Chrétiens et juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

Plus jamais ça ?

Du Tsnami à Auschwitz,  une méditation sur la récente actualité médiatique.

par Henri LEFEBVRE

paru dans le n°39 de YERUSHALAIM

Depuis la dernière parution de YERUSHALAIM, notre paysage médiatique a été envahi, par deux événements considérables, le raz-de-marée de l’Océan Indien, et le 60ème anniversaire de la libération d’Auschwitz.

Alors que ce nom était généralement ignoré, le tsunami est ainsi entré dans le vocabulaire courant, avec quelques variantes orthographiques. On a beaucoup tenté d’expliquer l’attention absolument inédite apportée à cette catastrophe. Sans jamais oser avouer que l’humanité s’est rendu compte qu’elle avait ainsi l’image, voire la préfiguration, de la « ruine soudaine » annoncée à tous par l’Ecriture (1 Thess.5:13), et illustrée par ce qui s’est passé du temps de Noé, ou de Lot (Luc 17:26-30). Mais il ne faut pas demander aux commentateurs de jouer aux Cassandre: ils préfèrent en rester aux « Paix ! Paix ! » beaucoup moins exigeants.

Auschwitz, au contraire, était bien connu. On avait oublié que c’était le nom d’emprunt d’une petite ville de Pologne. Laquelle, et on le comprend car le fardeau de ce passé est trop lourd à porter, préfère s’appeler OSWIECIM  comme avant.

L’importance des cérémonies officielles (le 27 janvier 2005)  auxquelles nous avons assisté au travers de la télévision était considérable. Au point que tous s’accordaient à se demander pourquoi le soixantième anniversaire fut infiniment mieux célébré que le cinquantième. Les discours, commentaires, documentaires, de cette semaine-là seront peut-être réunis dans un grand livre du souvenir, et on y écrira sans doute en lettres de feu le « plus jamais ça » cent fois martelé.

Et pourtant cette formule incantatoire est déjà prise en défaut par les horreurs qui se sont déroulées depuis soixante ans sur la planète, et elle risque de devoir être rangée au placard des vœux pieux. Non qu’une véritable Shoah soit susceptible d’être renouvelée, car je pense qu’il n’y aura en effet qu’une seule Shoah dans l’histoire de l’humanité. Mais nos « plus jamais ça » se heurtent à la persévérance démoniaque du Mal absolu, et ce ne sont pas nos incantations, fussent-elles prononcées au plus haut niveau, dans l’unanimité des médias pour une fois rassemblés, qui ralentissent son effrayante progression.

Certes, il était infiniment souhaitable que tout cela ait été dit et diffusé. Certes le plus grand cimetière du monde n’avait jamais jusqu’à ce jour-là entendu si clairement la prière du Qaddish, et les regrets des peuples.

Mais si nous voulons interdire aux plantes immondes qui ont poussé à Auschwitz de repousser ailleurs, il faut bien creuser encore plus profondément pour arracher les moindre radicules.

Deux facteurs, qui dominent à mes yeux tous les autres, ont été nécessaires pour que l’extermination programmée puisse presque « réussir » (si l’on peut dire) :

    Le premier facteur fut la diffusion progressive, et sa réception dans les populations, d’une idéologie qui déniait à une partie de l’humanité le caractère d’homme. Cette idéologie pseudo-scientifique, basée sur l’idée de pureté de race, a alors envahi l’espace public et anesthésié peu à peu les consciences: les gens ont alors laissé faire: on ne peut expliquer autrement que cette entreprise gigantesque - plus de mille trains de wagons à bestiaux remplis d’hommes, femmes et enfants ! - puisse se dérouler sans provoquer de réactions notables, ni en Allemagne, ni hors d’Allemagne !  

A cette perversion absolue, à cette ivraie fondamentale qui ne sera arrachée qu’à la fin des temps, il faut, en attendant, opposer une médication tout aussi fondamentale: ce ne peut être que le radical  « Tu aimeras ton ennemi » de l’Evangile, qui s’enracine dans le « Qui sauve un seul homme sauve l’humanité toute entière »  du Talmud.

On devra aussi combattre avec la plus grande fermeté tout ce qui encourage la recherche obsessionnelle de pureté extérieure, qui serait la condition de l’approbation divine: « Tout est pur pour ceux qui sont purs » nous a rappelé Jésus qui nous invitait à nettoyer l’intérieur pour que l’extérieur soit net lui aussi . C’est sur la notion de pureté extérieure que les communautarismes entrent en guerre, comme on le voit dans le récent rapport très inquiétant sur l’extension du racisme en milieu scolaire, en France !

    Le second facteur fut l’instauration d’une hypocrisie généralisée, instituant le mensonge et le silence comme règles de base. Par le mensonge, les foules juives à qui on faisait croire qu’on les envoyait dans de nouveaux lieux de travail, furent amenées sans trop de résistance jusqu’aux portes des chambres à gaz. Le mensonge et le silence régnèrent sur tous les rouages de cette immense machinerie de mort qui devait exécuter son sinistre travail dans la plus complète discrétion. Toute parole imprudente pouvait vous entraîner à subir le même sort que ceux qui passaient sous vos yeux. Silence ! On tue !

A l’institution d’un tel silence coupable, nous devons opposer une autre médication tout aussi radicale, la primauté de la proclamation de la vérité dans la lumière. Non pour sacraliser le bavardage, évidemment, mais pour libérer la parole réfléchie et responsable, la parole qui interpelle, suscite la réflexion. C’est le « je » et le « tu » de Martin Buber. C’est surtout le « Ainsi parle l’Eternel » que l’on trouve près de 300 fois dans le Premier Testament.

Chrétiens et Juifs sont ainsi appelés à ne pas s’enliser dans de stériles chicanes de frères ennemis, mais à se dresser ensemble clairement, vigoureusement, pour proclamer dans le désert silencieux de ce monde la Parole éternelle de Dieu

Inutile d’attendre que ces deux médications-là soient mises en œuvre, ni même facilement acceptées, par la société, les institutions, les médias, …  Tout cela est avant tout du ressort de tous les croyants, tout particulièrement chrétiens et juifs, qui ont le même héritage. C’est certainement pour cette décision de leur part que le Seigneur « n’aura alors plus honte d’être appelé leur Dieu » (Hébreux 11:16).

Un tel programme rejoint celui que nous avait proposé Raphy MARCIANO, le directeur du Centre Communautaire Israélite de Paris, lorsqu’il intervint au cours de notre Assemblée Générale de 2003: il appelait de ses vœux à une « techouva commune », pour tous, juifs et chrétiens (cf YERUSHALAIM n°33).  Car la techouva, ce n’est pas seulement jeter un regard de regret et d’humiliation sur le passé, c’est aussi prendre la ferme résolution, et toutes les dispositions nécessaires, pour que « plus jamais ça » ne se reproduise dans l’avenir.

 

Oui, l’humanité est totalement incapable de dire « plus jamais ça » pour le tsunami, même si tous les scientifiques du monde se liguaient pour le combattre.

Mais l’humanité se liguera-t-elle pour que le « plus jamais ça » d’Auschwitz soit effectif, et étendu à toutes les formes de racisme, d’exclusion et d’oppression ? Acceptera-t-elle d’entrer dans la techouva que cela implique ?

Juifs et chrétiens, ensemble, ont à jouer ici le rôle de prophètes devant toute l’humanité, pour dénoncer le Mal. Peuples de prophètes et de prêtres, selon cette Parole qui leur est commune. « Peuples », dis-je en mettant le terme au pluriel: je devrais plutôt dire « Peuple », un seul peuple, uni, solidaire, …  Le serons-nous ?

Ou resterons-nous passifs et fatalistes devant l’implacable avancée des ténèbres ?

 

                                        Henri  Lefebvre

 

 

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