Chrétiens et juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

DRANCY: un texte à méditer

 

par F.Lovsky

paru dans Yerushalaim n°14

 

Le texte ci-dessus nous a été communiqué par l'auteur: il s'agit du texte préparatoire à une conférence qu'il était appelé à donner le 26 novembre à Meylan. Nous remercions tout particulièrement l'auteur pour son autorisation de publier. Nous avons simplement ajouté des titres de paragraphes pour en faciliter la lecture.

 

Si nous avions le temps, j'aurais aimé vous lire le texte de Drancy tout entier, paragraphe par paragraphe, en laissant quatre ou cinq minutes de silence entre chacun de ces paragraphes. Ce serait une méditation et non une conférence. Car justement à mes yeux, c'est un texte méditable. Seulement, j'ai fait le calcul, cela durerait deux heures et demie. Je vais donc me livrer à ce que vous attendez : la présentation commentée du texte. Mais je maintiens qu'il a pour finalité une intériorisation personnelle.

 

Oser un regard vers le passé

         Ce texte du 3O Septembre se présente comme "une lecture critique" de ce qui s'est passé, il y a cinquante ans, à l'intention des jeunes générations. D'emblée, la hiérarchie catholique d'alors se voit reprocher une vision trop étroite du drame qui se déroulait, et son conformisme qui l'a empêchée de faire "barrage à l'irréparable". Cette première partie me paraît, sur le plan historique d'une grande vérité. Le texte ne cherche pas de circonstances atténuantes; il mentionne le désarroi, l'ignorance générale aussi bien que le courage de certains. Au total, on a laissé "le champ libre à un engrenage mortifère".

         Les évêques s'adressent aux Catholiques, mais à mon avis ce sont tous les chrétiens, et les  non-croyants, qui sont interpellés : "Nous avons (...) à nous interroger sur les origines religieuses de cet aveuglement. Quelle fut l'influence de l'antijudaïsme séculaire ?. des stéréotypes antijuifs ?"

         J'ouvre une parenthèse. Non, les évêques n'accusent pas les parents et les grands parents de la jeunesse actuelle. Ceux qui le disent n'ont pas lu le texte. Les évêques mettent en cause les générations bien plus anciennes, dont les slogans ont paralysé les chrétiens de 1940, victimes de l'animosité et de l'hostilité multiséculaire entre les chrétiens et les Juifs. Je souligne le mot : multiséculaire.

         C'est avec la même clarté qu'on mentionne les motifs non-religieux de l'antisémitisme, dont celui des nazis.Encore faut-il comprendre qu'"une tradition d'antijudaïsme" ait été le "terreau" où a fleuri "la plante vénéneuse de la haine des Juifs".

         Dans ce résumé trop rapide que je fais du texte de Drancy, je suis parvenu aux trois-quarts du document. Il n'a pas encore abordé les violences de l'année 1942. C'est très remarquable. Les trois premiers quarts de la Déclaration insistent sur le passé, de la fin du premier siècle jusqu'aux années 1940 et 1941 comprises. Autrement dit, le texte ne réitère pas l'attitude des Chrétiens quand, en 1942, il y eut un revirement d'une partie d'entre eux à cause des déportations. Le grand mérite des évêques, c'est qu'ils ne font pas l'impasse sur la paralysie (et ses causes) quand fut édicté le Statut des Juifs.

         Le dirai-je ? La vigueur de l'indignation de 1942, puis de 1944-1945, apparaît parfois comme un alibi par rapport au silence d'avant 1942. Les évêques mettent l'accent sur le temps de ce silence et les causes de celui-ci. C'est en cela que cette longue première partie du texte, avant l'été de 1942, est à la fois valable, nécessaire, véridique et novatrice sur les plans spirituel et historique. C'est parce qu'ils ont confessé l'antijudaïsme séculaire et la fructification du mal sous le régime du Statut des Juifs, que les Chrétiens sont en droit de dénoncer l'aggravation de la persécution devenue génocide.

         Le texte rappelle la responsabilité de Vichy, de sa police et - prêtons l'oreille - des "corps constitués" de la nation. On rappelle l'intervention de six évêques en 1942 : "Quelques évêques courageux"; que de choses dites en trois mots...  On rappelle aussi les actes qui ont permis le sauvetage de milliers de Juifs. Il ne faut pas voir dans ce passage je ne sais quel souci d'apologie et le désir de contrebalancer l'acuité de la première partie de la Déclaration. Si le texte en use ainsi, c'est parce qu'il décrit une époque où il y eut le pire et parfois le meilleur, en parts inégales et même changeantes, chez tous les Français. Mais cette évocation a pour but, comme le dit le Père DUJARDIN, de "signifier l'absence de parole publique de 1940 à 1942 des principaux responsables (de l'Eglise) face à la législation touchant les Juifs" (Dans La Croix 23.O9.97)

         La Déclaration casse les reins à toute autojustification: "Il n'en reste pas moins que l'indifférence l'a emporté sur l'indignation". Les évêques de 1997 se sentent obligés d'écrire : "Devant l'ampleur du drame et le caractère inouï du crime, trop de pasteurs de l'Eglise ont, par leur silence, offensé l'Eglise elle-même et sa mission".

Un regard sans concession

         Vient alors la confession précise que je vais citer et qui a pour but notre vigilance en faveur de tous les hommes: "Cet acte de mémoire nous appelle à une vigilance accrue en faveur de l'homme dans le présent et pour l'avenir". Il ne s'agit pas seulement d'une enquête historique, ou d'une intervention d'ordre intellectuel. Il s'agit d'un examen de conscience, d'une confession de nos péchés, séculaires ou récents.

         "L'entreprise d'extermination du peuple juif par les nazis pose à la conscience des questions redoutables qu'aucun être humain ne peut écarter". "L'Eglise s'interroge".

"Reconnaître les fléchissements d'hier"...

"Le temps est venu pour l'Eglise... (de) reconnaître les péchés commis par ses fils et à demander pardon".

         La hiérarchie a occulté "l'exigence biblique de respect envers tout être humain créé à l'image de Dieu";

         " Manque de compréhension"

         "Conformisme. L'Eglise n'a pas "joué son rôle de suppléance"

         Les évêques de France (ont) acquiescé par leur silence à ces violations flagrantes des droits de l'homme".

         "Des intérêts ecclésiaux (...) l'ont emporté sur les commandements de la conscience".

         Le texte confesse "le lourd héritage" de l'antijudaïsme chrétien. "Les conducteurs de l'Eglise portent une grave responsabilité".

         Il y eut des "paroles publiques" mais "peu nombreuses (...), nous devons reconnaître que l'indifférence l'a largement emporté sur l'indignation (...) le silence a été la règle".

         "Un crime de cette envergure"... "La tentative d'extermination du peuple juif est restée à l'état d'enjeu secondaire".... "Aujourd'hui, nous confessons que ce silence fut une faute. Nous reconnaissons aussi que l'Eglise de France a alors failli à sa mission d'éducatrice des consciences et qu'elle porte avec le peuple chrétien la responsabilité de ne pas avoir porté secours dès les premiers instants".... "Cette défaillance de l'Eglise de France et sa responsabilité envers le peuple juif..."... "Nous confessons cette faute et demandons au peuple juif d'entendre cette parole de repentance".

 

Oser la repentance

         Ah ! ce mot de Repentance... Des journalistes d'ironiser à propos de ce mot "vieux-jeu". Ils n'ont sans doute jamais ouvert la Bible. Ils ignorent ce que représente Kippour pour les Juifs.

         Un mot trop ignoré de trop de gens, et qui risque d'être employé à tort et à travers. On assiste, en même temps qu'à une sorte de résurrection à son sujet, à une espèce de banalisation, mais aussi à d'âpres refus. N'empêche que la réalité de la repentance a été rendue actuelle. L'acte du 30 Septembre a posé une question à des policiers, à des avocats, à des médecins.

         En même temps, ce mot et cet acte choquent certains, qui refusent violemment la démarche et le texte, jusqu'à proclamer qu'ils ne veulent même pas le lire. Cette indignation traduit une réalité religieuse. On sent confusément que la repentance est un acte spirituel qui coûte à celui qui se repent. Dans les refus dont nous parlons, il y a parfois une position politique; mais aussi une secrète défense contre ce qui dérangerait la conscience.

         Mais il y a aussi dans l'incompréhension par rapport au texte qui nous réunit, une raison, ou plutôt une carence de la société actuelle, qui n'épargne pas les Chrétiens. A l'arrière-plan, mal perçu par nos contemporains, du texte des évêques, il y a deux affirmations contre lesquelles notre temps se rebelle: l'affirmation de la continuité des générations et de leur solidarité dans la nation et ses corps constitués; et l'affirmation de la continuité des générations dans l'Eglise, cette continuité chrétienne exprimant la communion des saints à travers les siècles.

         Notre individualisme actuel a fait perdre le sens de cette continuité, qu'il s'agisse de la nation ou de l'Eglise. Chaque génération se considère aujourd'hui comme étanche en quelque sorte par rapport aux autres, et surtout aux précédentes. On n'accepte plus leur héritage que sous bénéfice d'inventaire, et si c'est utile. Dès qu'il s'agit de leurs fautes, on se considère comme innocents. On murmure:  je n'étais pas né, je n'y suis pour rien, je m'en lave les mains. Et l'on tombe dans une bonne conscience totale, on se gargarise de sa propre justice, on radie le mot "repentance" du vocabulaire. La Déclaration du 3O Septembre irrite dans la mesure où elle oblige à accepter que nous soyons soumis aux conséquences de la continuité du péché - le péché antisémite dans le cas qui nous préoccupe - et que nous soyons appelés à la démarche de la repentance quand on saisit les conséquences de ce péché.

         La valeur spirituelle du texte se trouve précisément dans l'appel à cette double démarche. Il explique aux Chrétiens (et pas seulement aux Catholiques) que les paroissiens et leurs responsables de 1940 ont été anesthésiés, en ce qui concerne l'antisémitisme, par l'animosité envers les Juifs des Chrétiens de 1840, et de 1540, et de l'an 340, dont nous fûmes victimes au moment du Statut des Juifs. Oui, il y a des atavismes qui mènent au péché. Oui, il y a des héritages qui endurcissent les coeurs. Oui, il y a des continuités qui sclérosent la charité. La communion des générations chrétiennes est une réalité, pour le meilleur, j'en suis convaincu; mais aussi, parfois, pour l'aveuglement. L'explication donnée par les évêques est irréfutable.

         Dérangeante, certes... Dans cette continuité où l'on accepte de prendre place, le savoir des erreurs qu'on déplore de la part des prédécesseurs ne conduit nullement à les juger, mais à s'interroger. Il n'y a pas de repentance sans examen de conscience: Si j'avais vécu en 1941, qu'aurais-je dit ? Qu'aurais-je fait ? Qu'aurais-je pensé ? On se demande en 1997, si on aurait été plus éclairé que les anciens de 1941. On se rend compte qu'on n'aurait pas été plus courageux qu'eux, ni probablement plus lucide. Non, il ne s'agit pas de juger... Et comme on ne peut pas répondre à coup sûr qu'on aurait été un héros, on entre, humblement, dans l'aveu de la continuité de l'aveuglement décrit à Drancy. Et l'on participe ainsi à la repentance de l'Eglise.

 

Un produit de notre liberté

         Ne nous laissons pas ébranler par des arguments qui constituent des refus déguisés de la repentance. Celle-ci n'a aucun rapport avec un acte d'accusation à l'encontre d'autrui ou de nous-mêmes. La repentance n'a aucune affinité avec quelque auto-accusation que ce soit. L'auto-accusation fait souffrir, la repentance délivre et libère.

         Et quand je déplore l'attitude d'autrui, loin de l'accuser, je me demande si je n'ai pas partagé son erreur. Je me sens solidaire de lui.  De même qu'on aime quelqu'un avec ses qualités et ses défauts, la communion des saints prend conscience des infidélités et des fautes de nos prédécesseurs, pour rendre grâce à cause de qu'ils nous ont transmis et qui est positif, et pour nous repentir avec eux en les accompagnant dans leurs fautes pour en comprendre les raisons, en nous distançant clairement de celles-ci, sans juger, parce que nous avons peut-être, plus ou moins, partagé leurs erreurs.

         Le Père DUJARDIN a écrit qu'il ne s'agit nullement "d'auto-accusation morbide". La repentance est, en effet, à mille lieues de l'autocritique de style stalinien, où l'on se livre, évidemment sans aucune sincérité, à une surenchère à l'encontre de soi-même. Dans l'autocritique, je me déprécie car j'y suis contraint par d'autres. Dans la repentance, je me convertis librement.

 

         Il ne faut pas que notre lecture de ce texte se laisse embrouiller par la politique, qui nous guette en ce domaine. Trop de commentateurs se perdent en distinguant la France de la République, ou de l'Etat, et en privilégiant tour à tour celui-ci ou celles-là. On discute à perte de vue du poids des nazis, de la légalité de Vichy; on s'égare dans le juridique. La repentance n'a rien à voir avec un masochisme national ou politique, au contraire. Ni avec des manoeuvres de quelque autoflagellation ou d'expiation collective. Les politiques qui redoutent de tels climats ont raison. Mais ce n'est certes pas à cela que les évêques ont appelé à Drancy. Ils ont évité cet écueil, ce qui  dérange ceux qui voudraient politiser le texte.

 

         Il n'est que trop vrai que les retours sur le passé, pour le déplorer, sont en politique toujours sélectifs. On s'introduit dans la conscience d'autrui pour le fustiger. La sagesse du texte de Drancy est de se placer explicitement au niveau de la continuité de la nation française. Il s'agit de savoir si, dans la cohésion de ses générations successives, la nation, et en particulier l'Eglise de celle-ci, doivent se repentir d'une attitude séculaire envers les Juifs jusqu'en 1940 et peut-être jusqu'à aujourd'hui.

         La repentance au sujet du Statut des Juifs concerne non-seulement le peuple chrétien, mais aussi la nation et ses "corps constitués". Repoussant les arguties juridico-politiques dont on nous abreuve depuis un demi-siècle, le texte lucide du 3O Septembre insiste sur la continuité de l'antisémitisme, la continuité de l'antagonisme au détriment des Juifs, la continuité de la nation française malgré ses fractures politiques, la continuité de ses corps constitués.

 

Il y a toujours des critiques

         On a émis des critiques ou des questions. Je ne peux les relever toutes. Pourquoi le Président de la Conférence épiscopale n'a-t-il pas lu le texte ? Permettez à un Protestant de se réjouir que l'acte de Drancy ait été collégial plutôt que hiérarchique. Mais qu'on se rassure: le Président en question était à Drancy.

 

         On a demandé: Pourquoi tous les évêques n'y étaient pas ? Il y en avait 31 sur une centaine. Si j'étais un peu désagréable, je dirais: "Ce n'était pas une manif. !" La raison est plus profonde et plus grave. Sont venus les évêques de la région parisienne, où le Statut des Juifs et les déportations ont fait le plus de victimes; et les évêques des diocèses où il y eut des camps.

         C'est clairement, bien qu'avec tact, exprimé dans le texte: la Repentance doit se saisir de l'indifférence avec laquelle nous (je dis "nous" car j'en suis le contemporain) nous avons accepté qu'on ouvre des camps à la fin de la IIIème République pour les réfugiés espagnols, puis pour les civils étrangers, Juifs allemands compris, en 1939. Vichy s'est emparé de cet héritage, et y a entassé de nouveaux prisonniers, et ouvert de nouveaux camps. Tout alentour, on faisait le silence. Nous fermions les yeux. On acceptait. Nous avons oublié... C'est de cela qu'il faut se repentir aussi.

 

         On a dit: 1997, c'est tard. C'est trop tard... Oui, évidemment... Oui et non. Il n'est jamais trop tard. Quand la Fédération Luthérienne Mondiale a demandé pardon aux Juifs à cause de l'antisémitisme final de Luther (c'était en 1983), elle l'a fait bien tard - quatre siècles ! - mais pas trop tard. Il n'est jamais trop tard pour la repentance.

         Si les évêques avaient dit en 1950 ce qu'ils ont confessé en 1997, on les aurait taxés d'opportunisme politique. Il fallait du temps pour ce qu'on appelle le travail de mémoire et qui, en réalité, dans l'Eglise, est le travail du Saint-Esprit. Il y a eu, durant un temps, jusqu'au Concile Vatican II, une convergence de ce travail de mémoire, de la prise de conscience, de la repentance secrète en ce qui concerne les Juifs et en ce qui regarde la présence de l'Eglise dans le monde actuel. N'en doutez pas: l'acte de Drancy est le fruit de Nostra Aetate . Mais il fallait probablement encore une génération pour qu'on aille à Drancy.

 

L'essentiel de la démarche

         Je termine par la formule du texte: "Demander pardon à Dieu et aux hommes". Elle contient une maturation spirituelle au sujet du pardon.

         Dans nos premiers contacts avec les Juifs après la Shoah, nous avons spontanément, naïvement, en communion avec de nombreux Chrétiens, demandé pardon aux Juifs que nous rencontrions. Spontanément, naïvement, sincèrement, étourdiment. 

         La surprise nous attendait sous deux formes. Il y avait des Juifs, avec Vladimir Joakelevitch pour éloquent interprète, qui affirmaient que la Shoah était précisément l'impardonnable et l'antisémitisme aussi. Quand ils nous demandaient si nous, nous aurions, dans une souffrance semblable à celle de la Shoah, pardonné aux responsables, nous baissions la tête.

         Il y avait aussi les Juifs qui nous disaient doucement: c'est aux victimes de pardonner. De quel droit les survivants pardonneraient-ils ? Les survivants n'ont pas le pouvoir de pardonner à leur place. Le crime a été si grand qu'il a éliminé ceux qui pourraient pardonner. Que répondre ? La repentance nous conduit aussi à comprendre une situation où le pardon devient impossible.

         C'est pourquoi, pour avoir compris la douleur juive (mais il y a fallu des années) les évêques ont demandé pardon à Dieu et aux hommes. Ils ont pensé aux Juifs avant tout, mais il n'ont pas prononcé leur nom, pour ne point acculer les Juifs à une réponse impossible. Dans la repentance authentique, si on souhaite le pardon de ceux qu'on a meurtris, on n'exige rien de leur part. On ne peut pas exiger le pardon. On doit comprendre qu'une souffrance soit si grande qu'elle ne parvienne pas à pardonner. Le pardon est aussi difficile que la repentance. C'est vrai pour les Juifs, et les Chrétiens, et les autres. Armand Bécassis a écrit, dans le journal La Croix du 1/10/97: "Nous savons, nous Juifs, combien est difficile la repentance".

         Oui, c'est une difficulté psychologique et spirituelle; c'est pourquoi une repentance qui exigerait le pardon ce ne serait plus une repentance. Ce serait un marchandage.

 

         Si les Juifs ne sont pas à l'aise quand on leur demande explicitement le pardon, c'est qu'ils craignent l'oubli. Ils se demandent si on veut oublier la Shoah et l'antisémitisme. En ce sens, les Juifs ont raison. La demande de pardon ne doit pas effacer la mémoire. Le texte du 3O Septembre le dit clairement: la repentance n'est pas oublieuse. Elle garde le souvenir dans son coeur.

         C'est pourquoi, tout en s'adressant aux Juifs, les évêques ont évité avec sagesse de mettre les Juifs au pied du mur en leur demandant pardon. Les Juifs et les Chrétiens sont d'accord pour dire qu'on n'a pas le droit d'usurper le pardon de ceux qui sont morts. Mais les Juifs et les Chrétiens sont d'accord pour savoir qu'on peut dès lors se tourner vers le Dieu vivant qui a le pouvoir souverain de pardonner ou de refuser le pardon, lui qui est souverainement attentif à la demande de pardon issue de la repentance. Car c'est dans notre repentance que Dieu nous pardonne.

         Je tiens à préciser que les Juifs qui étaient le 30 Septembre à Drancy ont compris la formulation des évêques. Le Président du Conseil Représentatif des Institutions juives de France a dit - et vous pèserez ses mots :

"Votre demande de pardon est si intense et si poignante qu'elle ne pourra qu'être entendue par les victimes survivantes et leurs enfants".

 

F.Lovsky

 

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