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Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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En
mémoire de Le
28.09.1990 , le rabbin Léon ASHKENAZI participe à l'accueil du groupe COEUR,
venu pour son premier voyage-démarche de repentance. Il est le troisième
orateur dans le grand auditorium du mémorial du Yad-Vashem, la veille de Yom
Kippour, après le président du Yad
Vashem et Lucien Lazare, responsable du service des "Justes parmi les
nations" Le
texte ci-dessous a été improvisé: "J'avais préparé un discours, nous
a-t-il dit après la rencontre, mais quand j'ai vu vos visages, j'ai mis mon
papier dans ma poche ..." Ce détail dénote la profonde émotion ressentie
par tous à l'occasion de cette démarche qui appelait à la réconciliation et à
l'amour. Le
rav.Aschkenazi , "Manitou" comme on l'appelait affectueusement
d'après son totem reçu étant scout israélite à Paris, était une grande figure
du judaïsme contemporain. Il était connu pour son parler clair, parfois
tranchant, mais jamais dépourvu d'un grand sens de l'humain. Nous
saluons ici celui qui fut un ami de COEUR, un ami que nous avons peut-être déçu
parce qu'il espérait beaucoup, passionément. Mes chers amis, Mes paroles
ne peuvent que faire écho à tout ce que nous venons d'entendre dans ces
premiers moments de la rencontre: je
suis persuadé que les historiens qui parleront de notre temps, noteront ce
moment comme un moment important dans l'histoire d'Israël et j'en suis
persuadé, en tout cas je le souhaite aussi, de l'histoire des rapports entre la
Chrétienté et Israël. Lorsque
j'ai reçu l'invitation à vous rejoindre aujourd'hui et que j'ai lu le
texte que vous avez envoyé de France, ma réaction a été extrêmement positive et
pour des raisons très parallèles à
celles que vient de vousexprimer
notre ami, le DocteurLucien
LAZARE: je vousle dirai en deux phrases très simples, il
s'agit d'un acte de repentance chrétienne pour une faute reconnue comme chrétienne
(vous ne l'avez pas caché) et je crois que c'est la première fois que des chrétiens ayant fait entre eux communauté (car nous savons que vous êtes des
chrétiens d'obédiences différents) ont eu le courage de cet aveu de repentir. Pour ma
part, j'ai une question que je sais être sans réponse, en tout cas
aujourd'hui, une question que je me suis posé depuis la fin de la guerre,
chaque fois que j'ai pressenti (et nous sommes nombreux à l'avoir pressenti)
que dans le monde de la chrétienté au bout de 2OOO ans de l'histoire que vous
savez, commence à poindre l'espoir d'une reconnaissance de fraternité. Et voici
cette question : pourquoi, pourquoi
a-t-il fallu tant de temps ? Deux mille
ans, c'est une épaisseur de durée tellement massive que la question sans
doute n'a pas de réponse à l'échelle humaine. Mais surtout pourquoi ce rapprochement commence-t-il (et on peut le dire parce qu'il est sincère)
pourquoi ce rapprochement ne commence-t-il
qu'après un événement aussi effroyable que celui de la SHOAH ? Bien
évidemment, ce n'est ni le lieu, ni le temps de parler de ce qui nous
sépare; au contraire, je voudrais
essayer, tout en disant ce que nous sommes par rapport à KIPPOUR, nous
Juifs, de parler de ce qui pourrait
dans l'avenir nous rapprocher plus profondément. Nous avons parfois pensé que
le renouvellement fondamental de l'expérience religieuse qui commence avec les
prophètes d'Israël et à partir d'Abraham, c'est la révélation au monde que le
salut religieux passe par le respect de la loi morale. Je laisse un
moment de silence, parce que nous devons réfléchir: en effet, quelle que soit la force qui nous unit dans
le sens de ces mots, il y a là théologiquement un abîme qui nous sépare. Et cependant, il en est ainsi à la lecture
attentive, de nouveau accessible en hébreu pour la plupart maintenant, de ce
que nos ancêtres les Hébreux nous ont transmis comme étant la mise par écrit de
la Parole de DIEU. Mais il n'y a pas que ce renouvellement fondamental dans
l'expérience et dans la sensibilité religieuse à partir des patriarches et des
prophètes. Il y a la découverte que,
pour qu'une telle religion, la religion qui assigne, au sens de la destinée
humaine, premièrement et dernièrement, un sens moral, la Loi, pour que ceci
soit possible, il faut que le repentir soit aussi possible ! Il faut que la
Teshouva dont notre ami Lucien parlait tout à l'heure soit possible! Depuis ce si longtemps de l'impact de la
Parole Biblique dans le monde, l'universel humain a entendu déjà quelque chose
de l'ordre de l'évidence suivante:
qu'il y a un lien entre la Religion
et la Morale, et que, s'il y a
eu faute, le repentir est
possible; et que le pardon, qui en tout
cas reconnaît l'absolue liberté de la volonté de DIEU, oui que ce pardon est
possible. Mais il faut savoir que, lorsque cette révélation a eu lieu, elle
était radicalement nouvelle dans l'histoire spirituelle de l'humanité,
l'expérience religieuse passait par des stratégies tout autres . Et je vais
ouvrir ici une parenthèse assez rapide pour indiquer à quel point il y a là
très profondément quelque chose de caractéristique de la conscience hébraïque
et biblique dans l'hébreu. L'hébreu
biblique est la seule langue où le passé peut être inversé en futur et le futur
peut être inversé en passé. A un niveau littéraire général, on trouvera des formules littéraires qui tiennent compte
de ce rêve de l'homme de maîtriser l'irréversibilité du temps. Or,
l'évidence que la Teshouva, que le repentir soient possibles, que le pardon
soit possible s'est heurtée à une impossibilité connaturelle parce que la
pensée naturelle ne connaît pas de réversibilité du temps. Lorsqu'on étudie les
grandes langues de l'Antiquité culturelle, en particulier le Grec et le Latin,
pour ce côté du monde, on s'aperçoit à quel point, pour les Anciens de ce monde
où la Bible pour la première fois a été entendue, le passé est bien passé et que le futur c’est bien le
futur, et que l'idée que l'on puisse retrouver le passé pour réparer un
dévoiement, une faute, était impensable. Mais notre tradition nous enseigne
précisément, à travers un Midrash, que
DIEU était unique comme le croyaient déjà tous les Sémites, comme le savaient
déjà tous les Sémites, mais aussi que DIEU EST UN. Et s'Il est UN, alors sa
révélation est universelle. Et ce Midrash nous enseigne que DIEU, avant de
révéler sa Loi, la TORAH, à Israël, l'a proposée à toutes les nations, mais que
toutes les nations l'ont refusée par crainte, par angoisse, de crainte
que, à la première faute devant la Loi,
l'homme serait perdu et damné. Cela nous étonne toujours de retrouver dans nos
études, ce Midrash comme s'il n'allait pas de soi que, quelle que soit la
faute, si le repentir est sincère, le pardon est possible. Il y a là sur ce
point quelque chose d'extrêmement important parce qu'il rend compte du
phénomène à cause duquel nous sommes réunis aujourd'hui, heureusement réunis,
mais aujourd'hui seulement ! Mais le
Midrash dit aussi que cette haine dont il a été parlé, cette haine qui
accompagne ce cas particulier du malheur d'être homme qui prétend que le salut
religieux, que le salut tout court, passe par la Loi Morale, cette haine donc
est née au Sinaï. Le Midrash s'appuie sur l'assonance entre le mot
"SINAI", la montagne du Sinaï, là où la Torah a été révélée et le mot
"SIMA", la haine qui accompagne l'histoire d'Israël dès que cette
histoire commence. Eh bien, en
quelques mots, concernant ce jour de KIPPOUR, bien entendu (et cela a été dit)
le jour de KIPPOUR est exceptionnel dans le calendrier hébraïque et il est au
niveau de l'universalité du DIEU UN, au-delà de la spécificité de sa Providence
pour Israël. Et cependant nos Maîtres ont cherché profondément un lien avec
l'expérience d'Israël reçue de la révélation de la LOI. Je dirais très
rapidement: la deuxième année de la sortie d'Egypte, l'année où la Torah a été
révélée à Israël, les premières Tables de la Loi ont été données le 6 Sivan qui
est le jour de la Pentecôte juive.
Quarante jours après, il y a eu la faute du veau d'or, et on se situe au
17 Tamouz du calendrier hébreu. Et puis les Tables de la loi ont été brisées !
comme s'il fallait choisir entre détruire le temple qui avait osé accepter la
Loi mais qui n'était pas encore suffisamment capable de la porter, ou de
détruire la Loi pour que le peuple survive. A l'initiative de Moïse, DIEU
accepte et ne parle plus ... Et voici que
Moïse prie pendant quarante jours pour obtenir le pardon des pécheurs, parce
que la Loi même brisée, la faute commise peut être récupérée si le pardon est
sincère. Et l'attachement que nous avons pour le jour du KIPPOUR, au-delà de la
certitude du pardon, c’est aussi l’attachement à l'expérience historique propre
à l'histoire d'Israël. Et c'est
pourquoi, au sujet de notre rencontre d’aujourd’hui, il me semble que c'est au
delà d'une coïncidence, et au delà simplement d'une signification symbolique,
ou alors très profondément symbolique, que ce soit précisément en un jour de
Kippour qui suit l'année qui vient de s'achever, l'année 575O dans le
calendrier hébraïque; une année qui a été considérablement féconde en
événements et intense à l'échelle
universelle (il est inutile de les rappeler), ces événements qui, non seulement
se relient très profondément au sort existentiel d'Israël, de la nation
hébraïque restaurée, re-suscitée, sinon ressuscitée. Cette année 5750 qui
commence, je le répète, et je le répéterai pour nous, a une résonance
extrêmement importante, puisqu’elle commence la dernière partie du sixième
millénaire de l'histoire du monde selon le calendrier hébraïque: eh bien, c'est
comme si la Providence avait tenu à confirmer par la massivité des événements,
une massivité telle qu'il est inutile de chercher ailleurs le sens des
événements, à confirmer ce qui s'est passé après la Shoah, lorsque l'Etat
d'Israël a été fondé dans les conditions d'ailleurs que vous savez. Mon souhait
c'est que le jour de KIPPOUR que nous allons passer ensemble, l'intention de
nos prières soit que ce qui est en train de se passer pour l'universel humain
se passe dans la plus grande paix possible, et qu'il y ait le moins possible
encore de massacres d'humains demain !... Rabbin Léon ASHKENAZI extraits de l’allocution prononcée au Yad-Vashem, lors de
la réception officielle du groupe COEUR pour son premier voyage-démarche de
repentance le 28.09.1990 |
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