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Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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L'ANTISEMITISME
Ignorance , ingratitude ou jalousie à
l'égard de l'élection Frère Marcel
DUBOIS Paru dans
Yerushalaim n°4 Fidèle à sa
fonction de tribune du mouvement COEUR, le dernier numéro (n°3) de YERUSHALAIM (1) a
publié une série de témoignages sur la nécessité de la repentance au sujet des
crimes commis par les chrétiens, au long des siècles, envers le peuple juif. Tous
s'accordaient à souhaiter que les fidèles des diverses églises demandent pardon
à Dieu pour tant d'offenses et que d'abord, ils en réalisent la gravité.
Démarche singulièrement difficile, car elle exige tout ensemble une prise de
conscience lucide et une conversion du coeur. Les instances
de l'Eglise Catholique chargées des relations avec le judaïsme ont commencé à
réfléchir sur le mode le plus adéquat d'exprimer ce repentir et sur la manière
d'y préparer les fidèles. Dans un texte lu à Jérusalem le 24 Mai 1994, durant
la session du "comité international de liaison", texte communiqué à
la presse par une grave indiscrétion alors qu'il n'était que le compte-rendu
confidentiel d'un travail en cours, les théologiens de la commission épiscopale
allemande chargée des relations avec le judaïsme ont présenté le bilan de la
réflexion de leur église. Au terme d'une analyse exigeante et douloureuse, ils
invitent à discerner l'implication historique des fidèles selon la proximité de
leurs types d'engagement, politique ou sociologique, dans les persécutions
antijuives, et la culpabilité qui relève du secret du moi pécheur. Ils
reconnaissent néanmoins que, devant les fautes des églises et des fidèles à
l'égard du peuple juif, nous avons à confesser comme y invite le témoignage de
Saint Jean : "Si nous disons que nous n'avons jamais péché, nous faisons
de Lui un menteur et Sa parole n'est pas en nous" (I Jean 1.10). Dans cet
esprit, il nous faut "invoquer Dieu pour qu'il nous accorde son pardon et
demander au peuple juif d'écouter cette parole de conversion et cette volonté
de renouvellement". Antisémitisme et antijudaïsme (2) sont donc des péchés
au sujet desquels nous avons à nous examiner et pour lesquels nous avons à
implorer la miséricorde de Dieu. Dans un article
publié deux ans avant la seconde guerre mondiale et qu'il intitulait
"l'impossible antisémitisme" (3), Jacques Maritain analysait déjà cette
tentation sournoise qui "comme une erreur et un vice de l'esprit" a
contaminé au long des siècles et menace encore la conscience chrétienne. Il
écrivait: "Au point de vue de sa caractéristique morale dans les
perspectives catholiques, et lorsqu'il se répand parmi ceux qui se disant
disciples de Jésus-Christ, l'antisémitisme apparaît comme un phénomène
pathologique qui révèle une altération de la conscience chrétienne".
Celle-ci projette en l'autre, en l'occurence le peuple juif, les maux et les manques
dont elle est affligée;"en donnant libre cours à des sentiments de haine
qu'elle croit justifiés par la religion, elle se cherche à elle-même une espèce
d'alibi" (4). Ecrites en
1937, ces lignes avaient une valeur sinistrement prophétique: les événements ont
montré à quelle aberration tragique aboutissait cet "acte manqué
collectif" qu'est l'antisémitisme. En condamnant
l'antisémitisme, dans la déclaration "Nostra Aetate" et dans les
divers documents qu'elle a publiés depuis le Concile, l'Eglise a repris à son
compte et formulé de façon officielle l'avertissement et la mise en garde
qu'exprimait Jacques Maritain. Il est frappant que le pape Jean-Paul II, dans
les pages de son livre "Entrez dans
l'espérance" consacrées au
judaïsme, insiste sur cette vérité en donnant au péché d'antisémitisme une
signification exemplaire et universelle. C'est un péché à l'égard de l'homme
lui-même: "Auschwitz est peut-être le symbole le plus éloquent de la shoah
du peuple juif, et rappelle à quoi peut conduire, au sein d'une nation, un
système édifié sur les principes de la haine raciale et de la soif de
puissance. Auschwitz ne cesse d'être une mise en j garde toujours d'actualité,
qui nous interdit d'oublier que l'antisémitisme est un horrible péché contre
l'humanité, et que toute espèce de racisme conduit inévitablement à
l'écrasement de l'homme "
(5). Si
l'antisémitisme est"une erreur et un vice de l'esprit", "une
altération de la conscience chrétienne", "un péché contre
l'humanité", c'est que son attitude même consiste dans un refus de
l'identité d'Israël selon la vocation que Dieu lui a assignée. Pour en
comprendre la signification et en mesurer la gravité, il faut se placer dans la
perspective de l'élection. LA VOCATION D'ISRAËL
ET L'ELECTION II est impossible de rien comprendre au vouloir de Dieu sur
l'homme et à l'histoire du salut du monde, si on ne reconnaît pas au principe,
comme l'enseigne l'Ecriture, l'initiative divine du choix d'Israël. Pour révéler Son Nom aux hommes, pour annoncer le salut aux
nations et préparer la venue du Sauveur, Dieu a élu parmi les peuples, un
peuple qu'il a consacré et investi d'une vocation particulière: être son témoin
parmi les nations et représenter les nations devant Sa face. "Tu es un
peuple saint au Seigneur ton Dieu; le Seigneur, ton Dieu t'a choisi pour être
Son peuple particulier parmi tous les peuples qui sont sur la face de la
terre" (Deutéronome 7:6) De la part de Dieu qui appelle, ^k.cette vocation relève d'un
choix délibéré et souverain qui introduit Israël dans une intimité et une
responsabilité particulières: intimité qui est celle d'une prédilection:
"Israël est la chose sainte du Seigneur (Jérémie 2:3). Responsabilité qui
est celle d'un service à l'égard de l'humanité entière: Israël forme un peuple
de prêtres et Dieu exige de lui une sainteté sacerdotale (Exode 19:6).
L'élection est indissociable de l'alliance. Si la foi consiste à regarder les choses dans la lumière où Dieu
les voit, et si la règle de la charité consiste à aimer les êtres selon la
tendresse dont Dieu les aime, alors le chrétien qui a lu la Bible ne peut pas
ne pas reconnaître Israël comme le peuple élu de Dieu et il ne peut pas ne pas
l'aimer comme Dieu l'aime. On comprend dès lors que l'antisémitisme soit une
injure au dessein de Dieu. Son péché consiste en ceci qu'il ignore le mystère
de l'élection ou qu'il en méconnaît le don, ou plus subtilement encore qu'il
éprouve une amère et secrète jalousie à l'égard de cette initiative d'amour. L'IGNORANCE DE
L'ELECTION Les théologiens ont beaucoup réfléchi sur la nature des fautes que
l'on commet par ignorance. Que de mauvais choix et de désirs erronés, que
d'omissions aussi, ont leur source dans un oubli de la règle ou dans une
ignorance de la loi ! Un des rôles de la morale est de mesurer la part de la
responsabilité personnelle dans ces cas souvent complexes. Et pourtant, déjà au
simple plan du Code Civil "nul n'est censé ignorer la loi" ! A plus
forte raison lorsqu'il s'agit de vérités fondamentales qui
conditionnent l'action spécifiquement humaine! La théologie
traditionnelle est spécialement sévère à l'égard de l'ignorance des choses que
l'on devrait savoir, et surtout de celles que, par passion ou par ressentiment,
on ne veut pas savoir. C'est hélas très souvent le cas des comportements antisémites:
ils relèvent d'une ignorance due à un refus
Par quel aveuglement
un chrétien peut-il en arriver à ignorer la signification de ce qu'il
affirme dans le Credo ? "Pour nous les hommes et pour notre salut, II
descendit du ciel, a pris chair de la Vierge Marie et s'est fait homme".
Saint Paul a résumé dans un raccourci admirable la manière selon laquelle s'est
réalisée cette initiative de Dieu: "Lorsque les temps furent accomplis.
Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sujet de la Loi" (Gal.4-4).
Traduisons son propos en tout son réalisme: "né d'une maman juive,
humainement éduqué selon la pédagogie de la loi juive". Il est remarquable
d'ailleurs que, chantant son cantique pour
célébrer la magnanimité de
Dieu, celle qui fut, au centre de l'histoire, l'actrice principale de ce
dessein, en reconnaît le mystérieux propos: "II relève Israël son
serviteur. II se souvient de son amour" (Le 1-54) Le mystère du salut
réalisé par l'incarnation du Fils de Dieu passe par la vocation d'une fille
d'Israël en qui s'accomplit l'élection de son peuple. Et Saint Paul précise que, dans la perspective du salut du monde,
cette élection demeure vivante et actuelle. Les fils d'Israël sont à jamais
"du point de vue de l'élection, aimés à cause de leurs pères, car Dieu ne
regrette rien de ses dons ni de son appel" (Ro.ll- 28) S'adressant à Mayence, le 17 Novembre 1980, aux représentants de
la communauté juive, le pape a résumé cette réalité permanente du peuple juif
en une
remarquable formule
théologique: "le peuple de Dieu de l'Ancienne Alliance qui n'a jamais été
révoquée". (6) Telle est la
certitude qui est au coeur de la foi
chrétienne. Comme Léon Bloy l'exprimait dans le feu de son style,
avec une tendresse véhémente: " La pensée de
l'Eglise de tous les temps, c'est que la sainteté est inhérente à ce peuple
exceptionnel, unique et impérissable, gardé par Dieu, préservé comme la pupille
de l'oeil, au milieu de la destruction de tant de peuples, pour
l'accomplissement de ses desseins ultérieurs"(7) Le péché de l'antisémitisme est d'ignorer ou d'avoir oublié ce
mystère du dessein de Dieu qui préside à la compréhension de toute l'histoire
du salut. L'INGRATITUDE A
l'EGARD DE L'ELECTION "Si tu savais le don de Dieu". La connaissance est la
condition de la reconnaissance. C'est pourquoi l'ignorance s'accompagne inévitablement d'un manque de gratitude.
Ignorance ou méconnaissance, l'antisémitisme manifeste l'incapacité de rendre
grâce à Dieu pour le don qu'il a fait à l'humanité en inventant l'histoire du
salut et en y associant, à titre unique et exemplaire, la vocation du peuple
juif. Je me souviens de l'homélie du Père Samuel Stchman, moine
bénédictin d'origine juive qui nous a quittés trop tôt, lors d'une messe de
minuit au monastère de la Dormition à Jérusalem. Il faut savoir que cette
nuit-là, les églises de Terre Sainte sont pleines d'Israéliens curieux de voir
comment les Chrétiens célèbrent Noël. Je ne puis trouver de meilleure façon
d'exprimer ma pensée que de reprendre l'argumentation qu'il développait dans
son sermon. Les chrétiens ont, au long des siècles, accusé les Juifs d'avoir
tué Jésus. (L'Eglise a dénoncé depuis les malentendus et surtout l'usage
tragique qui a été fait de cette accusation de déicide); pourquoi n'ont-ils pas
plutôt, au nom de la foi en l'incarnation, remercié le peuple juif d'avoir
donné Jésus au monde ? La fête de Noël devrait être pour l'Eglise la fête de la
reconnaissance, l'occasion solennelle de rendre grâce à Dieu, comme les anges
de Bethléem, pour la naissance de l'enfant de Myriam, fille d'Israël. J'illustrerai cette certitude de notre foi en citant le verset
dans lequel Saint Paul exprime, en termes de lumière, le mystère du Dieu fait
homme : "Dieu qui a dit : que du sein des ténèbres brille la lumière, est
aussi Celui qui a fait briller la lumière en nos coeurs, pour qu'y resplendisse
"la glorieuse ressemblance du Père qui est sur la face du Christ" (2
Cor.4.6). Pour résumer mon propos, je me permets une légère addition, par mode
de commentaire: "la glorieuse ressemblance du Père qui est sur la face du
petit garçon d'une maman juive". A cet égard, une authentique dévotion à Marie, fille de Sion,
devrait être le meilleur antidote contre tout risque d'antisémitisme ! Croire
en l'incarnation, c'est reconnaître que Jésus a assumé notre humanité en
recevant sa nature d'homme par l'intermédiaire d'une maman juive. La gratitude
que nous manifestons à celle- ci s'adresse à travers elle, au peuple dont elle
est issue. (Stirps Jesse). Le déficit le plus grave de l'antisémitisme est sans doute cette
ingratitude à l'égard de l'élection. Et pourtant, au nom même de son identité,
un chrétien ne peut pas ne pas se sentir invité à l'attention et à la
reconnaissance devant la trace d'un destin qui relève de l'amour et de la libéralité
de Dieu. Fermeture de l'esprit et
du coeur, l'antisémitisme se manifeste dans cette
radicale impuissance à l'action de grâce. CETTE SORTE DE
JALOUSIE A L'EGARD DE L'ELECTION II est un autre sentiment, plus subtil et plus sournois, qui
caractérise ce péché de
l'esprit qu'est
l'antisémitisme. Il importe de le dénoncer car il est d'autant plus pernicieux
qu'il est très souvent inconscient. Je veux parler d'une jalousie secrète à
l'égard du peuple juif, en raison même de son élection. Celle-ci a introduit Israël dans une solitude singulière. Solitude
qui, de la part de Dieu, relève du choix qui sépare ce peuple des autres, pour
le service et pour le témoignage de Sa gloire. Solitude entretenue et gardée,
de la part du peuple élu, dans la fidélité à cette vocation. Garder l'identité
juive, c'est garder le témoignage du vrai Dieu, garder la tradition, garder la
cohésion du peuple choisi par Lui. Cette conscience de l'élection est le thème inépuisable de
l'action de grâce d'Israël : "Célèbre ton Seigneur, Jérusalem ; loue ton
Dieu, Sion. Il révèle sa parole à Jacob, ses lois et ses ordonnances à Israël.
Il n'a pas agi de même pour toutes les nations, elles ne connaissent pas ses
ordonnances (PS 147) Considérée de
l'extérieur, cette conscience d'élection peut apparaître comme une suffisance,
une fermeture ou une intolérance. Certes, mais c'est cette garde farouche qui,
tout en préservant l'identité juive, a préservé en ce monde l'absolu de la foi
au Dieu unique. Autre sujet d'émerveillement et de gratitude pour nous qui
avons bénéficié de cette fidélité. Paul Claudel avait admirablement saisi les deux faces de cette
solitude intransigeante: solitude pour Dieu, isolement au milieu du monde.
D'une part, refus du monde au nom de "l'inéluctable préférence de
Jérusalem". "Puisque le monde s'organise pour un certain refus de
Dieu, c'est lui (Israël) qui sera le refus de ce refùs"(8). La double
négation comme une affirmation véhémente de la fidélité! D'autre part, le fait
que toute solitude pour Dieu condamne ceux qui sont ainsi marqués à un
inévitable isolement: "Pas étonnant que nous gênions la société et qu'au
bout de quelques temps, on ne résiste pas à l'envie de nous flanquer à la porte
: we do not belong" (9) Un tel "estrangement" ne pouvait-il pas exposer Israël à
la jalousie de ceux qui le considèrent de l'extérieur. Bien avant le
christianisme, cette singularité était déjà la cause de l'antisémitisme païen.
Quel est le secret de ce peuple dont le Dieu est invisible, un Dieu dont on ne
peut pas prononcer le nom? Quelle est cette religion dont le temple est sans
images et sans idoles? Pourquoi cette manière de vivre qui sépare des autres
hommes? Au nom même de cette aristocratie mystérieuse et de l'excellence
privilégiée dont on est jaloux, on condamne ce peuple si farouchement différent
à un ostracisme qui l'enferme encore plus dans son isolement. Lorsque la chrétienté est
apparue avec la conscience qu'elle était l'accomplissement du dessein de Dieu
inauguré en Israël, une théologie dite de la substitution l'a présentée comme
le "verus Israël" au prix de la
disparition de l'ancien. La nouveauté a été comprise non comme une
métamorphose, mais comme une rupture et une abolition du passé.
L'"estrangement" du peuple juif au milieu ou à côté de la chrétienté
a pris alors une autre forme., celle de la concurrence et de la rivalité. La
permanence d'Israël et la fidélité du peuple juif à sa tradition ne pouvaient
pas ne pas susciter la question : Israël est-il encore le peuple élu ? Et supposer
qu'il l'ait été, à quel titre a-t-il mérité ce privilège ? Et au bout du compte
: pourquoi le peuple juif a t-il été
choisi et non pas nous ? Cette question est toujours actuelle. Elle est
inscrite au coeur de l'antisémitisme comme une expression de la jalousie à
l'égard de l'élection. C'est l'occasion de rappeler que Thomas d'Aquin posait déjà cette
question mais avec une intention positive et que sa réponse apporte une lumière
qui demeure décisive, celle de| la foi et de l'amour. Au début du traité qu'il
a consacré dans la Somme Théologique, à la signification de la loi ancienne, la
Torah, il demande : "Pourquoi Dieu a-t-il donné la loi au peuple juif, et pas à
un autre ?" Après avoir rappelé les réponses traditionnelles que l'on
trouve dans la Bible elle-même et chez les commentateurs juifs, il ajoute cette
considération inattendue qui est extrêmement éclairante : "Si l'on insiste
en demandant pourquoi Dieu a choisi ce peuple et non un autre pour donner le
jour au Christ, il conviendra de répondre avec Saint Augustin : "Pourquoi
attire-t-Il celui-ci et non celui-là: ne prétends pas en décider, si tu ne veux
pas errer"(10) Ainsi pour justifier l'absolue gratuité du don de la ' loi,
Thomas utilise l'argument par lequel Augustin justifiait la gratuité du don de
la grâce: ne cherche pas à savoir ce qui relève du libre et souverain vouloir
de Dieu. Il s'agit, dans l'un et l'autre cas, d'une initiative absolument libre
dont le secret réside dans l'amour de Dieu. On comprend dès lors que le ressort le plus profond
de l'antisémitisme soit un ressentiment inspiré par la jalousie. Que le
peuple juif ait été, dans le plan du salut du monde, l'objet d'une telle
prédilection, voilà ce qu'il ne peut tolérer. Etrange aveuglement à l'égard
d'une vérité qui devrait au contraire ouvrir les coeurs à l'émerveillement et
à l'amour. L'élection d'Israël est en effet la révélation de la dilection
dont toute personne est aimée. C'est "pour nous les hommes et pour notre
salut" que Dieu a inventé et mis en oeuvre cette histoire inouïe.
L'élection a introduit le peuple juif dans un destin qui, s'il est unique et
singulier, propose un modèle universel et exemplaire. L'aventure historique du
peuple élu est le principe et la figure de l'aventure spirituelle de toute personne
humaine en quête de Dieu qui l'appelle. Il n'y a pas de place ici pour la
jalousie. Il s'agit d'une invitation à l'accueil et à l'action de grâce. Nous
mesurons mieux l'amour dont nous sommes
aimés en contemplant l'amour
dont Israël est l'objet. Chrétiens, nous comprenons mieux notre élection en
Jésus-Christ dans la contemplation du mystère de l'élection d'Israël. Dans un entretien qui avait pour cadre
l'abbaye de Sylvanès, le poète Claude Vigée nous invitait à pousser plus loin
encore la réflexion. Il nous disait que l'amère jalousie qui inspire
l'antisémitisme n'est pas seulement une secrète envie à l'égard de l'élection
du peuple juif. Elle est en définitive un refus de la liberté et de la
libéralité de Dieu dans Ses desseins. On peut dire, à cet égard, que l'élection
d'Israël est un critère de l'ouverture du coeur au mystère de Dieu. C'est ce qu'avait admirablement exprimé Jacques Maritain dans un
texte qui suffirait pour résumer le propos de ces quelques pages : "Si le
monde hait les Juifs, c'est qu'il sent bien
qu'ils lui seront
toujours sumaturellement étrangers, c'est qu'il déteste leur passion de
l'absolu et l'insupportable stimulation qu'elle lui inflige. C'est la vocation
d'Israël que le monde exècre. Cette exécration de la prétendue race porte en
réalité sur la vocation. Odium generis humani. Haïs du monde, c'est leur
gloire, comme c'est aussi la gloire des Chrétiens qui vivent de la foi"
(11) Péché d'ignorance, d'ingratitude ou de jalousie à l'égard de la
vocation d'Israël, l'antisémitisme est ultimement un péché contre la foi et
contre le dessein d'amour que la foi nous révèle. Frère Marcel
Dubois Maison
Saint-Isaïe à Jérusalem Décembre 1994 Notes: (1) COEUR.3 ème
trimestre 1994, : Repentance et réconciliation. (2) Les auteurs du
rapport précisent qu'ils distinguent entre "antijudaïsme", hostilité
à motifs religieux envers les Juifs,
et "antisémitisme", hostilité fondée sur des considérations de
race. (3) Article paru
d'abord dans le volume collectif Les Juifs (Paris, Pion. 1937) et repris dans
Le mystère d'Israël et autres
essais Paris, Desclée
de Brouwer (4) Op cit. p 61 (5) SS Jean-Paul II,
Entrez dans l'espérance.Paris 1994, p 158-159 (6) Cité dans
l'introduction aux Notes du 24 Juin 1985 (7) Léon Bloy, Le vieux
de la Montagne (2 janvier 1910) (8) Manuscrit inédit
sur Isaïe (9) Philadelphie, p.
314 (10) S. Thomas
d'Aquin, SommeThéolosique, la-2a, Q.98, a. 4 (11) Le mystère
d'Israël, p. 52.
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