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Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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PROTESTANTS ET
JUIFS devant l'histoire. par le pasteur Jacques Gruber
L'ignorance des médias. Juifs et catholiques se plaignent souvent du
traitement que leur font subir les médias. Les musulmans pourraient sans doute
en dire autant. De notre côté, comme protestants, en France, nous souffrons
aussi d’une désinformation. Certes, le protestantisme n’est pas
médiatique : nous ne disposons pas d’un organe mondial central; nous nous
refusons la pensée unique (sans que la pluralité conduise à un pluralisme);
nous nous défions de tout ce qui est spectaculaire; nous nous refusons à mettre
en scène nos dirigeants, nos actions et nos décisions; nous nous méfions de
tout ce qui peut conduire à un culte de la personnalité; pour nous, le lieu
d’application de la vocation chrétienne n’est pas le sacré, mais le profane, la
vie quotidienne, non l’extraordinaire, mais l’ordinaire. Cela n’excuse pas les médias d’êtres ignorants,
partiaux et de manquer de culture. Voici, parmi tant d'autres, quelques
exemples de cette désinformation: • Arte mis à part, l‘information sur l’Irlande du Nord
est présentée de manière unilatérale. Il ne fait pas de doute que les
protestants s’y sont conduits en colonisateurs, mais les reportages sur
l’actualité ne donnent la parole qu’au côté catholique, jamais à des familles
ou des responsables protestants. Rien n’est dit des efforts des Églises tant
catholique que protestante pour créer des relations pacifiques entre les
communautés. • Les médias présentent Mgr Desmond Tutu, figure
éminente de la lutte anti-apartheid en République d’Afrique du Sud, comme
évêque de Johannesbourg, mais omettent de préciser qu’il s’agit d’un prélat anglican ?
• Les
rassemblements de tsiganes évangéliques sont présentés sous un jour défavorable
faisant écho aux préjugés courants. Or ces rassemblements sont organisés par
une église tsigane qui fait partie de la Fédération Protestante de France. • Le public
français ignore qu’un service religieux de repentance et conversion réunissant
huit cents personnes, représentatives de tous les courants du protestantisme et
des instances juives du plus haut niveau, s’est déroulé, à Jérusalem, du 17 au
20 avril 2001. (Cf notre information parue dans nos nos 25 et 29) • On entend parler de la CIMADE sans savoir qu’il
s’agit d’un organisme né au sein du protestantisme français, en 1939-40, par
l’action d’une femme (Suzanne de Dietrich, relayée par Madeleine Barot) pour
venir en aide aux évacués et déportés, alsaciens, et réfugiés divers, parmi
lesquels des Juifs. • Tout
récemment, en parlant du Rassemblement œcuménique des jeunes de Taizé, une
radio très écoutée parlait d’un rassemblement de jeunes catholiques de
toute l’Europe. • En revanche, on ne peut que recommander la
présentation du protestantisme qui a été faite à l’émission du Jour du
Seigneur, sur A 2, depuis La Rochelle, le 4 août 2002. (Jour du Seigneur est
une émission catholique) • Concernant
les relations entre Juifs et chrétiens, en France, qu’il s’agisse des médias,
des livres, de la presse écrite ou des conférences, l’identification entre
‘‘chrétien’’ et ‘‘catholique’’ est constante. L’œcuménisme et l’amitié entre
les religions (ou encore la simple culture) devraient nous conduire à parler
des chrétiens en général (lorsque c’est possible) ou, sinon, des chrétiens
orthodoxes, catholiques, protestants, évangéliques ou anglicans. Le
nécessaire rappel historique : On ne peut effectuer
un travail de mémoire valable si l’on ne tient pas compte de tous les éléments.
Le plus souvent, dans ce que je lis ou entend, les relations entre chrétiens et
juifs sautent du Moyen Âge à Vatican II (Nostra Aetate, 1965), comme
s’il n’y avait rien eu entre temps. Certes, le
protestantisme européen n’a pas à sa glorifier de son attitude vis-à-vis des
Juifs au cours de son histoire et, particulièrement, au cours des douze années
de l’hitlérisme. Mais on ne peut pas non plus se contenter de dire :
"Ils n’ont pas mieux fait que les autres". Nous avons besoin
d’informations pour nous faire une idée précise et parvenir à une appréciation
valable. C'est ce que nous allons faire ci-dessous en prenant chaque période,
l'une après l'autre. XVIe-XVIIe
siècles . Les réformateurs
pensaient que leur restitution du Premier Testament comme parole de Dieu et le renouveau des études universitaires
hébraïques (ce qui s’est fait en France, avec le grand rabbin Sirat, dans la
dernière moitié du XXe s., existait depuis quatre cents ans dans les
universités de l’Europe protestante, aujourd'hui encore, tout pasteur passant
par une faculté de théologie apprend l’hébreu) ainsi qu’un nouvel intérêt pour
le monde Juif, éveilleraient l’intérêt des Juifs pour l’Évangile. Leur
déception sur ce point a diversement marqué leurs relations ultérieures. Luther avait
commencé par rappeler, dans un traité paru en 1523, que … "Jésus-Christ
est né Juif". Des tentatives de rapprochements avec les communautés
juives avaient eu pour conséquence qu’on l’avait surnommé « le père
juif » (Foi et Vie, fév. 2002, p. 31). Pourtant, sur la fin da vie,
Luther, qui estimait ne pas être entendu par les Juifs, a publié plusieurs
traités outranciers à l’endroit des Juifs. L’histoire n’a cependant pas retenu
que ces textes aient donné lieu à une aggravation de la condition des Juifs en
Allemagne, ils seront même désapprouvés par certains (Magistrat de Strasbourg,
1543, Michel Leplay, in "La Racine qui te porte" p. 48). Il a fallu que Goebbels (issu d’une famille
protestante) s’en serve pour instrumentaliser les chrétiens évangéliques dans
l’Allemagne nazie. Depuis, les instances luthériennes mondiales ont
officiellement désavoué ces propos. Pour Luther (suivi
par la Réformation dans son ensemble), le Premier Testament est tout autant
Parole de Dieu que le Nouveau Testament, mais il distingue entre ce qu’il
appelle la Loi et l’Évangile. Il oppose ce qui est de l’ordre du commandement
et ce qui est de l’ordre de la promesse. La Loi caractérise plus le Premier
Testament et l’Évangile plus le Nouveau Testament, mais les deux se trouvent
aussi bien dans le Premier Testament que dans le Nouveau. Calvin, tout en maintenant l’idée que les observances
rituelles de la Torah et le culte israélite ont été accomplis en Jésus-Christ,
reconnaît que la Loi, comme contenu éthique exprimant la situation de l’être
humain devant Dieu, reste une source permanente de vie. Il sera accusé de
judaïser. Les États acquis à la réformation calviniste (France, Suisse,
Pays-Bas, Grande Bretagne - à partir d’Edouard III, l’Église anglicane adopte
une théologie calviniste -, Hongrie, puis États Unis) ont eu une forte
imprégnation du Premier Testament. À titre d’illustration, l’usage répandu des
prénoms bibliques tirés du Premier Testament, le recours aux appellations de
‘‘désert’’ et d‘‘exil’’ (ou ‘‘refuge)’’ par les protestants français pour la
période qu’ils ont vécue après la révocation de l’édit de Nantes, l’utilisation
des épisodes du Premier Testament dans les gospels des noirs américains
pour exprimer leur expérience. XVIIe-XVIIIe
siècles.: Cette période a été
appelée celle des "Lumières" (anticléricales et antireligieuses chez certains
comme Condorcet) et vit la naissance de la critique biblique (Louis Cappel du
côté protestant, Baruch Spinoza du côté Juif, Richard Simon du côté
catholique). Elle vit aussi le développement des mouvements protestants
évangéliques, Frères Moraves et piétistes, qui furent des artisans d’une amitié
entre Juifs et chrétiens. C’est le pasteur Paul
Rabaud-Saint-Étienne qui exigera que la Déclaration des droits de l’homme de
1789 ne comporte pas la tolérance, mais la liberté religieuse dont les Juifs de France bénéficieront aussi
(l’Émancipation). XIXe
siècle. En France , les dernières mesures vexatoires à
l’encontre des protestants datent du Second Empire: - en ville, les temples doivent être bâtis
dans l’alignement sans rien, comme un clocher, qui rappelle une église, - alors que Napoléon III confie au préfet
Hausmann, qui est protestant, la rénovation de Paris. - la droite nationaliste fait un
amalgame entre Juifs et protestants (Jean Baubérot, L’anti-protestantisme
politique à la fin du XIXe siècle). En Angleterre, en revanche, il existe un courant philosémite
dans lequel s’inscrira la Déclaration Balfour de 1917 qui pose le
principe d’un foyer national Juif créé sur la terre d’Israël. Remarque : Si
nous n’avons jamais parlé de « peuple déicide », c’est pour les mêmes
raisons théologiques qui nous retiennent de faire de Marie la « Mère de
Dieu ». Brièvement dit : on peut donner tout son sens à l’incarnation
sans souscrire à l’idée d’une continuation de celle-ci dans l’Église comme
institution ecclésiastique. Le discours sur la
substitution a marqué le protestantisme, dans la théologie et dans la
philosophie comme chez Hegel. Mais au plan théologique et pratique, il a
rencontré une certaine limitation du fait que, pour nous, l’Église n’est pas
première, c’est la Parole de Dieu et la foi qui le sont. De plus, chez nous, la
réalité de l’Église n’est pas dans sa tête, mais dans les églises locales unies
par le lien synodal. Enfin notre théologie est plutôt celle de
l’accomplissement d’Israël réalisé une fois pour toutes en Jésus Christ et en
lui seul (le pro nobis de Luther) . Donc, non dans l’Église, Corps
de Christ en vertu de sacrements agissant par eux-mêmes, mais dans l’Église,
corps de Christ dans la mesure où ses membres ont intériorisé leur être en
Christ (voir la revue Sens 9-10/2000, pp. 417-462, Réflexions
protestantes, documents rassemblés par Michel Leplay, texte de la
Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises, Bristol,
février 1967, pp. 437-438). XXe
siècle :
Dans tous les pays
d’Europe et dans le protestantisme européen, aux XIXe et XXe
siècles, hormis les courants antisémites déclarés, les entreprises de
conversion des Juifs ou, au contraire, les personnes intéressées par le
dialogue avec les Juifs et les études juives, les Juifs sont ignorés,
discrédités, ou méprisés, même si ces attitudes sont, le plus souvent, vécues
de façon non agressives. En Allemagne et sans
doute aussi ailleurs, les Juifs convertis au protestantisme ne sont pas
parfaitement intégrés aux Églises, ils forment un groupe à part, attitude qui
sera condamnée par l’Assemblée du Conseil œcuménique des Églises, à Amsterdam,
en 1948. En France, toutefois,
on peut noter que la première personne à dénoncer la machination dont le
capitaine Dreyfus avait été l’objet fut un protestant alsacien, le député
Scheurer-Kestner. Les
‘‘années de plomb’’ :
En Allemagne , les
chrétiens protestants dans leur grande majorité optent pour l’organisation
hitlérienne des ‘‘Chrétiens allemands’’. Lors des élections ecclésiastiques de
juillet 1933 (trois mois après l’accession démocratique au pouvoir du
chancelier Adolf Hitler) plus de 75 % des suffrages se portent sur le choix
d’une Église évangélique de la nation allemande (Encyclopaedia Universalis,
édition électronique, 2001, clé : Barmen). Si Hitler n’est pas protestant
d’origine, la plupart des hauts dignitaires nazis le sont, des théologiens
protestants éminents signent le manifeste des universitaires et intellectuels
allemands, en faveur d’Hitler. On peut y voir le
résultat du Kulturprotestantismus qui identifie protestantisme et
messianisme de la nation allemande, avec, pour aggraver la situation, la misère
dans laquelle le traité de Versailles avait plongé l’Allemagne et la menace que
le communisme de l’Union soviétique faisait peser sur elle. D’une façon
générale, personne (en Allemagne et hors d’Allemagne) n’a suffisamment pris au
sérieux le programme développé dans Mein Kampf, ni compris qu’on avait
affaire à des manieurs de foules et des manipulateurs émérites. Pourtant une
opposition publique apparaît dès le début dans les milieux protestants, celle
de l’écrivain Thomas Mann et du théologien Paul Tillich qui choisissent
l’émigration aux États Unis. En Allemagne même, il faut citer la revue Theologische
Existenz heute autour de Karl Barth, Martin Niemöller et d’autres. Un an
plus tard, le 31 mai 1934, un synode clandestin se réunit à Barmen, dans le
Wuppertal, il vote un texte appelée Confession de Barmen, qui
appelle à la résistance spirituelle au nazisme, dénonce le Führerprinzip,
affirme la liberté de la parole de Dieu face aux pouvoirs et aux idéologies.
Karl Barth est expulsé d’Allemagne et sera accueilli en Suisse. Martin
Niemöller sera interné en camp de concentration, d'où il ne sortira que dix ans
plus tard, quand le camp de Dachau sera libéré; le jury du Nobel l’ignorera,
mais les Soviétiques lui décerneront un prix Lénine de la paix. Ce texte sera l’acte
de naissance de l’Église confessante, une institution évangélique de refus du
pouvoir hitlérien, non séparée de l’Église officielle, mais existant en son
sein. Bien qu’elle n’ait pas eu de rapport direct avec une lutte contre le
programme d’anéantissement des Juifs exécuté par le régime hitlérien, à titre
d’acte collectif de résistance spirituelle, l’Église confessante a créé un
milieu et offert un appui pour des prises de conscience et des actions en
faveur des Juifs, comme cela s’est produit dans divers protestantismes
européens hors d’Allemagne. Outre Niemöller, cette Église sera celle de Dietrich
Bonhoeffer, de l’amiral Canaris, de Kurt Gerstein et d’autres, moins connus ou
anonymes. En Allemagne, les
Églises en général et les Églises protestantes en particulier ont-elles moins
bien réagi que les autres corps constitués (Université, Magistrature,
Administration, Armée) ? En dehors de
l’Allemagne, dans l’Europe occupée, rappelons que le roi Christian X du
Danemark (luhérien) portera l’étoile jaune en signe de protestation, que la
reine Juliana des Pays-Bas (réformée et conseillée d’ailleurs par le pasteur
Boegner) donnera l’exemple d’un refus de collaborer avec les occupants. En France, dans les
années 1930-1938, on note plusieurs textes et déclarations de protestants en
faveur des Juifs. En 1938-1939, la revue du Christianisme social publie
une série de notes et d’articles sur la question juive, en rapport avec le
martyr subi en Allemagne (Patrick Cabanel, Les protestants et la République,
p. 178). Le 6 avril 1933, le pasteur Freddy Durrleman prononce à Radio-Paris un
‘‘Plaidoyer pour Israël’’ qui comporte trois volets : repentance,
reconnaissance et espérance. Le Commissariat aux
affaires juives est créé début mars 1941. Le Conseil national de l’Église
Réformée de France, réuni à Nîmes, demande au pasteur Boegner (président de la
Fédération protestante de France) d’écrire en son nom au Grand rabbin Isaïe
Schwartz et à l’amiral Darlan. Ce qui est fait le 26 mars et la seconde de ces
lettres est rendue publique. Le même pasteur Boegner (pourtant acquis à la
révolution nationale et membre du Conseil social) rencontrera plusieurs fois le
maréchal Pétain pour protester contre les dérives racistes de l’État français.
Le même avait dit, le 23 octobre 1940, dans une réunion de responsables
protestants, à Vichy : « Le statut imposé le 3 octobre aux citoyens
israélites nous appelle à tenir notre rôle [de chrétiens] avec une grande
fermeté » (Les protestants français pendant la seconde guerre mondiale,
p. 198). Comme dans le cas de
l’Église confessante allemande, il ne s’agit pas d’actes isolés: il y a eu, en
France, une prise de position ecclésiale collective, officielle. En mai 1941,
le synode national de l’Église réformée de France, réuni à Alès, approuve les
démarches du pasteur Boegner et dénonce les lois racistes de l’État français.
Le 16 septembre de la même année1941, sont rédigées les Thèses de Pomeyrol
qui ajoutent aux thèses de Barmen, celle qui concerne les lois contre les
Juifs : « thèse 7 :
Fondée sur la Bible, l’Église reconnaît en Israël le peuple que Dieu a élu pour
donner un Sauveur au monde et pour être au milieu des nations un témoin
permanent du mystère de la fidélité de Dieu. C’est pourquoi, tout en
reconnaissant que l’État se trouve devant un problème auquel il est tenu de
donner une solution, elle élève une protestation solennelle contre tout statut
rejetant les Juifs hors des communautés humaines » (Libre Sens,
déc. 2001, p.3). L’impact de ce texte
est différemment apprécié par les historiens : il est jugé déterminant
pour Patrick Cabanel (Les protestants et la République, p. 181), il est
minimisé par Jean Loignon (Libre Sens, déc. 2001, pp. 10-12); il a, sans
doute, été inégalement reçu dans les églises et, en tout cas, dénoncé par le
groupe Sully qui rassemble alors, en France, une frange de protestants
maurassiens et qui publie des contre-thèses. À partir de 1942,
quand le port de l’étoile jaune est imposé, le pasteur Boegner proteste à
nouveau, au nom des Églises protestantes, auprès du maréchal Pétain, une
véritable mobilisation des pasteurs et des paroisses en faveur des Juifs persécutés
s’organise: le cas le plus connu est celui du Chambon-sur-Lignon où se
retrouveront, entre autres, Daniel Isaac, fils aîné de Jules, André Chouraqui,
Léon Poliakov,( André Kaspi, in Jules
Isaac ou la passion de la vérité-). Le journal collaborationniste Je
suis partout parle du protestantisme comme d’une vaste organisation de
secours aux réfractaires du STO (Service du travail obligatoire, 1943) et
qualifie le pasteur Boegner de « champion de la juiverie » (Les
protestants et la République, p. 182).
Aujourd’hui, les
choses paraissent relativement claires et simples, il ne pouvait en être ainsi
à l’époque. Que diront nos descendants quand viendra le temps d’apprécier le
message et les comportements des chrétiens d’aujourd'hui dans le conflit israélo-palestinien,
face au terrorisme et au contre-terrorisme, en réponse aux défis génétiques et
aux revendications des minorités de tous ordre ? Il a fallu la puissance
militaire des Alliés pour en finir avec le régime hitlérien. Face aux totalitarismes
et au nihilisme, les Églises et les chrétiens n’ont pas d’autre possibilité que
d’opposer leur témoignage en forme d’actes de résistance. Après
la guerre,
Les protestants
seront partie prenante aux Entretiens de Seelisberg. Le 18 octobre 1945,
le Conseil des Églises évangéliques d’Allemagne, à Stuttgart, vote une
« confession de nos fautes » qui inaugure les actes de repentances
des Églises. Il faudrait ensuite
citer tous les textes que nous donne la revue Sens des 9-10/2000,
précitée. J’en extrais ici les éléments principaux émanant du Conseil
œcuménique des Églises (CŒE qui associe orthodoxes, protestants et anglicans),
de l’Église évangélique allemande (EKD), de la Fédération protestante de France
(FPF) : - dénonciation de
l’antisémitisme comme péché contre Dieu et contre les hommes (CŒE 1948,
CŒE et FPF 1961); - renouvellement de
l’acte de repentance (EKD 1950, 1960, 1961) ; - les coupables de la
solution finale sont appelés à se présenter d’eux-mêmes à la justice, toute les
personnes ayant participé de près ou de loin à la persécution nazie devront
être écartées de toute fonction dirigeante (EKD 1961) ; - prise de position
en faveur des réparations des États pour les victimes survivantes de la
Choah (EKD 1961); - entendre la
compréhension que le peuple Juif a de lui-même, réviser la théologie concernant
Israël, s’ouvrir à toutes les religions vivantes (CŒE 1967, EKD 1971) ; - indépendance et
sécurité des nations du Proche Orient, limitation des armements nationaux, les
grandes puissances ne doivent pas poursuivre leurs intérêts particuliers dans
le secteur, favoriser les négociations, discerner la part des facteurs
religieux de celle des facteurs non
religieux ( CŒE, 1968), solidarité avec l’État d’Israël (EKD 1971) ; - que la prédication
et l’enseignement chrétien, à tous les niveaux, veillent au respect du peuple
dont Jésus fait partie (FPF 1973); - le sionisme n’est
pas un racisme, Israël et l’État palestinien doivent pouvoir coexister (CŒE,
1975). À partir de 1967
paraissent des textes importants qui redéfinissent, du côté du CŒE, la
théologie chrétienne dans le respect de l’élection et de la vocation d’Israël
pour l’humanité (Romains 11/1-11) et dans la perspective de se retrouver
avec les Juifs sur le terrain de la justice, de la paix et de la réconciliation.
Il faut citer : L’Église et le peuple Juif (CŒE, Bristol, 1967, 16
pp.), Les Églises et le peuple Juif . Vers une entente nouvelle (7
pp, CŒE,1988), mais aussi, du côté strictement protestant :
l’article ‘‘Judaïsme’’ de l’Encyclopédie du protestantisme (Le
Cerf-Labor et Fides, 1995, pp. 790-809), co-rédigé par David Banon (Juif) et
Denis Müller (protestant) et le travail sur elles-mêmes des Églises
protestantes de Suisse, de 1980 à 1997 : Origine et but du cheminement
chrétien aux côtés du judaïsme (3 pp.). En France, depuis les années cinquante, la revue Foi
et Vie donne régulièrement des ‘‘Cahiers d’études juives’’, il lui
appartenait de publier en français la réflexion historique et théologique de
fond sur l’Église et Israël résultat d’une réflexion menée de 1996 à 2000 par
les Églises de la Concorde ecclésiale de Leuenberg (qui regroupe luthériens,
réformés et anglicans européens au plan ecclésial). Ce document de 70 pages
présente la réflexion la plus
approfondie et la plus développée à ce jour sur le sujet des rapports entre
Israël et l’Église. La situation actuelle des protestants
est double : a/ ils ne sont pas reconnus comme
interlocuteurs et partenaires à part entière par les Juifs qui, dans leur
pratique du moins, semblent identifier christianisme et catholicisme. b/ ils sont intérieurement partagés
parce qu'ils ne retrouvent pas le message universel d'Israël et la finalité du
peuple Juif auxquels ils veulent adhérer (et qui sont l'arme la plus efficace à
long terme) dans les moyens mis en œuvre aujourd'hui par l'État d'Israël pour
garantir sa sécurité immédiate, sécurité dont ils reconnaissent tout à fait
qu'elle est menacée par delà même le conflit avec les palestiniens. Du côté des protestants
fondamen-talistes, la pensée est passée par plusieurs étapes (Sébastien Fath,
Réforme, numéros 2973 à 2976). Avant la guerre de 1967 : Israéliens et
Palestiniens sont tous deux fils d'Abraham, ils sont appelés à s'entendre. Au
fil des années la balance penche du côté d'Israël, l'un des fils d'Abraham
l'est plus que l'autre. Après que Jérusalem soit tout entière passée aux mains
des Israéliens, en 1967, une ambassade chrétienne internationale y est ouverte,
c'est le signe des temps annoncé dans Le 21/24, le temps de l'Église apparaît
presque comme une parenthèse. La situation est comprise à travers la
notion de "dispensation" élaborée, au XIXe siècle, par John N. Darby
: l'unique Alliance se développe en des dispensations successives au cours de
l'histoire du salut et, une fois le temps de l'Église parvenu à son terme. Dieu
restaurera Israël. Il faut savoir que les chrétiens "évangéliques"
modérés représentent quarante millions de membres aux Etats-Unis et sont
influents sur George W. Bush. Le sionisme chrétien né aux États Unis
sous l'impulsion de William E. Blackstone (1841-1935) (en France, actuellement,
le pasteur Fruhinsholz) rassemble aujourd'hui des in-conditionnels de ce que
Shmuel Trigano appelle le "camp de la nation" israélien (Z
'Ébranlement d'Israël. Philosophie de l'histoire juive, pp. 131-135). Israël
étant l'épicentre bibliquement désigné de la manifestation dernière du Christ.
Le sionisme "evangélical" finance des projets israéliens et passe
pour être devenu le principal appui d'Israël aux États Unis. Mais si la fin des temps est marquée
par la restauration d'Israël, elle l'est aussi par la reconnaissance de Jésus
comme le Messie par les Juifs. Le mouvement des Juifs messianiques qui
reconnaissent le Messie en Jésus de Nazareth, qui a pris forme outre
Atlantique, vient confirmer les analyses eschatologiques et la pensée
fondamentaliste des chrétiens sionistes. On comprend que cela puisse être une
cause d'irritation pour les Juifs. Jacques
Gruber rencontre
AJCF du 6.10.2002 à Sucy-en-Brie. |
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