païens qui sont devenus croyants en Jésus-Christ. :

“C'est pourquoi, vous autrefois païens (c'est-à-dire non-juifs selon ce qui est dit aussitôt après) dans la chair, appelés incirconcis par ceux qu'on appelle circoncis et qui le sont en la chair par la main de l'homme, souvenez-vous que vous étiez en ce temps-là (avant de croire en Jésus-Christ) sans Christ, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse (aux alliances de l’Ancien Testament), sans espérance et sans Dieu dans le monde.  Mais maintenant, en Jésus-Christ, vous qui étiez jadis éloignés, vous avez été rapprochés (rapprochés des Juifs, du tronc, et  Paul va plus loin dans Romains 11 puisqu'il dit : “greffés sur le tronc”) par le sang de Christ. Car il est notre paix, lui qui des deux (les Juifs et les non-Juifs) n'en a fait qu'un, et qui a renversé le mur de séparation.” (Eph.2, 11-14  puis au verset 19, il poursuit) " Ainsi donc, vous n'êtes plus des étrangers (par rapport à Israël), ni des gens du dehors (des métèques) ; mais vous êtes concitoyens des saints (ce sont les juifs qui croient en Jésus-Christ), gens de la maison de Dieu (c’est le peuple d’Israël).”

Vous voyez donc ce mouvement que nous avons fini par ignorer complètement parce que la composante juive de l’Église a pratiquement complètement disparu sauf quelques individus: qu’est-ce que l’Église ?  c'est des Juifs et des païens, croyant en Jésus-Christ, et pas simplement des non-Juifs.

 

La repentance comme chemin de conversion

 

Autre chose encore : je parlais tout-à-l’heure de la Shoah, de Godefroy de Bouillon et de la prise de Jérusalem en 1099, mais il y a une chose à laquelle nous ferons  bien de porter attention : c’est la question de la repentance, la repentance de l’Église dans son ensemble. Les évêques de France ont eu, à propos du centre de déportation de Drancy, une démarche de repentance remarquable. Il y a eu auparavant  de nombreuses Églises protestantes en Hollande, en Allemagne, qui ont eu des démarches de repentance à cause de l’ignorance, de l’indifférence, de la peur, etc... qui ont régné pendant l’occupation nazie et qui ont empêché que l’on prenne parti pour les Juifs et ainsi les camps de concentration ont pu se développer et l’extermination des Juifs se poursuivre. Je citerai en exemple une communauté qui existe depuis la fin de la guerre, les Soeurs de Marie de Darmstadt, dont toute l’orientation est d’appeler toute l’Église chrétienne à la repentance à cause de ce qui a été fait au peuple juif.  Il nous faut porter très fortement cette question de la repentance vis-à-vis du peuple de Dieu; il nous faut demander pardon à Dieu pour l’hérédité qui est la nôtre, comme le prophète Daniel, comme Néhémie priaient dans la Bible : “Nous et nos pères, nous avons péché...” Ce n’est pas nous qui avons fait ces choses-là, mais nous en portons malgré nous l’hérédité.

D’autre part, la première Église, juive, était entièrement charismatique : c’est l’Église du Nouveau Testament ; lisez les Actes, les épîtres de Paul: n’y a-t-il pas une relation entre la manifestation des charismes et la place que nous pouvons accorder aux Juifs croyants en Jésus, dans l’Église ? Ou l’attention que nous portons au peuple de Dieu, l’amour que nous avons pour ce peuple dans son ensemble ? Il me semble que, dans l’histoire de l’Église, on constate une diminution et une disparition des charismes, à partir des IV°-V° siècles, à partir du moment où il n’y a plus de présence juive dans l’Église. Voilà encore une interrogation qui nous est posée.

 

Le temps des nations

 

Le retour d’Israël dans son pays, la réunification de Jérusalem, est-ce une question politique ou une question spirituelle ? Relisez, méditez, priez, demandez à Dieu de vous éclairer, en particulier sur ce verset de Luc 21: 24 où Jésus dit:

 "Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que le temps des nations soit accomplis."

Aujourd’hui, Jérusalem n’est plus sous une autre autorité que juive ; l’autorité des nations non juives n’est plus sur Jérusalem. D'où la question: sommes-nous entrés dans un  temps important qui n’est plus ce que la Bible appelle le temps des nations, le temps où les nations non juives avaient autorité sur la politique ? On a l’impression que toute la politique internationale s’en va comme des mailles qui filent, que rien ne peut arrêter.

Sommes-nous entrés dans un autre temps?

 

En conclusion...  :

Rencontrons nos "frères aînés dans la foi"

 

Pour terminer cet exposé je veux simplement souligner quelques points forts:

- l’importance de la repentance: on ne peut rester insensible à cette injonction de l'Esprit.

- l’importance de l’humilité, en considérant en particulier ce texte cinglant de Paul  (Romains 11: 20)  :  “Ne rentre pas dans l’orgueil, mais crains ; ne t’enorgueillis pas, toi qui n’es pas Juif de naissance...”

- l'importance de prier que toutes les promesses de Dieu à l’égard d’Israël se réalisent.

- l'importance de s'informer en mettant à profit toutes les possibilités qui nous sont offertes:

         -  l'émission religieuse juive chaque dimanche matin à 9h15 sur Antenne 2

           -  les groupes d'Amitié Judéo-Chrétienne

         -  les montées de COEUR et sa revue YERUSHALAIM

         -  la littérature de plus en plus fournie de commentaires et textes juifs.

 

Il nous faut aussi être très attentifs  lors de nos rencontres avec nos frères juifs: souvenons-nous qu'ils sont marqués par le souvenir séculaire de ce que les communautés chrétiennes leur ont fait subir au cours des siècles, en brimades, mépris, persécution, extermination, ... et cela en dépit du fait qu'ils nous ont précédés sur le chemin de la connaissance du vrai Dieu.  Prenons bien garde à nos élans de zèle maladroit et amer.   Nous avons d'abord à apprendre  et à promouvoir respect et écoute de l'autre.

Nous sommes invités à entrer dans le mouvement de Dieu à l’égard de son peuple, et cela, avec humilité et reconnaissance: cela  transformera nos églises, transformera nos vies, transformera nos mentalités, nous fera approfondir la Parole de Dieu, nous fera peut-être rénover les charismes et la vie charismatique, et c’est ce à quoi Dieu nous appelle actuellement.

 

 

Alain SCHVARTZ

                pasteur de l'Eglise Réformée de France

 

 

 

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