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Chrétiens et Juifs, ... des amis ! |
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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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Expiation et pardon
Les mots hébreux pour
parler du pardon Paru dans Yerushalaim n°11
Mes chers amis, lorsqu'Elsbietha m'a demandé de
prendre la parole pour exposer la notion du pardon dans le judaïsme, j'ai
évidemment accepté parce que je n'ai jamais su lui refuser quelque chose et
parce que, un certain nombre d'entre vous le savent, j'ai participé à plusieurs
de vos rencontres. Mais je ne vous parlerai aujourd'hui, ni d'histoire, ni de
politique religieuse. Je veux simplement vous parler du pardon.
C'est
au Lévitique 6 que l'on parle du "Hatat", et c'est au Levitique 7 que
l'on parle du péché commis intentionnellement et pour lequel on doit offrir un
sacrifice qui s'appelle "Acham". Ce mot est traduit par offense
délictive pour le rabbinat, sacrifice de culpabilité pour Segond, sacrifice de
réparation pour la Bible de Jérusalem. La faute involontaire s'appelle
"Chgaga", erreur, ignorance. La faute intentionnelle s'appelle
"Zadon", orgueil, arrogance. En
traduction française, le premier terme "Seli'ha" est traduit par
pardon, le deuxième terme "Mehila" est traduit aussi par pardon, le
troisième terme "Kappara" est traduit par expiation. Or
les deux premiers termes, nous les disons chaque jour dans la prière
quotidienne à trois reprises. C'est une des "18 ou 19 Bénédictions",
où nous disons "Pardonne-nous, O Père car nous avons péché (et là viens la
racine "Hèt"). Pardonne-nous, O Roi parce que nous avons failli"
(et là vient la racine Pècha). Le jour de Kippour, au moment de la grande
confession où nous évoquons devant Dieu par ordre alphabétique, en trois
groupes, toute la série des transgressions que l'on peut commettre, à chacune
des interruptions, nous demandons à Dieu que pour toutes les infractions :
"Selahl la nou" Pardonne-nous, "Mehal la nou"
Absous-nous. "Kaperl la nou" Remets-nous. Les
versets suivants 29 à 34 instituent pour le 10 du 7ème mois ( ce qui est chez
nous le 10 Tichri) une journée annuelle de mortification pour se purifier
devant Dieu. Ici, nous avons donc deux nouveaux termes: la mortification et la
purification. Il est dit: "Ce sera pour vous un statut perpétuel pour
relever les enfants d'Israël de tous leurs péchés une fois l'année". C'est
là l'institution et le rituel du jour du Kippour. Mais le terme de "Yom
Kippour" ou "Yom ha Kippourim" n'apparait pas dans ce chapitre.
Il ne figure qu'en Lévitique 23 sous le nom de "Yom ha Kippourim", le
jour des pardons ou des expiations, jour de jeûne et de mortification pour
l'expiation des péchés commis au cours de l'année. C'est là que se trouve
défini et imposé pour les temps à venir le jour de Kippour. Tant qu'existait le
Temple, le jour de Kippour était marqué par le rituel des sacrifices, eux-mêmes
liés à la confession, à la reconnaissance des fautes commises et à la demande
du pardon, mais les prophètes insistent déjà sur l'importance de la pénitence
sans laquelle le sacrifice n'est qu'un acte vide de tout sens. C'est
ainsi que le prophète Osée dit (14:3): "Armez-vous
de paroles suppliantes, revenez au Seigneur, dites lui. Fais grâce entière à la
faute, agrée la réparation. Nous remplacerons les taureaux du sacrifice par les
paroles de nos lèvres". Isaïe
est encore beaucoup plus violent (1:11-15): "Que
m'importe, , la multitude de vos sacrifices, Je suis saturé de vos holocaustes
de béliers, de la graisse de vos victimes. Cessez d'apporter l'oblation
hypocrite. Votre encens m'est en horreur. Lavez-vous, purifiez-vous, écartez de
mes yeux l'impureté de vos actes. Recherchez la justice, rendez le bonheur à
l'orphelin, défendez la cause de la veuve...” Cela
ne signifie pas qu'Isaïe, comme les autres prophètes s'oppose aux sacrifices
puisqu'ils sont mentionnés dans la Torah, par conséquent ce sont des lois
obligatoires. Mais il veut effectivement enseigner que le sacrifice en
lui-même, le geste du sacrifice n'a aucune valeur, s'il n'est pas soutenu par
une reconnaissance de la faute, une expiation et une pénitence totale. Au chapitre
57 du même prophète se trouve un texte que nous avons lu hier matin dans la
"Haftara", c'est-à-dire dans le chapitre prophétique qui termine la
lecture de la Thora: "Voici
le jeûne que j'aime. C'est rompre la chaine de l'injustice, délier les liens de
tous, les jougs, renvoyer libres ceux que l'on opprime, briser toutes les
servitudes. Que tu partages ton pain avec l'affamé et que tu recueilles chez
toi, le sans-abri". Je
pense que ces deux citations que l'on pourrait retrouver de la même manière,
mais pas avec autant de fougue, chez tous les prophètes, suffiront. Plus
encore, disent nos maîtres, si le repentir de l'homme n'est pas simplement dû à
la crainte du châtiment, ou à la crainte des jours redoutables de Roch Hachana
à Kippour, mais s'il est l'expression d'un retour d'un amour sincère de l’homme
pour Dieu, alors les fautes elles-mêmes sont supprimées et deviennent des actes
méritoires: au lieu qu'il y ait eu péché, ce péché pardonné rentre dans les qualités
et les valeurs morales et humaines de l'homme. Il existe un texte dans le
Talmud de Jérusalem qui dit :"On a demandé à la sagesse quel est le
châtiment du pécheur et la sagesse a répondu: C'est le malheur qui poursuit les
pécheurs, en citant un verset des Proverbes. On a interrogé les prophètes: Quel
est ensuite le châtiment qui frappe le pécheur, et les prophètes ont répondu
par la voix d'Ezéchiel (chap. 18): C'est la personne qui pèche qui mourra. Le
fils ne portera pas la faute du père, ni le père celle du fils. Alors on a
interrogé le Saint béni soit-il, Lui même: Quel est le châtiment qui frappe le
pécheur ? Et Dieu a répondu avec le verset d'Osée: "Qu'ils fassent
pénitence, et il leur sera pardonné" ou bien "Reviens Israël,
jusqu'à Dieu, je les guérirai de leur égarement." Même lorsque toutes
les portes du ciel sont fermées à cause du comportement des hommes, celle de la
Techouva reste toujours ouverte. Un
texte de Maïmonide dit :"Il y a 24 péchés pour lesquels il n'y a pas de
pardon, des péchés d'une telle gravité qu'il n'y a pas de pardon possible. Et
des maîtres beaucoup plus récents ont dit : Vous n'avez pas compris Maïmonide:
il y a toujours rémission possible lorsque la pénitence est sincère, profonde
et vient du coeur. A celui qui aurait fauté sa vie entière et revient à Dieu un
jour avant sa mort, tous les péchés seront pardonnés. Et même le plus grand des
justes ne pourra jamais s'élever aussi haut, dans le rapprochement de Dieu, que
celui qui a fait Techouva car il peut revenir jusqu'à Dieu. Osée
dit "Reviens Israël - ad Hashem Elohéha - jusqu'à
l'Eternel ton Dieu” c'est à dire que tu peux monter par ta pénitence
jusqu'au trône divin. Ezéchiel dit (chap.18): "Est-ce que je souhaite
la mort du méchant ? dit le Saint - Béni soit Il.- qu'il revienne de sa
conduite et qu'il vive". Dans
Isaïe 1, nous lisons "Venez donc et discutons, dit le Seigneur. Vos
péchés seraient-ils comme le cramoisi ? Ils deviendront blancs comme la neige.
Seraient-ils rouges comme la pourpre ? Ils deviendront comme de la laine
blanche.". Une
confession sans Techouva n'a aucune valeur. Celui qui dit : "Je vais
pécher, puis je ferai pénitence", sa pénitence ne sera jamais acceptée.
Celui qui dit: "Je vais pécher, et le Yom Kippour qui vient m'apportera le
pardon", celui-là ne sera pas pardonné. Lorsque
l'homme a commis des péchés véniels et s'en repent, la Techouva est agréée
immédiatement par Dieu qui pardonne à l'instant même. Pour des fautes plus
graves, la Techouva n'apportera le pardon divin que le jour de Kippour, le jour
de l'expiation où alors la pénitence primitive est complétée par la pénitence
individuelle et collective. Pour les péchés plus graves encore, Techouva et
Kippour n'apporteront le pardon que si le pécheur a été éprouvé par des
épreuves physiques et morales qui peuvent briser son coeur trop fier et le
montrer dans son humilité. Il existe enfin des fautes si grandes que seule la
mort pourra apporter le pardon divin, si le pécheur a préalablement regretté
ses actes par la Techouva. Ceci nous amène à parler du pardon même. ce pardon
que Dieu accorde à l'homme qui regrette et confesse les fautes commises et qui
s'engage à ne pas récidiver. Dans
les trois prières quotidiennes nous disons à Dieu :"Pardonne nous, O Père,
car nous avons péché. Sois indulgent O Roi car nous avons failli. Et les termes
utilisés sont "Sela'h" de Seli'ha, Me'hal de Me'hila. Le jour de
Kippour, l'évocation pour le pardon divin occupe la place essentielle des cinq
prières de la journée. Habituellement, pendant toute l'année, nous avons trois
prières quotidiennes : celle du matin, celle de "Minha", l'offrande
de l'après midi, et celle de "Mà ariv", la prière du soir ou de la
nuit. Le shabbat et les jours de fête, s'ajoute une quatrième
prière "Moussaf", la prière supplémentaire où on évoque les
sacrifices spéciaux offerts ces jours-là. A
Yom Kippour, il y a une cinquième prière qui s'appelle "Ne'ila", la
fermeture, la prière faite avant la fermeture des portes, avant que ne se
couche le soleil: nous avons là une dernière chance de nous glisser à
l'intérieur du palais divin pour exprimer une fois encore tous nos regrets. A Yom
Kippour, le grand prêtre priait ainsi par trois fois : "De grâce Seigneur,
j'ai péché "Hèt", j'ai été pervers "Avon", j'ai été inique
"Pècha" devant Toi, moi, ma famille, tout Israël. De grâce Seigneur
remet (avec la racine "Kapper") les iniquités, les offenses, les
transgressions. Comme il est dit dans Ta Torah, (Lévitique 16:30). "En ce
jour, votre expiation aura lieu afin de vous purifier, afin que tous vos péchés
soient effacés devant l'Eternel. Dans le même chapitre: "Le grand prêtre
purifiera le sanctuaire des souillures des enfants d'Israël". Nous
retrouvons là, la notion que le péché est avant tout une souillure. Que celui
qui le commet est un être impur qui doit être purifié. "Il purifiera le
sanctuaire des souillures des enfants d'Israël, de leurs transgressions et de
leurs fautes. Le grand Prêtre le dit à trois reprises: la première fois, il ne
se mentionne que lui-même et ses proches, sa famille. la deuxième fois,
lui-même, sa famille et l'ensemble des "Cohanim" (caste des prêtres).
la troisième fois : lui-même sa famille, les cohanims et la collectivité entière
d’Israël. Or,
nous reprenons nous-même cette prière du grand prêtre. Et à trois reprises, ce
qui n’existe plus autrement depuis que le temple a été détruit, nous nous
prosternons comme le faisaient nos ancêtres, lorsqu'ils entendaient la
confession du grand prêtre. L'expiation
doit nous purifier, car le péché est avant tout une souillure, une impureté de
l'âme et cette purification sera la conséquence du pardon de Dieu,
Rappelez-vous Isaïe: "Vos péchés seraient ils comme l'écarlate..." L'homme
qui est jugé par Dieu à "Roch Hachanna" a pu faire son examen de
conscience et,conscient de la solidarité entre tous les hommes, il confesse les
offenses qu'il a, ou qu'ils ont commises, vis à vis du Créateur. Il évoque les
"Hataïm" de "Hèt" les "Avonot" de
"Avon", les "Péchaïm" de "Péchà" et il demandera
à Dieu "Me'hila", "Seli'ha" "Kappara". Car ces
six termes, les trois termes qui désignent les fautes et ceux qui désignent le
pardon, marquent à la fois des degrés dans la culpabilité et des degrés dans la
rémission et dans le pardon. Nous avons commencé en définissant "hèt"
comme une faute involontaire, "Avon" faute en toute connaissance,
"pècha" un acte de rébellion à l'égard de Dieu. Il est donc évident
que le pardon pour ces fautes sera plus ou moins difficile à obtenir selon la
gravité du péché. Mais
il n'y a pas que le châtiment du péché. L'âme de l'homme qui a fauté est
devenue impure. Comme le dit le Rav Soloveichik" elle est
"Pagoum", c'est-à-dire ébréchée, défectueuse, incompléte. La faute
imprime un défaut dans la personne spirituelle du pécheur et elle coupe l'homme
de la source vivante de son âme, c'est à dire de son "Père Céleste".
Si Dieu à Kippour renonce au châtiment, il ne libère pas automatiquement
l'homme de son impureté et celui-ci reste coupé du "Maître du monde".
Le but de la Techouva est de purifier la personnalité, l'âme de l'homme et de
reconstituer, de renouveler, de restaurer les liens avec Dieu comme ils
existaient avant le péché. C'est là le terme de Seli'ha. Yom Kippour n'est pas
seulement le jour de la "Seli'ha", mais aussi celui de la
purification "Tahara". Alors que la "Kappara", le pardon
total, sera la conséquence du retour sincère, du regret de la faute commise et
de la confession, car c'est Dieu seul qui peut accorder cette
"Kappara". Le grand prêtre jadis intervenait pour obtenir cette
"Kappara" de Dieu. Dans le chapitre 16 du Lévitique, la racine
"Kapper" revient quatorze fois dans le passage qui relate le culte au
Temple et l'institution du jour annuel de Kippour. Si je peux, tout au long de
l'année, exprimer les regrets pour des fautes commises individuellement et
demander à Dieu de les pardonner, à Kippour c'est une confession générale,
collective qui doit obtenir l'absolution divine. A
"Roch Hachana", lorsque Dieu fait passer les hommes devant lui pour
les juger, il n'est pas dit "Il fait passer Israël, mais il fait passer
tous les hommes, l'humanité toute entière et juge cette humanité entière",
c'est à dire qu'il devrait exister aussi une possibilité de repentance de
retour pour chaque être humain quel qu'il soit. Une
tradition ancienne, peut-être légendaire, nous dit, qu'il y avait au Temple, un
fil blanc qui était tendu d'un mur à l'autre. Ce fil au cours de l'année
devenait de plus en plus rouge, à cause du péché qui s'accumulaient et le jour
de Kippour, ce fil était rouge écarlate. Si le soir du Kippour, après la prière
de "Neila", celle de la clôture des portes, le fil redevenait blanc,
c'était la preuve que le pardon de Dieu était accordé. Le jeûne de Kippour, à
ce moment-là, se transformait en une manifestation de joie, une festivité pour
marquer la joie de l'expiation. Mais à la fin de l'époque du Second Temple, ce
signe a disparu; il ne subsiste plus que l'espoir et la confiance, que la
prière et la charité alliées au repentir sincère de la communauté, seront
acceptées par Dieu et que le pardon nous sera accordé. Des
millions de juifs, jeunes et vieux ont jeûné et repris sans cesse au cours de
ces cinq prières de Kippour les expressions que vous avez devant vous. Que
ce soit pour vous un statut perpétuel afin de relever les enfants d'Israël de
tous leurs péchés une fois l'année". Nos
maîtres disent : Que signifie une fois l'année ? Est ce que cela signifie
qu'une fois par an il faut célébrer Kippour avec toute sa liturgie ? Non, une
fois dans l'année signifie que Kippour n'a de sens que si sa leçon, si la
compréhension de Kippour, si mon retour vers Dieu, si ce repentir, s'étend
sur l'année entière. Nous
le souhaitons de tout coeur.
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