Chrétiens et Juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

Pour une techouva commune

ALLOCUTION DE M. RAPHY MARCIANO

à l'occasion de l'ASSEMBLEE GENERALE de l'association « CŒUR »

le dimanche 15 juin 2003 à Sucy en Brie

Dans deux mois, la salle où nous nous trouvons deviendra, une fois rénovée, un lieu d'étude, de conférences et de prière et c'est en ma qualité de responsable provisoire que je vous souhaite ici la bienvenue. Et, à ce titre, je voudrais vous dire que je suis d'abord, comme tous les amis du bureau de notre Association avec lesquels nous avons préparé cette réunion, extrêmement ému et honoré de votre présence. Il faut que vous sachiez que ce n'est pas à sens unique. Il y a une sensibilité des amis de cette communauté qui mesurent l'importance des rencontres avec nos amis Chrétiens dans cette maison commune. De celle-ci sort dès à présent le dialogue, et sortira certainement cet amour que nous sommes en train de reconstruire depuis quelques années déjà, les uns avec les autres dans les chemins de Dieu.

Je suis habitant de Sucy-en-Brie, donc à ce titre je participe ici au groupe d'Amitié Judéo-Chrétienne, qui est un groupe exemplaire, je crois, dans la région parisienne, tant du fait du contenu que de la régularité des activités. Et je voudrais rendre hommage aux hommes et aux femmes qui dirigent ce Groupe d'Amitié Judéo-Chrétienne du Val de Marne-Est.

Et c'est un plaisir en plus de rencontrer des amis Chrétiens et de partager avec eux une réflexion. Car, c'est de cela qu'il s'agit, et non pas d'échanger des reproches ou des polémiques stériles, de nous opposer en confrontations négatives mais de nous réunir en discussions constructives. Nous avons déjà intégré nous-mêmes l'idée que nous sommes d'accord sur ce en quoi nous ne sommes pas d'accord. A partir de là il reste très grand champ d'action, sur lequel nous sommes d'accord pour construire le monde de demain, parce que le sort de ce monde-là, selon ma conviction de Juif et d'homme, repose entre les mains du peuple juif et du peuple chrétien . Il dépend de la vision que vont en avoir, pour le bâtir, les Juifs et les Chrétiens.

Le sujet que vous m'avez proposé est un sujet intéressant : « Au delà de la repentance, quelles relations entre Judaïsme et Christianisme ? » J'avoue que j'aime le sujet mais pas sa formulation. De plus, ce matin j'ai reçu quelques questions qui m'ont fait chambouler tout le questionnement. Et donc je me suis dit que j' allais essayer dans le cours du petit exposé que j'ai préparé, et au fur et à mesure de son développement, d'introduire les réponses à ces questions.

Un sujet important

J'avoue que j'aime le sujet mais que je n'en aime pas la formulation: je n'aime pas le mot « repentance »  ! Je n'aime pas ce mot parce que si on ne l'explique pas, il a une connotation négative. Or la notion de Techouva, que l'on traduit par "repentance", est quelque chose d'éminemment positif, puisqu'il s'agit d'une relation qui passe d'abord par Dieu. Elle n'est pas l'exclusivité des hommes, elle est d'abord la réponse de Dieu aux hommes.

Oui, je n'aime pas le mot « repentance », parce que si on ne l'explique pas, il a une connotation négative dès le départ. Or la notion de Techouva, que l'on traduit par repentance, est quelque chose d'éminemment positif, puisqu'il s'agit d'une relation qui passe d'abord par Dieu. Elle n'est pas l'exclusivité des hommes, elle est d'abord la réponse de Dieu aux hommes. Donc au lieu de " Au delà de la repentance, quelles relations entre Judaïsme et christianisme ?", je dirais plutôt : " Au delà du rapprochement et de la clarification , la « Techouva » commune doit s'imposer ! " : c'est l'idée qu'une repentance commune, et pas à sens unique, doit s'imposer à tous les hommes de foi ! Sinon on avancera d'une manière parallèle, mais certainement pas dans le même sens !

Ce sujet soulève d'abord pour moi un paradoxe que je voudrais souligner. En tant que Juif, je mets en garde, parce qu'il faut dépasser une approche naïve du dialogue: il y a deux écueils qu'il faut éviter:

- le premier est ce que j'appellerai le faux dialogue du cheminement spirituel, qui n'a pas de pire ennemi que la volonté de plaire. Cela n'est pas vraiment du dialogue, mais une sorte de complaisance réciproque dans les rencontres: on se fait plaisir, parce qu'on se croit parfois le meilleur, et parce qu'on croit qu'ensemble on va délivrer un message à l'humanité. Il faut éviter et transcender cette double tentation qui nous rendrait prétentieux les et les autres.

- le second, qui risquerait de nous amener à un « anti-dialogue », qui serait comme une démagogie du pire, conduirait par exemple chez nous, les Juifs, à voir partout de l'antisémitisme, ce qui, par voie de conséquence, amènerait ces gens à penser qu'ils sont seuls contre tous. Et nous savons bien que, d'un point de vue psychologique, l'idée de « je suis seul et ils sont tous », procure une forme de satisfaction, une espèce de jouissance. Or, je pense que cette expression « je suis seul et ils sont tous », est une sorte de névrose du dialogue judéo-chrétien.

Et c'est ce double écueil qu'il nous faut éviter. Parce que, à mon point de vue, il ne s'agit pas d'une attitude réfléchie, pensée, construite, telle que Juifs et Chrétiens doivent avoir entre eux.

Pour un dialogue constructif

Dans le dialogue, il ne faut pas poser des mots qui ont une connotation négative, par exemple en parlant des condition du dialogue.

Il y a certes des obstacles à surmonter pour construire le dialogue. Mais, si nous parlons de conditions, on va y mettre une connotation négative. Je préfère parler d'obstacles qu'il faut surmonter ensemble. Ensemble, cela veut dire pour moi pas seulement les Chrétiens ! Les Juifs ont aussi des obstacles à surmonter pour se rapprocher des Chrétiens. Mais les Chrétiens doivent entendre, comprendre et intégrer que le cœur du dialogue judéo-chrétien, c'est le problème de la Shoah.

Le problème de la souffrance juive après la Shoah, voilà l'âme du dialogue judéo-chrétien, sans lequel il n'y aura aucun rapprochement: si un rapprochement a eu lieu, c'est parce que des Chrétiens ont compris le problème de la Shoah, et parmi eux, il faut parler du Pape Jean-Paul II: il faudra dire un jour tous les pas considérables qu'il a fait faire en vingt ans, plus qu'en deux mille ans auparavant. Ces pas considérables, ce changement de climat, de mots, d'attitude, de regard, sur le peuple juif ont fondamentalement changé la psychologie de beaucoup d'entre nous: il y a un commencement de rétablissement de la confiance qui nous fait dire « on tient le bon bout »; car un homme s'est levé et a montré le chemin d'une nouvelle réflexion pour les Chrétiens. Si on ose une petite analyse, on peut dire que la Shoah est venue de la décomposition de la chrétienté: celle-ci n'est pas à l'origine de la Shoah, ce n'est pas elle qui l'a provoquée; mais la Shoah s'est produite dans l'apostasie d'une Europe qui fut chrétienne, pour utiliser une expression du P. Dupuy.

Donc, il ne s'agit pas de demander aux Chrétiens de se culpabiliser. On reviendra à cette question qui est posée. Ma vérité de Juif ce n'est pas la vérité de l'humanité. Et le Juif ne peut pas prétendre que sa vérité doit être la vérité universelle.

Mais il faut rappeler avec insistance que l'antisémitisme du passé de la chrétienté a peut-être préparé les conditions de la Shoah. Et c'est la passivité de certains Chrétiens pendant la Shoah qui a approfondi la souffrance des Juifs.

Et j'ouvre vite ici une parenthèse que je refermerai rapidement : les Juifs sont en train de dire aujourd'hui, dans le contexte actuel, aux Chrétiens :"Ecoutez-nous cette fois-ci. Vous nous avez pas écoutés il y a soixante ans. C'est un SOS lancé dans les communautés juives aux Chrétiens, attention, écoutez-nous ! Ecoutez-nous, parce que nous avons besoin de vous. Ne nous abandonnez pas cette fois-ci Le monde est en train redevenir comme il y a soixante ans et les Juifs le savent. Par exemple, vous arrivez avec vos enfants ici au Centre Communautaire et vous trouvez sur le mur les dessins. (NDLR: Les murs tout fraîchement peints du Centre Communautaire avaient été couverts de graffitis antisémites obscènes au cours de la nuit précédant notre rencontre !)

Nous sommes donc bien dans les conditions où nous pouvons dire à nos amis Chrétiens : nous vous relançons, vous êtes la bouée de sauvetage de la situation qui se déroule aujourd'hui. Je ne parle pas d'Israël, je parle de la communauté juive en France. Ne renouvelons pas un silence qui était assourdissant il y a soixante ans ! Et c'est cet appel que je vois comme l'avenir du dialogue judéo-chrétien: comme disait le P. Dupuy, il faut presque l'élaboration d'une théologie de la Shoah.

Il y a aussi une autre tentation que le christianisme doit essayer d'éviter, c'est cette ambition de constituer la médiation historique, c'est à dire la médiation historique d'une vérité totalement chrétienne. Je souligne cette ambition parce que l'histoire du point de vue juif n'est pas le jugement dernier. Je veux dire par là que l'histoire n'est pas le lieu de l'expression de la vérité, comme d'ailleurs on le pense parfois dans le christianisme. Mais la vérité totale, c'est le passage devant Dieu: c'est Lui qui jugera qui est bon et qui est moins bon. Ce n'est pas l'histoire, c'est Dieu ! Ainsi, l'histoire n'a pas à servir de lieu d'expression totale de la vérité, et de ce point de vue les Juifs n'acceptent pas cette médiation historique. Et cela a entraîné la réflexion juive qui conduit à dire: « Attention, le dialogue se poursuivra quand on parlera du problème de la caducité de l'Alliance que Dieu a soumise et conclue avec le peuple juif. »

Alliance et Identité

Ce problème de la caducité de l'Alliance doit être posé officiellement par l'Eglise. Ce qui veut dire que deux points fondamentaux doivent être soulevés :

- il y a le problème de la Loi, c'est à dire de la mitzva dans la Torah. Car, qu'on le veuille ou non, quelque soient les courants théologiques, en ce qui concerne le sens des Lois, dans le christianisme on a remplacé la pratique et on en a engendré une autre. Nous n'avons pas à apporter de jugements réciproques sur la valeur des Lois, sur leurs signification et sur leurs finalités. Or, pour les Juifs, la Loi n'est pas rédemptrice, mais fondatrice de toute théologie et de toute loi de mitzva, c'est à dire de tout commandement divin. Et ceci est un propos que le chrétien commence à entendre.

- et cela passe par la remise en cause de la caducité de l'Alliance étant entendu que les Chrétiens doivent entendre par là aussi que la centralité de la Terre d'Israël pour le peuple juif, n'a pas simplement une valeur théorique, elle est une valeur rédemptrice et salvatrice, pas uniquement, mais elle est aussi d'abord fondatrice de toute théologie. Reconnaître le lien historique qui existe entre le peuple juif et sa terre, c'est fondamental. Si on reconnaît l'État sans reconnaître le lien historique de ce peuple sur cette terre, il n'y a pas de compréhension à ce niveau-là.

Je sais qu'il existe dans l'Église beaucoup d'incertitudes sur ce point; certains Juifs s'en plaignent, d'autres Juifs, dont je fais partie, n'interprètent pas l'incertitude de l'Église comme une faiblesse, mais comme le signe d'une Église qui se cherche. Et moi je préfère l'Église qui se cherche et qui affiche ses incertitudes, à une Église qui nous déteste tout en prétendant nous aimer, sans que l'on puisse attribuer de part et d'autre, la même signification au mot amour !

Et de ce point de vue là je crois que l'histoire du dialogue judéo-chrétien commence à prendre corps, et voilà comment je vois cela: nous avons compris que les Juifs ne peuvent pas dire « Moi je peux vivre mon identité juive sans passer pas les Chrétiens », et les chrétiens ne peut pas dire « Moi je peux vivre mon christianisme en niant les Juifs ». Non, les deux sont complémentaires. Et l'un a besoin de l'autre. Moi j'ai besoin du chrétien pour comprendre le sens du message de Dieu aujourd'hui. Et le chrétien a besoin du Juif pour comprendre les racines qui fondent son message. Et c'est pour cela que je dis qu'un jour viendra où l'Église reconnaîtra peut-être l'existence de deux Alliances. L'Alliance conclue par Dieu avec le peuple juif et l'Alliance conclue par Dieu avec les "gentils" au sens littéral du terme. Pour nous, Juifs, cela signifie qu'à partir de là, à partir de ces deux Alliances, nous devrons conclure une troisième Alliance qui serait le tiers-garant de l'authenticité , de la singularité des deux premières.

Et beaucoup de Juifs, beaucoup de rabbins, notamment Gilles Bernheim, se posent la question suivante: si les Pères de l'Eglise avaient poussé leur raisonnement un peu plus loin, ils auraient apporté la réponse à la question que se posaient les rabbins, « Mais pourquoi donc le christianisme est-t-il devenu une religion non-juive ? » 

Mais ce que je crois jusqu'à la moelle de mes os, c'est que notre avenir sera commun. J'ai besoin du chrétien pour avancer. Ce n'est pas la repentance qui a fait en moi le rapprochement judéo-chrétien. Ce n'est pas la repentance qui a été pour moi un objectif dans le dialogue. Pour moi c'était l'identification de mon être juif avec le chrétien. C'est-à-dire quand je dis - sous une forme un peu provocatrice parfois - « moi je suis resté à la maison, mes frères Chrétiens ont quitté la Maison », je veux exprimer l'idée qu'en réalité, on s'est mutuellement abandonnés. Je ne sais pas où est cette Maison, essayons de la retrouver. Quand je dis que je suis resté à la Maison, je ne sais pas dans quelle Maison, je pourrais dire que cette Maison pourrait être celle du Mont Sinaï, se retrouver dans l'Alliance du Sinaï ?

Je veux dire tout de suite que les 613 mitzvots du Sinaï sont un moule pour le peuple juif, mais pas pour l'humanité. Il est impensable d'imposer le TARYAG, les 613 mitzvots à l'humanité. Personne ne prétend au sein du judaïsme, que l'humanité doive appliquer les 163 mitzvots. Parce que le TARYAG applique un choix, qui est le choix d'une vie selon la loi de la Tora, mais on ne peut pas l'imposer à toute l'humanité.

Par contre les Dix Commandements (  je ne dis pas les dix paroles, ce ne sont pas de simples paroles ) pourraient être le chemin pour l'humanité. Pour un Juif, sa vérité n'est pas la vérité pour toute l'humanité, la vérité pour tous les hommes. Sa foi, ma foi de Juif, je ne prétends pas qu'elle doive être universelle. Nous n'avons pas le commandement de partager notre foi pour le salut de l'humanité. Il n'y a aucun commandement qui m'oblige, moi, à partager ma foi avec l'humanité, ni l'obliger à partager ma foi. Or le chrétien voudrait faire coïncider sa vérité avec La Vérité.

Le Juif accepte de vivre dans un monde flou, étrange, tragique. J'accepte en tant que Juif, de vivre dans un monde tragique, parce que ma foi n'est pas, comme je le disais, la foi de tous: le judaïsme est en gola , en diaspora, par rapport à l'humanité, le judaïsme est en marge. Le judaïsme en dehors d'Israël est en marge de l'humanité. Je parle sur le plan spirituel. Alors que le chrétien pendant longtemps s'est représenté comme le centre du monde, et de l'humanité. On devra prendre du temps pour débattre ce point et pour l'éclaircir .

A partir de quand l'Eglise a-t-elle commencé à dialoguer ? Il y a un beau midrash là-dessus: à partir du moment où elle a cessé d'être la foi officielle de l'Europe ! On peut dire, historiquement même, que l'église est entrée en galout , en diaspora, et c'est ce qui a fait place à l'idée de se remettre à jour et de commencer une évolution. C'est à dire que les Chrétiens se sont trouvés placés dans la même situation que celle qui était historiquement celle des Juifs.

Ainsi, notre histoire entre Juifs et Chrétiens a été marquée par un conflit de deux mille ans ! Puis, aujourd'hui, il y a une prise de conscience. Comment, à partir de là, construire une réalité nouvelle ? Je répondrai à cette question par une autre question: qu'est-ce qu'il faudrait pour que l'identité chrétienne n'apparaisse pas comme une rivale, une concurrente, une ennemie, de l'identité juive ? Et je réponds à cette dernière interrogation de la façon suivante: « Il faudrait que l'Eglise n'oublie pas le message de la croix ! » Oui, les Chrétiens n'ont-ils pas oublié le message de la croix, le message de Jésus, qui est le message d'un rapport d'amour entre les hommes, de la diffusion du message de Dieu sur la terre pour le rapprochement entre les hommes ? Certains chrétiens dans l'histoire, une grand partie des Chrétiens, ont oublié ce message de la croix. Ils l'ont interprété à leur manière, parce qu'ils ont vu dans le Juif l'ennemi du christianisme. Or il faut cesser de voir le Juif comme l'ennemi mais plutôt comme un complément, comme la racine du message de Jésus ! Et moi je dis toujours à mes amis chrétiens ; j'ai un avantage sur vous, c'est que moi je connais Jésus mieux que vous, c'est un privilège prétentieux que j'ai !

Donc ce message de Jésus aujourd'hui a été pendant deux mille ans mal compris, oublié, mal interprété, et mal appliqué. C'est une déviation du message de la croix. Je crois que l'Eglise chrétienne redeviendra chrétienne quand les Chrétiens reprendront la compréhension du vrai message de Jésus.

Transmettre le Message de Dieu à l'humanité

Et puis, pour répondre à une autre question qui m'a été posée, si la Maison commune des Juifs et des Chrétiens, c'est le Sinaï, comment peuvent-ils pratiquer ensemble la même Loi ? Jésus a pratiqué le TARYAG des mitzvots. Ma réponse de Juif, c'est de dire on ne peut pas accepter la TORA et choisir ce qui convient dans la Tora, de même qu'on ne peut pas accepter les Évangiles et prendre dans les Evangiles que ce qui me convient. Quand on accepte la totalité de la Bible, on ne peut pas en choisir qu'une partie des commandements. Mais la réponse est aussi de dire : un Chrétien doit rester un bon chrétien dans le chemin de Jésus, et de la croix. Plus un Chrétien sera chrétien dans ce chemin-là et plus il fera avancer le message de Dieu sur terre. Et plus un Juif restera dans le message du Sinaï, plus il contribuera à la diffusion du message de Dieu et du rapprochement des hommes. En effet, ces deux messages ne sont pas opposés, mais plutôt parfaitement complémentaires. L'un est l'explication de l'autre. L'un a été une traduction de l'autre. Ce ne sont pas deux chemins opposés, mais ce sont deux chemins vers le même message.

Pour conclure cet exposé,, je dirai que nous avons eu, Juifs et Chrétiens, un chemin douloureux de reconnaissance mutuelle. Mais les Juifs doivent savoir qu'on ne peut pas avoir un rapport avec nos amis chrétiens en les mettant constamment dans une situation de reproches, et en disant qu'il y a des lacunes et des accrocs à raccommoder On ne peut pas mettre les Chrétiens en permanence dans une situation de revendication unilatérale de la part du judaïsme, en les mettant en position de difficulté permanente; en effet, déjà à l'intérieur du christianisme, la minorité des Chrétiens qui fait ce rapprochement, a des difficultés avec leurs frères chrétiens au sein de leur Église, et il ne faut pas leur ajouter une autre confrontation inutile.

Et je vais exprimer cela autrement en disant à mes amis chrétiens : ne vous découragez pas, le peuple juif est un peuple à la nuque raide ! Vous connaissez l'histoire humoristique: mettez deux Juifs dans une chambre, il en sortira deux partis politiques ! Je veux dire par là: ne vous fiez pas aux apparences avec les Juifs; je vais essayer de « prêcher pour ma paroisse !» : le peuple juif est un beau peuple , c'est un grand peuple, et ce peuple là n'a qu'un seul souci c'est de vivre le message de Dieu et de le partager avec les autres !

Un appel aux chrétiens

Et moi je fais appel aux Chrétiens aujourd'hui, et je leur dis : il faut que l'on aille vers un renouveau de nos rencontres, vers un renouveau de nos dialogues, vers un renouveau de l'Amitié Judéo-chrétienne ! Il y a une autre étape à franchir et j'appelle à ce renouveau aujourd'hui: à l'aube du troisième millénaire nous avons, Juifs et Chrétiens, un nouveau dialogue à bâtir pour nos enfants ! Parce que nous sommes la civilisation du Livre, parce que nous sommes deux religions qui ont le même Livre, et cela face à la civilisation, je dirais, du pouvoir, de l'argent, de la jouissance, des non-valeurs de cette société ! Et ce renouveau doit nous aider à reconstruire non seulement nos relations inter-religieuses, et judéo-chrétiennes, mais aussi à servir d'exemplarité pour la société qui nous entoure. Il faut que dans ce renouveau auquel j'appelle, que l'on passe du siècle du conflit à un siècle du dialogue, de l'espérance et du respect mutuel. Et cette prospective du message commun, je veux vous dire qu'il y a dans le peuple juif des hommes et des femmes qui n'attendent qu'un déclic; ils n'ont pas encore vu le déclic, peut-être parce qu'ils n'ont pas de contact, ou ils n'ont pas compris, n'en ont pas saisi l'importance, ou pas encore intégré le message de Jésus comme complémentaire de celui du Mont Sinaï.

Mais de plus en plus vous assisterez à ceci: vous verrez de plus en plus de rabbins dans les communautés, ouvrir le dialogue judéo-chrétien - et la France est exemplaire dans ce domaine du dialogue.

Vous n'auriez jamais rêvé il y cinquante, soixante ans que des rabbins aillent dans une église contacter le curé du village, que dans une colonie de vacances le curé du village vienne visiter des enfants juifs, ... que l'association « CŒUR » fasse sa réunion dans une synagogue !

Tout cela témoigne des pas en avant que nous avons fait, et tout cela n'est pas dû au hasard. Je suis persuadé que tout cela est dans le chemin de Dieu. Et que celui qui ne voit pas la main de Dieu dans tout ce rapprochement n'a rien compris à l'histoire.

Et moi je voudrais dire, parce qu'il y a le Sefer Tora derrière nous,(1) que les Juifs sont aujourd'hui assoiffés de dialogue, de rapprochement, parce que non seulement eux-mêmes sont en danger, mais aussi parce que l'humanité est en danger.

Les Chrétiens ont, je pèse mes termes, beaucoup plus de possibilités que les Juifs pour faire face et agir, ils ont beaucoup plus à dire, ils ont beaucoup plus de moyens que le peuple juif (je parle ici du peuple juif dans la diaspora, je ne parle pas d'Israël ), plus d'autorité, plus de crédibilité pour cela, que les Juifs eux-mêmes.

Raphy Marciano

Directeur du Centre Communautaire Israélite de Paris

(1) : Nous étions rassemblés dans la synagogue du lieu: comme dans toute synagogue, les rouleaux de la Torah sont soigneusement rangés dans un coffre qui était là au centre, face à l'assistance, et donc derrière l'orateur.

NB: Nous avons retranscrit ci-dessus, en adaptant au mieux le style parlé, et avec son accord, les grandes lignes de l'intervention de Raphy Marciano. Les sous-titres sont de la rédaction.

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