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Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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« Mikis Theodorakis dénonce le caractère «fanatique» et «agressif» des
Juifs. » C’est sous ce titre que le mensuel l’Arche
n°549 Nov-Déc.2003 rendait compte d’un récent accès d’antisémitisme. L’article commence par le récit des faits : Le
compositeur grec Mikis Theodorakis, qui a été longtemps identifié à la gauche
grecque, a fait scandale avec des propos ouvertement antisémites. C'était le 4 novembre. M. Theodorakis, âgé
de 78 ans, prenait la parole à une conférence de presse où il présentait son
autobiographie intitulée « Où trouver mon âme » Dans ses propos, il se livra à
une comparaison entre les Juifs et les Grecs et, emporté par son élan, il
déclara : « Nous et les Juifs sommes deux
peuples pas comme les autres. Mais eux. ils sont fanatiques, et ils parviennent
à s'imposer... Aujourd'hui. nous pouvons dire que ce petit peuple est à la
racine du mal. Cela veut dire que la grande connaissance de soi et la
persévérance ont de mauvais résultats. » Cet incident ne semble pas
avoir fait les gros titres dans nos pays: on a parlé de l’auteur de ces propos
comme d’un homme célèbre dans son pays en raison de sa production artistique et
de sa participation à la résistance contre le régime des colonels, ajoutant
qu’il avait déjà eu l’occasion de se faire remarquer par des propos très
directs. Certains commentateurs le présentent comme le trublion de la gauche
grecque. Enfin, d’autres médias comme l’Arche citée ci-dessus, s’élèvent contre
ces propos gravement antisémites. Ces différents commentaires me
semblent avoir sous-estimé un aspect important de l’incident. Et je voudrais
ici proposer une explication qui devrait donner à réfléchir aux chrétiens. Il n’est
évidemment pas question pour moi d’attaquer la foi
chrétienne, bien au contraire, mais,
très honnêtement, je me demande si le compositeur grec n’a pas été influencé
par la culture chrétienne majoritaire dans son pays, en osant s’engager dans une telle comparaison entre le
peuple grec et le peuple juif. Affirmer que les deux sont
« pas comme les autres » n’est pas critiquable. On connaît le
rayonnement historique de la civilisation grecque, dont les lycées et
universités du monde entier étudient les textes. On connaît l’apport inégalé du peuple juif dont la Loi, résumée
par le décalogue, inspire la plupart des légistes du monde entier et se
retrouve dans la Déclaration Universelle des doits de l’homme. Effectivement,
les deux peuples peuvent légitimement se prévaloir d’une influence décisive
dans l’Histoire du monde. Mais opposer l’un à l’autre est
tellement contraire aux fondements même de chacun de ces deux passés
prestigieux, que ce ne peut être qu’une idée saugrenue, provenant de quelqu’un
qui a perdu le contrôle de lui-même, « emporté par son élan » nous
explique l’article de l’Arche. C’est probablement ce qui est apparu par la
suite à son auteur, puisqu’il essaya piteusement d’effacer cette bévue en
affirmant ensuite à la presse qu’il n’était pas antisémite … Une
dialectique juifs – grecs dans le Nouveau Testament ?
Quand on perd le contrôle de ce
qu’on dit, à ce niveau de notoriété,
c’est que quelque chose a provoqué cet écart. Et je le répète, on peut déceler une arrière-pensée issue de la
culture chrétienne. En effet le rapprochement « juifs-grecs » est
inscrit dans les textes évangéliques, évangiles et lettres de Paul, en toutes
lettres ! Les passages en question sont suffisamment importants pour que
chaque auditeur même un peu distrait des offices religieux chrétiens ne peut
pas ne pas avoir entendu la formule en question. Nous en donnerons ici
quatre exemples tirés de la lettre de l’Apôtre Paul aux Romains, qui est souvent considérée comme l’exposé fondamental de la
doctrine chrétienne : Car je
n’ai pas honte de l’Evangile: il est puissance de Dieu pour le salut de
quiconque croit, du Juif d’abord, puis du Grec.(Romains 1:16) Détresse
et angoisse pour tout homme qui commet le mal, pour le Juif d’abord et
pour le Grec; gloire, honneur et paix à quiconque fait le bien, au Juif
d’abord puis au Grec, (Romains 2: 9-10) Mais
quoi? avons-nous encore, nous Juifs, quelque supériorité? Absolument
pas! Car nous l’avons déjà établi: tous, Juifs comme Grecs, sont sous l’empire du péché.(Romains 3:9) Ainsi,
il n’y a pas de différence entre Juif et Grec: tous ont le même
Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent. (Romains 10:12) Voilà comment, depuis que le
Nouveau Testament a été écrit, les chrétiens entendent parler « des Juifs
et des Grecs » ! C’est ainsi que le trublion grec a inévitablement
enregistré mentalement qu’il pouvait y avoir quelque part une certaine
dialectique Juifs-Grecs. Et ce d’autant plus que, comme grec, il avait la
chance de lire, ou d’entendre, le texte dans sa version originale, et dans sa
langue maternelle, aux différences près entre ce texte ancien et le langage
moderne. Reconnaissons que les non-grecs ont
eu entre les mains les mêmes textes dans leur propre langue, mais qu’ils sont
moins sensibles à cette dialectique n’y étant pas nommément inclus. J’ai répertorié dix-neuf passages du Nouveau Testament dans lesquels la
dialectique Juifs-Grecs est évoquée ! Bien plus, on croit entendre dans
certains de ces passages que l’auteur néo-testamentaire suggère, par cette
formule, qu’il englobe l’humanité toute entière: cela apparaît dans les deux versets du chapitre 2 cités plus haut et
dans le verset suivant de l’épître aux Galates : Galates 3:28 Il n’y a plus ni Juif, ni Grec;
il n’y a plus ni esclave, ni homme libre; il n’y a plus l’homme et la femme;
car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ. Un
peu d’histoire
Pour comprendre cette particularité de nos Ecritures saintes, il
est donc bien nécessaire d’y regarder de plus près, et notamment remonter un peu dans l’histoire mouvementée de la Judée
et de ses habitants. Lors du retour de captivité, après
l’édit de Cyrus le Grand, roi de Perse, les israélites s’organisent,
reconstruisent le temple de Jérusalem ainsi que les murailles de la ville. Mais
la région est dominée par la compétition entre la Grèce, la Perse et l’Egypte,
ces trois puissances se succédant dans la domination du pays, souvent avec une
férocité implacable. C’est ainsi que les horreurs perpétrées par Antiochos IV
suscitent la révolte victorieuse des Macchabées. Les luttes pour le pouvoir se
développent notamment autour d’une rivalité entre pharisiens et hellénistes. La
puissance de Rome s’accroît alors et devient prépondérante, tant sur la Grèce,
minée sur le plan militaire par des conflits internes que sur l’Egypte, la
Syrie et la Judée. On parle désormais de l’empire romain. Une royauté est
établie sur la Judée, c’est la dynastie des Hérodiens, qui sont dans une
situation de vassaux à l’égard de l’empereur, comme dans beaucoup de contrées
dont Rome s’est assuré la domination grâce à ses célèbres légions. On trouve donc une situation
ambigüe pour les israélites : occupés par les romains dont ils rêvent de
secouer le joug, gouvernés par des potentats vassaux de l’empereur, ils se
souviennent des années terribles passées sous la férule des occupants syriens qui avaient profané le
temple et décrété le culte à leur Dieu grec. De plus, si la Grèce est vaincue
militairement, elle a fait alliance sur le plan politique avec Rome et, de ce
fait, continue à rayonner sur le plan des arts et des lettres, ce qui répand dans
tout le bassin méditerranéen un vent de libéralisme des mœurs et de la pensée
qui est perçu comme un danger mortel chez ceux qui conservent les convictions
traditionnelles issues de la Thora. Le souvenir des guerres de libération
menées par les Macchabées un siècle auparavant sont encore vifs … Quand le Nouveau Testament parle
des Grecs, ce n’est pas des gens de nationalité grecque qu’il s’agit, mais de
tout autre chose : ce sera de cette mouvance philosophique à laquelle
s’attachaient certains juifs épris de libéralisme, d’idées nouvelles,
d’affranchissement des idées vieillottes, nous dirions maintenant des tabous.
Opposer Juifs et Grecs revient à souligner la nécessité d’un choix entre
tradition et assimilation à la culture ambiante. Pour les tenants de la
tendance dure, par exemple les pharisiens dont était Paul, le combat
prioritaire était bien sur les idées, car l’assimilation à la culture
gréco-romaine conduisait évidemment à l’abandon de la Thora : les
« grecs » étaient ainsi le type même des « goyim ». Juifs
et goyim
Il faut expliquer ici quelle est la
signification du mot goy (pluriel : goyim). Strictement parlant, on
désigne par là tous ceux qui ne sont pas israélites, ou juifs.. L’usage d’une
telle expression peut paraître orgueilleuse, comme si elle voulait dire que les
Juifs étaient supérieurs aux autres… L’antisémite de service aura vite
échafaudé son raisonnement sur le sujet ! Mais, à mon avis, il n’en est
rien et pour deux raisons au moins. La première est que l’on retrouve
dans toutes les civilisations et tous les peuples cette façon de se situer:
notre façon à nous serait par exemple de parler des
« étrangers » ; rien a priori ne trahit un orgueil ou une pensée
d’ostracisme ; c’est un simple constat. La seconde est qu’une telle distinction
leur a été imposée, selon les textes bibliques, par Dieu Lui-même qui, lors de
la « signature » officielle de l’Alliance au Sinaï avait déclaré
« Vous serez ma propriété personnelle parmi tous les autres
peuples. ». L’Alliance conclue par l’Eternel avait en effet été acceptée
par le peuple Hébreu sortant de l’esclavage égyptien. Ce peuple résultait de la
prolifération de la descendance de Jacob, descendant direct d’Abraham. Ainsi,
pour ceux qui reconnaissent au récit biblique une importance fondamentale, ce
peuple est devenu le peuple « élu » , c’est-à-dire choisi par Dieu
pour être le porteur de la Révélation divine pour tous les autres peuples.
telle était bien la mission qui lui a été confiée, comme nous le verrons plus
loin. C’est ce choix de Dieu qui rendait donc légitime que l’on distingue
correctement entre eux et les autres peuples. On trouve donc évidemment dans nos
traductions de la Bible différentes expressions qui rendent compte de cette
distinction. Tout d’abord, pour parler du peuple
appelé actuellement peuple juif, on trouve « la maison d’Israël »,
« Israël » tout simplement, « le peuple », « les
israélites », « les juifs ». Pour parler des non-israélites, on
trouve : -« les grecs » :
expression employée avec une connotation de controverse socio-philosophique
comme expliqué ci-dessus. Cette expression peut éventuellement dans le feu de
la controverse désigner aussi par extension des israélites ayant une attitude
jugée contraire à la tradition. -« les païens » :expression
qui désigne aussi les non-juifs avec une connotation pouvant être péjorative,
car le mot vient du latin paganus = paysan ! Les paysans, peut-être de
Galilée, étaient réputés aux yeux des judéens comme peu ouverts aux choses de
la foi et de la religion ! -« les gentils » :
Là aussi on a un mot résultant de traductions successives. Ce mot n’est qu’une
francisation – bien maladroite au demeurant - du mot latin
« gentiles », utilisé dans la Vulgate pour traduire le mot
païen !!! -« les
nations » : rien à voir avec les Gaulois ou les Egyptiens de ce
temps-là. Encore moins avec les allemands, les belges ou les japonais de notre
temps, comme on le voit parfois dans certaine littérature contemporaine !
L’expression « les
nations » désigne les autres nations, peuples, tribus, etc …, c’est-à-dire
cette autre partie de l’humanité qui n’est pas israélite. L’essentiel de ce qui vient d’être
dit est que, pour bien comprendre les textes cités du Nouveau Testament, il est
indispensable de garder à la pensée que derrière les expressions dont nous
venons de parler, c’est la réalité des « goyim » qui est présente,
réalité prépondérante dans la pensée des habitants du pays d’Israël de ce
temps, et par conséquent dans l’esprit des rédacteurs des textes du Nouveau
Testament. On peut dire que cette dualité juifs-non juifs doit être admise
comme un arrière-plan implicite de tous ces textes. L’une des conséquences est
que, par exemple, dire que l’Evangile de Jean comporte des affirmations
anti-sémites est un non-sens, puisque cet Evangile rapporte des événements qui
se déroulent au sein du peuple juif : les passages dits
« antisémites » sont donc à lire autrement, en tenant compte de cet
« arrière-plan implicite ». Une
tradition héritée du rejet des juifs
On ne peut alors qu’être surpris de
découvrir que de telles réalités aient ainsi été présentées pendant des siècles
au lecteur courant du Nouveau Testament, de façon aussi peu explicite ! D’autant plus que la distinction
entre juif et goy est beaucoup plus riche de signification que tout autre. Il ne
s’agit pas de distinguer ici entre une nationalité et les autres, mais de
distinguer entre ceux qui se trouvaient engagés sous l’Alliance divine et ceux
qui ne l’étaient pas ! En effet, la qualité de juif, son identité
dirait-on maintenant, est à rechercher dans les textes de la Thora, au temps
des patriarches. C’est le fils d’Abraham le
« père des croyants », qui reçut le nom d’Israël. Il dit encore: ton nom
ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël; car tu as lutté avec
Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur. (Genèse 32:28) C’est à sa descendance, sortie
d’Egypte et sur le chemin d’une terre promise, que l’Eternel se révéla au
Sinaï, pour établir avec elle un contrat qui fut appelé « Alliance »,
Maintenant,
si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrez
entre tous les peuples, car toute la terre est à moi; vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation
sainte. (Exode 19 :5-6) Ce contrat comportait donc une
exigence et une promesse: exigence de « mise à part » pour le service
de Dieu au milieu des hommes, promesse de protection et d’un pays. C’est donc en se référant à
l’Alliance du Sinaï que les Israélites peuvent légitimement se prévaloir de ne
pas être un peuple comme les autres ! Mais il est évident qu’une telle
affirmation n’est reçue aujourd’hui qu’avec beaucoup de réticences, c’est le
moins qu’on puisse en dire. Et ce, tant par les « goys » que par les
Israélites eux-mêmes ! On pourrait écrire des volumes sur
ce sujet, mais revenons aux textes du Nouveau Testament et à leur traduction.
On sait que, au cours des premiers siècles du christianisme, l’idée a prévalu,
que l’Eglise était le « nouvel Israël » , l’Alliance du Sinaï étant
remplacée par la « nouvelle Alliance en Jésus-Christ ». Bien que
condamnée officiellement par les églises, cette fausse théorie a encore libre
cours chez les chrétiens, et il est bien nécessaire qu’un nouveau discours soit
entendu sur ces sujets, et qu’un nouveau regard soit jeté par les chrétiens sur
les Juifs. C’est probablement la raison pour
laquelle les traducteurs n’ont pas cru bon de souligner le particularisme
israélite: puisque, selon la conception officieuse de leur milieu, ce
particularisme était obsolète, à l’image de la Première Alliance que l’on
disait caduque, il n’y avait aucune raison de faire des efforts d’adaptation de
la traduction qui l’aurait mis en lumière ! Sommes-nous en droit de suspecter
une volonté délibérée à ce sujet, de la part de ceux pour qui il n’y a, en
définitive, qu’une seule alliance qui compte, celle dont se réclame l’Eglise
chrétienne ? Volonté délibérée ou glissement progressif de la pensée, la
question restera posée, mais on est en droit d’y trouver l’origine de
l’antisémitisme doctrinal dont nous avons tant de peine à nous débarrasser. Ce
qui a été atteint dans l’inconscient collectif chrétien, c’est bien la façon
d’appréhender la caractère solennel, définitif, radical, de l’Alliance du Sinaï
dans la quelle le Seigneur s’engageait avec un peuple déterminé en le prenant à
la fois à Son service et sous Sa protection. Avant de clore ce chapitre, nous voulons saluer deux actes forts dans notre passé
récent : - le
premier est dû au pape Jean-Paul II qui osa parler de la première Alliance
« qui n’est pas abrogée », phrase riche de conséquences qui a été
citée, mais malheureusement trop vite oubliée, et dont les théologiens ne
semblent pas s’être emparés pour l’expliciter au peuple chrétien. - le second est dû
aux traducteurs de deux éditions récentes de la Bible, la version dite
« Nouvelle Bible Segond » et la version dite « Parole de
Vie » qui est une traduction en français fondamental. En effet, rompant
avec les séculaires habitudes de « noyer le poisson » dans ce domaine
par l’emploi des termes incompréhensibles dont nous venons de parler, ces
versions ont commencé à adopter tout simplement le terme de
« non-juif », ce qui explicite bien le problème tel qu’il se posait
au moment de la rédaction du Nouveau Testament. Espérons que cela amènera peu à peu
la masse des fidèles chrétiens non seulement à éviter le piège dans lequel est
naïvement tombé M.Théodorakis, mais aussi à cesser de vouloir ignorer que le
juif, les juifs, les Israélites, sont depuis l’événement du Sinaï et jusque
maintenant, et pour toujours, selon la volonté de Dieu, au bénéfice de
l’Alliance du Sinaï. Henri Lefebvre
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