Chrétiens et Juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

 

Spécificité de la Shoah

 

Nous vous avons souvent recommandé le livre intitulé « Juifs et Chrétiens d’hier à demain » (Édition du Cerf, Bien que déjà ancien (1990), ce livre garde toujours un grand intérêt: nous vous le recommandons  ivement.

Nous nous faisons donc un plaisir de présenter à nos lecteurs ce petit texte dans lequel Frère Yohanan apporte un complément à son livre.   (Repris du site internet http://www.afiq.net/echo/document/index.htm)

 

Quand on parle de la Shoah aujourd’hui, on pense spontanément à d’autres génocides perpétrés dans le passé et surtout ces dernières années. Il est vrai que la Shoah est vue aujourd’hui comme un génocide parmi d’autres. Cela demande quelques explications.

Tout d'abord il est vrai que ce n'est, hélas, ni le premier ni le dernier cas de massacre massif d’êtres humains dans l’histoire. Toutes les générations ont connu ces horreurs. Par ailleurs, une mère qui tient dans ses bras son fils égorgé vit dans son être le même déchirement, à toute époque et en tout pays. Et la question n’est pas le nombre, tant de milliers, tant de millions. On ne compare pas les souffrances indicibles, on ne met pas en balance le nombre des victimes.

Et pourtant, un examen approfondi des circonstances de la Shoah oblige à en souligner le caractère unique. Répétons-le: non quant au nombre, non quant à la violence de la souffrance des torturés, non quant à la douleur de leurs parents survivants.

De quoi s’agit-il donc…?

 

1.    Le plan de suppression du Peuple de l’Alliance

Le plan nazi avait un caractère qui dépassait l’extermination d’une population, comme le note le Pape Jean-Paul II : “Le racisme est la négation de l’identité la plus profonde de l’être humain [...] A la malice morale de tout génocide s’ajoute, avec la Shoah, la malice d’une haine qui s’en prend au plan salvifique de Dieu sur l’histoire.” (31.10.1997). Le Père Dujardin développe ces idées dans deux articles (1) dont nous tirons les citations suivantes :

“Si l’on considère [...] les mobiles, la Shoah possède ses propres caractéristiques. L’antisémitisme nazi ne trouve de justification ni politique, ni économique, ni sociale. Cela ne signifie pas que ces thèmes n’aient pas été utilisés dans les persécutions. Ils appartenaient aux formes traditionnelles de l’antisémitisme, les nazis les ont récupérés.'’

“Lutte raciale, ou conflit religieux? L’antisémitisme nazi est incontestablement de nature raciale, parce qu’il s’insère dans une vision raciale du monde, mais il est davantage que cela. Hitler perçoit en effet la religion juive, identifiée à la race juive, comme un danger mortel pour la race aryenne, indépendamment des raisons raciales. Il reproche en effet au judaïsme d’avoir inventé et introduit dans la civilisation occidentale une éthique du respect absolu de la vie, de l’égale dignité des hommes et de la fraternité humaine. Les Juifs, dira-t-il, ont inventé la conscience. Cette morale est totalement incompatible avec l’idée d’une hiérarchie des races, avec le projet de domination de la race aryenne. De ce point de vue, la Shoah n’est pas seulement un génocide parmi les génocides, mais un acte délibérément anti-éthique. L’éthique juive trouve sa source dans le monothéisme.'’

“On peut alors se demander si le conflit n’est pas davantage de nature religieuse que de nature raciale. Ici s’affrontent deux conceptions religieuses et philosophiques de l’homme et de l’univers: d’une part, la vision dont le judaïsme et la tradition judéo-chrétienne sont témoins; de l’autre, la vision nazie, c’est-à-dire la tentative de reconstruire l’humanité sur le modèle de l’animalité, par l’application de la sélection naturelle définie par Darwin. De cette conception découlent une autre morale, un autre système de valeurs, qui portent à l’extrême la violence, l’instinct et la guerre, comme expressions naturelles et spontanées de l’existence humaine. A l’appui d’une telle vision du monde, on pourrait citer une multitude de textes. “Nous arrêterons l’humanité sur un chemin où elle faisait fausse route. Il n’existe pas de vérité, pas plus dans le domaine de la morale que dans celui de la science. Le mot “crime” est un reliquat d’un monde dépassé. Il faut se fier à ses instincts.” Ou encore: “Celui qui ne comprend le national-socialisme que comme un mouvement politique n’en sait pas grand-chose. Le national-socialisme est plus qu’une religion, c’est la volonté de créer un nouvel homme..” 

“Rauschning prête à Hitler les propos suivants : Il ne peut pas y avoir deux peuples élus. Nous sommes le peuple de Dieu. [...] Deux mondes s’affrontent, l’homme de Dieu et l’homme de Satan. Le juif est l’anti-homme [...], un être hors nature [...]. Il s’agit de faire surgir un nouvel homme, qui sait et qui sent que Dieu est en lui.

“D’après la signification de l’existence juive aux yeux de Hitler, il fallait tuer les enfants parce qu’ils étaient l’avenir, il fallait tuer ou stériliser les femmes parce qu’elles donnaient la vie et l’identité, mais il fallait aussi tuer les vieillards, parce qu’ils incarnaient la mémoire. Une telle logique de mort ne pouvait que conduire à la décision de priver les juifs de toute sépulture, à la volonté d’effacer toute trace de leur existence.”

Il fallait donc effacer la trace même des fosses communes en plantant une forêt par dessus, pour que l’humanité oublie qu’il y avait eu un tel peuple, avec son idée du Dieu de la Bible et de ses exigences morales. Pour Hitler, si les Slaves étaient des Untermenschen (sous-hommes), les Juifs étaient Unmenschen (non-hommes). C’était “un poison, un germe d’épidémie”, d’où l’emploi de gaz insecticide, d’où la conviction des nazis qu’ils faisaient une œuvre de purification de l’humanité. Et ils le faisaient sans scrupule de conscience: “Mon crime n’est pas un crime puisque l’homme que je tue n’est pas un homme.'’

 

2.    Les moyens employés

La Shoah est aussi exceptionnelle par la façon dont les nazis ont réalisé leur plan.
Ce n’est pas l’explosion de la haine d’un peuple contre un autre, une tuerie massive pour être seul dans un territoire, à l’exclusion de l’autre peuple ou de l’autre race. C’est la planification méthodique, froidement organisée pendant des années, à l’échelon national. “Cette perversité n’avait jamais été atteinte dans les méthodes: utilisation de tous les rouages d’un état juridiquement reconnu, de son administration, de sa bureaucratie, de ses services publics et privés (transports ferroviaires et agences de voyage).”

Résultat: 6 millions d’êtres supprimés, dont 1 million d’enfants, année après année, dans divers pays d’Europe, “tranquillement”, sans presque d’opposition à ce plan de la part des puissances, sans l’envoi de secours d’autres pays. On ne saurait assez souligner le traumatisme que cela a laissé dans la conscience juive, déjà meurtrie par tant de siècles d’humiliations et de tueries dans le monde chrétien. Il faudra bien des années pour que le cœur juif se libère de la peur et retrouve la confiance.

 

3.    Cas unique, cas exemplaire

Malgré le caractère exceptionnel de la Shoah souligné ci-dessus, il est clair qu’il y a aussi des points communs entre ce génocide et les autres génocides passés et contemporains. Et la réflexion sur la Shoah, cas extrême, doit être comme un point de repère, une mise en garde faite à l’humanité, pour que rien de semblable ne soit plus possible. Elle nous permet de “mieux entendre ce que les autres génocides ne nous disent pas’'. Elle doit montrer à quoi peut mener le racisme, le mépris de la vie humaine, la folie de l’exaltation d’un surhomme dominant les autres, défiant Dieu et Son amour pour tout être humain créé à son image.

 

Frère Yohanan Elihai

 

Note 1: L’article “Shoah” dans 1938-1948 - les années de tourmente de Munich à Prague - Dictionnaire critique, Jean-Pierre Azéma & François Bédarida, Flammarion 1995, pp.1047-1058; et l’article Réflexions sur la Shoah - Documents Episcopat (Evêques de France), repris dans Znak No 419-420 avril-mai 1990 pp.64-96.

 

        Retour haut de page           Retour au sommaire            Retour à la page d'accueil     

Si vous souhaitez réagir au contenu de notre site, écrivez-nous 

Nous publierons les échanges les plus intéressants dans le tableau "Forum"