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Chrétiens et juifs, ... des amis ! |
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Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif. |
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RETROSPECTIVE
10 ans
de vie de l'association (1990-2000) Eléments rassemblés et commentés par Marc Viénot, "En ce
jour du Yom Kippour, une poignée d’hommes et de femmes, partis du village de Ein
Karem, montent lentement la colline du mémorial juif du Yad Vashem, à Jérusalem.
A l’initiative de deux français, un catholique, Henri Catta, et un protestant,
le pasteur Henri Lefebvre, qui ont créé CŒUR, une association pour réparer les
fautes des chrétiens à l’égard des juifs. Ils ont reçu un accueil bouleversant.
Récit d’un moment qui fera date." C’est
ainsi que commençait un article paru dans le numéro du 25 octobre 1990 de
l’hebdomadaire « LA VIE ». Et l’article continuait comme suit, sous la plume de
Pierre CASTEL (extraits) : Ils
sont partis tout à l’heure de Ein Karem, un petit village de la périphérie de
Jérusalem, au creux d’un vallon boisé. C’est là, selon la tradition, que Marie,
enceinte, rendit visite à sa cousine Elisabeth qui portait Jean-Baptiste, et
qu’elle chanta le Magnificat. Mais
maintenant, les esprits des pèlerins sont tournés vers le but à atteindre : au
sommet de la colline, caché par les arbres, le Yad Vashem, le monument et
mémorial élevé à la mémoire des six millions de juifs exterminés par les nazis
… Dans
quelques heures, les trompes
(shofar)
sonneront, au Mur occidental, le début du Yom Kippour. Ce jour-là, tout juif
croyant demande à son prochain de lui pardonner ses offenses. Eux, les disciples
du Christ, sont venus accomplir une démarche de repentance pour la haine
entretenue au fil des siècles par les chrétiens d’Europe à l’égard des juifs
« déicides ». Les crimes nazis n’auraient sans doute pas été possibles s’il n’y
avait pas eu un terrain propice. Quel meilleur jour pour cette démarche que
celui du Grand Pardon, et quel meilleur lieu que celui où les survivants ont
voulu commémorer l’Holocauste (la Shoah, c’est-à-dire la Catastrophe),
aboutissement monstrueux de vingt siècles
d’antisémitisme ? Le
petit groupe a donc de quoi méditer pendant sa lente montée. Mais chacun se
demande en silence quelle serait l’attitude des autorités du Yad Vashem. Certes,
on savait qu’après quelques hésitations, elles avaient accepté d’être présentes,
mais de quelle manière ? L’accueil
fut en réalité bouleversant : sans concession sur le passé ou le présent, mais
prenant pleinement en compte la démarche de CŒUR. « Il y a cinquante ans,
déclara le professeur Israël Gutman, directeur de la recherche au Yad Vashem,
les peuples chrétiens ont assisté ou participé à l’indicible. Aujourd’hui en
Europe orientale, la haine des juifs s’exprime à nouveau. Nous sommes un petit
nombre, vous aussi. Mais vous et nous voulons enfin que ça
change. » Le
docteur Lucien Lazare, chargé des « Justes des nations » (ceux qui ont aidé les
juifs pendant la guerre), regretta la paralysie du Vatican, malgré « les
positions très courageuses de l’épiscopat français », et fit remarquer que le
Saint-Siège, en ne reconnaissant pas Israël, s’alignait sur les quarante-neuf
états musulmans. Mais il rappela tout le travail accompli par les Amitiés
Judéo-Chrétiennes et, s’adressant aux pèlerins, il leur dit: « Votre geste est
d’une limpidité admirable, mais il n’est pas banal. C’est de Dieu, et non des
hommes, que vous venez solliciter le pardon. Le pardon est un acte que nous
restons impuissants à accomplir face à l’impardonnable ; mais il reste le
recours à Dieu. Le pardon consiste à dire surnaturellement que l’impardonnable
n’existe pas. » Quant
au rabbin Askhenazi, il parla d’un moment qui ferait date, tout en se demandant
pourquoi il avait fallu tant de temps pour que les relations entre juifs et
chrétiens commencent à changer, et pourquoi ce changement ne se produisait
« qu’après un événement aussi épouvantable ». Puis
ce fut la cérémonie dans la crypte du souvenir. Au milieu des chants du rabbin
et de la chorale, il fut demandé à Henri Catta et Henri Lefebvre de ranimer la
flamme perpétuelle, et au père Marcel Dubois de chanter le psaume De Profondis
en hébreu. Il ne
restait plus au petit groupe des pèlerins qu’à s’associer au jeûne du Kippour
avant de rentrer en France, bien décidés à vivre au quotidien ce dialogue
fraternel et exigeant entre juifs et chrétiens. Dix
ans déjà ! Voilà
comment en 1990, relaté par « La Vie », commença publiquement l’aventure de
CŒUR. Au terme de ces dix ans, la vocation de C.Œ.U.R., constitué en Association
au début de 1991, a-t-elle été ‘’remplie’’ ? A chacun de répondre selon sa
conscience et ses attentes. Une chose est sûre, elle est bien loin aujourd’hui
d’être ‘’accomplie’’. Car entre ces mots « remplie » et « accomplie », il est un
abîme que le vocabulaire biblique prend soin de préciser: remplir une
tâche, c’est faire effort chaque jour pour faire progresser l’action vers son
but. Lorsque ce dernier est atteint en plénitude, c’est alors seulement que l’on
peut dire que la tâche est accomplie. C’est
ainsi que Jésus, entrant dans les eaux du Jourdain pour y être baptisé par Jean
le Baptiste, dit : « …il convient que nous
accomplissions ainsi toute justice »(Matthieu 3.15). C’est
ici le sens de « remplir » , car Jésus inaugure à ce moment sa fonction
messianique terrestre qui va durer plus de deux ans. Lorsqu’il expire sur la
croix, sa mission de salut ayant été portée à sa plénitude de réalisation dans
le Plan de Dieu, il prononce les mots : « Tout est
accompli »(Jean 19.30) et c’est bien là le sens
d’accomplissement plénier, d’achèvement. Le texte de l’évangile, en grec,
emploie deux verbes différents dans ces deux versets. La
revue Yerushalaïm, publiée par notre association depuis le début de 1994, est le
témoin durable de la tâche « remplie » année après année et nous souhaitons ici
en rappeler l’itinéraire en reprenant des extraits d’articles parus dans nos
différents numéros. Nous allons y retrouver tout à la fois l’intuition initiale,
la complexité, mais aussi la richesse du contexte ambiant, les péripéties de
l’itinéraire, les fruits à ce jour, l’immensité de ce qui reste à « remplir »
pour que les espérances formulées par l’Apôtre Paul connaissent
l’accomplissement plénier qu’il a prophétisé :
« …l’endurcissement d’une partie d’Israël durera jusqu’à ce que soit
entré l’ensemble des païens. Et alors tout Israël sera sauvé » (Rom.
11. 25,26). L’intuition
initiale
« Les
deux Henri » - c’est ainsi que l’on désignait familièrement Henri Catta
et Henri Lefebvre - s’étaient rencontrés au cours des ‘’Montées de
Jérusalem’’, qui conduisaient des chrétiens appartenant à des Eglises
diverses, à « monter » en Terre Sainte pour se demander mutuellement pardon pour
leurs divisions séculaires et pour renouer avec les Eglises locales une relation
fraternelle que les péripéties et égoïsmes de l’histoire avaient éloignées de
leur communion. On avait alors coutume de dire que l’unité ne se ferait ni à
Rome, ni à Genève, ni à Constantinople, ni à Cantorbéry, mais à Jérusalem
! Henri
Catta a rappelé ultérieurement, à l’Assemblée Générale de C.OE.U.R. du 6 Février
1994, le lien de paternité-filiation qui unit les ‘’Montées de Jérusalem’’
et ‘’C.OE.U.R’’. Voici
comment il l’a exprimé : Le
‘’berceau’’ de C.OE.U.R. (Yerushalaïm N° 1 - 1er Trimestre 1994 -
p. 11) Il y a
quatre ans, Henri Lefebvre et moi, nous évoquions à Gagnières (NDLR: le Centre
Chrétien de Gagnières dans le Gard fut mêlé à ces activités dès leurs débuts)
l’intuition que Thomas Roberts avait exprimée devant nous pour la première fois,
précisément en ce même lieu, à propos des « Montées de Jérusalem » . Ensemble,
nous avons été saisis de la nécessité d’élargir la portée des voyages annuels à
Jérusalem afin d’en poursuivre les intentions dans la fidélité de celui qui a
joué un si grand rôle dans le Renouveau chrétien. … Il
ne me paraît pas inutile de rappeler plusieurs caractéristiques de la première
Montée qui avait rassemblé plus de 700 participants. Ceux qui ont eu le
privilège d’en avoir été témoins, ne peuvent oublier les demandes de pardon
réciproques formulées par les protestants et les catholiques, en raison des
péchés de leurs pères et des leurs, péchés qui furent cause de nos divisions,
des guerres de religion, des exclusives et des dédains, qui ont fait tant de mal
au cœur du Christ … Nous
nous souvenons tous aussi de la magnifique surprise de ce samedi de Pentecôte,
dans les jardins du Patriarcat orthodoxe, au Mont des Oliviers, et du changement
de ton dans l’allocution du Patriarche qui s’était écrié, comme inspiré : « Je
vois rayonner sur vos visages la grande Eglise du Christ »
… C’est
à l’honneur des organisateurs d’avoir préparé l’accueil des chrétiens venant de
France, chez des chrétiens arabes vivant à Jérusalem, Bethléem ou Nazareth. Des
liens se sont ainsi tissés avec ces chrétiens qui se sentaient les plus isolés
du monde … On connaît moins la richesse de foi de ces palestiniens qui, au cours
de réunions de prières proclamaient, et pas nécessairement en accord avec leurs
abounas (leurs prêtres), que le jet de pierres ne correspondait pas à l’esprit
de l’Evangile…(NB: c’était le temps de la première intifida
!) Cependant,
Henri et moi étions frappés de la sorte d’ignorance, non pas voulue, mais
conséquence de la situation politique, dans laquelle les pélerins étaient tenus
quant à la population juive du pays dans lequel ils se rendaient … Lorsqu’on est
juif, habitant sur la terre d’Israël, faut-il donc croire en Jésus ressuscité
pour avoir droit au regard des « Goïms » ? … Il
devenait tout naturel de se demander si, en allant à Jérusalem, notre souci de
chrétiens ne devait pas nous pousser à tenter la réconciliation, à présent, avec
nos frères juifs, qui ne sont pas des étrangers dans la foi, mais bien nos
frères aînés, puisque héritiers du peuple choisi par le Tout Puissant pour
révéler aux nations qu’il n’y a qu’un seul Dieu.’’. On
voit bien ici la genèse de l’intuition qui a conduit à la vocation de C.Œ.U.R.
Cette genèse a été maintes fois explicitée dans Yerushalaïm, notamment dans les
lignes suivantes : Naissance
et vocation de C.Œ.U.R.
(Yerushalaïm
N°18 - 1er. Trim.
1999 - p. 4 ) A
l’origine de la constitution de C.Œ.U.R. en 1990, il y a l’évidence de cette
intuition partagée par les «deux Henri», selon laquelle les Églises chrétiennes
divisées ne seraient pleinement bénies dans les démarches de réconciliation
mutuelle, que si toutes ensemble faisaient ‘’repentance’’ devant Dieu pour tant
de siècles de rejet, de persécutions, parfois de massacres physiques, et aussi
de malédictions, c’est à dire d’attentats de caractère spirituel, opérés au
détriment du Peuple Juif, l’Élu, leur aîné dans la foi. C’est
cette conscience d’une nécessaire démarche chrétienne œcuménique de nature
jubilaire concernant le Peuple Juif, qui a déterminé à la fois le choix du sigle
C.Œ.U.R. et celui de la démarche qui s’imposait de la part de ces chrétiens pour
la manifester dans son authenticité. Il ne s’agissait pas d’émouvoir les foules,
d’user de voies médiatiques, mais essentiellement de manifester cet esprit de
repentance, à Jérusalem, par une participation discrète au jeûne et à la prière
des Juifs au Yom Kippour, précédée d’une montée au Yad Vashem et d’un
recueillement dans la crypte de la Shoah. C’est
dans cet esprit qu’un groupe de C.Œ.U.R., encore informel, a effectué la
première démarche de repentance, discrète et publique, à Jérusalem au Yom
Kippour 1990. Démentant quelques mises en garde chrétiennes préalables en
France, l’accueil reçu sur place de la part des Juifs reste gravé dans la
mémoire des participants venus de divers pays européens et appartenant à
plusieurs Églises. Certains
souvenirs en ont été rappelés dans ce même Yerusahalaïm N° 18 p.4 : La
personne qui inspectait nos bagages à l’aéroport de Lod, apprenant qui nous
étions et l’objet de notre venue, nous a dit avec un sourire triste , mais le
regard plein de reconnaissance : « Eh bien vous avez mis le temps, cela fait
vingt siècles qu’on vous attend !». Et le
regretté Léon Ashkénazi, nous accueillant dans le grand auditorium du Yad
Vashem, nous a déclaré : « Je viens de vous entendre et je compte combien vous
êtes (70) …Je vais laisser dans ma poche le discours que j’avais préparé et vous
parler avec mon cœur …Votre choix du Yom
Kippour pour cette démarche répond à une intuition qui nous touche profondément
…Nous voyons en vous les prémices des temps messianiques …». Nous avons déouvert
alors combien le judaïsme est attentif aux nombres dans la Bible, comme dans la
vie; et soixante-dix, pour un juif, c’est le chiffre des
« nations ». Au
retour en France, la décision a aussitôt été prise de constituer C.Œ.U.R. en
association. C’est alors que les Fondateurs, Henri Catta, Henri Lefebvre, le
Père Marcel Dubois, Elzbieta Twarowska et Antoine Lemineur en établirent les
statuts, dont voici l’article 3, ‘’Objet Social’’: ‘’L’association
a pour but de : ·
manifester vis-à-vis de Dieu et du Peuple Juif la repentance des Chrétiens pour
l’attitude qu’ils ont eue au cours de trop longs siècles: car, en se basant sur
des théologies erronées de ‘’rejet’’ et de ‘’substitution’’, ils ont laissé se
développer haines et persécutions en totale contradiction avec
l’Évangile. ·
encourager tous les chrétiens, à quelque Église ou dénomination qu’ils
appartiennent, à mieux comprendre et témoigner des racines et composantes juives
du Peuple Chrétien et de la pérennité de l’élection et des promesses de Dieu au
Peuple Juif. · agir
en se référant aux sources bibliques, héritage commun reçu de Dieu, en
conformité au dessein de salut du Père sur le monde. Ce dessein est,
conformément à la volonté de Jésus dans le don de sa vie, de rassembler dans
l’unité tous les enfants de Dieu dispersés’’.
(Évangile de Jean chap. 11 verset 52) Depuis
lors, chaque année, sauf en 1997, un groupe de membres de C.Œ.U.R. est venu à
Jérusalem pour participer au Yom Kippour et
monter silencieusement au Yad Vashem. Le
contexte: une évolution contemporaine La
démarche de C.OE.U.R. n’a pu être conçue et porter ses fruits que parce
qu’elle s’est insérée dans une évolution
déjà existante des relations entre Juifs et Chrétiens. L’essentiel de cette
évolution s’est manifestée, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, par la
prise de conscience parmi les nations occidentales des horreurs de la Shoah,
terrifiant événement survenu sur un continent et au sein d’une civilisation qui
avaient été le berceau du Christianisme, mais berceau marqué par tant de siècles
d’antisémitisme et d’antijudaïsme. Le
choc provoqué par la découverte de ce génocide nazi dans toute son inimaginable
démesure a ouvert nombre de chrétiens à un autre regard sur ce Peuple juif en
diaspora parmi eux, comme il a permis à l’ONU de voter en 1948 une résolution
permettant la restauration de la Nation Juive sur la Terre
d’Israël. Dans
cet immédiat après-guerre, un dialogue judéo-chrétien a pris corps, sous des
formes multiples. Nous ne pouvons qu’en résumer ici les principales étapes, en
rappelant certaines sources antérieures au conflit mondial lui-même
: Jacques
Maritain (Yerushalaïm N°4
- 4e. trim. 1994 p.
2 ) Dans
un article publié deux ans avant la deuxième guerre mondiale et qu’il intitulait
« l’impossible antisémitisme », Jacques Maritain analysait déjà « cette
tentation sournoise qui, comme une erreur ou un vice de l’esprit, a contaminé au
long des siècles et menace encore la conscience chrétienne. » Il ajoutait : « Au
point de vue de sa caractéristique morale et dans les perspectives catholiques,
et lorsqu’il se répand parmi ceux qui se disent disciples de Jésus-Christ,
l’antisémitisme apparaît comme un phénomène pathologique, qui révèle une
altération de la conscience chrétienne. Celle-ci projette en l’autre, en
l’occurrence le peuple juif, les maux et les manques dont elle est affligée; en
donnant libre cours à des sentiments de haine qu’elle croit justifiés par la
religion, elle se cherche à elle-même une espèce
d’alibi ». Ecrites
en 1937, ces lignes avaient une valeur sinistrement prophétique : les événements
ont montré à quelle aberration tragique aboutissait cet ‘’acte manqué
collectif’’ qu’est l’antisémitisme.
(Frère
Marcel Dubois, Supérieur de la Communauté Dominicaine Saint Isaïe à
Jérusalem) La
Charte de Seelisberg (Yerushalaïm
N° 1 - 1er. Trim.
1994 - p. 4 ) C’était
peu après la deuxième guerre mondiale, en 1947. Des personnalités chrétiennes et
juives se réunirent à Seelisberg, en Suisse. Traumatisés par le génocide
perpétré par les nazis entre 1942 et 1945, et dont six millions de juifs furent
victimes, ces hommes voulaient réfléchir sur les causes profondes qui rendirent
possibles ce massacre, unique par son étendue. Une de
leurs conclusions accusa ‘’l’enseignement du mépris’’ qui, durant des siècles,
s’ajouta à un antisémitisme à caractère religieux, fondé sur l’accusation de
déicide, et qui condamnait, à travers les siècles, les juifs et leurs
descendants à une malédiction éternelle. La
conférence concrétisa ses débats par la ‘’Charte de Seelisberg’’ qui demandait,
entre autres, la réforme de certains enseignements ayant mené à la haine ou au
mépris du Juif, ainsi que la condamnation de l’antisémitisme par le
christianisme Si
Seelisberg n’eut pas d’échos véritables sur les masses chrétiennes, il fut à
l’origine des groupes d’amitié judéo-chrétienne. Des réunions, des cercles
d’études, se formèrent en France et dans d’autres pays
d’Europe. Des
ouvrages comme le ‘’Jésus et Israël’’ de Jules Isaac, un des promoteurs de
Seelisberg, son ‘’Enseignement du mépris’’, le ‘’Bréviaire de la haine’’ de
Poliakov et d’autres, provoquaient une curiosité envers le judaïsme et le désir
d’en connaître les traditions, la pensée, la liturgie.
(Max
Warshawski, grand Rabbin honoraire de Strasbourg) Jean
XXIII et Jules Isaac (Yerushalaïm N° 16 - 3ème
trim. 1998 - p. 8) Fin
1997 a été publié le livre de Luigi Accatoli ‘’Quand le Pape demande
pardon’’, ouvrage dans lequel ce journaliste italien, observateur religieux
pour le compte du ‘’Corriere della Sera’’, a rassemblé des textes très divers
émanant de l’Église Catholique, constitués principalement de décisions et
déclarations des papes récents qui avaient manifesté le souci, à l’aube du
troisième millénaire, que l’Église prenne en charge avec une conscience plus
vive le péché de ses enfants, dans le souvenir de toutes les circonstances où,
au cours de son histoire, ils se sont éloignés de l’Esprit du Christ et de son
Évangile, présentant au monde le spectacle de façons de penser et d’agir qui
étaient de véritables formes de contre-témoignage et de scandale. Nombre des
textes figurant dans ce livre concernent les relations entre Chrétiens et
Juifs : Jean
XXIII a modifié deux prières qui offensaient les Juifs et les Musulmans. Ce fut
une façon de s’excuser pour ces offenses séculaires. Il a voulu ensuite que
Vatican II aborde sous un nouveau jour les relations avec les frères séparés et
les juifs. Ce
jour-là, a raconté le Cardinal Béa, au cours de la liturgie solennelle (du
Vendredi Saint), le pape Jean donna, de but en blanc, l’ordre d’omettre, dans la
fameuse prière pour les juifs, le déplaisant adjectif ‘’perfides’’ qui
aujourd’hui sonne si mal, même si dans le latin médiéval auquel il remonte, il
signifiait simplement ‘’non croyants.’’ Ce geste émut l’opinion publique juive
et suscita de grands espoirs … Une
nouvelle prière (introduite avec le missel de Paul VI) est bien différente et
semble avoir été inventée par un autre peuple:
‘’ Prions pour les Juifs, à qui Dieu a parlé en premier, qu’ils
progressent dans l’amour de Son Nom et de la fidélité à Son
Alliance’’. La
suppression de ‘’perfides’’ ne fut pas la seule innovation liturgique voulue par
Jean XXIII en faveur des Juifs. Une autre expression peut-être plus terrible que
celle du Vendredi Saint figurait dans le rite du baptême, quand le baptisé était
issu du judaïsme. Le célébrant devait prononcer cette invocation : ‘’Prends en horreur la perfidie judaïque’’.
La phrase fut supprimée en 1960.
La
suppression du mot ‘’perfides’’ attira l’attention de l’historien juif français
Jules Isaac qui avait perdu sa femme et sa fille dans les camps de
concentration. Il demanda à parler au pape et fut reçu le 13 Juin 1960, lui
remit un mémoire sur l’opportunité d’une révision de l’enseignement chrétien
concernant les Juifs et suggéra la création d’une sous-commission chargée
d’étudier le problème… C’est
à la suite de cette rencontre que mûrit en Jean XXIII l’idée que le Concile
devait s’occuper de la question juive. Le 18 Septembre 1960, il confia le
dossier au Cardinal Béa. En présentant au Concile le texte sur les Juifs
(4e. chapitre du schéma sur l’œcuménisme), le 19 Novembre 1963, le
Cardinal Béa put ainsi invoquer l’autorité de Jean XXIII qui était décédé cinq mois plus
tôt.’’ Nombreuses
ont été les références de notre revue Yerushalaïm au tournant officiel qu’ont
prises les relations judéo-chrétiennes à partir du Concile Vatican II.
C’est
un changement radical du regard porté par l’Eglise Catholique sur les Juifs et
le Judaïsme qui a résulté de divers textes, notamment de la ‘’Déclaration sur
l’Eglise et les Religions non chrétiennes’’, dite ‘’Nostra Aetate’’ qui, parmi
tous les documents conciliaires, tient une place particulière. Nous reproduisons
ici quelques commentaires que nous avions rassemblés. A
propos de « Nostra Aetate »
(Yerushalaïm N° 12 - 2ème. trim. 1997 - p. 12 ) « Scrutant
le mystère de l’Eglise, le Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le
peuple du Nouveau Testament avec la lignée d’Abraham … C’est
pourquoi l’Eglise ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien
Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a
daigné conclure l’antique Alliance et qu’elle se nourrit de la racine de
l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que
sont les Gentils… » Ce
chapitre 4 sur le Judaïsme est le seul document théologique du Concile qui ne
comporte aucune référence à la tradition chrétienne et s’appuie exclusivement
sur l’Ecriture (et en cela, le Concile a fait un document ‘’protestant’’,
‘’Scriptura sola’’, l’Ecriture seule).
(Père
Michel Remaud - Professeur au Centre Ratisbonne à
Jérusalem) Une
réflexion Protestante sur Nostra Aetate (Yerushalaïm N° 21
- 3e. trim. 1999 ) ‘’
Voilà que pour ce décret particulier, les rédacteurs n’ont pas pu s’appuyer sur
la réflexion des Pères de l’Eglise, mais uniquement sur les textes bibliques.
C’est le seul texte de tout le Concile qui présente cette particularité.
Qu’est-ce que cela veut dire pour nous tous, catholiques et protestants ? Cela veut dire que si nous voulons réfléchir
sur la question juive, nous ne pouvons nous ressourcer dans nos traditions,
quelle que soit l’importance que nous leur accordons, mais nous devons en
revenir à une réflexion éclairée, nous l’espérons, par l’Esprit Saint,
uniquement à partir des textes bibliques. Cinq
ou six ans avant le Concile, le grand théologien protestant Karl Barth
(d’origine suisse, enseignant en Allemagne, il a été expulsé par le régime du
IIIème Reich, parce qu’il
s’opposait à l’antisémitisme) écrivait : La question décisive n’est pas :
« que peut être la Synagogue juive sans Jésus Christ ? » mais : « qu’est-ce que
l’Église aussi longtemps qu’elle a en face d’elle un Israël qui lui est étranger
et qui s’oppose à elle ? » Il
allait même jusqu’à dire : « Le mouvement oecuménique d’aujourd’hui souffre
plus gravement de l’absence d’Israël que de celle des Orthodoxes ou des
Catholiques ». (Pasteur
Alain Schvartz) Comité
Catholique pour la Repentance au sujet du Peuple Juif
(note
1) (Yerushalaïm N° 9 - 2ème trim. 1996 - p. 14 ) Ce
Comité, dont le but est avant tout spirituel, veut promouvoir cette repentance
libératrice, conversion de l’intelligence en même temps que du cœur. Il propose
pour cela, de manière encore discrète, des journées de jeûne et de prière, en
Avent et en Carême(avec un projet de rituel), journées auxquelles s’associent de
nombreuses communautés contemplatives. Il
envisage, par d’autres voies également, de sensibiliser les catholiques au
mystère d’Israël qui, bien qu’occulté, est au cœur du mystère de l’Eglise (Cf.
Nostra Aetate). C’est ainsi qu’en 1963, il a rédigé une note à l’intention des
évêques au moment du Synode sur la réconciliation. … Occasionnellement,
le Comité élargit ces rencontres, invitant protestants, anglicans, orthodoxes
vivant une semblable démarche, à partager une prière commune de repentance au
sujet de nos ‘’frères aînés’’
(Marie
Thérèse Huguet , théologienne) L’Enseignement
du mépris…puis de l’estime
(Yerushalaïm N° 13 - 3ème trim. 1997) Depuis
le schéma sur les Juifs de Vatican II, en 1965, on a assisté à la mise en
chantier d’un ‘’enseignement de l’estime’’ en remplacement du traditionnel
‘’enseignement du mépris’’ dont Jules Isaac avait démonté les rouages; de
nombreux religieux et laïcs français ont contribué à la formulation et à la mise
en œuvre des doctrines nouvelles. Parmi les artisans de cette révolution
figurent l’oratorien Pierre Dabosville, le dominicain Bernard Dupuy, le père
Jean Dujardin, Paul Démann, père de Sion, le père Georges Passelecq, le père
Roger Braun, le Cardinal Decourtray, le Professeur Kurt Hruby, etc. Ils ont leur
équivalent à l’étranger, notamment le cardinal Béa et le pape Jean XXIII
lui-même… La
révision de l’enseignement sur les Juifs reçut de Vatican II une impulsion
décisive. Le grand rabbin Jacob Kaplan constatait que: ... « Nostra Aetate a
été l’objet de critiques trop justifiées, de suppressions regrettables,
notamment du fait d’interventions arabes, mais que le schéma sur les Juifs n’en
permettait pas moins aux hommes de bonne volonté de travailler pour une grande
amélioration des rapports entre Chrétiens et Juifs. » Cette
amélioration peut être constatée dans l’importante déclaration de l’Épiscopat de
France de 1973 qui allait, sur certains points, au-delà de la déclaration
conciliaire. L’antisémitisme , par exemple, n’y était plus simplement « déploré », mais « condamné ».
Et
l’Épiscopat français affirmait des positions théologiques novatrices à mettre en
œuvre dans l’enseignement : « Il faut considérer comme une erreur
théologique, historique et juridique de tenir le Peuple Juif pour
indistinctement coupable de la Passion et de la mort de Jésus. Contrairement à
une exégèse ancienne, on ne saurait déduire du Nouveau Testament que le Peuple
juif a été dépouillé de son élection. D’autre part, il est faux d’opposer
judaïsme comme religion de crainte et christianisme comme religion d’amour ».
Les
orientations de l’Episcopat de France exhortaient aussi à « une compréhension
juste du judaïsme, qui affirme la valeur actuelle de la Bible toute entière et
que la première Alliance n’a pas été rendue caduque par la Nouvelle, car elle en
est , au contraire, la racine, la source, le fondement et la promesse ». (Paul
Giniewski - Ecrivain juif) Déclaration
des Evêques allemands à
Wurzburg, le
23 Janvier 1995, à l’occasion du 50ème. anniversaire de la libération
d’Auschwitz.
(Yerushalaïm
N°9 p. 11) …à
l’époque du IIIe. Reich, les chrétiens allemands n’ont pas réagi, comme on
aurait pu l’attendre, à la montée de l’antisémitisme raciste. Les catholiques
portent le poids de beaucoup de fautes : beaucoup se sont laissés séduire par
l’idéologie du national-socialisme, ils sont restés indifférents à l’égard des
crimes commis contre les biens et la vie des juifs. Certains ont même contribué
aux meurtres, devenant eux-mêmes des assassins… Les
manifestations de défense des juifs persécutés n’ont jamais été
qu’individuelles : même au cours des pogroms de novembre 1938, aucune
protestation officielle explicite ne s’est élevée pour condamner les incendies
et pillages de synagogues, les
profanations de cimetières, les pillages de milliers de magasins, les ravages
opérés aux domiciles, les humiliations, les violences et les meurtres dont ont
été victimes les juifs… Notre
échec et la faute de ces temps prennent une dimension ecclésiale …Au temps du
national-socialisme, à part quelques initiatives individuelles, l’Église en tant
qu’entité communautaire, a vécu le dos tourné au destin du peuple juif
persécuté, le regard fixé sur la sauvegarde de la sécurité de ses propres
institutions et la bouche fermée au sujet des meurtres que les nazis
commettaient sur le peuple juif. La crédibilité de notre volonté de changer
d’attitude dépend foncièrement de notre aveu et de notre disponibilité à tirer
la leçon douloureuse de ces fautes commises dans l’histoire de notre pays et de
notre Église. Nous prions le peuple juif de bien vouloir entendre notre
déclaration de conversion et de volonté de changement… L’Eglise
reconnaît et respecte la spécificité du peuple juif. Elle doit apprendre à
nouveau que ses racines sont en Israël et qu’elle est liée avec Israël par
l’héritage commun de la foi, de l’éthique et de la
liturgie… Le
père Marcel Dubois est désigné comme lauréat du Prix Israël (Yerushalaïm
N° 9 p. 9 2ème. trim.
1996) Le
jury du Prix Israël de philosophie a désigné cette année le professeur Marcel
Dubois de l’Université hébraïque de Jérusalem comme son lauréat. Tout
commentaire serait superflu si l’éminent philosophe n’était pas frère
dominicain. Marcel Dubois a choisi, il y a plus de trente ans, de vivre à
Jérusalem et de se faire naturaliser Israélien. Il a rejoint une communauté
catholique qui prie en hébreu, dès avant la réunification de la ville en 1967 et
qui reste établie au sein des quartiers juifs de la capitale. Sa nomination de
professeur au département de philosophie de l’Université hébraïque date de 1968
et il a dirigé ce même département de 1980 à 1985. Marcel
Dubois a cumulé ces charges avec celle de consulteur du Saint Siège pour les
relations religieuses avec le Judaïsme. Pour qui connaît la longue histoire de
ces relations, faites de délégitimation, persécutions et activisme missionnaire,
auxquelles ont riposté de la part des juifs, méfiance, aversion et parti-pris de
séparation, surtout à l’encontre des ecclésiastiques, la démarche de Marcel
Dubois, prêtre, venu s’établir en plein cœur d’une population intégralement
juive pourrait sembler une bravade un brin
provocatrice. Ou bien un pari perdu d’avance. Comment, en quelques années
seulement, combler un handicap lourd de nombreux siècles d’ignorance et
d’hostilité réciproque ? Et qui plus est, dans un contexte où la politique de
l’Eglise officielle vis-à-vis d’Israël obéissait à cette tradition d’ignorance
hostile ? Autant se vanter d’être capable de liquéfier la
banquise ! ( Lucien Lazare, historien Membre du Yad Vashem)
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