Chrétiens et juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

DIVORCE   A   TORTS   PARTAGES …

… mais pas dans les mêmes proportions !

 Par Joël Putois  (paru dans YERUSHALAIM n°36)

 

La responsabilité du divorce judéo-chrétien à l’origine est un sujet amplement débattu, Il en est de même pour ce qui est de la condamnation à mort et de la crucifixion de Jésus. La démesure et les modalités de la persécution chrétienne ultérieure poursuivie contre l’ensemble du Peuple juif durant des siècles tendent à passer sous silence la responsabilité de certaines Autorités juives, et non pas de toutes comme on va le constater, dans ces deux occurrences.

 

Flavius Josephe raconte, en effet, qu’en 62 se produisit une vacance de fait de l’autorité romaine en Judée, entre la mort du procurateur Festus et l’arrivée de son successeur Albinus. Le Grand Prêtre Anne profita de cette situation pour faire juger par le Sanhédrin et condamner à mort Jacques frère du Seigneur chef de l’Eglise de Jérusalem et quelques autres membres de l’Eglise, qui furent exécutés par lapidation.

 

Mais dès la prise de ses fonctions par Albinus, des notables pharisiens, sans doute membres du Sanhédrin, protestèrent auprès du nouveau procurateur et du roi Agrippa, contre cette décision du Grand Prêtre Anne, lequel fut jugé pour abus de pouvoir et déposé, après seulement 3 mois d’exercice de sa charge.

 

Cet éclairage historique permet de redresser certaines opinions simplistes intégrées dans les traditions juive aussi bien que chrétienne, que nous pouvons résumer comme suit :

 

1/  Il y avait donc au sein du Judaïsme en l’an 62, c’est à dire entre 25 et 30 ans après la mort et la résurrection du Christ,  une grande diversité de courants  de pensées et de conceptions religieuses en Israël, comme le confirme d’ailleurs depuis quelques décennies l’étude des manuscrits de Qumran. Les querelles doctrinales et les oppositions de « tendances » étaient  nombreuses et souvent violentes. Et l’épisode en question montre, selon le témoignage de Flavius Josephe, que des notables pharisiens n’hésitèrent pas à prendre le parti des membres de l’Eglise naissante et à protester activement auprès des autorités civiles et religieuses contre ce meurtre de Jacques et de ses compagnons.

 

2/ L’accusation chrétienne ultérieure faisant porter à l’ensemble du Peuple Juif la responsabilité de la persécution contre la Communauté qui se réclamait de Jésus de Nazareth est donc doublement infondée. Non seulement l’ensemble du Peuple Juif en était innocent, mais même parmi les autorités du Judaïsme de l’époque, il y avait au sein du collège des notables pharisiens des partisans déterminés de la tolérance à observer à l’égard du « courant » chrétien, comme à l’égard de divers autres courants.

 

3/ Ce n’est que plus tard, après la destruction du Temple en 70 et plus encore après le désastre de l’écrasement par les romains de la révolte juive de 135, que les maîtres juifs de Yavné réduisirent considérablement le nombre admis de courants tolérables au sein du judaïsme et firent en sorte que les Juifs ayant adhéré à Jésus de Nazareth soient expulsés des synagogues. Lorsque l’on mesure les conséquences qui en sont sorties au cours des siècles jusqu’à l’époque contemporaine, on prend conscience de l’erreur tragique de cette décision. Car l’Eglise triomphante mais soumise à l’autorité du pouvoir impérial puis des pouvoirs royaux, conçut et mit en pratique les fameuses doctrines du rejet et de la substitution aux funestes répercussions. 

 

4/ Aujourd’hui, des auteurs juifs émettent sur Jésus des propos qui font réfléchir. Par exemple :

Salomon Malka, dans son livre « Jésus rendu aux siens », (page 203) rapporte le témoignage d’un écrivain juif contemporain, Amos Oz, parlant lui-même de son oncle le célèbre écrivain Klausner qui a beaucoup étudié Jésus et le Christianisme naissant. Selon  Amos Oz 

 

« Klausner voyait Jésus comme un réformateur juif audacieux. Il ne percevait pas Jésus comme le fondateur d’une nouvelle religion et encore moins comme un ennemi des Juifs. Il a vu en lui un grand Juif surgi en une époque  de stagnation, de conservatisme, qui voulait entreprendre une réforme humaniste contre les rigidités  du judaïsme de son temps …  La relation qu’entretenait Klausner  avec la religion, celle qu’il a connue au début du siècle et en Europe de l’Est, était telle qu’il rêvait en son for intérieur  d’un grand réformateur qui se lèverait  et auquel il n’arriverait pas ce qui est arrivé à Jésus , qui serait accepté , qui demeurerait au sein de son peuple . A partir de ce qu’écrit Klausner sur Jésus, de fait, on peut deviner ce qu’il pense : que le Sanhédrin, que les rabbins, que le judaïsme ont fait une erreur en rejetant Jésus. Il aurait fallu  l’accepter …  Comme vous le savez, il a été attaqué des deux côtés : du côté chrétien, parce qu’il a vu en Jésus un homme et non pas un Dieu ; et du côté juif  parce qu’il a défendu l’idée que Jésus est né Juif, a vécu en Juif et est mort en Juif ».

 

Et Amos Oz de conclure :

 

« J’aime beaucoup, pour ma part cette idée, je la trouve juste. Mais vous pouvez imaginer que cette conception n’était pas très populaire, pas plus au sein de la synagogue qu’au sein de la classe politique ».

 

Tels sont les témoignages qui apparaissent dans le Judaïsme contemporain et qui font prendre une conscience nouvelle, à maints égards révolutionnaire, de l’inanité du divorce contre nature des origines entre Judaïsme et Christianisme. La condamnation a bien été le fait des seules Autorités religieuses d’alors, non celles du peuple lui-même. Il est d’ailleurs dans ce même livre de Salomon Malka un rappel (Page 165) des développements consacrés par le rabbin Steinsaltz aux textes de la Michna ‘’Sanhédrin 43a » mentionnant les circonstances de la condamnation à mort de Jésus le nazaréen :

 

«  A la veille de Peshar, Jésus le nazaréen va être pendu et un appel a été lancé 40 jours avant en ces termes : Jésus le nazaréen va être pendu, parce qu’il a été coupable de sorcellerie, qu’il a dénigré et calomnié Israël. Quiconque est à même de témoigner  en sa faveur est invité à le faire. Ils n’ont trouvé personne  et ils l’ont pendu à la veille de Peshar.  Oula a dit : Pouvait-on trouver des gens qui auraient défendu sa cause ? C’était un calomniateur et la Torah ne dit-elle pas : Tu n’ aura pas de compassion pour lui ? »

 

Effectivement, comme le rapportent Marc (3. 22) et Matthieu (9. 34), des scribes et certains pharisiens critiquaient les miracles opérés par Jésus, disant : « C’est par le chef des démons qu’il chasse les démons … »

 

Selon ce texte de la Michna  les motifs de la condamnation à mort de Jésus apparaissent bien le fait des autorités du Temple. Il n’y est pas question du pouvoir romain. Celui-ci n’a été que le bras séculier mis en mouvement pour l’exécution proprement dite. Et l’on peut ajouter que ce recours nécessaire au bras séculier romain était bien explicable dans l’esprit des Autorités du Temple. Elles avaient prononcé la condamnation à mort (par contumace) depuis de longs mois, mais se refusaient à se saisir elles-mêmes de Jésus, de crainte de déclencher une émeute dans le peuple qui en immense majorité tenaient le nazaréen pour un grand prophète, voire le Messie tant attendu par Israël …

 

La chrétienté historique est donc sans excuse d’avoir fait peser sur l’ensemble du peuple juif, y compris dans la diaspora, et avec la cruauté que l’on sait, la responsabilité de la crucifixion du Christ.

 

 

 

 

                                                                                Joël Putois.

                                                                                Février 2004

 

 

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