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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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LA FEMME
JUIVE Par Madame Warchavski Publié dans Yerushalaim
n°8 La
place, le rôle, les droits de la femme juive à la porte du XXIe siècle, dans
l’état d’Israël, comme dans la Diaspora juive, résultent d’une longue
évolution. Le point de départ en est la Thora de Moïse, telle qu’elle a été
dictée au Sinaï; l’aboutissement, la fin correspondraient à l’extinction de
l’humanité. Autrement dit, tant que le Judaïsme existera, tout peut et doit
évoluer. Il me paraît donc indispensable, avant de parler de la femme juive
aujourd’hui d’expliquer les fondements du droit juif. Le code
juif s’appuie sur deux bases: la Loi Ecrite, ou Thora, et la Loi Orale dont les
principes remontent à la nuit des temps et qui a permis aux décisionnaires
juifs d’expliquer le texte thoraïque, de solutionner de nouveaux problèmes qui
se posent et de considérer toutes les décisions à la lumière de découvertes
récentes, et de conceptions nouvelles. Cette loi orale devait se transmettre de maîtres à élèves ; ne pas se
figer, afin de lui laisser la possibilité d’évoluer, sans être coupée de sa
source. On l’appelle Hala’ha,de la racine Halo’h, marcher. La Hala’ha est une
démarche perpétuelle grâce à laquelle le judaïsme, sans se renier en quoi que
ce soit, peut toujours être actuel. La Loi Orale a été éditée pour la première
fois au IIème siècle de l’ère chrétienne, pour des raisons historiques et
pratiques : le matériel était trop abondant, la Diaspora trop étendue, et les
communications orales trop compliquées. Et ce fut la rédaction de la Michna,
première pierre d’une littérature qui, au fil des siècles, deviendra de plus en
plus importante, et continue à se développer chaque jour. Le
statut de la femme juive à travers l’histoire, a évolué, comme ont évolué
d’autres approches de problèmes, anciens ou plus récents. La femme juive comme
toutes les femmes a subi, au cours des siècles l’influence du contexte
historique, social, économique. De plus, ayant vécu pendant 2000 ans une
situation de diaspora elle a inévitablement subi l’influence du milieu ambiant
dans lequel son histoire l’avait conduite. Il me
semble donc évident que le statut de la femme juive est le fruit de trois
facteurs : la base fondamentalement juive, le contexte social lié à une époque
(la place de la femme dans les sociétés Antiques, au Moyen-Age, à l’époque
Victorienne), et l’influence de conceptions religieuses extérieures au Judaïsme
(la pensée chrétienne de même que l’Islam ont certainement marqué l’image de la
femme juive). La femme dans la Bible Il est
clair que pour définir la place de la femme juive et ses droits, aujourd’hui,
les maîtres contemporains se voient dans l’obligation de partir de bases
typiquement juives et d’étudier dans quelle mesure cette adaptation est en
conformité avec le droit juif fondamental, la Hala’ha. Après la
création de l’être humain unique, Dieu a décidé de le séparer en deux : « Je veux lui (Adam) faire une aide en face de
lui ». Dieu dit explicitement « en face », sur
le même niveau. Le projet de Dieu me semble de toute évidence de prévoir une
égalité parfaite entre deux êtres humains, gardant chacun sa spécificité. A partir de ce premier couple, Adam-Eve, la société
se forme et se développe et l’idéal conçu dans le plan de Dieu se heurte aux
problèmes de l’heure. Après leur expulsion de l’Eden, l’homme et la femme se
trouvent devant une situation nouvelle de rupture dans l’équilibre du couple. Nous
lisons dans le texte de la Genèse : « ... la passion t’attirera vers ton époux et
lui te dominera » (Gen.3,16) dit Dieu à la femme et ajoute,
en s’adressant à l’homme « ... maudite est la terre à cause de toi... :
c’est avec effort que tu en tireras la nourriture tant que tu vivras... c’est à
la sueur de ton visage que tu mangeras du pain » (Gen.3,17-19). La femme ne peut être matériellement indépendante.
Elle dépend de l’homme qui se bat pour la survie et qui peut lui procurer à
elle aussi les moyens de cette survie. Elle est « prise » en charge. Ce fait
concerne évidemment la société humaine dans son ensemble. Nous constatons que
dès la naissance de l’humanité, les rapports homme-femme sont liés très
étroitement aux conditions matérielles de survie et ce contexte fixera tout au
long de l’histoire la place de la femme dans la société, et la législation dont
elle dépend. Mais en dépit de cette situation, nous trouvons
dans la Bible des portraits de femme qui ont dû prendre en main le destin de la
famille, du peuple et imposer leur personnalité. Pour ne citer que deux
exemples : Myriam, la soeur de Aaron et Moïse, a su s’imposer aussi bien dans le
clan qu’au milieu du peuple ; Débora était une femme juge qui a su en plus
prendre des décisions d’ordre militaire, ce qui est le domaine réservé aux hommes. Une évolution dans les législations C’est en
étudiant l’évolution des sociétés que nous pouvons suivre l’évolution du statut
de la femme juive pour en arriver au XXème siècle. La création de l’Etat d’Israël donna naissance à
une situation nouvelle que le peuple juif n’avait pas connue depuis 2000 ans.
Le premier Grand Rabbin d’Israël fut le Grand Rabbin Herzog. Il eut le courage
de regarder la situation nouvelle : « un état démocratique et un code
rabbinique » . Repenser à la lumière de l’actualité, sans pour autant
se montrer infidèle à la tradition juive, la législation concernant la femme,
fut une de ses préoccupations. Déjà
avant la création de l’Etat, la population juive de Palestine en 1920 avait
posé la question du vote et l’éligibilité des femmes. L’Europe à cette époque
ne s’en préoccupait guère. Les femmes siégeaient élues dans les conseils gérant
les Kibboutzim et les villages, et c’est tout naturellement qu’elles entrèrent
à la Knesset, assemblée élue au suffrage universel au moment de la création de
l’Etat. Aujourd’hui, comme dans la majorité des pays
européens, elles sont présentes dans la vie publique en trop petit nombre
hélas! Mais, et ceci semble être la constatation
essentielle, la législation étatique, et la hala’ha rabbinique, sont en accord
quant au problème du vote et l’éligibilité des femmes. L'accès aux études Un des
handicaps essentiels que la femme juive avait à affronter a été très longtemps
son exclusion du domaine de l’étude. On perçoit un certain malaise dans les
réponses données par les maîtres de la hala’ha en particulier chez Maïmonide.
Mais à l’époque talmudique déjà, les avis étaient partagés et nous y trouvons
déjà des options favorables à l’étude des femmes. Apparemment la femme juive a,
dans le domaine de l’accès aux connaissances, suivi le même parcours que toutes
les femmes vivant à la même époque, dans notre partie du monde. Nous
connaissons le nom de quelques femmes qui dans l’Antiquité ont percé dans le
domaine intellectuel: la tradition juive a de la même façon conservé le nom de
femmes dont les connaissances ont frappé leurs contemporains. Je citerai, comme
exemple le nom de Berouria, femme de Rabbi Meïr, qui a vécu dans la seconde
moitié du 1er siècle. On évoque également la personnalité d’une
femme, de la famille d’un célèbre commentateur du Talmud qui, au moyen-âge,
aurait dispensé l’enseignement ... aux hommes ! L’influence
des civilisations ambiantes a enfermé de plus en plus les femmes à l’intérieur
du foyer, et peu nombreuses furent les femmes qui ont laissé des traces de
leurs capacités intellectuelles. Elles étaient proportionnellement aussi nombreuses
que les femmes qui, dans le monde chrétien, ont su développer leur personnalité dans un contexte social
peu favorable. Je mentionnerai le nom de Gluckel von Hammel, femme d’affaire,
au XVIIe siècle. Elle écrivit ses mémoires qui laissent transparaître une
connaissance sérieuse des textes hébraïques. Malgré
ces exemples, l’étude des textes, en particulier ceux de la loi orale, Michna
et Talmud, demeurèrent le domaine quasi exclusif des hommes, et les jeunes
filles juives au XXème siècle accédaient aux études universitaires,
alors que leurs études juives en restaient
à un stade élémentaire. Ce n’est
que depuis une dizaine d’années que les femmes ont forcé les portes de
l’enseignement supérieur après s’être rendu compte qu’aucune objection
hala’hique ne s’y opposait. Il nous faut d’ailleurs constater que cette percée
s’est principalement manifestée en Israël et aux Etats Unis, les communautés
européennes se trouvant pour le moment moins concernées et moins passionnées
par le problème. En Israël, le Talmud est enseigné dans certains lycées de
filles. Et les instituts d’études supérieures ont ouvert des sections d’études
talmudiques de haut niveau, où l’enseignement est dispensé aussi bien par des
femmes que par des hommes. Le nombre des élèves va en augmentant et je voudrais
préciser que vu l’âge auquel la plupart de ces femmes ont attaqué la
littérature et la logique talmudiques, leur entêtement et leur assiduité seuls
leur permet d’atteindre le niveau des hommes, (ceux-ci, en effet, ont abordé
ces études sur les bancs de l’école) et leur donne la possibilité de parvenir
au grade de professeur de Talmud à l’Université. L'accès aux sphères de la justice Ces
dernières années, nous avons été témoins d’une percée extraordinaire : la
présence des femmes dans les tribunaux rabbiniques. Je voudrais rappeler que le
droit familial, en Israël, dépend en dernier ressort, des tribunaux
rabbiniques : aucun mariage, aucun divorce ne peuvent être validés si ce
n’est par ces instances. Les juges qui y siègent ne pouvaient être que des
rabbins, des hommes. La
révolution importante qui s’est produite récemment, c'est que des femmes ont
maintenant la possibilité d’être présentes dans les tribunaux rabbiniques. En
effet, voici quelques années, se sont ouverts pour elles des instituts
parallèles à ceux qui existaient déjà pour les hommes. Elles ont ainsi la
possibilité de se spécialiser en « droit familial », législation qui
régit la famille juive, en particulier les problèmes de mariage et ceux de
divorce.Les élèves ne manquent pas et seules sont acceptées les candidates
ayant un solide bagage de connaissances en études juives. Nous avons déjà pu constater que rien dans le texte
de la hala’ha ne s’opposait à l’étude de la loi par les femmes. D’autres part,
les femmes, pour promouvoir leurs revendications, ont pu s’appuyer sur un fait
qui remonte quasiment à l’époque de la naissance de l’état d’Israël. Les
tribunaux rabbiniques ont accepté qu’un homme ou une femme en instance de
divorce avait la possibilité de se faire accompagner par leur avocat... qui
pouvait être une avocate. Mais ils avaient le choix entre l’avocat(e) et ce
qu’on pourrait appeler un « porte-parole-rabbinique ». En effet, des
étudiants, sortis d’une école talmudique avaient la possibilité de se spécialiser
en droit familial et obtenaient un diplôme leur permettant de plaider la cause
d’un client devant les juges du tribunal rabbinique. Alors la question s’est
posée : puisque les avocates avaient accès au tribunal rabbinique, pourquoi n’y
aurait-il pas des femmes spécialisées en droit familial rabbinique ? Et la
réponse fut positive ! Aujourd’hui, elles sont nombreuses à être en
possession du diplôme. Leurs efforts sont couronnés de succès, elles ont des
clients (surtout des clientes, car les femmes se sentent mieux comprises par
d’autres femmes, et mieux défendues par elles). D'autres évolutions possibles ? Sommes-nous
aujourd’hui en présence d’une situation qui permettrait aux femmes de
progresser encore ? Verrons-nous un jour des « Débora »
modernes ? L’histoire nous le dira ! Nous
venons en quelques paragraphes d’analyser la place de la femme dans la société
israélienne, de constater les progrès qui ont été réalisés aussi bien dans la
vie publique, que dans le domaine individuel , en particulier au niveau de l’étude
des textes juifs et de l’approche des
écrits hala’hiques. Il reste
encore beaucoup à faire; mais les femmes sont présentes et prêtes à poursuivre
pour avoir des réponses à leur questionnement. La femme juive israélienne est
doublement interpellée : en tant que femme, et en temps que femme juive. Les
solutions qu’elle attend doivent inévitablement être une réponse satisfaisante
pour les deux aspects de sa personnalité. La hala’ha n’est pas statique. Bien des
espoirs sont permis ! Madame
WARCHAWSKI |
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