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LE MONDE S'EST TU ...

Allocution (extraits) de M.Bartowcezki au cérémonial du 60°anniversaire de la libération des camps.

AUSCHWITZ le 27 janvier 2005

 

Ancien prisonnier d'Auschwitz, M.Bartowcezki a été sollicité pour prononcer une allocution dont nous donnons ici des extraits. On peut retrouver la totalité de l'allocution sur le site www.upjf.org.

 ... C'est une émotion inimaginable que de me revoir, en septembre 1940, debout sur la place de rassemblement d'Auschwitz I comme Prisonnier Politique Polonais au milieu d'une foule de 5500 autres Polonais - étudiants, scouts, enseignants, avocats, médecins, prêtres, officiers de l'armée polonaise, militants de divers partis politiques et de syndicats -, incapable d'imaginer alors, que je survivrais à Hitler et à la Seconde Guerre mondiale. Je n'imaginais pas davantage qu'Auschwitz deviendrait, sous les noms d'Auschwitz-Birkenau et Monovitz, le théâtre d'un plan, unique en son genre, d'extermination biologique des Juifs européens, sans distinction de sexe ni d'âge.

Au cours des quinze premiers mois de fonctionnement de ce lieu effroyable, nous, les détenus polonais, étions entièrement seuls. Le monde libre ne s'intéressait ni à nos souffrances ni à notre mort, et ce malgré les efforts énormes entrepris par l'organisation clandestine de résistance du camp, qui faisait passer les informations à l'extérieur.

A la fin de l'été 1941, on transféra à Auschwitz quelque 15000 prisonniers de guerre de l'Armée soviétique, et c'est sur eux et sur les prisonniers politiques polonais malades que l'on testa, en septembre 1941, l'action du gaz meurtrier Zyklon B. A l'époque, aucun prisonnier ne pouvait s'imaginer que ce n'était qu'une expérimentation criminelle, une préparation criminelle au génocide qui allait être pratiqué à l'échelle industrielle. Et pourtant, c'est ce qui se produisit dans les années mémorables de 1942 à 1944. La construction des chambres à gaz et des crématoires, leur mise en oeuvre effective ne sont que les aspects techniques de cette entreprise diabolique.

... Alors que les Polonais ou les Russes détenus à Auschwitz-Birkenau furent considérés comme des Untermenschen[sous-hommes (note de la Rédaction d'upjf.org)] par les Allemands, les Juifs ... furent traités non comme des Untermenschen, mais comme de la vermine.

Le mouvement polonais de résistance ne cessa d'informer et d'alerter le monde libre à propos de cette situation. Pourtant, dès le dernier trimestre de l'année 1942, les gouvernements de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis étaient déjà informés de ce qui se passait à Auschwitz-Birkenau, grâce à l'émissaire polonais Jan Karski dont c'était la mission, et également par d'autres voies. Aucun pays dans le monde ne réagit, ... On ne trouva pas de moyens efficaces et, à vrai dire, on n'en chercha pas. Et pourtant, à cette époque-là, plus de la moitié des futures victimes étaient encore en vie. Le seul effet que produisit l'initiative polonaise fut une brève déclaration des douze Etats Alliés, relative à la responsabilité pour l'extermination des Juifs, émise simultanément, le 17 décembre 1942, à Londres, Moscou et Washington. Dans cette déclaration - qui ne mentionne pas le nom d'Auschwitz-Birkenau -, les gouvernements de Belgique, Tchécoslovaquie, Grèce, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Etats-Unis, Grande-Bretagne, URSS, Yougoslavie, et le Comité National Français signalent qu'ils sont au courant du sort tragique des Juifs «en Pologne, dont les hitlériens avaient fait leur principal lieu de torture», et ils annoncent que ceux qui sont responsables de ce crime n'échapperont pas au châtiment.

... Nous voulons croire que la détresse inimaginable des prisonniers et des victimes en ce lieu où nous sommes aujourd'hui, obligera les nouvelles générations à coexister dans le respect de la dignité de tout homme et à contrecarrer activement toutes les manifestations de haine et de mépris ressentis par un peuple à l'égard d'un autre peuple, et plus particulièrement toutes les formes de xénophobie et d'antisémitisme - même si ce dernier est hypocritement nommé antisionisme.

... La vue des tombes incite tout homme normal au recueillement. Mais ici, il n'y pas de tombes. Aussi sur les lieux de ce crime indicible, la réflexion doit se transformer en cet unique sens de responsabilité, et en une mémoire permanente de ce qui s'y est produit.

Et qu'il me soit permis de conclure mon allocution par ces mots du livre de Job [Jb 16, 18], qui sont aussi importants pour les Juifs que pour les Chrétiens:

"Ô terre, ne couvre pas mon sang, et qu'il n'y ait pas de lieu que n'atteigne mon cri".


M.Bartoszewski      ancien déporté polonais à Auschwitz, ardent promoteur du processus de réconciliation polono-allemande et du dialogue polono-juif, il a été ambassadeur et ministre des Affaires étrangères de son pays.  Il est également citoyen d'honneur de l'Etat d'Israël.

 


© Wladyslaw Bartoszewski et Agence de Presse Polonaise (PAP) pour le texte anglais,

©upjf.org pour la version française. version complète sur www.upjf.org/documents/

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